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L’HISTOIRE POUSSE DANS NOS ARBRES

Un Johnny Appleseed moderne ratisse les chemins éloignés du pays pour des pommes d’autrefois qui disparaissent des tables du Québec.

13 septembre 2008 – MARIAN SCOTT – THE GAZETTE

INVERNESS – Yves Auger fait son chemin à travers un dense fourré. « Regarde » dit-il. « C’était un verger ». Un pommier tordu s’élève parmi les ronces, ses branches chargées de fruits rosés.

Plus de pommes tapissent le sol sous nos pieds.

Auger cueille un spécimen veiné de rose et tranche un morceau du fruit doux et croustillant avec son couteau de poche.

« Juste un soupçon de salinité », commente-t-il, comme un goûteur de vin testant le Beaujolais nouveau de l’année. La pomme, une Melba Rose, est une variété locale. Auger, 54 ans, est un Johnny Appleseed des temps modernes. Sa mission : sauver les variétés de pommes que nos grands-parents croquaient quand ils étaient petits.

Pendant 25 ans, le professeur d’arboriculture au Cégep de Victoriaville a ratissé les arrières rangs du piémont Appalachien, 2 heures au sud-est de Montréal, près de Thetford Mines, sauvant les pommes ancestrales de l’oubli.

Il y a un siècle, chaque ferme sur ces vastes hautes-terres avait son propre verger. Il y avait des pommes pour croquer et d’autres pour cuisiner; des pommes d’été et des variétés à mûrissement tardif qui duraient à travers l’hiver.

Mais au fil des ans, les familles Irlandaises, Écossaises, Françaises et Anglaises qui ont colonisé la région au début du 19e siècle se sont éloignées. Des noms de lieux comme Inverness, Ireland et Dublin Road attestent de leur présence.

Maintenant, les broussailles récupèrent des fermes abandonnées que ces pionniers ont laborieusement défrichées. Et les variétés de pommes qui naguère poussaient ici – comme les Alexandre, Duchesse, Wealthy, Pommes Pêche, Fameuse, Jaune Transparente, Strawberry, Red Atrachan et Wolf River – disparaissent.

Les pommes sont un microcosme de la rapetissante biodiversité de l’agriculture.

Les trois-quarts des variétés des produits agricoles ont été perdues au cours du dernier siècle, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Seulement 12 cultures et cinq espèces animales fournissent maintenant plus de 70 pourcent de l’alimentation humaine.

La diversité agricole est essentielle, soutient la FAO, afin que les humains survivent aux changements climatiques. Les variétés régionales offrent aux scientifiques du matériel génétique pour développer des cultures plus résilientes. Les variétés traditionnelles que les fermes ont adaptées aux conditions locales résistent souvent mieux aux ravageurs et maladies que les monocultures qui requièrent un usage extensif de pesticides et fertilisants.

Des tomates ancestrales au melon de Montréal, les jardiniers et agriculteurs biologiques font revivre des variétés anciennes mises de côté dans la poursuite impitoyable de la plus grande efficacité du commerce alimentaire mondial.

En février, la Norvège a ouvert une « voûte de l’apocalypse » dans l’Arctique pour préserver les semences de millions de variétés de produits alimentaires. La Fondation pour la Biodiversité de Slow Food appelle aussi à la préservation de spécialités régionales. L’an dernier, la fondation internationale a ajouté la variété de pomme Gravenstein de Nouvelle Écosse à son Arche du Goût, une liste globale de l’aliments menacés.

Quelques douzaines de variétés de pommes à succès commercial ont remplacé les milliers qui poussaient jadis dans les vergers d’Amérique du Nord.

« Les chaines de supermarchés veulent de gros volumes », dit Marc Girard, 48 ans, un pomiculteur de 7e génération à Saint-Joseph-du-Lac qui a un étal au Marché Jean Talon.

Pour être viable commercialement, les pommes doivent être uniformes, attirantes et résister au transport et à l’entreposage.

C’est pourquoi vous trouverez des pommes McIntosh, Spartan, Cortland et Empire du Québec, Gala et Braeburn de Nouvelle-Zélande et Rouge Délicieuse de l’État de Washington au supermarché – mais pas de variétés moins communes des vergers du Québec.

Même dans les marchés fermiers, dit Girard, il n’y a pas de demande pour les pommes de l’ancien temps avec lesquels il a grandit. « Tout le monde veut de nouveaux produits ».

Girard conserve encore quelques-uns de ses arbres ancestraux favoris, incluant un qui produit de juteuses et rouges pommes Wealthy. « Ça me rappelle des souvenirs. »

Jean-Pierre Lemasson, un professeur de sociologie de l’alimentation à l’Université du Québec à Montréal, dit que la perte de vieilles variétés n’est pas nécessairement la cause de préoccupations.

« C’est vrai que l’on a perdu quelques espèces, mais nous en avons obtenu d’autres », dit-il.

« L’héritage alimentaire ne devrait pas être préservé comme un monument ».

Les pommes ne sont pas indigènes d’Amérique du Nord. Le premier fermier de Nouvelle-France, Louis Hébert, a planté des pommiers de Normandie lorsqu’il s’est établi à Québec en 1617.

Au 18e et 19e siècles, une multitude de nouvelles lignées furent introduites des Îles Britanniques par les colons, et importées de Russie, des États-Unis et d’Europe.

John McIntosh du Comté de Dundas, au Haut-Canada, a développé le fruit le plus célèbre du Canada en 1836, probablement à partir d’une vieille variété du Québec, la Fameuse ou la St-Laurent.

Conserver les vieilles variétés de pommes est plus compliqué que de conserver les pépins.

Contrairement, disons, aux tomates, haricots et poivrons verts, les semences d’une variété comme la McIntosh ne produiront pas un arbre de McIntosh, mais bien une entièrement nouvelle variété.

C’est parce qu’un semis de pommier – comme les humains – combine l’ADN du parent femelle (l’arbre sur lequel la pomme a poussé) et le parent mâle (l’arbre qui a fourni le pollen, disséminé par les abeilles, d’autres insectes ou le vent).

Pour reproduire une variété particulière de pomme, vous devez greffé la partie d’une branche, appelée scion, sur un porte-greffe. Chaque arbre de McIntosh jamais cultivé a ét greffé d’un descendant de l’arbre originel. Tous les pommiers cultivés commercialement sont greffés sur différents porte-greffes.

En plus d’enseigner le greffage d’arbres au Cégep de Victoriaville, Auger vend des arbres de variétés ancestrales via sa page web, pepiniereancestrale.net. Il a réduit cette entreprise récemment parce qu’il a déménagé et a un horaire chargé d’enseignant.

À La Pocatière, à 140 kilomètres au nord-est de la ville de Québec, le groupe de patrimoine rural Ruralys a créé un verger patrimonial afin de préserver les variétés locales de pommes, poires et prunes. Le groupe vent aussi des arbres aux jardiniers à travers le Québec. Il tient une dégustation publique à la fin septembre où les visiteurs peuvent tester les fruits ancestraux.

« C’est un patrimoine de goûts qui est tombé dans l’oubli », dit Catherine Plante, une agente de développement avec cette organisation.

La dégustation de l’an dernier a fait revivre de précieux souvenirs pour plusieurs visiteurs aînés, dit-elle.

Leurs yeux sont devenus gros comme des pièces d’une piastre et ils ont dit, « Oh – ça goûte comme les pommes que je mangeais quand j’était petit ! »

La passion d’Auger pour les pommes ancestrales date de son enfance à la ferme près de St-Ferdinand.

« Mon père me disait le nom de chaque variété. », se souvient-il. L’une était la pomme de Montréal, un petit fruit âpre utilisé surtout pour de la gelée de la compote. « Elle n’existe plus, malheureusement. »

Auger dresse la carte des anciens vergers le long de voies publiques comme le Chemin Craig, construit en 1810 de la Ville de Québec aux Cantons-de-l’Est pour ouvrir la frontière aux colons Britanniques.

Il demande aux propriétaires des terrains de signer un formulaire lui accordant la permission de prendre des photographies et des échantillons.

Auger dit qu’il peut souvent reconnaître une ancienne ferme même lorsque la maison et les bâtiments sont depuis longtemps disparus. Quand je vois un bel emplacement, je sais qu’il devait y avoir une ferme là. » Souvent, tout ce qui reste d’une ancienne maison de ferme est une fondation de pierres.

Des entrevues avec les résidents locaux – spécialement les agriculteurs aînés – aident à remplir les vides à propos des fruits oubliés. Quand Auger découvre une variété qu’il ne peut identifier, il la nomme selon la ferme ou la route où il l’a trouvée. Une trouvaille récente fut la pomme McKillop, un fruit courtaud de la couleur d’une Granny Smith. Elle prend son nom d’une route qui rappelle les pionniers d’origine du secteur.

Quelques uns des pommiers ancestraux qu’il découvre poussant sauvagement sont surprenamment libres d’insectes, notes Auger, qui utilise des méthodes biologiques. En contraste, dit-il, les pommes McIntosh sont extrêmement susceptibles aux maladies.

Jeanne d’Arc Beaulieu, 72 ans, cultive plus d’une douzaine de variétés sur sa ferme de 135 ans à Inverness.

Chaque pomme a une utilité, dit-elle : la Duchesse est bonne pour le ketchup alors que la douce comme du miel Pomme Pêche, avec sa peau teintée d’orangé et sa chaire jaune, est bonne pour faire des gelées.

Mais les plus jeunes générations ne sont pas intéressées par les vieilles variétés, dit Beaulieu.

« Les grands-parents sont décédés. Les jeunes n’ont pas le temps de faire de la compote de pommes. Ils l’achètent au magasin. »

Source : https://www.pressreader.com/…/20080913/282720517767688

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

16 septembre 2021

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Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #10

Yves Auger, chasseur de pommiers ancestraux

Cette chronique de la page Potagers d’Antan dresse un bon portrait d’Yves Auger, incluant quelques références intéressantes :

https://potagersdantan.com/…/yves-auger-chasseur-de…

J’ai eu le plaisir de faire un peu sa connaissance alors que j’étais étudiant au Cégep de Victoriaville. Bien qu’à mon passage il avait cessé l’enseignement (il a donné pendant des années le cours de productions fruitières – son domaine d’expertises), ses engagements avec le CETAB+ ont permis notre rencontre. Alors employé occasionnellement par ce centre de recherche en agriculture biologique, j’ai eu notamment la chance de planter quelques dizaines de pommiers et poiriers dans le verger expérimental, au pied du Mont Arthabaska. Présent, Yves nous a prodigué ses conseils pour l’implantation. J’ai également eu la chance d’assister à l’une de ses conférences à propos des variétés anciennes de pommes, qu’il a passé des décennies à répertorier, sélectionner et reproduire dans sa région.

En collaboration avec la chercheure Mirella Aoun, liée également au CETAB+, fut publiée en 2014 une fiche informative à propos de la résilience des variétés anciennes de pommes face au changement climatique.

En 2019, il contribuait à une recherche menée dans la MRC Côte de Gaspé qui visait à identifier des variétés de pommes à potentiel commercial parmi les sauvageons du secteur.

Cette démarche est une inspiration majeure pour les activités à venir du Ministère !

31 août 2021

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Histoire Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #9

« Potagers d’Antan » – chroniques sur variétés de pommes anciennes

Au-delà des bouquins, la bibliothèque du Ministère des Friches et des Pommeraies compte des références sur d’autres médiums : pages web, film documentaire, etc.

Passionné par les variétés anciennes, le blogueur Michel Rivard anime depuis 2010 la page web « Potagers d’Antan« , où il a publié quelques articles à propos d’anciennes variétés de pommes qui ont été jadis cultivées et populaires au Québec.

Il s’agit d’excellents compléments d’informations aux fiches du livre « Les pommes de chez nous » (Voir « LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE – 8« ).

Michel Rivard y recense et présente des éléments de l’histoire des huit variétés suivantes :

30 août 2021

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Histoire Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #8

« Les pommiers de chez nous »

C’est dans la riche section agricole de la bibliothèque du Cégep de Victoriaville, en scrutant la sous-section fruitière, que j’ai découvert ce précieux ouvrage.

Fruit (permettez moi le jeu de mots …) de plusieurs années d’investigations, c’est le résultat du travail formidable coordonné par Shahrokh Khanizadeh et Johanne Cousineau, alors chercheurs pour Agriculture Canada.

Publié en 1998, ce livre se vend bien cher (100$), mais en fouillant assez longtemps j’ai pu trouver une page web qui en offre une version numérique gratuite.

Leur inventaire et les fiches descriptives de ces variétés anciennes est ce qu’il y a de plus complet en la matière concernant le Québec et le Canada.

C’est un outil incontournable pour tout.e pomologue amateur.e qui veut s’essayer à l’identification variétale des vieux pommiers de sa connaissance.

PS – Il existe par ailleurs deux documents similaires à propos de variétés anciennes de fraises et de prunes !

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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #7

Apples and the art of detection de John Bunker

« Les pommes et l’art de la détection » de John Bunker

Au printemps 2020, alors que s’entamait le Grand Confinement, je venais de passer quelques mois d’intensives recherches et lectures autour de la pomme, dans la littérature (scientifique, botanique, historique, etc). Les variétés anciennes, leur redécouverte et leur conservation ont vivement suscité mon attention, partant du Québec avec des détours par la France, l’Angleterre, l’Irlande, les États-Unis et la Russie, entre autres. J’ai pris de nouveau conscience de mon ignorance des cultivars anciens de Malus qui se trouvaient dans mon environnement le plus immédiat, d’abord celui du vieux verger de la ferme où j’ai grandi – où j’étais enfin de retour après mes années d’études et de pérégrinations.

Au début mai, après avoir découvert les travaux de John Bunker, détective et historien de la pomme dans le Maine, je me suis fait un beau cadeau en me procurant son dernier bouquin : « Apples and the Art of Detection ». C’est clairement le plus cher payé des livres que j’ai acquis dans ma vie. Édité à compte d’auteur, richement illustré (de photographies, de fabuleusement réalistes représentations peintes de variétés de pommes, d’aquarelles de l’auteur), bourré d’histoires et d’informations rares sur des variétés autrefois populaires et tombées dans l’oubli – il vaut amplement les quelques 80$ déboursés, incluant les faramineux frais de transport, pour en obtenir une copie.

Parsemée de citations de Sherlock Holmes, il s’agit de l’oeuvre d’un enquêteur pomologique, auteur et pépiniériste de renom en Nouvelle-Angleterre. L’oeuvre d’une vie consacrée à la remise en valeur des variétés anciennes qui étaient cultivées localement.

Ainsi, je ne pouvais que rêver de faire de même par chez nous, partant du haut du rang Saint-Albert de Sainte-Mélanie et ses environs, où se trouvent encore des dizaines de pommiers fort probablement plus vieux qu’aucun.e habitant.e encore vivant.e !

Nouvelle mission personnelle depuis : connaître autant que faire se peut les noms et les histoires de ces variétés qui transcendent les générations, vu la longévité de leurs racines et de leurs troncs.

27 août 2021

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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #6

Vieilles brochures du MAPAQ et d’Agriculture Canada

Au printemps 2020, j’ai commencé à divulguer certains résultats de mes recherches pomologiques à mon proche entourage.

Voyant l’enthousiasme et la passion avec lesquels je m’y investissais, ma mère m’a gracieusement offert quelques documents que mon père et elle avaient fait venir par la poste, dans les années 80, en provenance des ministères concernés par l’arboriculture fruitière. Un petit trésor à mes yeux.

En plus d’y trouver des informations encore pertinentes aujourd’hui, il s’agit de pièces d’archives des plus intéressantes. Coup de coeur particulier pour « L’Histoire de la pomologie au Québec », rédigée par l’agronome Jean-Baptiste Roy pour le compte du MAPAQ en 1978. Avec une couverture comme il ne s’en fait plus : rouge et or, incluant des fioritures au H majuscule de l’Histoire.

On peut y lire :

« En 1694, le Père Chauchetière, de Ville-Marie, rapporte :

Les pommiers sauvages et de pépins portent de fort bonnes pommes… On a vu cette année un pommier chargé de grosses pommes en juin et qui avait une de ses branches tout en fleurs 》

« En 1925, le professeur T.G. Burlington, du Collège Macdonald, affirme :

Dans cette province, il n’y a pas bien longtemps, il y avait des pommiers de variété Fameuse dépassant notablement la centaine d’années et qui, malheureusement, succombèrent pendant le rigoureux hiver 1917-1918

Il disait détenir la preuve que certains pommiers avaient vécu plusieurs siècles. Selon lui, il existait en Nouvelle-Écosse un arbre d’environ 150 ans qui, en 1925, était encore en bonne santé et produisait abondamment. Aux États-Unis, on aurait eu des pommiers de 200 ans d’âge. »

La petite collection ministérielle compte aussi « Le verger domestique », de l’agronome Gilles Lasnier, publié par ce Ministère qui, en 1971, s’appellait encore « de l’Agriculture et de la Colonisation du Québec » !

25 août 2021

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Cueillette Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #4

« The Wild apple forager’s guide« 
&
« Proceedings from the first annual wild & seedling pomological exhibition« 
de Matt Kaminsky

Je sais plus trop comment je suis tombé sur sa page web, Gnarly Pippins, mais je crois que ça doit être après avoir googlé « wild apples » et défilé les pages de résultats.

Quelle heureuse trouvaille ! Après Brennan et ses cidres conçus exclusivement de pommes sauvages, je découvrais les projets d’un gars qui sélectionne et multiplie des variétés choisies parmi les sauvageons de sa région. Lui itou est dans un État de la Nouvelle-Angleterre (le Maine) qui a une tradition pomicole et cidricole ancienne. Matt Kaminsky a jusqu’à maintenant publié deux ouvrages, à compte d’auteur.

Le premier est son opuscule « Le guide du cueilleur de pommes sauvages », sous-titré « Enseignements, anecdotes et billets d’humeur sur les Malus en Amérique » (ma traduction). Un essai informé sur la cueillette de ces fruits abondants mais pourtant méprisés qui abonde de conseils et réflexions sur la pratique de la cueillette sauvage. Il présente également un répertoire des variétés sélectionnées et nommées par ses soins. Il en vend des scions (pousses de l’année qui sont ensuite greffées sur des sujets porte-greffes) au printemps, via la boutique de son site web.

À titre d’organisateur de l’événement, en 2020 il faisait paraître le compte-rendu de la « Première exposition pomologique de sauvageons et de semis » Tenue en 2019 dans le cadre des Cider Days, immense festival autour du cidre qui a lieu chaque automne dans le comté de Franklin au Massachusetts.

Des 126 fruits issus de pépins enregistrés pour cette exposition, 69 sont inclus dans cet abrégé. Avec photos et brèves notices descriptives. Il y en a même trois qui proviennent du Québec (plus spécifiquement de Saint-André-Avellin et Ripon dans la Petite Nation en Outaouais – où se trouve une micro-cidrerie mettant en valeur les pommes sauvages de cette région – Les pommes perdues).

Tôt ou tard, je crois que le Québec devrait compter la sienne, d’exposition pomologique de sauvageons et de semis !

Peut-être devra-t-on commencer par une première édition à l’échelle de la région de Lanaudière ?

(C’est une idée pour 2022, le temps de planifier et d’organiser tout ça comme il faut !)

Oui, comme l’a dédicacé cet explorateur fruitier et cidriculteur en exergue de son livre :

« Malus will always walk beside you !« 

Oui, les pommiers marcheront toujours à mes côtés !

24 août 2021

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Cidre Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #5

Malus, No. 2 à 13

On a osé prendre le nom scientifique de l’espèce

pour baptiser une publication !

Depuis 2018, des contributrices et contributeurs

des 4 coins des U.S.A (mais aussi d’ailleurs)

collaborent à ce zine, sur papier uniquement

qui est l’œuvre de passionné.e.s et d’artisan.e.s

de la pomme et du cidre.

Magnifiquement illustrée, on y trouve des articles

abordant divers enjeux du milieu,

ses grandes questions de fond,

de l’histoire et de l’actualité,

mais aussi place à la poésie.

J’ai acquis et lu, depuis l’hiver 2020, tous les numéros encore disponibles (les #1 et 6 sont tous écoulés) dont je tire une plus profonde connaissance de l’univers du cidre en Amérique, et beaucoup d’inspiration.

24 août 2021

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Cidre Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE # 3

« Du pommier au cidre » de Claude Jolicoeur

Victoriaville, automne 2015. Alors étudiant en agriculture maraîchère biologique, jasant avec des camarades de classe de mes activités passées en matière de cidre concocté à base de pommes sauvages, l’un d’eux, Charles-Emmanuel, m’avait dit connaître Claude Jolicoeur, un ami de sa famille. Je le savais être l’auteur d’un bouquin pratique et technique sur l’art de faire du cidre. Un québécois publié dans le Vermont, en anglais : The New Cider Maker’s Handbook.

En 2016, du même auteur j’ai découvert, surpris, à la bibliothèque municipale de Victoriaville, le nouveau bouquin en français intitulé « Du pommier au cidre – manuel pour l’amateur et l’artisan« 

Je me suis demandé s’il s’agissait d’une simple traduction de son ouvrage publié chez Chelsea Green en 2013, dont Charles-Emmanuel possédait un exemplaire, cadeau de l’auteur. Pas du tout. C’est un ouvrage de référence encore plus complet et dans notre langue maternelle qui plus est !

En 2017, j’étais ravi de découvrir que la bibliothèque du Cégep de Victoriaville comptait sur ses rayons un exemplaire de « La transformation du cidre au Québec : perspectives écosystémiques« , alors tout juste publié aux Presses de l’Université du Québec. Claude Jolicoeur signe le 5e chapitre de ce recueil passionnant et inspirant pour l’avenir du cidre au pays.

Il se fait, dans « Du pommier au cidre », le promoteur et défenseur de l’exploration des pommes sauvages, partisan de leur exploration, dans toutes les régions, par les artisans cidriculteurs :

« « Enfin, dans nos contrées, il ne faut pas sous-estimer la valeur potentielle des sauvageons de semis naturels qui poussent un peu partout. Bien qu’une fraction seulement de ces sauvageons aient de réels mérites pour le cidre, ils sont si abondants que parmi leur nombre résident sans doute des pommes à cidre exceptionnelles qui ne demandent qu’à être découvertes par des cidriers aventureux. J’encourage donc les amateurs à arpenter les zones où de tels sauvageons croissent et à tester leurs fruits. Parfois on en trouve dont la saveur est douce et parfumée. On peut alors les greffer dans le verger, les évaluer, et éventuellement même les nommer et les propager. »

Il en est lui-même venu à reproduire (greffe) des variétés locales de sa sélection et à les offrir à des pépiniéristes et d’autres cidriculteurs.

23 août 2021

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Histoire Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #1

« Wild apples » et « Wild fruits » de Thoreau

Multiples sont les inspirations du Ministère des Friches et des Pommeraies. Autour de toute la malique matière, il s’en trouve aussi de la bien littéraire. Les principaux ouvrages ayant conduit l’auteur de ces lignes à se découvrir une vocation seront présentés à tour de rôle. Ces documents et bouquins sont devenus des références fondamentales pour comprendre la tournure d’esprit du Ministère.

Le premier de ceux-ci, dont il a déjà été question dans « La Genèse du Ministère – 1ère partie » est le dernier texte remanié par H.D. Thoreau sur son lit de mort. Publié seulement quelques mois après le décès du poète, naturaliste et philosophe, « Wild apples » est paru dans la revue The Atlantic en novembre 1862.

Ce doit être en 2010 que je suis tombé sur cette petite plaquette, « Les pommes sauvages », lors d’une visite à la Grande Bibliothèque, à Montréal. Je connaissais et appréciais déjà vivement l’auteur, ayant lu ses oeuvres les plus célèbres : « Walden » et « La désobéissance civile », mais aussi quelques conférences traduites en français comme « De la marche » et « La vie sans principe ». Ce fut une nouvelle révélation, un appel à m’intéresser à ces arbres vagabonds qui faisaient chez moi partie du paysage, avec le mystique de Concord, Massachussets, comme prophète !

Il s’agit d’un extrait de ses carnets intitulés « Wild Fruits », dont la somme ne fut publiée qu’en 2000, suite au fastidieux travail de déchiffrage par un spécialiste des manuscrits de Thoreau. Je n’en ai que tout récemment acquis un exemplaire, en sa langue d’origine, car ce « testament redécouvert » n’a toujours pas été traduit en Français. Peut-être un projet d’hiver pour le Ministère ?

Dans un autre texte posthume (« Faith in a seed », publié en 1993), Thoreau écrit :

« Considérez la manière dont le pommier s’est dispersé à travers le pays, par l’entremise des vaches et autres quadrupèdes, créant des fourrés presque impénétrables à plusieurs endroits et cédant de nombreuses variétés nouvelles et supérieures pour le verger.

Les vaches se nourrissent aussi largement de pommes gelées-dégelées et leurs déjections sont souvent trouvées pleines de leur pulpe. J’ai remarqué qu’elles transportent même des pommes entières lorsqu’elles sont dans cet état. Un hiver, observant sous un chêne sur la neige et la glace sur les berges de la rivière quelques fragments de pommes gelées-décongelées, j’ai regardé plus loin et détecté deux ou trois traces d’une corneille et les crottes de plusieurs qui devaient être perchées sur le chêne, mais il n’y avait là aucune trace d’écureuils ou d’autres animaux. Ici et là il y avait un trou parfaitement rond dans la neige sous l’arbre, et abaissant ma main, j’ai retiré une pomme de sous la neige à chaque trou. Les pommiers les plus près étaient à trente perches de distance de l’autre côté de la rivière. Les corneilles avaient évidemment amené les pommes gelées-dégelées à ce chêne pour la sécurité et y avaient mangé ce qu’elles n’avaient pas laissé tomber sur la neige.

Les jaseurs des cèdres, moqueurs-chats et pic-bois à tête rouge mangent, eux-aussi des pommes et des poires, spécialement les hâtives et les sucrées. Wilson dit de ce dernier oiseau que « lorsque alarmé, il s’empare d’une importante [pomme ou poire] en frappant son bec ouvert profondément dedans, et la transporte jusque dans les bois et Audubon a vu des jaseurs des cèdres qui, « bien que blessés et confinés à une cage, ont mangé des pommes jusqu’à ce que la suffocation leur enlève la vie.

Mais j’ai décrit ailleurs la dispersion de la pomme. ».

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

19 août 2021