« The Wild apple forager’s guide« & « Proceedings from the first annual wild & seedling pomological exhibition« de Matt Kaminsky
Je sais plus trop comment je suis tombé sur sa page web, Gnarly Pippins, mais je crois que ça doit être après avoir googlé « wild apples » et défilé les pages de résultats.
Quelle heureuse trouvaille ! Après Brennan et ses cidres conçus exclusivement de pommes sauvages, je découvrais les projets d’un gars qui sélectionne et multiplie des variétés choisies parmi les sauvageons de sa région. Lui itou est dans un État de la Nouvelle-Angleterre (le Maine) qui a une tradition pomicole et cidricole ancienne. Matt Kaminsky a jusqu’à maintenant publié deux ouvrages, à compte d’auteur.
Le premier est son opuscule « Le guide du cueilleur de pommes sauvages », sous-titré « Enseignements, anecdotes et billets d’humeur sur les Malus en Amérique » (ma traduction). Un essai informé sur la cueillette de ces fruits abondants mais pourtant méprisés qui abonde de conseils et réflexions sur la pratique de la cueillette sauvage. Il présente également un répertoire des variétés sélectionnées et nommées par ses soins. Il en vend des scions (pousses de l’année qui sont ensuite greffées sur des sujets porte-greffes) au printemps, via la boutique de son site web.
À titre d’organisateur de l’événement, en 2020 il faisait paraître le compte-rendu de la « Première exposition pomologique de sauvageons et de semis » Tenue en 2019 dans le cadre des Cider Days, immense festival autour du cidre qui a lieu chaque automne dans le comté de Franklin au Massachusetts.
Des 126 fruits issus de pépins enregistrés pour cette exposition, 69 sont inclus dans cet abrégé. Avec photos et brèves notices descriptives. Il y en a même trois qui proviennent du Québec (plus spécifiquement de Saint-André-Avellin et Ripon dans la Petite Nation en Outaouais – où se trouve une micro-cidrerie mettant en valeur les pommes sauvages de cette région – Les pommes perdues).
Tôt ou tard, je crois que le Québec devrait compter la sienne, d’exposition pomologique de sauvageons et de semis !
Peut-être devra-t-on commencer par une première édition à l’échelle de la région de Lanaudière ?
(C’est une idée pour 2022, le temps de planifier et d’organiser tout ça comme il faut !)
Oui, comme l’a dédicacé cet explorateur fruitier et cidriculteur en exergue de son livre :
« Malus will always walk beside you !«
Oui, les pommiers marcheront toujours à mes côtés !
Magnifiquement illustrée, on y trouve des articles
abordant divers enjeux du milieu,
ses grandes questions de fond,
de l’histoire et de l’actualité,
mais aussi place à la poésie.
J’ai acquis et lu, depuis l’hiver 2020, tous les numéros encore disponibles (les #1 et 6 sont tous écoulés) dont je tire une plus profonde connaissance de l’univers du cidre en Amérique, et beaucoup d’inspiration.
Victoriaville, automne 2015. Alors étudiant en agriculture maraîchère biologique, jasant avec des camarades de classe de mes activités passées en matière de cidre concocté à base de pommes sauvages, l’un d’eux, Charles-Emmanuel, m’avait dit connaître Claude Jolicoeur, un ami de sa famille. Je le savais être l’auteur d’un bouquin pratique et technique sur l’art de faire du cidre. Un québécois publié dans le Vermont, en anglais : The New Cider Maker’s Handbook.
Je me suis demandé s’il s’agissait d’une simple traduction de son ouvrage publié chez Chelsea Green en 2013, dont Charles-Emmanuel possédait un exemplaire, cadeau de l’auteur. Pas du tout. C’est un ouvrage de référence encore plus complet et dans notre langue maternelle qui plus est !
En 2017, j’étais ravi de découvrir que la bibliothèque du Cégep de Victoriaville comptait sur ses rayons un exemplaire de « La transformation du cidre au Québec : perspectives écosystémiques« , alors tout juste publié aux Presses de l’Université du Québec. Claude Jolicoeur signe le 5e chapitre de ce recueil passionnant et inspirant pour l’avenir du cidre au pays.
Il se fait, dans « Du pommier au cidre », le promoteur et défenseur de l’exploration des pommes sauvages, partisan de leur exploration, dans toutes les régions, par les artisans cidriculteurs :
« « Enfin, dans nos contrées, il ne faut pas sous-estimer la valeur potentielle des sauvageons de semis naturels qui poussent un peu partout. Bien qu’une fraction seulement de ces sauvageons aient de réels mérites pour le cidre, ils sont si abondants que parmi leur nombre résident sans doute des pommes à cidre exceptionnelles qui ne demandent qu’à être découvertes par des cidriers aventureux. J’encourage donc les amateurs à arpenter les zones où de tels sauvageons croissent et à tester leurs fruits. Parfois on en trouve dont la saveur est douce et parfumée. On peut alors les greffer dans le verger, les évaluer, et éventuellement même les nommer et les propager. »
Il en est lui-même venu à reproduire (greffe) des variétés locales de sa sélection et à les offrir à des pépiniéristes et d’autres cidriculteurs.
Titre que je traduirais par : « Non-cultivées – Les pommes sauvages, le vrai cidre et l’art compliqué de faire sa vie »
Acheté et lu à l’automne 2019, alors que j’étais de retour sur le rang Saint-Albert, dans la maison familiale de la ferme, après ma run de jobines d’ouvrier dans des vergers, du Québec à la Colombie-Britannique, avec les prolétaires, d’un bout à l’autre bout de la colonie. Après les mois de cueillette de pommes, de la rive sud de Québec Cité aux Cantons-de-l’Est.
Le vendredi 13 septembre, j’ai quitté l’emploi que je reprenais chaque automne depuis 5 ans dans un verger-cidrerie, parce que je ne m’y sentais pas respecté. On m’imposait de faire des heures de service à la clientèle au kiosque – avec un certain entregent, j’en avais bien la capacité – mais pour un salaire moindre, alors que mon désir le plus sincère était d’être avec mon sac grimpé sur une échelle, dans les arbres, à en retirer les fruits et payé au rendement … Non pas d’être représentant de ventes pour une entreprise à laquelle je ne croyais pas tant que ça … Mais j’y ai appris, ça oui; découvert et cueilli des variétés anciennes, sur un lieu de culture pomicole des plus vieux de la province.
Grâce à l’aide d’une amie, j’ai sans mal trouvé une place ailleurs, pour exercer ce métier saisonnier dans lequel je trouvais mon compte. Chez Claude Tougas, à Dunham, où j’ai pu saisir le jour bien plus agréablement avec une communauté de cueilleurs et cueilleuses. Les feux de camp régulièrement, discussions et échanges avec les camarades, la cuisinette partagée et parfois les partys. Le plaisir de pratiquer et parfaire ma maîtrise de l’espagnol avec les travailleurs saisonniers mexicains, toujours aussi généreux avec qui s’intéresse sincèrement à eux.
Entre les deux jobs, passant une semaine à Sainte-Mélanie – sur le territoire de cette ferme où j’ai grandi, et que je chéris – j’avais fait la tournée des pommiers sauvages de ma connaissance. J’en avais pas vraiment eu l’occasion depuis des années, tandis que j’étais aux études ou à travailler dans des régions plus ou moins éloignées. Et j’ai alors, en quelques jours, récolté tout ce que je pouvais, qui était mûr à souhait. De quoi remplir, de caisses et de sacs chargés des fruits gratuits et aux variétés nombreuses et sans noms, tout l’arrière de la fourgonnette Toyota Sienna que je m’étais ramenée de l’Ouest Canadien. J’ai transporté ce trésor de récoltes de pommes sauvages, en variations de tailles, de formes, de jaunes, rouges, verts, orangés, rosés – avec toute la joie des découvertes – , chez l’ami de longue date, avec qui nous avions déjà fait du cidre. Ayant en tête des projets de transformation alimentaire, il m’a offert ce qu’il pouvait en contrepartie de ces centaines de kilos de pommes. Quelque chose de modique, comme 150 $, que j’ai tôt fait de convertir en essence et épicerie pour ma première semaine de travail dans un autre verger.
C’est un soir, là-bas, de l’autre bord du fleuve, pendant cet autre mois de cueillette salariée, logé dans une cabane partagée avec un comparse, qu’à la recherche de nouvelles lectures inspirantes, je suis allé voir ce qu’il y avait de neuf sur le site de Chelsea Green Publishing, maison d’édition écologiste du Vermont.
Coup de cœur immédiat, juste à lire la description et la table des matières du bouquin : aussitôt commandé.
Une lecture déterminante, inspirante, me donnant confiance. Une grande porte ouverte pour animer mon hiver de chômeur en recherches passionnées sur la pomme et le cidre, tout comme de relire (à la source, et autour de lui et de son œuvre) Thoreau.
Brennan fait quelques références intéressantes à Thoreau, dont celle-ci :
« En reconsidérant le progrès de Malus domestica (le pommier commun), nous découvrons comment la forêt de pippin chez Bill (pippin est l’un de ces excellents vieux mots démodés référant à un pommier surprise né d’un pépin) révèle un autre récit pour les pommes en Amérique. Cette histoire fait contrepoids aux suppositions voulant que l’arbre ait été sur une voie linéaire, contrôlée, vers une efficacité de plus en plus grande. L’une des dernières choses que Thoreau a écrit en 1862 était qu’il se sentait désolé pour les gens dans 100 ans, parce qu’ils n’auraient plus de pommes sauvages à cueillir. Et encore même avec plus de 50 ans au-delà de sa date prédite de disparition finale, les pommes sauvages survivent toujours.
Elles prouvent que la somme est plus grande que les parties, ayant du succès sans tout l’attirail agricole donné à leurs cousins cultivés. Cela défie les scientifiques qui affirment que leur succès dépend de l’intervention humaine, et cela enrage même plusieurs propriétaires de vergers commerciaux qui ont tenté d’éradiquer les wildlings (aussi un mot pour un arbre provenant de la semence, avec pippin et volontaire) de peur d’une influence contaminante. Mais comme Noël pour le Grinch, ils continuent à trouver une façon d’arriver.
L’histoire de Malus domestica en Amérique est, en fait, plus complexe que les explications offertes par la modernité. Mais il fut un temps dans l’histoire Américaine où l’âme de l’arbre, sa nature inquisitrice et indépendante, était mieux comprise et chérie comme presque divine. Cela demande un état d’esprit différent pour voir cela. Johnny Appleseed est célèbre pour faire la lumière sur ce sujet, mais nous minimisons l’importance de son service et focalisons plutôt sur ses étrangetés triviales. Il était, en fait, excentrique, mais son service en tant qu’ambassadeur pour le pommier capture simplement la révérence commune en Amérique pendant les 150 années précédant son époque. Sa dévotion spirituelle pour le pommier n’était pas bizarre et elle est toujours justifiée aujourd’hui.
Les occurrences de chance dans la nature se sont superposées dans le temps et entrelacées avec d’innombrables variables non-considérées pour résulter les sauvageons de bords de routes, de lisières de pâturages et parmi les boisés comme chez Bill. Ces arbres existent en étant reliés à l’ensemble du système forestier, incluant la géologie, la vie sauvage et le climat. Ils ont été ajustés à notre progrès humain. Les variables sont si infinies, si merveilleuses, que même à des lieux spécifiques comme chez Bill c’est impossible d’expliquer comment ils en sont arrivés là. Ce serait démesuré même d’essayer. Toujours est-il, aimer les arbres c’est vouloir en savoir plus à leur sujet.»
Il y a toujours eu des vieux pommiers sur la ferme où j’ai grandi (ferme des Arpents Roses, à Sainte-Mélanie). De vénérables centenaires spécimens de l’espèce Malus, implantés sans doute peu après l’établissement de la ferme, à la fin du 19e siècle. Un petit verger qui, à l’arrivée de mes parents en 1986, comptait plus d’une demi-douzaine de vieux pommiers. De ceux-ci, il n’en reste plus que quatre aujourd’hui. L’un d’eux a fendu en 2018 et s’est abattu sur la clôture à côté. C’est celui qui porte des pommes « blanches » (pommes d’été) que le fermier Joseph (dit Jos) Rivest vendait naguère au marché public de Joliette. L’arbre a toujours de la vigueur, la sève y circule encore au moins un peu, mais ses jours sont comptés. Tout comme ceux de ses trois comparses, arbres vieillards qui ne sont plus dans la force de l’âge, leur sénescence bien entamée …
Dans mon enfance, sous ces arbres attenants au poulailler, picoraient volailles et pacageaient en toute convivialité les cochons engraissés de l’année, grossis notamment de toutes ces pommes tombées au sol où ils fouissaient. Des clients de la ferme, acheteurs de la viande de ces porcidés (qu’enfants nous baptisions candidement parfois « Bacon », « Jambon » ou autres sobriquets évoquant leur finalité) ont parfois même rapporté avoir reconnu des arômes de pomme dans les pièces de cochon qu’ils goûtaient ! Le bon goût du terroir du verger … Des pommes que nous mangions aussi, un peu, à mon souvenir, toujours bien quelques croquées.
J’ai tant grimpé dans ces grands arbres noueux et tordus, quand j’étais petit, heureux comme un primate dans son habitat naturel. Un profond attachement à eux, ces ancêtres des lieux faciles à escalader, sur lesquels je pouvais me percher ou me suspendre.
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Au mois d’août de mon voyage chez les indigènes paysans zapatistes du Chiapas (Mexique) en tant que délégué de l’Union paysanne, à l’été 2007, j’ai tendu mon nouveau hamac entre deux de ces pommiers, me raccordant au sol et au ciel, au passé et au futur, et bien rêvé.
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Il y a une dizaine d’années, par coïncidence avec la publication d’une première traduction française du « Wild apples » d’Henry David Thoreau, je prenais vraiment conscience de nombreux pommiers sauvages présents dans mon environnement immédiat. Sur la ferme, le long des rangs, en fait un peu partout près de pâturages, dans les friches, des lisières de boisés : nombre de lieux négligés où poussent ces arbres fruitiers tout aussi méprisés … Le piémont lanaudois (et plus largement, laurentien) en est parsemé, de ces pépins, semés, disséminés à travers les fientes des oiseaux, bouses de vaches, crottins de chevaux et autres déjections de mammifères frugivores ou omnivores. Quadrupèdes ou bipèdes, volatiles ou terrestres, tous se délectent et déjectent du Malus domestica, en des trajectoires insoupçonnées. La sélection naturelle s’en charge. Comme le naturel ne lui est généralement pas autorisé, le genre de la pomme trouve dans les marges du territoire cultivé des occasions de s’exprimer librement, s’adaptant aux conditions géo-climatiques nordiques avec grands succès.
La lecture du texte élogieux de Thoreau (version originale ici) à propos des pommes sauvages m’a profondément marqué. L’un des rares textes que j’aie relu plusieurs fois, lequel m’a permis de mieux voir ces arbres, d’en goûter et apprécier les fruits. D’autant plus qu’un ami, équipé de cuves de fermentation, ajoutait alors une presse à pommes, aussi dotée d’un broyeur, à son attirail de transformation alimentaire …
Nous avons, autour de 2010, entrepris de récolter de ces pommes sauvages (par centaines de kilos) et d’en extraire le jus. Une partie fut mise en cuves de fermentation et furent élaborés artisanalement, simplement, des cidres de pommes du terroir régional … Corvées de pressage et d’embouteillage entre ami.e.s. Cidres à boire et partager entre ami.e.s également. L’idée d’en faire une activité lucrative nous avait plus qu’effleuré l’esprit …
Toutefois, les lois et règlements en vigueur ne nous semblaient pas permettre d’envisager une aventure commerciale avec le cidre de pommes sauvages, puisque l’une des conditions pour obtenir le permis de production artisanale consiste à exploiter au minimum 1 hectare de verger.
Récente rencontre exploratoire avec un autre pomologue local, Yvan Perreault, qui partage l’enthousiasme du Ministère pour les pommes sauvages et variétés anciennes.
Ce n’est que le début !
À LA DÉCOUVERTE DU MONDE MERVEILLEUX DES POMMES SAUVAGES.
« Je crois bien que je n’aurai jamais vu d’automne s’annonçant aussi prometteur que celui de 2021 pour la quantité de pommes sauvages que TOUS les pommiers oubliés dans une friche voisine de chez nous s’apprêtent à produire, il y en aura vraiment pour tous les goûts! Je viens de m’en rendre compte il y a une semaine en allant m’y promener avec Emmanuel Beauregard, qui travaille fort pour les remettre bientôt en valeur sur le plan patrimonial au coeur du village de Saint-Ambroise-de-Kildare. On en a croqué une bonne douzaine de variétés différentes, je vous glisse un mot sur nos découvertes souvent étonnantes… »