Catégories
Album photos Cueillette

Quelques pommes cueillies en 2024

Un aperçu des pommes cueillies par mes soins durant cette saison 2024, dont je n’ai à ce jour donné que peu de nouvelles.

D’autres albums suivront pour couvrir en images les tâches de mon automne pomologique. Des photos des pommiers, de mes jours de cueillette, de la chambre froide où les fruits furent entreposés, d’heures de presse et d’extraction de jus, tout comme de production de cidre et d’une visite d’experts à Montréal …

27 novembre 2024

Catégories
Dégustations Projets et collaborations

Marché public La Récolte de Rawdon – presse publique de pommes

Samedi prochain, le 14 septembre, en remplacement de l’ami Fred Brabant du Jardin des passionnées, je serai au Dernier Marché public La Récolte | Atelier pressage de pommes à Rawdon. J’aurai la chance et le plaisir d’y animer l’atelier de presse de pommes, en public, et d’offrir du jus frais à la clientèle et aux exposants du marché !

Les pommes pressées (sauvages, non traitées) seront issues de mes récoltes de la semaine, à travers les pommeraies de Lanaudière !

Venez y faire un tour, entre 10h et 14h; on pressera du bon jus 100% local, offert gratuitement !

12 septembre 2024

Catégories
Bretagne Cidre Projets et collaborations Voyages

LA RÉGION DE LANAUDIÈRE REPRÉSENTÉE AU 111e CONCOURS DE CIDRE DE FOUESNANT, EN BRETAGNE

Il y a peu, je cherchais une personne pour livrer un précieux colis jusqu’à Québec… De quoi s’agissait-il donc ?

Eh bien, celles et ceux qui ont suivi mes publications printanières savent que j’ai séjourné quelques semaines en Bretagne cet hiver. L’objet de ma visite était notamment de visiter plusieurs cidreries, question de me laisser inspirer par les savoir-faire cidricoles de Cornouaille.

Mon guide dans ce pays de cidres, Mark Gleonec, m’avait mentionné la tenue du 111e concours de cidre de Fouesnant, à l’été 2024. Il s’agit du plus ancien concours de cidre au monde, lequel comporte chaque année deux catégories de participants, tous producteurs de cidres des terroirs du Finistère : professionnels et amateurs.

Cette année, exceptionnellement, une nouvelle catégorie s’ajoute au concours : des cidriers amateurs d’autres terroirs de la planète !

https://www.111econcoursdecidre.com

C’est ainsi qu’en mai j’ai reçu un courriel de Claude Jolicoeur, « notre » (il est québécois) expert international du cidre, m’invitant à faire parvenir des bouteilles lanaudoises à ce concours !

Jolicoeur y sera l’un des juges, et s’est offert pour transporter quelques bouteilles d’amateurs du Québec. J’étais prêt à contacter tous mes comparses cidriers amateurs de Lanaudière pour collecter des bouteilles de leurs meilleures cuvées. Toutefois, vu l’espace limité dans la soute à bagages, et lors du concours en tant que tel, j’ai dû restreindre la sélection à seulement deux bouteilles : l’une des miennes ainsi qu’une bouteille d’Éric Hébert. Ce dernier, cidrier amateur le plus expérimenté de Lanaudière (depuis plus de 35 ans !), était l’hôte de la « Grande dégustation de pommes sauvages à potentiel cidricole » que j’organisais l’automne dernier, chez lui à St-Jean-de-Matha. Notre rencontre avec Claude Jolicoeur et Mark Gleonec nous a ouvert cette formidable porte, ce privilège !

Bouteille d’Éric Hébert, artisan cidrier de Saint-Jean-de-Matha.

Du Québec, en plus des nôtres et de l’une de ses propres bouteilles, Jolicoeur s’est chargé de transporter une bouteille de Louis Gauthier, un cidrier gaspésien qui anime avec ses collègues une sérieuse démarche de sélection de pommes sauvages à fort potentiel cidricole.

Merci à l’amie Mylène Samson, mon ex belle-soeur, et ex belle-fille d’Éric Hébert (!) qui s’est chargée de transporter nos précieuses bouteilles « de compétition » jusqu’à Claude Jolicoeur, dans la ville de Québec. Claude et son épouse Banou ont pris l’avion en direction de Paris le 14 juillet avec les bouteilles dans leurs bagages, et les voilà sans doute aujourd’hui arrivés sur les rivages du cidre de Cornouaille, au bout de la pointe de Bretagne.

Le concours se tiendra dans quelques jours seulement : le week-end prochain (19 et 20 juillet). Bien que ma participation soit sans la moindre prétention, ni aucune attente, je vous tiendrai bien sûr au courant des résultats et impressions suscitées par nos cidres de pommes sauvages lanaudoises !

PS – Les photos ci-bas donnent à voir ma bouteille, ainsi que celle d’Éric Hébert.

16 juillet 2024

Catégories
Histoire Projets et collaborations

LES POMMIERS DES MOINES TRAPPISTES #5

L’histoire inédite d’un ancien verger et d’une pommeraie sauvage au pied de la Montagne Coupée

La zone entourée de rouge, à l’arrière, représente l’emplacement approximatif de l’ancien verger d’Albert Desrosiers, sur la pente qui mène au Magasin de l’Abbaye 
(en jaune).

La grande section entourée de rouge, dans le bas de la photo aérienne, indique l’emplacement de la vaste pommeraie sauvage.

Dans le précédent texte de cette série, je concluais en appelant à l’aide pour élucider l’histoire de la pommeraie sauvage sur les terres de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Où était le verger d’origine, qui l’avait cultivé, à quelle époque, et quelles variétés ?

François Desrosiers, citoyen de Saint-Jean-de-Matha, et d’une vieille famille de la place, m’est venu en renfort. Grâce à ses connexions familiales (en particulier son oncle Marcel Desrosiers, passionné d’histoire et de généalogie), nous avons appris les grandes lignes de l’histoire de ces pommiers, leur origine enracinée dans leur famille.

Solidaire de la démarche, le Père Abbé, André Barbeau, m’a de son côté partagé les coordonnées de Martine Gadoury et Denis Vincent, propriétaires du centre de ski de fond de la Montagne Coupée entre 1987 et 2009. J’ai pu m’entretenir avec Mme Gadoury, ravie par mes démarches historiennes autour de ces pommiers et de ce lieu chargé d’événements, de patrimoine et cher à son coeur. Elle appelle de ses vœux de plus vastes recherches à propos de toute l’histoire de la Montagne Coupée.

Martine m’a mis en lien avec son cousin Pierre-Michel Gadoury, un historien amateur local, habitant la plus vieille maison de St-Jean-de-Matha. Passionné de patrimoine, il est l’un des fondateurs des « Compagnons de Louis Cyr », l’OBNL qui a mis sur pied et qui administre le musée de la Maison Louis Cyr, au centre du village. Nous avons regardé ensemble de vieilles cartes qu’il possède, représentant l’ancien cadastre du territoire de Saint-Jean-de-Matha. Il m’a indiqué un endroit sur le rang (sur le dernier faux plat de la descente avant d’arriver à l’Abbaye), un lot d’un arpent et demi de large, où a déjà existé une maison, sans doute toute une ferme, aujourd’hui disparue du paysage.

J’ai fouillé le Registre Foncier du Québec pour découvrir les chaînes de titres (listes des propriétaires qui se sont succédé) pour certains lots du chemin de la Montagne Coupée (qui était anciennement la section Ouest du rang St-Léon).

Ce fut une palpitante petite enquête, menée sur quelques mois.

Sans plus tarder, à la lumière des informations cumulées à ce jour, voici révélée la petite histoire des pommiers qui furent implantés au pied de la Montagne Coupée au siècle dernier jusqu’à ceux existant aujourd’hui. Toutes nouvelles informations, détails ou précisions sont toujours bienvenus !

***

Quelque part entre son établissement en 1917 et son décès en 1937, le cultivateur Albert Desrosiers (arrière-arrière-grand-père de François, qui a mené les recherches initiales) et son épouse Maria (Marie Anne) St-Georges implantent un verger de pommiers sur leur ferme. Ferme située sur ce rang alors baptisé St-Léon Ouest, de la Paroisse de St-Jean-de-Matha, au pied du « Mont Coupé » (selon la vieille appellation). Cette famille paysanne canadienne-française est établie sur un lot de terre (le no 17) déjà partiellement défrichée et rendue cultivable par les premiers colons, ceux de la seconde moitié du XIXe siècle, des Charbonneau et Durand qui les ont précédés.

La maison ancestrale Desrosiers est toujours là, au 200 Chemin de la Montagne Coupée. Elle est devenue depuis quelques années la «Maison des Forestibles de l’Abbaye», lieu de conditionnement de plantes et champignons sauvages comestibles cueillis sur le domaine appartenant aux moines Trappistes depuis 2009.

Suivant le décès d’Albert Desrosiers en 1937, vers l’âge de 56 ans, c’est son gendre Donat Gadoury, marié à sa fille Léona en 1930, qui reprend les rênes de la ferme. La famille de Donat, autre célèbre homme fort Mathalois, y demeure jusqu’en 1944. La terre familiale est alors vendue à Ange Albert Gravel, qui l’exploite jusqu’en 1958. La terre passe ensuite entre les mains de Louis Paul Nadeau, qui en est le propriétaire entre 1959 et 1972. Cette année-là, le fonds de terre revient en possession d’une lignée de Gadoury, quand Réjean et son épouse Simone Laporte en font l’acquisition. Durant la décennie 1970, ils mettent en place et opèrent un centre de ski de fond, une auberge, une boîte à chanson, (à l’existence brève, le temps de deux saisons 1972-1973), des écuries, etc. La Montagne Coupée devient à cette époque un haut lieu du tourisme, mais aussi de rassemblement culturel, dans Lanaudière. Félix Leclerc y est passé, et c’est là notamment que La Bottine Souriante a offert son premier spectacle. Y paraît que les environs, à cette époque, sentaient parfois très fort la «bourrure de boggey» (une vieille expression locale pour parler du cannabis) !

Tout ce temps, les pommiers d’Albert et Maria ont grandi, partie intégrante du décor. Ces arbres ont, des décennies durant, chaque année, rempli les corbeilles de fruits, nourri des générations de Mathalois.e.s. Sur la légère pente qui part désormais d’un stationnement et qui monte jusqu’au Magasin de l’Abbaye, il étaient encore fièrement debout en décembre 1978, lorsqu’un photographe de La Presse, Paul-Henri Talbot, passe par là pour un reportage sur le centre de ski et en croque le souvenir pour la postérité. Les derniers vénérables survivants auraient été abattus durant les années 1980, possiblement par Armand Gadoury, frère de Réjean. Pierre-Michel Gadoury pense que son père Armand, plus manuel que Réjean, a pu manier la scie mécanique pour commettre ces destructions du patrimoine pomicole, rasant les derniers pommiers plantés par les aïeux. Il dit que c’était son style, malheureusement insensible à la préservation du patrimoine.

Pistes de ski de fond de la Montagne Coupée, à travers les pommiers.

La Presse, 27 décembre 1978.
Photographe : Paul-Henri Talbot

***

Or, la pommeraie actuelle du domaine de l’Abbaye Val-Notre-Dame, avec une population dense de centaines de pommiers, est à environ 700 mètres de là. Entre l’emplacement du verger historique d’Albert Desrosiers et la « forêt de pommiers sauvages », on doit aujourd’hui traverser une plantation de conifères ainsi qu’une section de forêt mixte et déboucher sur un majestueux vallon au pied de la Montagne Coupée.

À première vue, il était difficile d’imaginer qu’elle puisse provenir de l’ancien verger d’Albert.

La pommeraie sauvage se trouve vers le centre de la photo.
Crédit photo : Emmanuel Beauregard, mars 2024

L’endroit où ont poussé des centaines de pommiers sauvages correspond plutôt aux anciens lots 9 et 10. Pierre-Michel s’est fait raconter qu’il y avait autrefois une famille établie, une demeure aujourd’hui disparue. L’hypothèse a germé que ce puisse être un ancien verger également disparu, planté par une famille ayant habité ces parcelles vers le milieu du XXe siècle, qui soit l’ancêtre de l’actuelle pommeraie sauvage. Pommeraie dont l’apparition progressive doit dater des années 1960-1970, l’âge estimé des plus vieux pommiers étant de 50-60 ans.

Toutefois, c’est la rencontre de Mme Linda Desrosiers (arrière-petite-fille d’Albert), laquelle habite depuis toujours dans le voisinage de l’Abbaye, qui fut déterminante afin de découvrir l’origine de la pommeraie.

En effet, en lui décrivant l’emplacement, parcouru par un ruisseau, Linda se souvient que dans son enfance (dans les années 1960 et début 70), avec toute la bande de joyeux « mayais » (jeunes), cousins et cousines pour la plupart, des Desrosiers et Gadoury, ils s’y rendaient pour pêcher de la «petite truite », qui remontait alors de la rivière l’Assomption, en aval, jusque dans ce petit affluent. Ils partaient des habitations cordées le long du rang, pour se rendre en gang jusqu’au bout des terres familiales, non sans passer à travers le verger d’Albert et Maria et s’y chaparder quelques bonnes pommes en guise de collation pour les heures à venir. Linda Desrosiers se souvient très bien de cela, des détails de leurs cannes à pêche rustiques, tout comme d’avoir lancé nombre de trognons de pommes à bout de bras dans ce secteur, après les avoir croquées. La marmaille était nombreuse et les excursions de pêche dans le ruisseau furent nombreuses, des années durant. À ses dires, à l’époque, il n’y avait pas un pommier là, voire presque pas un arbre, les foins étant fauchés jusqu’aux abords du ruisseau. Au fil des décennies, la superficie de la prairie a rétréci. Des zones au dénivelé plus important furent laissées en friches, tels les rives de ruisseaux, les coulées. Des pépins ont germé, de ces pommes transportées par les jeunes pêcheurs de naguère, aidés ensuite d’une panoplie d’animaux sauvages friands de ces fruits juteux et généralement sucrés.

Aperçu d’une section de la pommeraie sauvage de l’Abbaye, mars 2024.

Quel bonheur de découvrir de nos jours ces centaines d’arbres matures, laissés à eux-mêmes pendant des décennies, sans autre intervention humaine, portant des variétés uniques de pommes qui n’ont pas encore été baptisées. Les explorateurs fruitiers qui ont investi le site ne manquent pas d’idées pour mettre en valeur la «Pommeraie du ruisseau» ou le «Verger de la P’tite Truite» (je rigole, le nom officiel n’est pas encore arrêté). Sans blague, parmi les pommes championnes, il devrait selon nous y avoir, parmi d’autres, une «Gadoury», une «Albert Desrosiers» et une «Douce-amère de l’Abbaye».

Opération de taille des pommiers sauvages, mars 2024.

Souhaitons que l’histoire des pommes d’Albert continue à s’écrire, poétique, étonnante et savoureuse !

Grande reconnaissance à tous mes informateurs et informatrices !

Emmanuel Beauregard

technicien agricole, pomologiste chercheur
cueilleur de pommes sauvages et de variétés anciennes
historien amateur de la pomiculture dans Lanaudière

27 avril 2024

Catégories
Bretagne Cidre Histoire Pomologie Rencontres Voyages

EN VOITURE AVEC L’ULTIME ÉRUDIT DU CIDRE DE SON PAYS

Éléments d’une heureuse aventure

belle et cidricole virée Bretonne

qui, malgré l’hiver et sa froidure

n’avait vraiment rien d’monotone !

Vous verrez, j’y ai eu ben du fun 🙂

***

Rencontré en personne lors de la “Grande dégustation de pommes sauvages” lanaudoises que j’organisais à Saint-Jean-de-Matha l’automne dernier et où j’avais invité l’expert Claude Jolicoeur,

son vieil ami Mark Gleonec – autre jeune septuagénaire retraité, passionné de pommes à cidre et auteur, grand connaisseur, communicateur passionné du cidre de Cornouaille lui –
m’avait signalé que si je retournais en Bretagne y visiter des cidreries,
il pourrait être mon guide dans son pays.

Vous comprendrez que je lui ai rapidement fait part de mon projet d’hiver, auquel il assura vite sa collaboration, à travers ses nombreux autres engagements et projets personnels.

À 71 ans, l’ancien président du CIDREFF (Comité cidricole de développement et de recherche fouesnantais et finistérien) – poste qu’il a occupé pendant huit ans, et dont la relève est bien assurée – offre toujours le “service après-vente”, comme il dit. Il demeure un proche conseiller du syndicat en plus de continuer à représenter le CIDREFF et l’AOP Cornouaille (seul cidre d’origine protégée en Bretagne) à l’international. Né au début des années 1950 à Fouesnant, Gleonec s’amure à dire qu’il a grandi entre deux barriques. En 1993, il publiait le “Guide du Cidre de Cornouaille – Histoire, Fabrication, Pommes, Dégustation”. Collecteur d’histoires sur le pommage de son pays et conteur, il anime diverses activités autour des traditions cidricoles et des variétés de pommes du Werje Bras (Grand Verger) Fouesnantais. En 2012, après des années d’enquête et de collecte, il publie à compte d’auteur un recueil d’histoires récoltées en Cornouaille et intitulé « Contes et histoires du pays du cidre ». De la même manière, son ouvrage réalisé de longue haleine et documentant les variétés de pommes à cidre de Cornouaille est publié en 2019, aux éditions Solus Locus, en Bretagne.

Sa notoriété est universelle dans le petit monde du cidre de cette région; en témoigne sa participation récente (pendant mon séjour) à l’enregistrement d’une court reportage télé destiné à une émission de France 3 Breizh, pour laquelle Mark a été chargé de trouver le cidrier participant, tout comme de parler en Breton pour en narrer des segments.

Le CIDREFF est un syndicat réunissant les 14 cidreries de la Route du cidre en Cornouaille. En plus de ces professionnels, dont la production de cidre (ainsi que la culture des pommes à cidre) est le métier, ce syndicat compte aussi parmi ses membres des amateurs, qui produisent du cidre à petite échelle, à des fins domestiques. Il y a, dans certains concours de cidres (en France comme aux USA), une catégorie « Amateurs » à laquelle ceux ou celles-ci peuvent participer. Certains amateurs pratiquent l’art du cidre depuis des années, sont appliqués dans leurs méthodes et produisent des résultats de grande qualité. Le concours de cidre de Fouesnant en sera à sa 111e édition en 2024 !

Véritable moulin à paroles, Mark a été d’une grande générosité, m’accordant quatre après-midi de son agenda débordé, question de me faire visiter ses meilleures adresses. Il m’a accompagné (que dis-je ! Il a été mon chauffeur-conteur particulier, venant me prendre et reconduire chaque fois à la porte de mes hôtes, les Guillou de St-Evarzec, à la limite de Saint-Yvi) pour la visite de cinq cidreries, dans lesquelles il a partout ses entrées. Faut dire qu’il habite à la Forêt Fouesnant, à seulement 5 ou 6 kilomètres d’Enez Raden.

En “invité de marque”, Mark m’a fait visiter les parcelles du verger conservatoire de Penfoulic, qui ne sont pas ouvertes au grand public, sinon que pendant la “Fête de la pomme”, une fois par année, à la fin d’octobre. Nous avons parcouru la parcelle d’une soixantaine de pommiers “à couteau” (de pommes à croquer, ou cuisiner) et celui comprenant une cinquantaine de variétés de pommes à cidre typiquement locales. Bon, la saison ne m’a pas permis de voir et goûter les pommes, mais le conteur a su me transmettre différentes histoires à propos de variétés du terroir finistérien. Arbres greffés à raison d’environ deux exemplaires par variété, dont l’entretien est assuré par des employés de la commune (ville) de Fouesnant. Il m’a montré les locaux dédiés à la jeune association pomologique de Penfoulic, prêtés par le Conservatoire du Littoral, organisme propriétaire du terrain où sont plantés les vergers conservatoires et où paissent également en toute tranquillité quelques poneys.

Il m’a expliqué la mise en place de l’Appellation d’Origine Contrôlée pour certains cidres de Cornouaille, concrétisée en 1996. Il s’agit de la seule AOP dans le cidre en Bretagne, tandis que la Normandie, région voisine, en compte deux (AOP Cidre Pays d’Auge et AOP Cotentin), en plus d’une autre pour le poiré Domfrontais. Reste qu’il n’y a rien d’aussi typique, unique, que les imparables cidres doux-amers de Cornouaille, issus d’un pommage et d’un terroir particuliers.

Mark m’a également conduit par des chemins de travers, en de petites excursions, question de me donner à voir, raconter et faire ressentir certains lieux enchanteurs, ballades parsemées d’anecdotes sur sa jeunesse dorée, l’Histoire bretonne ou ses contacts sur la Planète Cidre. Que demander de mieux ?

À l’est de Fouesnant, suivant le plus creux des chemins creux que j’aie connu, en roulant jusqu’au bout du chemin de la digue à Penfoulic, face à l’Anse du même nom, avec vue sur le Cap Coz, devant le Golfe de Gascogne. C’est là, juste avant la digue, poussant dans une zone enherbée et caillouteuse, que je l’ai reconnu, compagnon de mes voyageries : un petit pommier sauvage, tordu, à plusieurs troncs concurrents entortillés, avec ses éperons retors et nombreux. Gleonec a d’abord cru voir une aubépine, mais perspicace, je l’ai assuré qu’il s’agissait bien d’un Malus, pommier issu d’un semis de hasard. Mark a plus tard laissé entendre qu’il s’assurerait que l’arbre soit protégé, et qu’un jour peut-être ses fruits porteront mon nom (Beauregard), traduit en Breton par quelque chose comme “Selladenn kaer” (beau regard, ou belle vue/vision). Ça me serait bien entendu un grand honneur !

Entre deux visites de cidreries, on fait un p’tit détour par le Cale de Rosselien, à Plomelin, tout près du Château de Kerambleiz. Nous avons emprunté une descente vers la rivière l’Odet, où l’on a croisé, aux abords d’un ruisseau, un antique moulin à aube, de nouveau fonctionnel, car entièrement restauré en 2020 – bénéficiant de financements visant à assurer la souveraineté alimentaire du territoire.

Je me sentais drôlement privilégié d’être guidé et de me faire ouvrir de nombreuses portes par celui qui connaît tout le monde dans ce petit milieu du cidre en Cornouaille. En une fin d’après-midi, nous n’avons pas manqué de faire un arrêt chez lui, le temps d’un breuvage chaud et d’une viennoiserie en compagnie de son épouse, Elisabeth Le Bihan.

Par une autre fin de journée, nous sommes aussi passés, sur Concarneau, à la boutique-atelier de « Ô La butine”, l’entreprise hydromelière de son pote Sylvain Le Cras. Nous y avons eu droit à une fabuleuse dégustation de plus de 8 hydromels, sans avoir pour autant fait le tour de tous ses produits. Avec ce petit homme sympathique et convivial, l’un des champions reconnus de son art, de ceux qui excellent dans les concours internationaux, il est impossible de mettre les pieds dans son antre sans s’y accrocher les pieds pendant des heures tant il sait charmer par les descriptions de ses boissons à base de miel : simples, claires et délicates, généreuses et surprenantes.

Oh Cornouaille, tu savais boire bien avant de rencontrer Bacchus

Pays entre terre et mer, de chênes et de châtaignes, de lierres et de talus,

soufflé de vents à écorner les bœufs

Finistère, tes estrans se comptent en rias de salinité

et de remontées vers les alambics secrets et reculés,

sur des barques de nuit, à rouler des barriques

clandestines

Protégé par Morgane

terroir de bord de mer

aux pommes à cidre

douces-amères, voire

franchement amères,

à l’équilibre aromatique

inégalé, à savourer

Je repars la tête pleine d’images

de paysages de légères collines

encadrées de talus arborescents

de pommiers autrefois omniprésents

distillateurs ambulants, contrebandiers

familles paysannes qui à travers les âges

ont perpétué un héritage de savoirs-faire,

de lents et patients travaux et soins

agrémentant leur vie de cidres qui ont du corps

orangés, aussi tanniques que les labeurs de la terre

et d’une douce amertume, telle que l’est l’existence

elle-même, en ce pays de rivages et de vergers

PS – La suite très bientôt avec le détail des cidreries visitées ! 😉

15-16 février 2024

Catégories
Littérature

THOREAU SUR LES POMMES SAUVAGES – 2

Suivant sa nature paradoxale, Thoreau se fait le prophète de malheur des pommiers sauvages, annonçant leur disparition. Plus d’un siècle et demi plus tard, les ‘Malus domestica’ naturalisés en Amérique du Nord ne sont évidemment pas plus disparus des campagnes de la Nouvelle-Angleterre que de celles du Québec. Il est vrai que désormais, très rares sont ceux à planter des vergers de pommiers issus de pépins …

Voici quelques autres passages de son texte posthume « Wild apples« , publié d’abord en 1862; traduit en français et publié aux éditions Finitude (France) en 2009 :

« Il n’est pas étonnant que ces pommes, petites et hautes en couleur, soient réputées produire les meilleurs cidres. Loudon relève, dans son Herefordhisre Report que « les pommes de petite taille doivent toujours, à qualité égale, être préférées aux plus grandes, de telle sorte que la peau et le cœur équilibrent la pulpe en proportion et que les jus faibles et aqueux soient évités. »

« Il en est également qui sont parfois rouges à l’intérieur, comme imprégnées d’un beau feu, nourriture féerique, trop belles pour être mangées, pommes des Hespérides, pommes du soleil couchant!« 

« Ce serait un passe-temps plaisant que de trouver des noms appropriés aux centaines de variétés mélangées dans un simple tas à l’entrée d’un pressoir à cidre. […] Qui se proposera comme parrain au baptême des pommes sauvages ?« 

« Le temps de la Pomme Sauvage appartiendra bientôt au passé. Ce fruit disparaîtra probablement bientôt de la Nouvelle-Angleterre. Vous pouvez déjà vous promener dans de grands vergers de pommiers natifs qui, pour l’essentiel alimentaient les pressoirs à cidre et sont maintenant complètement en déclin. […] Depuis les lois de tempérance et la généralisation des arbres greffés, on ne plante plus aucun arbre natif, de ceux que je vois partout dans les pâturages abandonnés et là où les bois les ont emprisonnés. Je crains bien que celui qui marchera à travers ces champs dans un siècle d’ici ne pourra plus goûter le plaisir de faire tomber des pommes sauvages. Ah, le pauvre homme ! Il y a tant de plaisirs qu’il ne connaîtra jamais !« 

30 décembre 2023

Catégories
Littérature

THOREAU SUR LES POMMES SAUVAGES -1

Les premières pages sont en lecture libre sur le site de l’éditeur :

http://www.finitude.fr/…/Thoreau-Les-pommes-sauvages.pdf

Le poète de tout ce qui est terrestre en a beaucoup à nous remontrer en matière de radicalisme. Celui par la grâce de qui j’ai en premier lieu ressenti pour ces pommiers l’amour, et pesé tout leur symbolisme, leur intemporelle valeur.

« Quittons là les pommiers domestiques (les urbaniores, comme Pline les appelle). En toute saison, je préfère de loin me promener à travers les vieux vergers de pommiers non greffés. Ils sont plantés irrégulièrement et il arrive parfois que deux arbres se touchent. Quand aux allées, elles sont si tortueuses qu’on dirait qu’elles ont été tracées pendant le sommeil de leur propriétaires, voire même qu’il les a dessinées lors d’une crise de somnambulisme. Jamais les alignements des variétés greffées ne m’inviteront pareillement à la ballade. »

« À l’approche de mai, nous voyons apparaître de petits fourrés de pommiers tout juste éclos dans les pâturages que les troupeaux viennent de quitter […]. Un, peut-être deux, survivront à la sécheresse et autres accidents, protégés de l’envahissement de l’herbe et de certains autres dangers par le lieu même de leur naissance. »

« Selon une idée reçue, ces arbres sauvages, s’ils ne produisent pas d’eux-mêmes un fruit de valeur, sont parmi les meilleurs porte-greffes par lesquels se transmettent à la postérité les qualités les plus prisées des pommiers cultivés. Pour ce qui me concerne, je ne suis pas à la recherche de porte-greffes, mais du fruit sauvage pour ce qu’il est, celui dont la puissance féroce n’a subi aucun attendrissement. »

« Un vieux fermier de mon voisinage, qui toujours choisit le mot juste, dit que « leur goût acidulé est tendu comme une flèche sur l’arc ».

« Et si certaines de ces sauvageonnes sont âcres et nous front froncer les lèvres, n’appartiennent-elles pas malgré tout à la gent Pomaceae, éternellement sans malice et bienveillante envers notre race ? Tous mes voeux les accompagnent jusqu’au pressoir à cidre. Peut-être ne sont-elles tout simplement pas assez mûres. »

15 décembre 2023

Catégories
Projets et collaborations

UN MALTSTROM DE MOÛTS DE POMMES

Le 7 octobre, après avoir accumulé pendant un mois

dans la chambre froide de la ferme une collection de

pommes finement choisies, la plupart sauvages, glanées

de dizaines d’arbres solitaires ou de vergers d’autrefois,

dans Lanaudière – en des talles connues depuis longtemps,

découvertes cette année ou encore référées amicalement –

cueillies d’un bord à l’autre du piémont de notre région,

cette bande de transition écologique favorable aux Malus

a eu lieu le premier rendez-vous saisonnier avec Michaël,

copropriétaire et artisan brasseur en chef d’une véritable

micro-brasserie, sans intention de proportions industrielles :

Malstrom, sise à Notre-Dame-des-Prairies, avec qui j’ai collaboré

pour une troisième année consécutive.

Avec le broyeur à pommes dont il s’est équipé y a deux ans

et la presse hydraulique et polyvalente de nouveau prêtée

par l’ami et vigneron Jean-François Chaussé, et des barils,

nous avions tout ce qu’il faut pour extraire le jus des fruits.

Mon matériel malique (pommes) de 2023 provient

des territoires de municipalités sous la bénédiction

de douze Saint.e.s : Mélanie, Marcelline-de-Kildare,

Ambroise-de-Kildare, Béatrix, Liguori, Félix-de-Valois,

Émélie-de-l’Énergie, Alphonse-Rodriguez, Jean-de-Matha,

Gabriel de Brandon, Didace et Jacques-de-Montcalm

ainsi qu’un arbre d’origine inconnue, aux pommes sucrées

dans un 13e village répondant au nom plus laïc de Crabtree

(faut savoir que « crabapple » = pommette, en anglais) !

Toujours dans le développement d’un pommage

et de la connaissance pomologique associée

en mode recherche et création de produits,

une caisse à la fois, en prenant le temps de goûter,

de mesurer le taux de sucre grâce à un réfractomètre

et prendre en notes les arômes et classes de pommes à cidre

de chacune des cinquante-trois variétés pressées ce jour-là.

Au bout de dix heures de travail, nous avons extrait, en jus

quelques centaines de litres, bien sucré, plein de tanins

et de levures sauvages !

Une deuxième journée de presse a eu lieu vers la mi-novembre,

pour en arriver à un total de plus de 600 litres, qui sont en fermentation

dans des barils de chêne. De nouvelles bières aux pommes y seront donc élaborées

par le Maestro de Malstrom et dévoilées en 2024 ! 🙂

28 novembre 2023

Catégories
Explorations Histoire Pomologie Projets et collaborations Taille

LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 4

L’exploration et la libération d’une pommeraie sauvage

Le 17 août dernier, François Patenaude (responsable des forestibles de l’Abbaye), Mylène Samson (horticultrice stagiaire), Jonathan Bordeleau et moi-même nous sommes retrouvés pour une première exploration du pommage sauvage autour de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Nous avons goûté des dizaines de variétés de pommes uniques, noté quelques-unes de leurs caractéristiques et géolocalisé l’emplacement des arbres aux fruits les plus intéressants. Quelques jours plus tard, Jonathan et moi avons poursuivi le même exercice de découverte, d’observation et de dégustation des pommes.

Les moines ont résolument choisi de soutenir notre projet, cette démarche de libération de la pommeraie sauvage dont ils sont les gardiens. Des centaines de pommiers d’au moins quarante ans, en moyenne, qui étaient sur le point de disparaitre, étouffés par la compétition des érables, frênes, aubépines, ou épinettes …

À partir de la fin août, à raison d’une ou deux journées par semaine, Jonathan et moi nous sommes rejoints à la « Maison des Forestibles », quelques centaines de mètres avant d’arriver au magasin de l’Abbaye, sur le chemin de la Montagne Coupée. Jon, travailleur forestier expérimenté, de longue date, a assuré la job de débroussaillage. Pour ma part, j’ai tâché de rassembler les branches et troncs des arbres arbustes en tas, en dégageant des espaces. Cette précieuse matière organique accumulée est destinée à être broyée et redonnée au sol, sous une forme plus facilement digestible. Frère Bruno-Marie, avec le broyeur appartenant à sa communauté, a d’ailleurs commencé à accomplir cette tâche,

Chanceux, Jonathan et moi fûmes rémunérés pour ces heures de travail qui, tout l’automne durant, nous auront permis de dégager une aire d’entre un et deux hectares, où les pommiers sont désormais privilégiés. Les photos ci-bas témoignent de l’état des lieux à la mi-octobre. Nous l’avons fait « apparaître », rendue visible, accessible aux promeneurs, aux explorateurs fruitiers. La voici libérée de la féroce compétition des espèces indigènes, jeune forêt environnante que nous avons éclaircie.

Le printemps prochain, nous y retrouverons les pommiers marqués de rubans colorés, soit ceux dont les fruits présentent des caractéristiques que l’on a jugé plus intéressantes. Ces arbres dont les pommes ont reçu les commentaires les plus positifs lors de nos dégustations et prises de notes automnales sont ceux qui seront taillés en priorité, en mars 2024. Les observations se poursuivront évidemment la saison prochaine.

Nous sommes persuadés que cette pommeraie nouvellement mise en valeur sera si belle, toute en fleurs, en mai, que des gens voudront y prendre des photos de mariage ! Dans les sentiers qui viennent d’être créés, passant sous les arches formées par les branches tordues de ces sauvages pommiers.

Des recherches sur l’histoire des lieux sont également en cours, afin de mieux connaitre l’origine de ces arbres fruitiers, les noms de ceux qui naguère en ont cultivé.

Toute piste est la bienvenue, n’hésitez pas à me contacter !

Enfin, je vous invite aussi, si vous ne l’avez déjà fait, à prendre connaissance des précédents textes de cette série autour du pommage associé aux moines trappistes, d’Oka jusqu’à l’Abbaye Val-Notre-Dame de St-Jean-de-Matha :

1 – Ce que la pomiculture québécoise doit à l’Institut Agricole d’Oka

2 – Retour vers le futur des pommes à cidre

3 – Des vergers d’Oka aux friches et pommeraies de Jean de Matha

14 novembre 2023

Catégories
Explorations Histoire Littérature

LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 3

Des vergers d’Oka aux friches et pommeraies de St-Jean-de-Matha

À propos de cidre, dont la commercialisation était interdite il y a 80 ans de cela au Québec, le Père Louis-Marie, dans son histoire de l’Institut agricole d’Oka (1) écrivait ceci :

« Un membre du parlement ayant manifesté le désir qu’un père Trappiste aille à Sherbrooke faire une causerie sur la fabrication du cidre, on avait décidé qu’un élève sénior, Alphonse Lachance, irait plutôt et traiterait du choix des pommes à cidre et du mérite relatif des espèces cultivées; il exposerait les secrets de la fabrication d’un cidre et de sa conservation. « Il essaiera, dit le bouillant monsieur Boron, de convaincre ses auditeurs que la fabrication du cidre, facile pour tout le monde, devrait se généraliser en Canada (on refait ce rêve encore de nos jours!), parce qu’elle procurerait à la masse de la population une boisson saine, tonique, peu coûteuse, et qu’elle assurerait en même temps au cultivateur, un écoulement sûr et rémunérateur des produits du verger. »

Le glorieux passé pomicole des Trappistes remonte peut-être au siècle dernier, mais le fruit défendu du Jardin d’Eden semble vouloir suivre de près les communautés religieuses, où qu’elles soient… les vestiges du verger des Soeurs de Sainte-Anne à Saint-Ambroise-de-Kildare en sont un autre exemple …

En construisant l’Abbaye Val-Notre-Dame où elle s’est établie en 2009, la communauté de moines cisterciens est devenue (en faisant fi des frontières municipales) voisine de la ferme de ma famille. Leur monastère se trouve à quelques centaines de mètres au bout du fonds de terre des Vallons d’en Haut, de l’autre côté de la rivière l’Assomption, en cette verte vallée défrichée dans le dernier quart du XIXe siècle. Un magnifique coin de ruralité où, comme ailleurs au Québec depuis 50 ans, d’anciens champs et pâturages à l’abandon ont connu la succession des espèces de la végétation spontanée qui, d’herbacées en arbustes et en arbres enchevêtrées, redeviennent forêt.

Depuis près de 10 ans, les Trappistes établis à Saint-Jean-de-Matha sont devenus d’irréductibles promoteurs des forestibles (tant de produits sauvages comestibles à mettre en valeur !). L’année dernière, dans le cadre de mon emploi au CDBL Conseil de développement bioalimentaire de Lanaudière, j’ai justement eu la chance de me faire connaitre et de nouer des liens cordiaux avec une partie de l’équipe du Magasin de l’Abbaye et de la La Forêt de l’Abbaye.

Entre les branches, j’avais appris que le vaste domaine (187 ha) appartenant à la communauté religieuse était l’hôte de nombreux pommiers sauvages …

Une fois mon emploi du temps allégé, dès le mois de mars, j’ai offert à François Patenaude (employé par les moines pour le développement des forestibles, et mon ancien comparse du Comité PFNL Lanaudière) mes services pour entreprendre la taille de ces pommiers sauvages que je brûlais de découvrir … Il a fait part de ce projet à Jonathan, le sympathique horticulteur et pépiniériste (Pépinière Bordeleau) qui y travaille depuis plusieurs années. « Jon » était convaincu d’avance; il les invitait même déjà depuis un bon bout de temps à valoriser ces arbres fruitiers rustiques aux généreuses fructifications.

Nous avons rapidement reçu la bénédiction enthousiaste du Père Abbé, André Barbeau, pour entreprendre l’exploration des pommiers sauvages de leur territoire, ainsi que de la taille d’éclaircie dans ces arbres.

Jonathan et moi nous sommes retrouvés le 30 mars dernier, avec nos raquettes, sécateurs et scies d’élagage, pour un premier tour d’horizon. En plus de tous les Malus éparpillés, longeant les coulées d’un ruisseau, nous sommes rapidement tombés sur une épatante pommeraie qui doit couvrir plus d’un demi hectare, où des dizaines ou centaines de pommiers forment la canopée. Ils y sont les arbres dominant la zone, en nombre et en hauteur. Ce n’est pas un verger rectiligne planté de mains humaines, mais un fouillis naturel sans ordre apparent à nos yeux de civilisés (pas assez « sylvilisés » quoi) !

Nous y avons constaté le potentiel et proposé l’aménagement de sentiers. Non seulement la taille de nettoyage des pommiers (enlever le bois mort), mais aussi un peu de conduite des arbres pour en favoriser la fructification. À ce moment, nous avons reçu l’autorisation de venir en explorer les fruits l’automne venu, pour en caractériser et sélectionner des variétés, voire en cueillir une partie.

C’est donc une nouvelle et très réjouissante collaboration qui s’est amorcée ce printemps ! Le gars du coin amoureux des pommiers en liberté qui en habitent comme lui les vallons, est vraiment ravi de faire renouer les Trappistes, par la voie des friches et des pépins, avec leur passé pomicole et pomologique (oui oui, ces mots ne prennent qu’un seul « m ») !

Si Dieu le veut (et je ne vois pas pourquoi il voudrait pas!) nous ferons là de belles trouvailles et cueillettes cet automne, et les suivants! Possiblement même de bonnes variétés douces et amères pour en faire de bonnes cuvées de cidres fermiers …

La suite dans les prochains jours, car il s’en est passé des choses depuis 6 mois!

(1) Père Louis-Marie Lalonde , « L’Institut d’Oka : cinquantenaire, 1893-1943, École agricole, Institut agronomique, École de médecine vétérinaire », 1944, chapitre 2 « L’École d’Oka, à l’âge de bois », p.37

25 octobre 2023