sinon pour le réserver, pour l’avenir, sans y avoir encore intégré de contenu, sans rien mettre en ligne … pis à la fin de l’hiver/au début du printemps 2025, j’ai pris le temps de transformer toutes les publications Facebook publiées depuis 4 ans sur cette page, en articles de blogue, en y intégrant les photos, en retravaillant la mise en forme, en prenant soin aux détails. Vous y trouverez plus de quatre-vingt textes, des centaines d’images originales, et sous elles, souvent : des légendes.
En cette saison de taille, puis celles d’exploration du pommage régional, de cueillettes, de presses, de collaborations et de cidres anarcho-terroiristes; c’est aujourd’hui que je me sens prêt à l’inaugurer, à publiquement la dévoiler, en révéler l’existence !
Je dispose maintenant de ma propre page web, qui prend la forme d’un « blogue », un espace de communication fièrement indépendant des grands empires de la Techno.
Un lieu de liberté d’expression me permettant de demeurer totalement propriétaire du contenu que j’y crée.
Ainsi, j’envisage une sortie progressive de cette plateforme numérique (FB), ce dit « média social » appartenant à un oligarque beaucoup trop puissant, soutenant qui plus est maintenant le régime néo-fasciste de Trump et la déshumanisation par l’IA, pour m’en tenir à ces seuls deux exemples.
La page Facebook servira désormais à relayer les articles que je publierai, à partir de maintenant, d’abord et avant tout sur ma page web.
Grâce à différents modes de présentation des articles, en plus de l’ordre chronologique, il sera beaucoup plus aisé d’y retrouver mes textes passés, qui sont également classés par thématiques (greffe, cidre, voyages, pommes sauvages, variétés anciennes, etc.).
La page web comprend aussi des sections inédites sur la Page Facebook.
Vous y trouverez notamment :
• une grande médiagraphie de mes inspirations en matière d’agroécologie paysanne et de pomologie (« Documents de référence malique« )
• une section rassemblant les diverses mentions médiatiques de mes projets (« On parle de nous« )
• une autre sur mes projets et collaborations passées et en cours
Je songe à d’autres sections, en construction, dont l’une pour présenter des cartes des vergers et pommeraies où je dispose de droits d’usage. D’autres encore afin de présenter les variétés anciennes de pommes qu’on retrouve dans Lanaudière, tout comme les variétés nouvelles, trouvées dans les pommiers sauvages disséminés un peu partout de part et d’autre du piémont de la région.
Allez y jeter un coup d’œil; mieux, ajoutez-la à vos signets, ou inscrivez-vous à la liste d’envoi courriel pour être tenus au jus des plus récentes publications !
C’est dans presque un an … mais l’événement est planifié! J’aurai le plaisir et la chance d’animer cette randonnée-dégustation de pommes sauvages au Parc Régional des Chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles, où se trouvent quelques beaux spécimens de pommiers sauvages (aux fruits intéressants), au sein d’un magnifique territoire protégé. À mettre à vos agendas ! Je relancerai l’invitation l’automne prochain, quelques semaines avant l’activité.
Ce mercredi, 21 mai 2025 (demain soir !), j’ai la chance d’être invité par la Société d’horticulture et d’écologie de la Nouvelle-Acadie afin de donner une conférence sur des thèmes qui me sont chers !
Dans un premier temps, j’offrirai un survol de l’histoire de l’espèce « Malus domestica’ à travers le monde, de la pomiculture au Québec, présenterai quelques personnages marquants de la pomologie au pays, des variétés du patrimoine et parlerai de ma vision de la préservation des pommages locaux au Québec.
En deuxième partie de soirée, je présenterai quelques stratégies et traitements écologiques pour prendre soin des pommiers.
Ma présentation se tiendra au vieux collège de Saint-Jacques-de-Montcalm, au 50 rue St-Jacques, à compter de 19h15. Tout le monde est bienvenu !
Le sol dégagé du bois de coupe, du bois mort, un sol plus propice à la circulation, à la cueillette. Crédit photo : Emmanuel Beauregard
Rappel des démarches
Plus près de chez nous, il y a cette vaste pommeraie sauvage, depuis peu et doucement mise en valeur par une congrégation religieuse, soit l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance, mieux connue sous le nom de « Trappistes ». Des centaines de pommiers matures et bizarrement tordus, portant bon an mal an des fruits bigarrés et pleins de surprises, sur un flanc de colline du domaine de l’Abbaye Val Notre-Dame, au pied de la Montagne Coupée. Une pommeraie apparue sur ce qui fut longtemps le fonds de terre d’une succession de générations dans les familles Desrosiers-Gadoury, à Saint-Jean-de-Matha, et dont j’ai raconté l’histoire le printemps dernier.
En 2024, j’ai eu l’autorisation du nouveau Père abbé (coordonnateur de la communauté, si on veut) pour continuer d’accéder à la pommeraie et y mener des cueillettes de pommes d’automne, plus tardives, à la fin septembre et en octobre. Rêvant d’un éventuel véhicule tout terrain (un quatre-roues) pour transporter les caisses de pommes cueillies loin des chemins carrossables, j’en ai tiré quelques dizaines de kg, portés à bout de bras, une caisse à la fois, sur des centaines de mètres de terrain pentu, pour les rapporter jusqu’à la remorque tirée par ma voiture. Elles ont fait partie du lot de pommes pressées en novembre en vue de produire une bière aux pommes par la brasserie Maltstrom. La cuvée de cidre tirée des pommes de l’Abbaye ne sera pas pour cette année, mais le projet me tient à cœur et verra le jour en temps et lieu.
Voici tout de même quelques photos croquées lors de mes passages dans la pommeraie de l’abbaye cet automne.
Une grosse job de nettoyage opérée depuis un an maintenant, et s’ouvre la zone ou la canopée est formée par ces vieux pommiers étiolés, qui ont trouvé la lumière en hauteur, dans leur lutte dans l’enchevêtrement des congénères et des espèces rivales.
Vallons des terres de l’Abbaye
Au loin, percevoir des petites jaunesConstater les branches garniesObserver les fruits avant de savourer et cueillir, joyeuxCes deux troncs d’apparence connexes donnent-ils de même variété ?
Une pommeraie au milieu des vallons, au pied de la Montagne-Coupée, qui a pour causes : le verger de l’aïeul Albert Desrosiers, une bande d’enfants, de jeunes mayais, qui s’y servaient, et un ruisseau, ou le même attroupement de cousins, cousines et d’amies se rendaient, au bout des terres, en aval, vers la rivière, pour pêcher la petite truite. Des pommes-collations les poches pleines pour passer l’après-midi à taquiner les poissons au bout de lignes à pêche rudimentaires, et des trognons tirés à bout de bras. Il y a un demi siècle environ, une grosse talle de pommiers est née, de la descendance des pommes et des enfants d’Albert et Maria.
Tordus, tout croches, étonnants dans leurs formes allongées, détournées.Des arbres ont été marqués, numérotés, par des membres de l’équipe de l’Abbaye, afin d’identifier les arbres dont les fruits s’avèrent de variétés intéressantes pour la transformation.
Des rubans verts, avec quelques notes
Au détour des bords de prairies, juste avant les coulées et pentes abruptes marquant le début des zones en friches : des pommiers sauvages, ça et là, un peu partout.Des arbres ont été marqués, numérotés, par des membres de l’équipe de l’Abbaye, afin d’identifier les arbres dont les fruits s’avèrent de variétés intéressantes pour la transformation.Hautes branches, hautes pommesOn dirait presque un verger !Grandes étendues, territoire du ‘Malus ferus’ (nom latin de mon cru, pour décrire les pommiers de la féralité, du retour à la nature, au sauvage, quittant le domaine du cultivé)
De gauche à droite : Richard Archambault, Simone Chen, Emmanuel Beauregard, Sandrine Joannin, Yvan Perreault, Vincent Renaud
Petit groupe de passionnés de pomologie, nous avions été conviés, le 16 septembre dernier, à la visite de deux vergers établis par des communautés religieuses, il y a plus d’un siècle, sur l’île de Montréal. En amont de cette journée se trouvait l’initiative de Simone Chen, coordonatrice de l’organisme montréalais Les Fruits Défendus, un collectif de glaneurs qui récupère et partage les fruits délaissés ou en surplus chez des particuliers, cueillis par des bénévoles d’un bout à l’autre de la métropole.
En fait, il s’agissait d’un appel à nos expertises (sans grande prétention de notre part toutefois) afin d’aider à l’identification des variétés de pommes qui s’y trouvent, depuis longtemps tombées dans l’oubli. C’est en toute humilité tout de même que nous avons d’abord foulé le sol du verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, derrière l’Hôtel-Dieu de Montréal. Je fut conduit par Yvan Perreault, passager captif de son humour parfois délirant, sur la route entre Lanaudière et la grande ville. Yvan, champion de tous les PFNL, des noix nordiques aux champignons sauvages comestibles, avide d’apprendre, mais qui n’a pas encore acquis la même profondeur de connaissances concernant les variétés de pommes. Nous y avons retrouvé Vincent Renaud, passionné de variétés anciennes de pommes, animateur de différents groupes Facebook, dont « Arbres Fruitiers Québec », « La Société de Pomologie de la Province de Québec » et « Montre moi ta pomme»; Roland Joannin, conseiller en pomiculture, hybrideur et créateur de variétés de pommes québécoises; Sandrine Contant-Joanin, la fille de Roland, ethnologue qui a participé à une étude sur le patrimoine immatériel des Soeurs Hospitalières de St-Joseph; Richard Archambault, horticulteur ayant soin de ces jardins et des pommiers restants et enfin Simone Chen, qui elle aussi connaissait déjà un peu les lieux. Ce site de l’Hôtel-Dieu-de-Montréal, dit « ensemble conventuel des Hospitalières », sur lequel il y aurait long à raconter, a été cédé à la Ville de Montréal en 2017 et a été classé patrimonial par le Ministère de la Culture du Québec tout récemment, en 2024.
En pleine action ! En train de savourer, de trancher, d’observer des pommes, un arbre à la fois.
De gauche à droite : Emmanuel, Vincent, Yvan, Roland Joannin
En petite bande, nous nous sommes donc « pommenés », à travers ces arbres qui, pour certains, dépassent possiblement la centaine d’années. La saison 2024 ayant été particulièrement hâtive pour plusieurs espèces fruitières, dont les pommes, il n’y en avait ainsi déjà presque plus dans les arbres en ce jour de la mi-septembre. Nous avons dû nous contenter de celles tombées au sol, et parfois de la seule encore accrochée à une branche du pommier, partagée en quartiers entre chacun.e pour les fins de dégustation. On en a goûté un bon nombre quand même, les avons toutes prises en photo, tant de leur apparence extérieure, sous différents angles, que de l’intérieur, tranchées en leur centre, pour bien observer les formes de leur coeurs, les lignes du coeur, la chair, les pépins, la profondeur de la cavité, etc. Beaucoup de moyennes-grosses pommes rouges à croquer, assez similaires d’un arbre à l’autre. Nous avions tous l’impression que la trentaine d’arbres toujours vivants en ces lieux sont sans doute en bonne partie des ‘McIntosh’ ainsi que des ‘Cortland’. Toutefois, Roland a souligné que certaines pommes avaient de fortes similarités avec la ‘Lobo’ (couleur d’un rouge cramoisi, forme arrondie conique) – une variété qui, après vérification, n’a été commercialisée qu’à partir des années 1930. Nous avons lancé la suggestion au seul employé des lieux parmi notre groupe, Richard, que des analyses génétiques pourraient être réalisées pour identifier avec précision les variétés présentes dans ce verger patrimonial. Il en a pris bonne note, mais la décision revient à un comité de la Ville de Montréal, qui dispose des cordons de la bourse. Il doit leur avoir relayé l’information.
Des apparences de Lobo !Roland Joannin venait de nous distribuer quelques spécimens de variétés de pommes dont il est l’artisan créateur, la ‘Rosinette’ et la ‘Eureka’ !
Sur la photo : Vincent, Sandrine, Richard, Emmanuel et Roland
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Dans un second temps, une partie du groupe (Roland, Sandrine et Richard le jardinier) nous a quitté, pour d’autres obligations. Vincent, Yvan, Simone et moi avons repris la route vers le sud, en direction de Lachine, pour y gagner le verger des Soeurs de Sainte-Anne, derrière leur maison mère. Nous y avons été accueillis par Éléonore Escobar, chargée de projets en biodiversité urbaine pour le GRAME, organisme ayant soin de l’entretien minimal du verger. J’ai fait part à mes comparses des pensées qui me traversaient pour mon arrière-arrière-grand-oncle Hildège Beauregard, qui fut à l’emploi des Soeurs de Sainte-Anne à cet endroit même. Mon esprit envisageait une sorte de spectre bienveillant en notre présence, à tout le moins des traces laissées par celui que j’imagine en vieux jardinier des Soeurs, y ayant planté, greffé ou taillé leurs pommiers. Un arbre en particulier, dont les branches d’un côté portent une pommette, et l’autre moitié porte une plus grosse pomme, vraiment deux variétés distinctes. Et si Hildège était le greffeur à l’oeuvre, il y a plusieurs décennies ? Peut-être que des recherches, à mener dans les archives des sœurs de Sainte-Anne, révéleront plus de détails sur le rôle qu’il a joué, au service de cette congrégation religieuse. À défaut de quoi pour l’instant je m’amuse à lui inventer des tâches qui correspondent à mes propres passions et envies!
Toujours est-il que de la quarantaine de pommiers des lieux, la plupart avaient des fruits là aussi tombés au sol prématurément, des pommes qui avaient pas mal toutes des allures de ‘Cortland’ à nos yeux. Dans le lot toutefois, Vincent et moi avons identifié avec une grande certitude deux arbres aux pommes de type Russet, dont l’une au moins est sans doute une ‘Golden Russet’, peut-être les deux. D’autres fruits striés de vert sur fond rouge, d’un pommier enraciné quelques mètres plus loin, avaient les traits d’une ‘St-Laurent’. Il faudrait revenir étudier tout cela plus tôt, la saison prochaine, voire y retourner pendant quelques années, question d’avoir la chance de bien observer les caractéristiques de toutes les variétés, et d’en identifier un maximum avec certitude. L’avenue des tests génétiques n’est pas non plus à écarter, mais elle demande un budget conséquent.
Aperçu des vestiges du verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. 16 septembre 2024.
Ce fut une magnifique journée, à investiguer des vergers patrimoniaux peu fréquentés. Je savoure encore la chance d’avoir visité ces lieux désormais négligés, minimalement entretenus qui étaient autrefois richesse et nourriture d’une communauté. Le Ministère des Friches et des Pommeraies appelle de ses vœux la mise en valeur, par des résidents locaux, de ces fruits du patrimoine Montréalais.
Yvan Perreault prenait des notes, ayant même dressé un plan des lieux.Devant la chapelleLa petite bande placote, au pied du Mont-RoyalCe qu’il reste de jardins autrefois nourriciersUn immense pommettier, chargé de ses petits fruits aigres-amersPommier de variété inconnue, poussant le long du mur d’enceinteRang de pommiers anciens aux abords de la résidence des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine.Point de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnnePoint de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnnePoint de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnneEn marche !Pommier de variété inconnue, poussant le long du mur d’enceinte
Le petit groupe de passionnés de pommiers, réunis ce 16 septembre 2024 à Montréal, d’abord au verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, aux abords de l’Hôtel-Dieu.
Crédit photo : Emmanuel Beauregard votre humble ministre autoproclamé des friches et des pommeraies
Apparentée à une ‘Cortland’ si ce n’en est pas tout simplement uneVincent Renaud, collectionneur de variétés rares et anciennesLa plupart des troncs de pommiers y sont protégés par ces grillages métalliquesUn décor de communauté religieuse aux allures médiévales, à l’arrière de la chapelleAu verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. Grâce à Simone (la photographe) et d’Éléonore (à l’arrière-plan), Vincent, Yvan et Emmanuel ont pu avoir accès à ce qui reste de ce vénérable verger, empli de mystères.
J’exerce ma passion pomologique à temps partiel, à travers les moments libres, hors du travail salarié qui rémunère sur une base régulière, mais qui pas nécessairement ne libère.
En marge des routes, le long des rangs de Mattawinie, de Brandonie ou d’ailleurs, en explorant le pommage du piémont Lanaudois, prêt à cueillir en masse.
Les activités que je mène en lien avec les pommiers de la région me sont sources de rencontres (et de joies), bien plus encore que de revenus. Chaque année il y a des surprises, de nouvelles personnes qui se trouvent sur le chemin, qui m’en apprennent, m’accueillent, m’ouvrent leurs portes et leurs pommiers, petits vergers ou parcelles en friches où ont proliféré les sauvageons de l’espèce Malus. Des pommes aussi toujours que je rencontre pour la première fois, et pour lesquelles j’ai un coup de cœur.
Le cueilleur en pleine action, œuvrant avec des fruits choisis, de première qualité, aidé par son amoureuse à plusieurs reprises, cette année.Chemin du Portage, St-Didace, les fruits d’une récolte de pommes sauvages hors du commun.
Rencontre de nouveaux coins de pays également, de bouts de rangs, racoins de paroisses, qui m’étaient inconnus, ou pas si familiers. Découverte de ce qui se passe, se vit, ce qui pousse autour, quelle variétés d’hommes, de femmes et de pommes donne le territoire rural de ma région. C’est de la recherche sur l’histoire locale, la pomiculture domestique des ancêtres colons, sur la culture et la mémoire vivante, de l’anthropologie sociale et culturelle et de la géographie sociale, humaine, par le biais du pommier, de sa généalogie, de son bagage génétique inusité, inextinguible, si on le laisse s’exprimer.
Parmi différentes personnes rencontrées au fil de la saison, j’ai pu croquer le portrait de Mme Françoise Desrosiers au pied de l’arbre qu’elle a planté il y a 70 ans, et de Jocelyn Grégoire croquant la pomme issue d’un arbre qu’il a involontairement semé, dans un ancien pacage à vaches, il y a quelques cinquante ans.
La si gentille et formidable Mme Françoise Desrosiers, 93 ans, aux côtés du pommier (de variété encore indéterminée) qu’elle a planté il y a 70 ans, l’année de son mariage, en 1954. Sur le 2e rang Ramezay de St-Félix-de-Valois.
Il devrait y avoir éventuellement une historiette de ma plume, plus détaillée, à propos de mes rencontres avec cette dame.Jocelyn Grégoire, fils d’habitants du coin (9e rang de Ste-Marcelline), semeur de pommiers sauvages du temps qu’il était mayais et vacher, gardant le troupeau familial, dans les années ’70.
Petit homme et voisin de ces quelques talles où je reviens depuis des années avec l’autorisation du propriétaire, il tient à la main une pomme géante issue d’un arbre qu’il a semé, sans le vouloir, dans sa jeunesse sur la ferme laitière de ses parents. Arbre baptisé ‘Wilbrod’, dont j’avais cueilli les fruits quelques minutes plus tôt, avant qu’il ne surgisse à mes côtés et m’accompagne pendant un moment, tout en conversations et en connaissance de l’histoire des lieux. Il m’a même aidé à cueillir quelques pommes de la lisière du fossé voisin.
Une sacrée belle rencontre.
Merci Jocelyn !
C’est près d’une centaine d’arbres (et de variétés différentes, pour la plupart uniques) dont j’ai cueilli les fruits cette année. Au moins deux tonnes de fruits ont transité dans mes mains et les caisses, et près de 700 litres de jus extraits de mes récoltes.
Voici, un peu pêle-mêles, en vrac quoi, des dizaines de photos de ma saison de cueillette, à travers des dizaines de talles, d’arbres solitaires ou de groupements de pommiers, sauvages ou plantés de longue date, à travers le territoire et ses paysages, longeant ou prenant pied fermement dans le piémont lanaudois, partant de Sainte-Mélanie pour me rendre à St-Jacques-de-Montcalm ou Sainte-Émélie-de-l’Énergie, jusqu’à Joliette et Saint-Didace, en passant par Sainte-Béatrix, St-Jean-de-Matha, St-Alphonse-Rodriguez, Rawdon, Saint-Ambroise & Sainte-Marcelline de Kildare, Saint-Gabriel-de-Brandon, Saint-Cléophas, sans oublier Saint-Félix-de-Valois.
Dans la remorque, sous l’échelle, les récoltes quotidiennes s’empilaient. Bien identifiées.Sol de sous-bois, de sous talle de sauvages pommiers.Petits grelots jaunes à travers les verges d’or séchées.Pommes tachées de la « suie », fruits murs à pointDevant la maison, dans un village près de chez nous, le propriétaire parti à la chasse, et le chasseur de pommes entre-temps est passé par-là … À la chasse comme à la chasse …
Des pommes à croquer, sucrées, juteuses, un brin acidulées, assez saines, et non traitées.De belles grappes orangées, des branches à brasser.Pommier ancien au tronc immense et tortueux, dont j’ai nommé les fruits ‘Béatrix’.Un sauvageon de bord de route, le long d’un vieux rang agricole à St-Jean-de-Matha. Rouge et bleu, cimes et ciel, fruits sauvages et gratuits.‘Sacré-Coeur de St-Guillaume’, son nom, contre son électrique poteau.Le grand et vénérable ‘Béatrix’, chargé de fruits cette année, entouré de quelques autres vieux pommiers bien garnis.L’affaire est dans le sac ! Chemin du Portage, St-Didace, les fruits d’une récolte de pommes sauvages hors du commun.
Marcher longtemps jusqu’à la voiture, à travers les herbes hautes et le ruisseau à traverser, de larges enjambées.Chemin du Portage, St-Didace, une talle éparse de pommiers sauvages hors du commun dans une vieille prairie en friches.« Gnarly pippins » comme disent les camarades aux USARamper entre les branches basses et glaner les fruits dont le sol est jonché.Branches qui ploient bien sucrées les petites jaunes, ni trop acides.Pépites d’amertume au bout des branches d’un pommier pleureur, au pays d’Ailleboust.J’y grimpai cette année encore, pour secouer quelques branches en hauteur.Luxuriant verger de ce fonds d’ancien rang de colonisation reliant autrefois deux paroisses, maintenant rompu.
Deux dames vieillissantes m’en accordent les droits de cueillette, et le devoir de l’entretien.Un mix de techniques de récolte : une pomme à la fois, à la main, grimpé dans l’échelle, mais aussi du brassage et de la récolte au sol, sur des bâches autant que possible).Au pied de sa majesté fruitière, dont les fruits feront cidre. C’est du tronc de pommier vigoureux et âgé ça !
Son voisin de pommier tout aussi garni de fruits, ayant autant d’airs de centenaire, encore solide et fier.La ‘Grosse Bienvenue’, probablement une ‘Duchesse’, ou d’une variété apparentée.En lisière de prairie, à Val-Notre-Dame, l’Abbaye.Dans la lumièreComme l’arbre, les caisses de récolte sur le bord de la route, une image vibrante de ma saison. Ciel qu’elles sont bonnes, ces pommes ! Chemin du Portage, St-Didace, une talle éparse de pommiers sauvages hors du commun dans une vieille prairie en friches.En cueillir au sol aussi, beaucoup, en les choisissant, une à une, d’un coup d’oeil et d’un roulement dans la main, tâtonnant les fruits méthodiquement.À l’orée du bois, des fruits d’exceptionCueillette hors piste, sans raquettes, de sauvages pommes russetsBeaux jours d’automne Dans les friches, marcher longtemps sous le poids des pommes.La petite Russet de l’Abbaye. Dans l’entre deux-mondes, des herbacées vers la strate arbustive. ‘Sacré-Coeur de St-Guillaume’, de plus loin, faisant face ou dos, aux rues, à leur coin.Splendeur des fruits qui m’attendent.Un autre arbre de 70 ans, aux fruits malheureusement très attaqués par les coccinelles asiatiques. À St-Alphonse-Rodriguez.Sous le pommier de Bernardo, un vieil italien de 94 ans, établi à St-Jean-de-Matha depuis des décennies, désormais inapte à récolter ses fruits et à en presser le cidre. Pour m’épauler, de rose et de rouge, une douce amie, renarde à ses heures, glaneuse, amatrice de douceurs entre le sauvage et le cultivé.
J’ai hâte de revenir partager une bonne bouteille de cidre avec Bernardo, comme il m’y invitait !Toujours Mme Desrosiers, auprès de son grand pommier, généreuse de ses fruits, et des anecdotes et détails sur son histoire familiale.
L’histoire inédite d’un ancien verger et d’une pommeraie sauvage au pied de la Montagne Coupée
La zone entourée de rouge, à l’arrière, représente l’emplacement approximatif de l’ancien verger d’Albert Desrosiers, sur la pente qui mène au Magasin de l’Abbaye (en jaune).
La grande section entourée de rouge, dans le bas de la photo aérienne, indique l’emplacement de la vaste pommeraie sauvage.
Dans le précédent texte de cette série, je concluais en appelant à l’aide pour élucider l’histoire de la pommeraie sauvage sur les terres de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Où était le verger d’origine, qui l’avait cultivé, à quelle époque, et quelles variétés ?
François Desrosiers, citoyen de Saint-Jean-de-Matha, et d’une vieille famille de la place, m’est venu en renfort. Grâce à ses connexions familiales (en particulier son oncle Marcel Desrosiers, passionné d’histoire et de généalogie), nous avons appris les grandes lignes de l’histoire de ces pommiers, leur origine enracinée dans leur famille.
Solidaire de la démarche, le Père Abbé, André Barbeau, m’a de son côté partagé les coordonnées de Martine Gadoury et Denis Vincent, propriétaires du centre de ski de fond de la Montagne Coupée entre 1987 et 2009. J’ai pu m’entretenir avec Mme Gadoury, ravie par mes démarches historiennes autour de ces pommiers et de ce lieu chargé d’événements, de patrimoine et cher à son coeur. Elle appelle de ses vœux de plus vastes recherches à propos de toute l’histoire de la Montagne Coupée.
Martine m’a mis en lien avec son cousin Pierre-Michel Gadoury, un historien amateur local, habitant la plus vieille maison de St-Jean-de-Matha. Passionné de patrimoine, il est l’un des fondateurs des « Compagnons de Louis Cyr », l’OBNL qui a mis sur pied et qui administre le musée de la Maison Louis Cyr, au centre du village. Nous avons regardé ensemble de vieilles cartes qu’il possède, représentant l’ancien cadastre du territoire de Saint-Jean-de-Matha. Il m’a indiqué un endroit sur le rang (sur le dernier faux plat de la descente avant d’arriver à l’Abbaye), un lot d’un arpent et demi de large, où a déjà existé une maison, sans doute toute une ferme, aujourd’hui disparue du paysage.
J’ai fouillé le Registre Foncier du Québec pour découvrir les chaînes de titres (listes des propriétaires qui se sont succédé) pour certains lots du chemin de la Montagne Coupée (qui était anciennement la section Ouest du rang St-Léon).
Ce fut une palpitante petite enquête, menée sur quelques mois.
Sans plus tarder, à la lumière des informations cumulées à ce jour, voici révélée la petite histoire des pommiers qui furent implantés au pied de la Montagne Coupée au siècle dernier jusqu’à ceux existant aujourd’hui. Toutes nouvelles informations, détails ou précisions sont toujours bienvenus !
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Quelque part entre son établissement en 1917 et son décès en 1937, le cultivateur Albert Desrosiers (arrière-arrière-grand-père de François, qui a mené les recherches initiales) et son épouse Maria (Marie Anne) St-Georges implantent un verger de pommiers sur leur ferme. Ferme située sur ce rang alors baptisé St-Léon Ouest, de la Paroisse de St-Jean-de-Matha, au pied du « Mont Coupé » (selon la vieille appellation). Cette famille paysanne canadienne-française est établie sur un lot de terre (le no 17) déjà partiellement défrichée et rendue cultivable par les premiers colons, ceux de la seconde moitié du XIXe siècle, des Charbonneau et Durand qui les ont précédés.
La maison ancestrale Desrosiers est toujours là, au 200 Chemin de la Montagne Coupée. Elle est devenue depuis quelques années la «Maison des Forestibles de l’Abbaye», lieu de conditionnement de plantes et champignons sauvages comestibles cueillis sur le domaine appartenant aux moines Trappistes depuis 2009.
Suivant le décès d’Albert Desrosiers en 1937, vers l’âge de 56 ans, c’est son gendre Donat Gadoury, marié à sa fille Léona en 1930, qui reprend les rênes de la ferme. La famille de Donat, autre célèbre homme fort Mathalois, y demeure jusqu’en 1944. La terre familiale est alors vendue à Ange Albert Gravel, qui l’exploite jusqu’en 1958. La terre passe ensuite entre les mains de Louis Paul Nadeau, qui en est le propriétaire entre 1959 et 1972. Cette année-là, le fonds de terre revient en possession d’une lignée de Gadoury, quand Réjean et son épouse Simone Laporte en font l’acquisition. Durant la décennie 1970, ils mettent en place et opèrent un centre de ski de fond, une auberge, une boîte à chanson, (à l’existence brève, le temps de deux saisons 1972-1973), des écuries, etc. La Montagne Coupée devient à cette époque un haut lieu du tourisme, mais aussi de rassemblement culturel, dans Lanaudière. Félix Leclerc y est passé, et c’est là notamment que La Bottine Souriante a offert son premier spectacle. Y paraît que les environs, à cette époque, sentaient parfois très fort la «bourrure de boggey» (une vieille expression locale pour parler du cannabis) !
Tout ce temps, les pommiers d’Albert et Maria ont grandi, partie intégrante du décor. Ces arbres ont, des décennies durant, chaque année, rempli les corbeilles de fruits, nourri des générations de Mathalois.e.s. Sur la légère pente qui part désormais d’un stationnement et qui monte jusqu’au Magasin de l’Abbaye, il étaient encore fièrement debout en décembre 1978, lorsqu’un photographe de La Presse, Paul-Henri Talbot, passe par là pour un reportage sur le centre de ski et en croque le souvenir pour la postérité. Les derniers vénérables survivants auraient été abattus durant les années 1980, possiblement par Armand Gadoury, frère de Réjean. Pierre-Michel Gadoury pense que son père Armand, plus manuel que Réjean, a pu manier la scie mécanique pour commettre ces destructions du patrimoine pomicole, rasant les derniers pommiers plantés par les aïeux. Il dit que c’était son style, malheureusement insensible à la préservation du patrimoine.
Pistes de ski de fond de la Montagne Coupée, à travers les pommiers.
La Presse, 27 décembre 1978. Photographe : Paul-Henri Talbot
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Or, la pommeraie actuelle du domaine de l’Abbaye Val-Notre-Dame, avec une population dense de centaines de pommiers, est à environ 700 mètres de là. Entre l’emplacement du verger historique d’Albert Desrosiers et la « forêt de pommiers sauvages », on doit aujourd’hui traverser une plantation de conifères ainsi qu’une section de forêt mixte et déboucher sur un majestueux vallon au pied de la Montagne Coupée.
À première vue, il était difficile d’imaginer qu’elle puisse provenir de l’ancien verger d’Albert.
La pommeraie sauvage se trouve vers le centre de la photo. Crédit photo : Emmanuel Beauregard, mars 2024
L’endroit où ont poussé des centaines de pommiers sauvages correspond plutôt aux anciens lots 9 et 10. Pierre-Michel s’est fait raconter qu’il y avait autrefois une famille établie, une demeure aujourd’hui disparue. L’hypothèse a germé que ce puisse être un ancien verger également disparu, planté par une famille ayant habité ces parcelles vers le milieu du XXe siècle, qui soit l’ancêtre de l’actuelle pommeraie sauvage. Pommeraie dont l’apparition progressive doit dater des années 1960-1970, l’âge estimé des plus vieux pommiers étant de 50-60 ans.
Toutefois, c’est la rencontre de Mme Linda Desrosiers (arrière-petite-fille d’Albert), laquelle habite depuis toujours dans le voisinage de l’Abbaye, qui fut déterminante afin de découvrir l’origine de la pommeraie.
En effet, en lui décrivant l’emplacement, parcouru par un ruisseau, Linda se souvient que dans son enfance (dans les années 1960 et début 70), avec toute la bande de joyeux « mayais » (jeunes), cousins et cousines pour la plupart, des Desrosiers et Gadoury, ils s’y rendaient pour pêcher de la «petite truite », qui remontait alors de la rivière l’Assomption, en aval, jusque dans ce petit affluent. Ils partaient des habitations cordées le long du rang, pour se rendre en gang jusqu’au bout des terres familiales, non sans passer à travers le verger d’Albert et Maria et s’y chaparder quelques bonnes pommes en guise de collation pour les heures à venir. Linda Desrosiers se souvient très bien de cela, des détails de leurs cannes à pêche rustiques, tout comme d’avoir lancé nombre de trognons de pommes à bout de bras dans ce secteur, après les avoir croquées. La marmaille était nombreuse et les excursions de pêche dans le ruisseau furent nombreuses, des années durant. À ses dires, à l’époque, il n’y avait pas un pommier là, voire presque pas un arbre, les foins étant fauchés jusqu’aux abords du ruisseau. Au fil des décennies, la superficie de la prairie a rétréci. Des zones au dénivelé plus important furent laissées en friches, tels les rives de ruisseaux, les coulées. Des pépins ont germé, de ces pommes transportées par les jeunes pêcheurs de naguère, aidés ensuite d’une panoplie d’animaux sauvages friands de ces fruits juteux et généralement sucrés.
Aperçu d’une section de la pommeraie sauvage de l’Abbaye, mars 2024.
Quel bonheur de découvrir de nos jours ces centaines d’arbres matures, laissés à eux-mêmes pendant des décennies, sans autre intervention humaine, portant des variétés uniques de pommes qui n’ont pas encore été baptisées. Les explorateurs fruitiers qui ont investi le site ne manquent pas d’idées pour mettre en valeur la «Pommeraie du ruisseau» ou le «Verger de la P’tite Truite» (je rigole, le nom officiel n’est pas encore arrêté). Sans blague, parmi les pommes championnes, il devrait selon nous y avoir, parmi d’autres, une «Gadoury», une «Albert Desrosiers» et une «Douce-amère de l’Abbaye».
Opération de taille des pommiers sauvages, mars 2024.
Souhaitons que l’histoire des pommes d’Albert continue à s’écrire, poétique, étonnante et savoureuse !
Grande reconnaissance à tous mes informateurs et informatrices !
Emmanuel Beauregard
technicien agricole, pomologiste chercheur cueilleur de pommes sauvages et de variétés anciennes historien amateur de la pomiculture dans Lanaudière
Mark Gleonec est un « Breton de Cornouaille », illustrateur, conteur et historien du cidre et de la pomme du Sud de la Bretagne. Invité par son ami Claude Jolicoeur, il était en visite au Québec à la fin du mois de septembre dernier. Accompagnés de leurs épouses, les deux sommités de la pomme et du cidre ont visité plusieurs forêts de pommiers sauvages, de Charlevoix à la Beauce, en passant par Lanaudière jusqu’à la Petite Nation (Outaouais).
« Macgleo », auteur d’un blogue, vient de publier les trois premiers articles d’une série de textes et de photographies rapportant son voyage au Québec, à travers la sorte d' »été des Indiens » (même sans gel avant le redoux) qu’on a eu cet automne.
Sa troisième chronique rapporte d’abord ses impressions et souvenirs de passage à Saint-Jean-de-Matha, pour rencontrer notre groupe de compagnons cidriers de Lanaudière. Il enchaine avec le récit de leur journée du lendemain en Outaouais, dans la Petite Nation, où ils ont accompagné Marie-Anne Adam et Gaston Picoulet de la micro-cidrerie Les Pommes perdues pour une session de cueillette et dégustations.
Crédit photo : Claude Jolicoeur
Le séjour de Mark parmi nous fut trop bref pour approfondir à satiété les conversations, et j’espère avoir l’occasion de faire plus ample connaissance avant trop longtemps ! Oui, un rêve de voyage m’habite, celui de retourner visiter le pays Fouesnantais, mais du côté du cidre cette fois …
Plus près de chez nous et plus certainement, je m’organiserai une tournée de ces jeunes cidreries québécoises qui ont commencé à mettre en valeur la géopoétique des pommiers sauvages, leur terroir pomicole local ! À la rencontre du savoir-faire et de l’inspiration, en mode partage.
Le Ministère lance aujourd’hui une série de chroniques à propos de célèbres variétés de pommes qui sont issues de pépins (ou encore de drageons).
L’idée était en suspens depuis longtemps, et c’est une récente opportunité de cueillette hivernale de pommes ‘Golden Délicieuse’ (en vue d’en faire du cidre de glace), qui a réveillé le projet de faire connaître l’histoire de variétés connues et populaires qui sont nées de « semis de hasard ». La ‘Golden Délicieuse’ est l’une d’entre elles, et d’une renommée internationale, qui plus est.
Le texte ci-bas est une traduction des pages 58 à 61 du fantastique livre « Apples of uncommon character : 123 heirlooms, modern classics, & little-known wonders » de Rowan Jacobsen, publié en 2014.
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Alias : Mullins Yellow Seedling
Origine : Clay County, Virginie Occidentale, 1890.
Apparences : Devrait être large et modestement conique, avec des épaules rondes et une joyeuse peau jaune pointillée de taches de rousseur brunes. Trop souvent, elle est plutôt d’un vert pistache, cueillie tôt pour améliorer sa durée de vie en étalages. Le roussissement est un bon signe, comme l’est une touche de rose sur une joue.
Saveur: Pas tout à fait complexe, mais sacrément bonne, à la façon d’une pomme. Surtout sucrée, elle est à peu près aussi acide que du jus de pomme, mais il y a là une touche d’intrigue, un chuchotement de complexité melonnée qui a été trouvé dans les nombreux illustres descendants de la Golden Délicieuse.
Texture : Fraîchement cueillie, une Golden Délicieuse adéquatement cultivée a de charmantes qualités. Chaque morceau se sépare impatiemment du navire-mère et se précipite dans votre bouche, où vos dents trouvent leur mot à dire.
Saison : De septembre à octobre. Si elle n’est pas jaune, ne l’achetez pas. Se conserve bien jusqu’au printemps.
Utilisation : Consommées fraîches; tient bien en tarte (bien que nécessite du jus de citron).
Région : À la grandeur des États-Unis, bien que les meilleures soient cultivées dans les zones plus chaudes. Omniprésente dans les supermarchés aux USA et en Europe.
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« La saga de la Golden Délicieuse a débuté en 1891 dans le Comté de Clay, en Virginie Occidentale, sur la ferme de L.L. Mullins. Ce fut lorsque Mullins envoya son fils de 15 ans, J.M., pour faucher les champs. En 1962, J.M. Mullins, alors âgé de 87 ans, raconta au Charleston Daily Mail ce qui est arrivé ce jour-là : « Je balançais la faux d’un côté et de l’autre lorsque je suis tombé sur un petit pommier qui avait atteint environ 20 pouces de hauteur. Ce n’était qu’un nouveau petit pommier qui s’était porté volontaire à cet endroit. Il n’y avait pas le moindre autre pommier à proximité. Je me suis dit « Eh bien mon gars, je vais juste te laisser là », et c’est ce que j’ai fait. J’ai fauché autour, et à d’autres occasions j’ai fauché autour, encore et encore, et il s’est transformé en un petit pommier de belle apparence et devint éventuellement un grand arbre et a porté des fruits. »
L’oncle de J.M., Anderson Mullins, devint plus tard propriétaire de la ferme, et vers 1905 commença à remarquer l’arbre extraordinaire. La seule pomme jaune populaire dans le Sud à cette époque était la Grimes Golden, dont Mullins en avait plusieurs en culture dans le voisinage (l’un desquels en était probablement le parent). Mais ce n’était pas de la Grimes. Elle était bien plus large, plus croquante et sa saveur plus épicée. L’arbre dépassait en productivité tous les autres arbres de la ferme, et les pommes se conservaient magnifiquement jusqu’au printemps.
En 1913, Mullins jugeait qu’il avait quelque chose d’extraordinaire entre les mains, et décida ainsi de poster quelques exemplaires de la Mullins Yellow Seedling, comme il l’appelait, à Stark Bro’s, la pépinière de commandes postales du Missouri qui dominait le marché de la pomme à l’époque (et continue de prospérer aujourd’hui). Stark Bro’s avait rencontré un énorme succès avec leur pomme Délicieuse en 1895, et Mullins pensa qu’ils pourraient faire quelque chose avec sa pomme. En avril 1914, il leur envoya 3 pommes de plus, un geste sournois de sa part, parce qu’à cette saison les louables capacités de conservation des fruits étaient évidentes. Les frères Paul et Lloyd Stark étaient plus intéressés par les pommes rouges, qui avaient plus d’attrait commercial, mais ils eurent une épiphanie lorsqu’ils ont goûté la pomme de Mullin. « Nous n’avions jamais expérimenté une telle saveur épicée avant, particulièrement dans une pomme jaune », écrivit plus tard Paul Stark. La principale pomme jaune à l’époque était la Grimes Golden, mais la petite taille de cette pomme avait toujours limité sa popularité. Stark décida qu’une grosse pomme jaune croquante pour complémenter leur Rouge Délicieuse serait une excellente idée, alors il voyagea un millier de miles en train, et les derniers 25 miles à dos de cheval, pour atteindre la ferme des Mullins. Il n’y avait personne à la maison, mais Stark put voir le verger sur le versant derrière la maison, et il commença à fouiner. La plupart des arbres qu’il vit étaient en mauvais état, et il dut commencer à douter qu’il était au bon endroit. Alors, se remémora-t-il plus tard, quelque chose attira son attention. « Là, se dessinant au milieu de petits arbres sans feuilles, se trouvait un arbre doté d’un feuillage vert intense, comme s’il avait été transplanté du Jardin d’Éden. Les rameaux de cet arbre pliaient au sol sous une prodigieuse production d’excellentes, glorieuses et luisantes pommes dorées. Tandis que je m’en approchais, une crainte me dérangeait. Et si ce n’était qu’un pommier de Grimes Golden, après tout ? Je me suis approché et vit que les pommes étaient 50 pourcent plus larges que des Grimes Golden. J’en ai cueilli une et croquai dans sa chaire croquante, tendre et chargée de jus. Eureka ! Je l’avais trouvé ! »
Starks paya 5000 $ à Mullins pour les droits de propagation de l’arbre et pour les 900 pieds carrés de sol autour de celui-ci. Il bâtit une cage de bois et de fil de fer autour de l’arbre, pour décourager les greffeurs nocturnes, complétée avec une alarme électrique. En 1916, il présenta au monde en tant que Golden Délicieuse, qui est allée vers la célébrité et la fortune, aussi bien qu’une carrière au Secrétariat du monde des pommes, créant les Jonagold, Ozark Gold, GoldRush, Mutsu, Arlet, Elstar, Pinova, Gala, Pink Lady et plusieurs autres. En fait, la prévalence de ses gènes dans l’univers de l’approvisionnement en pommes a contribué à ce qu’elle soit choisie comme pomme à décoder pour le Apple Genome Project, qui a publié en 2010 la séquence génomique complète de la Golden Délicieuse.
Durant des décennies, la Golden Délicieuse se situait au second rang dans la production de pommes aux USA, plusieurs longueurs derrière la Rouge Délicieuse, maintenant un respectable 15 à 20%. Mais en 2016 la Gala, son propre enfant, l’a poussé au 3e rang, et aujourd’hui la Golden Délicieuse maintient environ 10% du marché. (En Europe, toutefois, la Golden Délicieuse est la pomme au sommet depuis 1945, lorsqu’elle arrivée comme élément du Plan Marshall pour relancer l’agriculture Française, et elle continue d’occuper environ 25% du marché, plus du double que n’importe quelle autre variété). Qu’est-ce qui explique une telle popularité ? Personne d’autre que Paul Stark, en complet mode « P.T. Barnum », n’a jamais affirmé qu’il s’agissait d’un coup de grâce gustatif. La Golden Délicieuse est plutôt la pomme qui fait tout assez bien, en étant un rêve de cultivateur. C’est une pomme sympa, grosse, plaisante, assez croquante et très sucrée, avec un profil aromatique grand public et une bonne fraîcheur, qui convient aux tartes, et peut durer longtemps entreposée. Pour les producteurs, elle génère chaque année des récoltes exceptionnelles avec peu de drame. Ce n’était pas une pomme difficile.
C’était une excellente formule pour le succès dans les années 1950. Même dans la décennie 1990, le supermarché américain typique avait trois variétés de pommes : la verte Granny Smith, la jaune Golden Délicieuse et la Rouge Délicieuse. L’une pour la cuisson, l’une pour la consommation fraîche et l’autre à regarder de loin. Mais les meilleurs jours de la Golden Délicieuse sont probablement derrière elle. C’est toujours la pomme de choix pour la nourriture de bébés (où la clientèle ne semble pas se plaindre de la saveur moyenne et faiblement acide), et une bien mûre directement tirée d’un arbre Appalachien peut toujours avoir ses charmes, mais si ce sont les pommes sucrées que vous aimez, il y a de plus aromatiques options.