sinon pour le réserver, pour l’avenir, sans y avoir encore intégré de contenu, sans rien mettre en ligne … pis à la fin de l’hiver/au début du printemps 2025, j’ai pris le temps de transformer toutes les publications Facebook publiées depuis 4 ans sur cette page, en articles de blogue, en y intégrant les photos, en retravaillant la mise en forme, en prenant soin aux détails. Vous y trouverez plus de quatre-vingt textes, des centaines d’images originales, et sous elles, souvent : des légendes.
En cette saison de taille, puis celles d’exploration du pommage régional, de cueillettes, de presses, de collaborations et de cidres anarcho-terroiristes; c’est aujourd’hui que je me sens prêt à l’inaugurer, à publiquement la dévoiler, en révéler l’existence !
Je dispose maintenant de ma propre page web, qui prend la forme d’un « blogue », un espace de communication fièrement indépendant des grands empires de la Techno.
Un lieu de liberté d’expression me permettant de demeurer totalement propriétaire du contenu que j’y crée.
Ainsi, j’envisage une sortie progressive de cette plateforme numérique (FB), ce dit « média social » appartenant à un oligarque beaucoup trop puissant, soutenant qui plus est maintenant le régime néo-fasciste de Trump et la déshumanisation par l’IA, pour m’en tenir à ces seuls deux exemples.
La page Facebook servira désormais à relayer les articles que je publierai, à partir de maintenant, d’abord et avant tout sur ma page web.
Grâce à différents modes de présentation des articles, en plus de l’ordre chronologique, il sera beaucoup plus aisé d’y retrouver mes textes passés, qui sont également classés par thématiques (greffe, cidre, voyages, pommes sauvages, variétés anciennes, etc.).
La page web comprend aussi des sections inédites sur la Page Facebook.
Vous y trouverez notamment :
• une grande médiagraphie de mes inspirations en matière d’agroécologie paysanne et de pomologie (« Documents de référence malique« )
• une section rassemblant les diverses mentions médiatiques de mes projets (« On parle de nous« )
• une autre sur mes projets et collaborations passées et en cours
Je songe à d’autres sections, en construction, dont l’une pour présenter des cartes des vergers et pommeraies où je dispose de droits d’usage. D’autres encore afin de présenter les variétés anciennes de pommes qu’on retrouve dans Lanaudière, tout comme les variétés nouvelles, trouvées dans les pommiers sauvages disséminés un peu partout de part et d’autre du piémont de la région.
Allez y jeter un coup d’œil; mieux, ajoutez-la à vos signets, ou inscrivez-vous à la liste d’envoi courriel pour être tenus au jus des plus récentes publications !
C’est dans presque un an … mais l’événement est planifié! J’aurai le plaisir et la chance d’animer cette randonnée-dégustation de pommes sauvages au Parc Régional des Chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles, où se trouvent quelques beaux spécimens de pommiers sauvages (aux fruits intéressants), au sein d’un magnifique territoire protégé. À mettre à vos agendas ! Je relancerai l’invitation l’automne prochain, quelques semaines avant l’activité.
Ce mercredi, 21 mai 2025 (demain soir !), j’ai la chance d’être invité par la Société d’horticulture et d’écologie de la Nouvelle-Acadie afin de donner une conférence sur des thèmes qui me sont chers !
Dans un premier temps, j’offrirai un survol de l’histoire de l’espèce « Malus domestica’ à travers le monde, de la pomiculture au Québec, présenterai quelques personnages marquants de la pomologie au pays, des variétés du patrimoine et parlerai de ma vision de la préservation des pommages locaux au Québec.
En deuxième partie de soirée, je présenterai quelques stratégies et traitements écologiques pour prendre soin des pommiers.
Ma présentation se tiendra au vieux collège de Saint-Jacques-de-Montcalm, au 50 rue St-Jacques, à compter de 19h15. Tout le monde est bienvenu !
De gauche à droite : Richard Archambault, Simone Chen, Emmanuel Beauregard, Sandrine Joannin, Yvan Perreault, Vincent Renaud
Petit groupe de passionnés de pomologie, nous avions été conviés, le 16 septembre dernier, à la visite de deux vergers établis par des communautés religieuses, il y a plus d’un siècle, sur l’île de Montréal. En amont de cette journée se trouvait l’initiative de Simone Chen, coordonatrice de l’organisme montréalais Les Fruits Défendus, un collectif de glaneurs qui récupère et partage les fruits délaissés ou en surplus chez des particuliers, cueillis par des bénévoles d’un bout à l’autre de la métropole.
En fait, il s’agissait d’un appel à nos expertises (sans grande prétention de notre part toutefois) afin d’aider à l’identification des variétés de pommes qui s’y trouvent, depuis longtemps tombées dans l’oubli. C’est en toute humilité tout de même que nous avons d’abord foulé le sol du verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, derrière l’Hôtel-Dieu de Montréal. Je fut conduit par Yvan Perreault, passager captif de son humour parfois délirant, sur la route entre Lanaudière et la grande ville. Yvan, champion de tous les PFNL, des noix nordiques aux champignons sauvages comestibles, avide d’apprendre, mais qui n’a pas encore acquis la même profondeur de connaissances concernant les variétés de pommes. Nous y avons retrouvé Vincent Renaud, passionné de variétés anciennes de pommes, animateur de différents groupes Facebook, dont « Arbres Fruitiers Québec », « La Société de Pomologie de la Province de Québec » et « Montre moi ta pomme»; Roland Joannin, conseiller en pomiculture, hybrideur et créateur de variétés de pommes québécoises; Sandrine Contant-Joanin, la fille de Roland, ethnologue qui a participé à une étude sur le patrimoine immatériel des Soeurs Hospitalières de St-Joseph; Richard Archambault, horticulteur ayant soin de ces jardins et des pommiers restants et enfin Simone Chen, qui elle aussi connaissait déjà un peu les lieux. Ce site de l’Hôtel-Dieu-de-Montréal, dit « ensemble conventuel des Hospitalières », sur lequel il y aurait long à raconter, a été cédé à la Ville de Montréal en 2017 et a été classé patrimonial par le Ministère de la Culture du Québec tout récemment, en 2024.
En pleine action ! En train de savourer, de trancher, d’observer des pommes, un arbre à la fois.
De gauche à droite : Emmanuel, Vincent, Yvan, Roland Joannin
En petite bande, nous nous sommes donc « pommenés », à travers ces arbres qui, pour certains, dépassent possiblement la centaine d’années. La saison 2024 ayant été particulièrement hâtive pour plusieurs espèces fruitières, dont les pommes, il n’y en avait ainsi déjà presque plus dans les arbres en ce jour de la mi-septembre. Nous avons dû nous contenter de celles tombées au sol, et parfois de la seule encore accrochée à une branche du pommier, partagée en quartiers entre chacun.e pour les fins de dégustation. On en a goûté un bon nombre quand même, les avons toutes prises en photo, tant de leur apparence extérieure, sous différents angles, que de l’intérieur, tranchées en leur centre, pour bien observer les formes de leur coeurs, les lignes du coeur, la chair, les pépins, la profondeur de la cavité, etc. Beaucoup de moyennes-grosses pommes rouges à croquer, assez similaires d’un arbre à l’autre. Nous avions tous l’impression que la trentaine d’arbres toujours vivants en ces lieux sont sans doute en bonne partie des ‘McIntosh’ ainsi que des ‘Cortland’. Toutefois, Roland a souligné que certaines pommes avaient de fortes similarités avec la ‘Lobo’ (couleur d’un rouge cramoisi, forme arrondie conique) – une variété qui, après vérification, n’a été commercialisée qu’à partir des années 1930. Nous avons lancé la suggestion au seul employé des lieux parmi notre groupe, Richard, que des analyses génétiques pourraient être réalisées pour identifier avec précision les variétés présentes dans ce verger patrimonial. Il en a pris bonne note, mais la décision revient à un comité de la Ville de Montréal, qui dispose des cordons de la bourse. Il doit leur avoir relayé l’information.
Des apparences de Lobo !Roland Joannin venait de nous distribuer quelques spécimens de variétés de pommes dont il est l’artisan créateur, la ‘Rosinette’ et la ‘Eureka’ !
Sur la photo : Vincent, Sandrine, Richard, Emmanuel et Roland
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Dans un second temps, une partie du groupe (Roland, Sandrine et Richard le jardinier) nous a quitté, pour d’autres obligations. Vincent, Yvan, Simone et moi avons repris la route vers le sud, en direction de Lachine, pour y gagner le verger des Soeurs de Sainte-Anne, derrière leur maison mère. Nous y avons été accueillis par Éléonore Escobar, chargée de projets en biodiversité urbaine pour le GRAME, organisme ayant soin de l’entretien minimal du verger. J’ai fait part à mes comparses des pensées qui me traversaient pour mon arrière-arrière-grand-oncle Hildège Beauregard, qui fut à l’emploi des Soeurs de Sainte-Anne à cet endroit même. Mon esprit envisageait une sorte de spectre bienveillant en notre présence, à tout le moins des traces laissées par celui que j’imagine en vieux jardinier des Soeurs, y ayant planté, greffé ou taillé leurs pommiers. Un arbre en particulier, dont les branches d’un côté portent une pommette, et l’autre moitié porte une plus grosse pomme, vraiment deux variétés distinctes. Et si Hildège était le greffeur à l’oeuvre, il y a plusieurs décennies ? Peut-être que des recherches, à mener dans les archives des sœurs de Sainte-Anne, révéleront plus de détails sur le rôle qu’il a joué, au service de cette congrégation religieuse. À défaut de quoi pour l’instant je m’amuse à lui inventer des tâches qui correspondent à mes propres passions et envies!
Toujours est-il que de la quarantaine de pommiers des lieux, la plupart avaient des fruits là aussi tombés au sol prématurément, des pommes qui avaient pas mal toutes des allures de ‘Cortland’ à nos yeux. Dans le lot toutefois, Vincent et moi avons identifié avec une grande certitude deux arbres aux pommes de type Russet, dont l’une au moins est sans doute une ‘Golden Russet’, peut-être les deux. D’autres fruits striés de vert sur fond rouge, d’un pommier enraciné quelques mètres plus loin, avaient les traits d’une ‘St-Laurent’. Il faudrait revenir étudier tout cela plus tôt, la saison prochaine, voire y retourner pendant quelques années, question d’avoir la chance de bien observer les caractéristiques de toutes les variétés, et d’en identifier un maximum avec certitude. L’avenue des tests génétiques n’est pas non plus à écarter, mais elle demande un budget conséquent.
Aperçu des vestiges du verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. 16 septembre 2024.
Ce fut une magnifique journée, à investiguer des vergers patrimoniaux peu fréquentés. Je savoure encore la chance d’avoir visité ces lieux désormais négligés, minimalement entretenus qui étaient autrefois richesse et nourriture d’une communauté. Le Ministère des Friches et des Pommeraies appelle de ses vœux la mise en valeur, par des résidents locaux, de ces fruits du patrimoine Montréalais.
Yvan Perreault prenait des notes, ayant même dressé un plan des lieux.Devant la chapelleLa petite bande placote, au pied du Mont-RoyalCe qu’il reste de jardins autrefois nourriciersUn immense pommettier, chargé de ses petits fruits aigres-amersPommier de variété inconnue, poussant le long du mur d’enceinteRang de pommiers anciens aux abords de la résidence des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine.Point de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnnePoint de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnnePoint de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnneEn marche !Pommier de variété inconnue, poussant le long du mur d’enceinte
Le petit groupe de passionnés de pommiers, réunis ce 16 septembre 2024 à Montréal, d’abord au verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, aux abords de l’Hôtel-Dieu.
Crédit photo : Emmanuel Beauregard votre humble ministre autoproclamé des friches et des pommeraies
Apparentée à une ‘Cortland’ si ce n’en est pas tout simplement uneVincent Renaud, collectionneur de variétés rares et anciennesLa plupart des troncs de pommiers y sont protégés par ces grillages métalliquesUn décor de communauté religieuse aux allures médiévales, à l’arrière de la chapelleAu verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. Grâce à Simone (la photographe) et d’Éléonore (à l’arrière-plan), Vincent, Yvan et Emmanuel ont pu avoir accès à ce qui reste de ce vénérable verger, empli de mystères.
Le Ministère offre à son lectorat la liste des 109 variétés de pommes expérimentées à l’Institut agricole d’Oka vers 1907, dans les images ci-jointes, pages tirées du livre du Père Louis-Marie publié à l’occasion du 50e anniversaire de l’école en 1943.
En consultant divers ouvrages et pages web de référence :
– « Les pommes de chez nous » de Shahrokh Khanizadeh et Johanne Cousineau, Agriculture et Agroalimentaire Canada, 1998
– « Apples and the art of detection » de John Bunker, 2019
– « Apples of North America » de Tom Burford, 2013
– « Apples of uncommon character » de Rowan Jacobsen, 2014
– « The Complete Encyclopedia of Apples » de Andrew Mikolajksi, 2012
– « Pommiers à cidre – variétés de France » de J.M. Boré et J. Fleckinger, INRA, 1997
j’ai pu trouver de l’information sur à peu près les 2/3 des variétés de la liste d’Oka.
Je n’ai toutefois su trouver de référence pour 31 d’entre elles. ‘Bellefontaine’, ‘Gipsy Girl’, ‘Good Peasant’, ‘Long Arcade’, ‘Blink Bonny’, ‘Saint-Antoine’, ‘Aigrin rouge’, ‘Besnard’ et ‘Madame Granger’ en sont quelques exemples.
Plusieurs de celles-ci sont des variétés ancestrales américaines (Northern Spy’, ‘Newton Pippin’, ‘Grime’s Golden’, etc.), Russes (‘Antonovka’, ‘Astrakan rouge’ et blanche, ‘Duchesse d’Oldenburg’, ‘Tetofsky’ et autres) ou Françaises (‘Api’, ‘Argile grise’, ‘Fenouillet gris’, ‘Fréquin rouge’, etc.). Un nombre important de ces variétés patrimoniales est de nouveau disponible en pépinières spécialisées grâce au travail d’explorateurs fruitiers chevronnés qui les ont retrouvées, collectionnées et les multiplient toujours, en ce premier quart du XXIe siècle.
En ce qui concerne les pommes à cidre, l’ouvrage de référence de Jean-Michel Boré et Jean Fleckinger s’est avéré sans surprise le plus utile, comme les variétés expérimentées dans la pépinière des Trappistes étaient essentiellement originaires de France. On peut y lire les fiches de description pomologique de 16 des variétés du lot. Voyez en guise d’exemple (dans les images ci-jointes) celle de la ‘Binet gris’, une douce amère obtenue de semis en 1868 par M. Legrand, pépiniériste à Yvetot en Normandie.
Trois autres des variétés à cidre testées à Oka (‘Belle de Pontoise’, ‘Gros Fréquin’, ‘Gros Vert’), sans avoir une fiche descriptive consacrée, se trouvent à l’Annexe 3, dans la liste de variétés prospectées dans les vergers de France entre 1949 et 1970.
Il y a 7 variétés qui me demeurent sans référence :
– ‘Aigrin rouge’ : C’est un nom générique. Un « aigrin » (un terme qu’on n’entend plus guère) c’est « un sujet de pommier ou de poirier provenant des pepins d’un fruit sauvage ou d’un fruit à cidre, en un mot d’un fruit aigre. […] Comme il a ordinairement une belle tige, on le réserve dans les pépinières pour le greffer […] On croit généralement, en agissant ainsi, obtenir des arbres d’une plus longue durée. […] Les égrains sont fort recherchés comme sujets, et souvent, dans les pépinières, ils se vendent autant ou plus que les arbres greffés. » – Larousse, 1866.
– ‘Alleuds’ : C’est le nom d’une commune française. Leur page web indique qu' »à l’époque féodale, le nom « des Alleuds » signifiait qu’un domaine était libre, c’est-à-dire exempt de droits seigneuriaux. Au Xe siècle, le comte d’Anjou donne la terre des Alleuds aux moines de l’Abbaye Saint-Aubin d’Angers qui l’ont conservée jusqu’à la révolution. » Des moines de l’ordre de Saint-Benoît, dont les cisterciens (Trappistes) suivent on ne peut plus fidèlement la règle… il y a des liens à creuser peut-être …
– ‘Belle d’Angers’ : Angers, c’est juste à côté d’Alleuds, au coeur du pays de la Loire.
– ‘Besnard’ : Dans l’Almanach du pommier & du cidre de Roger de La Borde (1898) il est question d’un système de pulvérisateur « Besnard » pour arbres fruitiers, réputé efficace et populaire à l’époque. En fait, Besnard est aussi le nom d’une pépinière, mais de fondation récente… des recherches plus poussées pourraient être réalisées.
– ‘Généreuse de Vitry’ : plus de recherches à mener … il y a des variétés qui portent le nom Vitry (commune Française), dont la Reinette grise de Vitry.
– ‘Madame Granger’ : bien que le site pomologie.com, dans sa liste de près de 10 000 variétés, compte une ‘Madame Bertrand’ et une ‘madame patureaux’, nulle trace de la Granger et des caractéristiques de ses pommes.
– ‘Rouge amère’ : Un nom on ne peut plus générique qui n’aide en rien à identifier sa provenance, son histoire. Son amertume la classait comme une potentielle pomme à cidre, mais avait-elle la chair rouge, ou seulement la peau ? Nous n’en savons rien.
En plus des « Belle » de quelque part, des mots clés qui reviennent souvent dans les noms de variétés à cidre Françaises : Amère, Douce, Doux, Fréquin, Reine ou Reinette, Peau de ci, Peau de ça, Saint-Chose et Saint-Chouette et j’en passe, sans oublier les couleurs en teintes de pommes telles que Blanc, Jaune, Rouge ou Rousse…
Et maintenant, certain.es comme moi se demandent, resterait-il des reliques d’anciens vergers, sur le site de l’ancien Institut agricole d’Oka (devenu école secondaire), où l’on pourrait retrouver des arbres ces fruits aux noms qui font rêver ? Hélas, il semble qu’il ne reste plus rien de cet âge d’or de la recherche pomologique sur la rive nord du St-Laurent … sinon peut-être quelques aigrins de bords de champs ? Des sauvageons poussés d’on ne sait quels pépins …
Comment faire revivre cet esprit d’aventure, de recherche de variétés de pommes adaptées à nos climats nordiques ?
Des pépiniéristes y participent. Les moines Trappistes pourraient aussi être de nouveau impliqués… la suite à lire ici prochainement.
On m’a invité à participer au Podcast « Les Prods » de la fédération régionale de l’Union des Producteurs Agricoles de Lanaudière (FUPAL) pour un épisode hors-série à propos de la pomologie.
J’ai accepté, en faisant des clins d’œil à mes parents, et affirmé mes convictions, par le choix du mot « paysan » pour parler de mes origines, de la ferme où j’ai grandi et où je m’établi.
Ce fut une première expérience d’entrevue de type « radiophonique », avec micro et casque d’écoute. Une autre occasion inespérée de parler de mes activités pomologiques, de ma vision des pommes sauvages en cidrerie, dans Lanaudière.
Étourdi par tout ce que je voulais dire en peu de temps, j’en perdais mes mots … La réalisatrice s’est bien débrouillée pour faire tenir le tout ensemble, grâce à la magie du montage.
J’ai oublié de parler du rôle fondamental que joue la faune (sauvages, mammifères comme oiseaux, et ceux de ferme aussi, tels vaches et chevaux) dans la dissémination des pépins de pommes, qui s’ensauvagent sur le territoire. Ce qu’on appelle la féralité : le propre des échappé.es de culture ou d’élevage, plantes ou animaux qui s’affranchissent de la domestication humaine.
Je n’ai pas non plus souligné l’importance des espaces non-cultivés, telles les friches, havres de biodiversité ou la nature reprend ses droits. Rien dit non plus de l’aspect primordial des corridors écologiques ou la faune peut circuler, vivre tout simplement; ces habitats qui ont été détruits par les réaménagements du territoire au bénéfice de l’industrialisation de l’agriculture.
Je plaide qu’il faut d’urgence laisser place au non aménagé, au sauvage, pour sauver la biodiversité dont nous faisons partie !
Il y a indéniablement quelque chose qui se passe dans la région autour de cette ressource fantastique trop longtemps négligée, sauf par quelques rares paysans avant-gardistes, voire anarcho-terroiristes !
La collection de pommiers de variétés du terroir local (à quelques exceptions près) débourre depuis une dizaine de jours ! Toute ma reconnaissance va à Roland Joannin pour son expertise de greffeur et son précieux don de 100 porte-greffes M111, en soutien aux recherches & développements du Ministère des Friches et des Pommeraies.
Dans ma pépinière se retrouvent, pour lancer ce projet à long terme de verger-conservatoire, 43 variétés (en moyenne 2 exemplaires de chacune) issues de pommiers sauvages et anciens de Sainte-Mélanie et Saint-Ambroise. Les scions greffés ont été collectés en mars, greffés à la mi-avril et transplantés à la mi-mai.
Sur une planche voisine, se trouve la trentaine de petits pommiers ‘Antonovka’, partis de pépins semés en contenants multicellules il y a un an. Transplantés en 1 rang l’automne dernier, ils semblent tous assez bien aller, avec leurs feuilles et pousses en devenir. Dans le futur, certains se feront couper la tête, pour devenir porte-greffes, et d’autres seront laissés à eux-mêmes, libres d’exprimer leur propres fruits.
Les quatre pommiers du Kazakhstan (Malus Sieversii), issus de semis et âgés de 3-4 ans, resteront francs, et révéleront des pommes aux saveurs inédites, encore inconnues. En plus de quoi Éric de Lorimier, pépiniériste et sélectionneur de variétés fruitières depuis belle lurette dans la région, m’a également fait un formidable cadeau : des surplus de greffons de Malus Sieversii ! Une dizaine de souches différentes que je me suis empressé de greffer sur des sauvageons vigoureux et fructifères, à quelques endroits sur la ferme. Des branches raboutées avec des variétés de pommes issues du bassin génétique Kazakh, une espèce de retour aux sources sur ces sauvageons locaux, qui ont également d’autres gènes dans leur ADN.
Le week-end dernier, Christian Breton, propriétaire du Verger des Coteaux de Kildare sur le rang du Pied-de-la-Montagne de Sainte-Marcelline (autre amoureux de ses pommiers sauvages !), m’a offert 10 petits pommiers issus de semis de pépins provenant de ses arbres. Ces petits pommiers mystères ont été transplantés en plein sol le soir-même avec le reste de ma collection naissante.
Oh vivement les aventures à long terme du côté des Malus, le long (et en large !) d’un piémont de terroirs et de découvertes, suivant et semant ce fruit qui se mange et se boit de toutes façons, dans la générosité de ces arbres indépendants et rustiques, symboles de connaissance et de santé, qui en plus favorisent les échanges et les rencontres !
Après notre rencontre à St-Joseph-du-Lac en septembre dernier, Roland Joannin et moi avions convenu de nous retrouver au printemps en ce haut-lieu de la pomiculture au Québec.
Vendredi Saint de mi-avril. Tandis que j’arrivais au « pays de la pomme » (dixit le panneau d’accueil de la municipalité), j’ai perçu un jeu de mots pomologique dans les directives de la voix de Googlemaps : « Tournez sur la Rue Binette »! Il faut savoir que la Rubinette est une variété de pommes développée en Suisse, mais à ne pas confondre avec la Rosinette, l’une de celles créées par Roland sur le piémont Laurentien!
Dans un élan de générosité (donnant au suivant, comme il a reçu de ses mentors à ses débuts), il m’avait invité à le retrouver avec mes scions, collectés en mars et avril sur les spécimens anciens ou sauvages qui se sont mérités cette année ma sélection. L’arboriculteur-hybrideur de renom m’a fait don d’une centaine de porte-greffes, réservés pour mes greffons. À ma demande, il a commandé des MM111. Ceux-ci ont le potentiel d’atteindre près de 80% des dimensions d’un arbre franc (semis), ainsi qu’une perspective de longévité d’un siècle et plus, à la différence de porte-greffes nains ou semi-nains qui, bien que portant à fruits plus rapidement, ne vivent que le temps d’une seule génération.
En contrepartie pour son formidable cadeau, et suivant ses voeux, je me suis fait le transporteur du bois de greffe du sauvageon aux pommettes à chair rouge, découvert dans une friche de Saint-Ambroise-de-Kildare. Je lui ai également partagé des scions de pommiers dont les fruits présentent passablement d’amertume, ce qui peut présenter un intérêt en cidrerie.
L’activité a eu lieu dans un garage, chez un producteur de pommes, où étaient de passage d’autres producteurs de pommes de la place, et le cueilleur de sauvageonnes que je suis. Je suis débarqué là avec tout mon bois récolté de l’année, provenant d’une presque cinquantaine de pommiers.
Quelques deux heures durant, triant les meilleurs scions, pour m’aider, l’artisan a oeuvré, avec sa machine à greffer, tandis que j’écrivais mes codes secrets sur les étiquettes, réceptionnait les arbres assemblés, les trempait brièvement dans la cire chaude, et un peu plus longtemps dans l’eau tiède, avant de les ficeler ensemble par variétés pour finalement les mettre dans les chaudières de sable humide qui les attendaient.
Suis revenu avec 100 bébés qui sont de passage dans la chambre froide, et qui attendent le temps doux pour étirer leurs racines dans le loam sableux d’un jardin fruitier.
C’est le début d’une collection, en mode pépinière pour un an ou deux, avant de devenir les premiers arbres d’un verger-conservatoire des variétés anciennes et locales, du terroir régional Lanaudois. L’enquête, les recherches et développements du Ministère des Friches et des Pommeraies sont (sous ce nom et/ou d’autres à venir) sont assurément portés sur le long terme, aux rythmes des saisons.
À la fin mars, en compagnie d’Yvan Perreault, j’ai regagné les friches voisines de son verger d’arbres à noix, sur le rang Kildare de Saint-Ambroise. Nous avons retrouvé l’arbrisseau dont les pommettes à chair rouge avaient fait grande impression suite à leur découverte par Yvan et moi en août dernier. J’ai prélevé de futurs greffons sur l’arbre, tout comme sur deux autres pommiers issus de pépins, dont les fruits furent jugés dignes d’intérêt lors de l’activité de dégustation de pommes sauvages organisée en septembre par l’enthousiaste collaborateur du Ministère qu’est Yvan.
Je me suis ensuite rendu à l’Écoferme S.E.N.C., dans le même secteur, où se trouvent 12 pommiers centenaires. J’y ai prélevé du matériel de reproduction (non sexuée) sur chacun des arbres. (Une autre publication viendra au sujet de cet ancien verger domestique comptant de magnifiques survivants productifs)
Le dimanche suivant, j’ai entrepris de faire de même avec les pommiers du terrain de la Fabrique, en la même municipalité de Saint-Ambroise-de-Kildare (SAK). Il y avait amplement de drageons sur les 2-3 survivants d’un siècle révolu, restants d’un verger de couvent, plantés et cultivés autrefois par les soins des Soeurs de Sainte-Anne ?
Une communauté religieuse qui, dit-on, fut fort appréciée dans la paroisse, depuis son installation en 1855 jusqu’à leur départ en 1969.
Activiste locale pour la préservation du patrimoine à l’échelle municipale, Mme Johanne Saulnier m’a prêté main forte en immortalisant ce moment.
Les greffons ont été enrobés d’essui-tout humecté puis ensachés dans des sacs en plastique refermables, en ayant bien identifié les variétés, leur lieu de récolte et la date. Ils furent conservés ainsi quelques semaines au frigo, jusqu’au moment de leur greffe.