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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 2

Retour vers le futur des pommes à cidre

Le Ministère offre à son lectorat la liste des 109 variétés de pommes expérimentées à l’Institut agricole d’Oka vers 1907, dans les images ci-jointes, pages tirées du livre du Père Louis-Marie publié à l’occasion du 50e anniversaire de l’école en 1943.

En consultant divers ouvrages et pages web de référence :

– « Les pommes de chez nous » de Shahrokh Khanizadeh et Johanne Cousineau, Agriculture et Agroalimentaire Canada, 1998

– « Apples and the art of detection » de John Bunker, 2019

– « Apples of North America » de Tom Burford, 2013

– « Apples of uncommon character » de Rowan Jacobsen, 2014

– « The Complete Encyclopedia of Apples » de Andrew Mikolajksi, 2012

– « Pommiers à cidre – variétés de France » de J.M. Boré et J. Fleckinger, INRA, 1997

Pomiferous.com

– etc.

j’ai pu trouver de l’information sur à peu près les 2/3 des variétés de la liste d’Oka.

Je n’ai toutefois su trouver de référence pour 31 d’entre elles. ‘Bellefontaine’, ‘Gipsy Girl’, ‘Good Peasant’, ‘Long Arcade’, ‘Blink Bonny’, ‘Saint-Antoine’, ‘Aigrin rouge’, ‘Besnard’ et ‘Madame Granger’ en sont quelques exemples.

Plusieurs de celles-ci sont des variétés ancestrales américaines (Northern Spy’, ‘Newton Pippin’, ‘Grime’s Golden’, etc.), Russes (‘Antonovka’, ‘Astrakan rouge’ et blanche, ‘Duchesse d’Oldenburg’, ‘Tetofsky’ et autres) ou Françaises (‘Api’, ‘Argile grise’, ‘Fenouillet gris’, ‘Fréquin rouge’, etc.). Un nombre important de ces variétés patrimoniales est de nouveau disponible en pépinières spécialisées grâce au travail d’explorateurs fruitiers chevronnés qui les ont retrouvées, collectionnées et les multiplient toujours, en ce premier quart du XXIe siècle.

En ce qui concerne les pommes à cidre, l’ouvrage de référence de Jean-Michel Boré et Jean Fleckinger s’est avéré sans surprise le plus utile, comme les variétés expérimentées dans la pépinière des Trappistes étaient essentiellement originaires de France. On peut y lire les fiches de description pomologique de 16 des variétés du lot. Voyez en guise d’exemple (dans les images ci-jointes) celle de la ‘Binet gris’, une douce amère obtenue de semis en 1868 par M. Legrand, pépiniériste à Yvetot en Normandie.

Trois autres des variétés à cidre testées à Oka (‘Belle de Pontoise’, ‘Gros Fréquin’, ‘Gros Vert’), sans avoir une fiche descriptive consacrée, se trouvent à l’Annexe 3, dans la liste de variétés prospectées dans les vergers de France entre 1949 et 1970.

Il y a 7 variétés qui me demeurent sans référence :

– ‘Aigrin rouge’ : C’est un nom générique. Un « aigrin » (un terme qu’on n’entend plus guère) c’est « un sujet de pommier ou de poirier provenant des pepins d’un fruit sauvage ou d’un fruit à cidre, en un mot d’un fruit aigre. […] Comme il a ordinairement une belle tige, on le réserve dans les pépinières pour le greffer […] On croit généralement, en agissant ainsi, obtenir des arbres d’une plus longue durée. […] Les égrains sont fort recherchés comme sujets, et souvent, dans les pépinières, ils se vendent autant ou plus que les arbres greffés. » – Larousse, 1866.

– ‘Alleuds’ : C’est le nom d’une commune française. Leur page web indique qu' »à l’époque féodale, le nom « des Alleuds » signifiait qu’un domaine était libre, c’est-à-dire exempt de droits seigneuriaux. Au Xe siècle, le comte d’Anjou donne la terre des Alleuds aux moines de l’Abbaye Saint-Aubin d’Angers qui l’ont conservée jusqu’à la révolution. » Des moines de l’ordre de Saint-Benoît, dont les cisterciens (Trappistes) suivent on ne peut plus fidèlement la règle… il y a des liens à creuser peut-être …

– ‘Belle d’Angers’ : Angers, c’est juste à côté d’Alleuds, au coeur du pays de la Loire.

– ‘Besnard’ : Dans l’Almanach du pommier & du cidre de Roger de La Borde (1898) il est question d’un système de pulvérisateur « Besnard » pour arbres fruitiers, réputé efficace et populaire à l’époque. En fait, Besnard est aussi le nom d’une pépinière, mais de fondation récente… des recherches plus poussées pourraient être réalisées.

– ‘Généreuse de Vitry’ : plus de recherches à mener … il y a des variétés qui portent le nom Vitry (commune Française), dont la Reinette grise de Vitry.

– ‘Madame Granger’ : bien que le site pomologie.com, dans sa liste de près de 10 000 variétés, compte une ‘Madame Bertrand’ et une ‘madame patureaux’, nulle trace de la Granger et des caractéristiques de ses pommes.

– ‘Rouge amère’ : Un nom on ne peut plus générique qui n’aide en rien à identifier sa provenance, son histoire. Son amertume la classait comme une potentielle pomme à cidre, mais avait-elle la chair rouge, ou seulement la peau ? Nous n’en savons rien.

En plus des « Belle » de quelque part, des mots clés qui reviennent souvent dans les noms de variétés à cidre Françaises : Amère, Douce, Doux, Fréquin, Reine ou Reinette, Peau de ci, Peau de ça, Saint-Chose et Saint-Chouette et j’en passe, sans oublier les couleurs en teintes de pommes telles que Blanc, Jaune, Rouge ou Rousse…

Et maintenant, certain.es comme moi se demandent, resterait-il des reliques d’anciens vergers, sur le site de l’ancien Institut agricole d’Oka (devenu école secondaire), où l’on pourrait retrouver des arbres ces fruits aux noms qui font rêver ? Hélas, il semble qu’il ne reste plus rien de cet âge d’or de la recherche pomologique sur la rive nord du St-Laurent … sinon peut-être quelques aigrins de bords de champs ? Des sauvageons poussés d’on ne sait quels pépins …

Comment faire revivre cet esprit d’aventure, de recherche de variétés de pommes adaptées à nos climats nordiques ?

Des pépiniéristes y participent. Les moines Trappistes pourraient aussi être de nouveau impliqués… la suite à lire ici prochainement.

26 avril 2023

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 1

Ce que la pomiculture québécoise doit à l’Institut Agricole d’Oka

Le 27 mars 2023, dans Le Devoir, l’historien chroniqueur Jean-François Nadeau signe un texte intitulé « Grandeur et richesse des plantes d’ici « . Il s’agit de la recension du livre « Curieuses histoires de plantes au Canada – Tome 5 – 1935-1975 », publié chez Septentrion.

Nadeau a vivement piqué ma curiosité en écrivant ceci :

« Nous voici à Oka, ce centre d’agriculture. Là sont évalués de nouveaux types de pommiers. Peut-on lire leur nom sans être touché par une forme d’enchantement diffus ? Les pommiers d’été : Astrakhan rouge, Duchesse d’Ogdensburg, Blanc pigeon, Téfofsky… Les pommiers d’automne : Alexandre, Autonowska, Cardinal, Fameuse d’Ani, Fameuse de Montréal, Hare Papka… Et les pommiers d’hiver : Arabska, Fenouillet Gris, Longfield, Pewakee, Rainette du Canada, Saint-Antoine, Saint-Laurent… Je n’en nomme que quelques-uns, tout en me demandant comment nous en sommes venus à ne nous voir présenter, dans nos supermarchés, qu’une poignée de variétés : la pomme Empire, la Gala, la McIntosh… »

Me suis empressé d’acquérir ma copie de l’ouvrage, passionnant dans son ensemble, mais pour y dévorer d’abord le chapitre à propos du 50e anniversaire de l’Institut agricole d’Oka, en 1943. Ce haut lieu historique de l’enseignement agricole, fondé en 1893, qui fut le premier établissement à offrir une formation agronomique de niveau universitaire au Québec.

On y découvre le professeur Gabriel Reynaud, qui fut un célèbre arboriculteur fruitier en son temps, responsable du vaste verger et de l’immense pépinière de la ferme école. On trouve à lire une liste, partielle, comprenant 55 variétés de pommes expérimentées à la Trappe d’Oka au tournant du XXe siècle (1893-1914), variétés importées de France, d’Angleterre, des USA, de Russie et d’ailleurs au Canada. Elles sont classées en 4 catégories : pommes d’été, pommes d’automne, pomme d’hiver et pommes à cidre.

Au printemps 1896, en provenance du service pomicole de la Trappe, 100 000 greffes avaient été distribuées à travers le pays ! En 1897, la pépinière compte plus de 150 000 pommiers, 1500 pruniers et 1500 cerisiers.

En quelques années seulement, le verger prend de l’expansion (30 acres en 1897, puis une soixantaine d’arpents en 1902). En 1904, le verger contient 150 variétés de pommes.

Bienheureux de ces révélations sur l’engagement historique des Trappistes dans le développement de la pomiculture au Québec, j’ai cherché à consulter la source (un autre livre) afin d’en apprendre un maximum : « L’Institut d’Oka cinquantenaire 1893-1943 : école agricole, institut agronomique, école de médecine vétérinaire » du père Louis-Marie, publié en 1944.

Plutôt que de passer par la consultation, sur place, de l’exemplaire unique de la BANQ à Montréal … j’ai fait appel à mes contacts.

J’ai pensé que les moines cisterciens d’Oka, désormais établis à l’Abbaye Val-Notre-Dame, devaient avoir le livre dans leur bibliothèque. Le camarade François Patenaude, employé des moines et responsable des forestibles … a transmis ma demande par courriel au Père André Barbeau.

Quelques jours plus tard, en plein congé Pascal, le Père Abbé, bien que fort occupé, a pris le temps de numériser les pages du 2e chapitre du bouquin de son prédécesseur, le Père Louis-Marie, chapitre intitulé « L’école d’Oka, à l’âge de bois ».

En plus de plusieurs autres détails sur les pratiques dans les vergers de la Trappe, on y trouve la liste complète des variétés de pommiers essayées (vers 1907), liste qui, comme l’écrit Louis-Marie, « appartient à notre histoire et à la science ». On y dénombre 109 cultivars au total ! Seuls les résultats négatifs (« sans valeur », « n’a pas réussi », « vaut peu », « nulle valeur ») sont indiqués.

Sur les pas moins de 27 variétés à cidre mises à l’essai, 8 ont réussi : Argile grise, Jannet pointu, Petit amer, Jannet de Gournay, Reine des Hâtives, Rouge amère, Rouge à Bruyère, Taureau.

Après le départ du professeur Reynaud (1912), c’est le frère Léopold qui pris le relais du volet d’arboriculture fruitière de l’Institut agricole d’Oka. En 1914, il publie « La culture fruitière dans la Province de Québec« , premier ouvrage pédagogique en la matière qui soit propre au pays.

Enfin, pour aller plus loin dans la connaissance de l’histoire de la pomologie au pays, et suivre plus en détail le travail du professeur Reynaud (pendant 15 ans à la tête de la vaste entreprise pomicole de la Trappe d’Oka), Louis-Marie réfère joliment à « la série des rapports annuels [des stations expérimentales provinciales] qui peuvent peut-être se trouver en remuant les poussières de nos archives nationales. »

Au temps présent, la petite communauté monastique voit renaître son intérêt pomologique … la suite à lire ici très bientôt !

21 avril 2023

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Cueillette Explorations Pomologie Projets et collaborations

Podcast de la FUPAL sur la pomologie

On m’a invité à participer au Podcast « Les Prods » de la fédération régionale de l’Union des Producteurs Agricoles de Lanaudière (FUPAL) pour un épisode hors-série à propos de la pomologie.

https://www.facebook.com/UPA.Lanaudiere/posts/659855406152304

J’ai accepté, en faisant des clins d’œil à mes parents, et affirmé mes convictions, par le choix du mot « paysan » pour parler de mes origines, de la ferme où j’ai grandi et où je m’établi.

Ce fut une première expérience d’entrevue de type « radiophonique », avec micro et casque d’écoute. Une autre occasion inespérée de parler de mes activités pomologiques, de ma vision des pommes sauvages en cidrerie, dans Lanaudière.

Étourdi par tout ce que je voulais dire en peu de temps, j’en perdais mes mots … La réalisatrice s’est bien débrouillée pour faire tenir le tout ensemble, grâce à la magie du montage.

J’ai oublié de parler du rôle fondamental que joue la faune (sauvages, mammifères comme oiseaux, et ceux de ferme aussi, tels vaches et chevaux) dans la dissémination des pépins de pommes, qui s’ensauvagent sur le territoire. Ce qu’on appelle la féralité : le propre des échappé.es de culture ou d’élevage, plantes ou animaux qui s’affranchissent de la domestication humaine.

Je n’ai pas non plus souligné l’importance des espaces non-cultivés, telles les friches, havres de biodiversité ou la nature reprend ses droits. Rien dit non plus de l’aspect primordial des corridors écologiques ou la faune peut circuler, vivre tout simplement; ces habitats qui ont été détruits par les réaménagements du territoire au bénéfice de l’industrialisation de l’agriculture.

Je plaide qu’il faut d’urgence laisser place au non aménagé, au sauvage, pour sauver la biodiversité dont nous faisons partie !

Il y a indéniablement quelque chose qui se passe dans la région autour de cette ressource fantastique trop longtemps négligée, sauf par quelques rares paysans avant-gardistes, voire anarcho-terroiristes !

15 avril 2023

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Explorations Pomologie Projets et collaborations Rencontres

RÉCOLTE ET GREFFE DE SCIONS DES FRICHES ET POMMERAIES LANAUDOISES 2023

À la fin mars, je suis retourné voir des pommiers dont j’ai découvert les fruits l’automne dernier, et pour lesquels j’ai eu des coup de cœur. Soit j’ai apprécié leurs arômes agréables ou saveurs complexes, taux de sucre, de tanins ou d’autres caractéristiques hors de l’ordinaire.

En ce pré-printemps, des heures de plaisir à parcourir de nouveau les rangs, le long du piémont Lanaudois et retourner voir ces sauvageons aux variétés nouvelles, uniques, disséminés par les pommiers de nos aïeux à travers les marges du paysage agricole, par milliers.

Couper des scions, des petites « branchettes », ou pousses de l’année, à conserver jusqu’au moment de greffer, ce jour où des segments de scions (avec quelques bourgeons) deviendront greffons.

J’ai récolté des scions d’une trentaine de variétés qui n’ont encore que des noms de codes, incluant huit pommetiers, sauvages, fruits d’une hybridation naturelle, de parentés inconnues.

À l’ouest comme à l’est, des anciens cantons de Rawdon et Kildare et de Brandon – jusqu’au beau chemin du Portage à Saint-Didace.

Les pommeraies du piémont sont également abondantes en passant par les vieux chemins des seigneuries abolies de Ramezay et d’Ailleboust et plus au nord aussi, à Saint-Alphonse-Rodriguez et Sainte-Émélie-de-l’Énergie.

Le génial hybrideur de pommes Roland Joannin – qui trippe sur mon exploration des variations naturelles des pommes de notre terroir – m’a de nouveau, comme l’an dernier, très généreusement offert 100 porte-greffes pour m’aider dans la réalisation de mes projets. J’ai choisi de nouveau des M111 – vigoureux, presque pleine grandeur (75-80%).

Au tout début de la semaine dernière, nous nous sommes retrouvés dans le garage d’un pomiculteur à St-Joseph-du-Lac, où il a opéré, tel le maître qu’il est, la machiner à greffer.

La plantation aura lieu en mai, dans ma petite pépinière initiée en 2021, qui comptera alors 200 pommiers greffés, de plus de 70 variétés, pour la plupart issues de sauvageons ou de pommiers anciens, aux variétés plus ou moins identifiées.

13 avril 2023

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Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #14

Pomological Series: Wild Apple Exhibition Vol. 2

https://gnarlypippins.com/…/pre-order-pomological…

édité par Matt Kaminsky (Gnarly Pippins)

avec des magnifiques photos de William Mullan


On se gâte pour être « à la page », à jour

suivant de près cette littérature spécialisée

en acquérant ce superbe petit livre de collection

dispendieux certes, mais riche en inspirations

(110$ CA au total avec les frais de livraison)


C’est l’oeuvre de comparses, explorateurs fruitiers

proactifs aux USA. On y découvre une épatante

sélection de 73 variétés de pommes ainsi

que 3 poires, toutes sauvages ou issues de semis,

ou bien rejet de porte-greffes aussi, toutes de merveilleuses

et imparables pommes, d’exception.

Ce recueil est le résultat de la « 2e exposition pomologique

de pommes sauvages et issues de semis » qui s’est tenue en 2021

dans le cadre du grand festival, Franklin County Cider Days

en novembre de chaque année, au Massachusetts, pas loin d’icitte,

à 450 km au sud de Montréal.


Des pommes sauvages décrites méthodiquement

suivant certains principes de la pomologie

et photographiées sous leurs plus beaux traits


Il y en a du Maine, Vermont, Massachusetts, NY

(la Nouvelle-Angleterre quoi), mais aussi

de la Californie jusqu’au Nouveau-Brunswick

en passant par le Québec, grâce aux contributions

de Gaston Picoulet et Marie-Anne Adam

(de la cidrerie @Les Pommes perdues) dans la Petite-Nation (Outaouais)

J’ai la vision d’une telle exposition pomologique, réunissant des spécimens de pommes sauvages découvertes par des cueilleurs de forestibles et des cidriculteurs, explorateurs des friches de toutes les régions du Québec.

Je suis convaincu que cela verra le jour
vu l’enthousiasme de camarades pomologistes
de Lanaudière, en passant par le Centre-du-Québec,
jusqu’en Gaspésie et d’ailleurs !

Il y a définitivement un mouvement à travers la Belle Province
pour fouiller et étudier les pommages sauvages locaux.

Le MFP est heureux d’en faire partie ! 🙂

8 avril 2023

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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #XIII

En janvier, de mon divan j’ai voyagé autour de la Planète Cidre grâce au plus récent bouquin du québécois expert en jus de pommes bien fermentés, Claude Jolicoeur, sorti des presses en septembre dernier aux USA. Écrit de main de maître, c’est la somme fascinante de recherches approfondies depuis des années et de nombreux voyages autour du cidre fermier, ou artisanal (le vrai cidre quoi!), ainsi que du poiré.

Après un survol des méthodes de production, on y découvre les histoires des régions où la fabrique du cidre et du poiré sont de tradition ancienne (France, Angleterre, Espagne, Allemagne et Autriche).

Il offre ensuite un tour d’horizon des lieux où se vit un renouveau ou les débuts d’une cidriculture artisanale (Nouvelle-Zélande et Australie, USA et Canada, Irlande, Italie, Amérique Latine, etc.), où s’inventent de nouvelles manières de faire, souvent inspirées des traditions d’ailleurs.

Jolicoeur y décrit les pratiques en vergers et les variétés de pommes de différents terroirs cidricoles, les profils de différents styles de cidres et des rituels associés.

« Tout comme il y a de nombreux volumes dédiés aux grandes régions viticoles du monde, nous avons maintenant, avec Cider Planet, un manuel « d’appréciation du cidre » pour comprendre pleinement la riche culture du cidre et du poiré. »

– 4e de couverture du livre [ma traduction]

Claude Jolicoeur, Cider Planet – Exploring the Producers, Practices, and Unique Traditions of Craf Cider and Perry from Around the World, Chelsea Green Publishing, 2022

En entamant cet hiver une correspondance avec l’auteur (je lui ai écrit tout un épître, comme il m’a dit), celui-ci m’a fait référence à son ami Mark Gleonec, un autre éminent spécialiste du cidre, artiste enraciné dans le terroir du pays Fouesnantais, qui a une longue et riche tradition cidricole. Incidemment, c’est le secteur de la Bretagne, au sud du Finistère, où j’ai passé deux mois à l’automne 2017; là où en stage sur une ferme paysanne j’ai eu la chance de participer à la cueillette et la presse de variétés de pommes à cidre locales, de leurs vergers. Où j’ai eu également le plaisir de boire quelques verres de leur typique cidre doux-amer, au pétillant naturel produit suivant la méthode traditionnelle.

Je me suis empressé de me procurer, et de lire avec grand intérêt, le bel ouvrage de Gleonec, magnifiquement illustré. De quoi rêver d’un nouveau voyage chez les amis Bretons, mais aussi, surtout, qu’à plus long terme se développent des pommages régionaux pour le cidre, dans les régions du Québec qui y sont propices. Que l’on sélectionne et multiplie nos propres variétés de pommes douces-amères, aigres-amères, amères, etc. Des pommes classées comme pommes à cidre, qui n’ont pas grand chose à voir avec les pommes à croquer (bien que certaines y soient plus propices que d’autres).

Mark Gleonec, Pommes et cidre de Cornouaille, Solus Locus, 2019

Ici, en « pays jeune », nous avons la chance de pouvoir encore inventer notre terroir cidricole, avec un climat, un ensemble de variétés adaptées (un pommage) à déterminer ainsi que des assemblages ou des techniques qui nous sont propres.

Trinquons aux pommiers de Bretagne, du Québec et d’ailleurs !
Yec’hed mat ! Santé !

13 février 2023

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LA POMOLOGIE, UNE DÉMARCHE MÉCONNUE AU QUÉBEC

Pour y offrir la notoriété qu’il mérite (et ce qu’il y a derrière), je mets ce mot de l’avant, depuis trois ans :

« pomologie [pɔmɔlɔʒi] n. f.

Partie de l’arboriculture consacrée à l’étude des fruits comestibles.

dér. pomologique adj., pomologue n. »

https://usito.usherbrooke.ca/d%C3%A9finitions/pomologie

« La pomologie (du latin pomus = fruit ou de Pomone, la divinité des fruits) est une branche de l’arboriculture fruitière qui traite de la connaissance (description, identification, classification…) des fruits.

Le pomologue est une personne versée dans la pomologie ou simplement l’auteur de descriptions pomologiques. »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pomologie

La « Société Pomologique et de Culture Fruitière de la Province de Québec » fut fondée lors d’une assemblée tenue les 8 et 9 février 1894 à Abbotsford. On peut lire au deuxième article de sa constitution que :

« Son but sera le progrès et l’avancement de la culture des fruits, au moyen d’assemblées où l’on discutera les questions relatives à la culture fruitière; elle devra aussi recueillir, coordonner et répandre toutes les informations utiles, employer enfin tous les moyens que, de temps à autre, elle jugera nécessaire aux fins de la Société. »

« La première assemblée d’été de la Société Pomologique et Fruitière de la Province de Québec a lieu à Knowlton, dans le Pettes Memorial Hall, les 14 et 15 août 1894. On y parle de la plantation des vergers, de variétés de pommes d’été et d’automne, de la meilleure manière de tailler les arbres, des dix meilleures variétés de pommes, d’expériences avec les fongicides, ainsi que de prunes, de melons, de fraises et d’arbres d’ornement. On discute souvent en plein air, tout en visitant quelques plantations d’arbres fruitiers. »

Cette Société de Pomologie a été dissoute en 1969, dans sa soixante-quinzième année d’existence.

(Histoire de la pomologie au Québec, Jean-Baptiste Roy, agronome, Ministère de l’Agriculture du Québec, 1978)

Dans l’Hexagone, une société savante consacrée à l’étude des fruits comestibles et à leur sélection, La Société pomologique de France, eut similairement trois-quart de siècle d’activités (1872-1946).

L’Association nationale Les Croqueurs de pommes, en France, est un regroupement d’amateurs bénévoles qui œuvrent à la sauvegarde des variétés fruitières régionales en voie de disparition. Elle compte des dizaines de chapitres locaux à travers les différentes régions du pays.

En plus de ce regroupement, plusieurs sociétés pomologiques locales, lesquelles sont aussi des initiatives citoyennes et communautaires, créent et entretiennent des vergers conservatoires des variétés fruitières locales et régionales.

La Société Pomologique du Berry en est un bel exemple, inspirant.

Enfin, comprenez, lecteurs et lectrices, que je rêve que nous fondions une Association Pomologique de Lanaudière ! Ce qui sera d’ailleurs le sujet d’une future publication.

9 février 2023

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Saison 2022

Le Ministère des Friches et des Pommeraies s’est fait discret sur les médias sociaux mais n’en est pas moins actif sur le terrain, en mode repérage et exploration de saison depuis la mi-août, à goûter les plus hâtives de nos pommes, déjà tombées au sol

Passent les pommes d’été, dont les « pommes blanches » sont les plus connues, qui s’abîment à la moindre pression, s’oxydent en un rien de temps, fragiles

Vite « farineuses », souvent bien acides, dont on peut tirer de bonnes compotes

***

Suite à l’article en première page du journal l’Action, en avril dernier, j’ai été contacté par une cinquantaine de personnes qui m’ont invitées à rencontrer leurs arbres; parfois un seul, des fois des talles

Ces derniers week-ends, et parfois en soirées, j’ai commencé ma tournée de reconnaissance des lieux et des gens, en de toujours belles rencontres autour de cette espèce légendaire : Malus

À basse vitesse, scrutant les fossés, lisières et fonds de cours je visite aussi ces rangs de campagnes entiers où à ma connaissance de nombreux pommiers poussent, anarchiquement, hors rangs.

C’est du temps de recherche (et développement), une obsession visuelle, par passion, la volonté de ne pas en manquer un, les chercher ou simplement les trouver partout où ils sont, noueux et tordus, indépendants et libres, en marge du système de culture conventionnel-industriel

J’m’arrête dans les entrées de maison ou sur le bord de la route et cogne aux portes, me présente, demande la permission pour explorer les arbres fruitiers, et pour cueillir

Rares sont ceux qui refusent; au contraire : on me raconte plutôt d’étonnantes histoires, m’offre un verre, de revenir pour prélever des greffons au printemps, souvent de cueillir tout ce que je veux, sinon avec quelques réserves pour les proprios, dont certains, enthousiastes, me présentent aussi des pruniers, poiriers et autres merveilles fruitières de leurs jardins

J’explique que toutes les pommes m’intéressent, pas seulement les grosses et sucrées. Celles qui sont acides, amères ou astringentes (qui assèchent la bouche) tout autant ! La finalité que je leur réserve est la fermentation alcoolique en vue de produire des cidres composés de fins assemblages de variétés, qui avec le temps et l’expérience, seront de délicieux breuvages issus du terroir local.

En échantillons ou en grandes quantités, petites pommettes ou piquées, difformes ou tachetées de tavelure, elles méritent également d’être découvertes, référencées, goûtées, testées.

À l’état naturel, sans le moindre traitement, avec un maximum de levures sauvages, elles sont parfaites ainsi pour la fermentation spontanée !

Emmanuel Beauregard

1er septembre 2022

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Pomologie Projets et collaborations

LES VALLONS FRUITÉS

Les pommiers, au printemps 2022

La collection de pommiers de variétés du terroir local (à quelques exceptions près) débourre depuis une dizaine de jours ! Toute ma reconnaissance va à Roland Joannin pour son expertise de greffeur et son précieux don de 100 porte-greffes M111, en soutien aux recherches & développements du Ministère des Friches et des Pommeraies.

Dans ma pépinière se retrouvent, pour lancer ce projet à long terme de verger-conservatoire, 43 variétés (en moyenne 2 exemplaires de chacune) issues de pommiers sauvages et anciens de Sainte-Mélanie et Saint-Ambroise. Les scions greffés ont été collectés en mars, greffés à la mi-avril et transplantés à la mi-mai.

Sur une planche voisine, se trouve la trentaine de petits pommiers ‘Antonovka’, partis de pépins semés en contenants multicellules il y a un an. Transplantés en 1 rang l’automne dernier, ils semblent tous assez bien aller, avec leurs feuilles et pousses en devenir. Dans le futur, certains se feront couper la tête, pour devenir porte-greffes, et d’autres seront laissés à eux-mêmes, libres d’exprimer leur propres fruits.

Les quatre pommiers du Kazakhstan (Malus Sieversii), issus de semis et âgés de 3-4 ans, resteront francs, et révéleront des pommes aux saveurs inédites, encore inconnues. En plus de quoi Éric de Lorimier, pépiniériste et sélectionneur de variétés fruitières depuis belle lurette dans la région, m’a également fait un formidable cadeau : des surplus de greffons de Malus Sieversii ! Une dizaine de souches différentes que je me suis empressé de greffer sur des sauvageons vigoureux et fructifères, à quelques endroits sur la ferme. Des branches raboutées avec des variétés de pommes issues du bassin génétique Kazakh, une espèce de retour aux sources sur ces sauvageons locaux, qui ont également d’autres gènes dans leur ADN.

Le week-end dernier, Christian Breton, propriétaire du Verger des Coteaux de Kildare sur le rang du Pied-de-la-Montagne de Sainte-Marcelline (autre amoureux de ses pommiers sauvages !), m’a offert 10 petits pommiers issus de semis de pépins provenant de ses arbres. Ces petits pommiers mystères ont été transplantés en plein sol le soir-même avec le reste de ma collection naissante.

Oh vivement les aventures à long terme du côté des Malus, le long (et en large !) d’un piémont de terroirs et de découvertes, suivant et semant ce fruit qui se mange et se boit de toutes façons, dans la générosité de ces arbres indépendants et rustiques, symboles de connaissance et de santé, qui en plus favorisent les échanges et les rencontres !

9 juin 2022

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CÉLÉBRITÉS ISSUES DE PÉPINS – 1

Le Ministère lance aujourd’hui une série de chroniques à propos de célèbres variétés de pommes qui sont issues de pépins
(ou encore de drageons).

L’idée était en suspens depuis longtemps, et c’est une récente opportunité de cueillette hivernale de pommes ‘Golden Délicieuse’
(en vue d’en faire du cidre de glace), qui a réveillé le projet de faire connaître l’histoire de variétés connues et populaires qui sont nées de « semis de hasard ». La ‘Golden Délicieuse’ est l’une d’entre elles,
et d’une renommée internationale, qui plus est.

Le texte ci-bas est une traduction des pages 58 à 61 du fantastique livre « Apples of uncommon character : 123 heirlooms, modern classics, & little-known wonders » de Rowan Jacobsen, publié en 2014.

***

Alias : Mullins Yellow Seedling

Origine : Clay County, Virginie Occidentale, 1890.

Apparences : Devrait être large et modestement conique, avec des épaules rondes et une joyeuse peau jaune pointillée de taches de rousseur brunes. Trop souvent, elle est plutôt d’un vert pistache, cueillie tôt pour améliorer sa durée de vie en étalages. Le roussissement est un bon signe, comme l’est une touche de rose sur une joue.

Saveur: Pas tout à fait complexe, mais sacrément bonne, à la façon d’une pomme. Surtout sucrée, elle est à peu près aussi acide que du jus de pomme, mais il y a là une touche d’intrigue, un chuchotement de complexité melonnée qui a été trouvé dans les nombreux illustres descendants de la Golden Délicieuse.

Texture : Fraîchement cueillie, une Golden Délicieuse adéquatement cultivée a de charmantes qualités. Chaque morceau se sépare impatiemment du navire-mère et se précipite dans votre bouche, où vos dents trouvent leur mot à dire.

Saison : De septembre à octobre. Si elle n’est pas jaune, ne l’achetez pas. Se conserve bien jusqu’au printemps.

Utilisation : Consommées fraîches; tient bien en tarte (bien que nécessite du jus de citron).

Région : À la grandeur des États-Unis, bien que les meilleures soient cultivées dans les zones plus chaudes. Omniprésente dans les supermarchés aux USA et en Europe.

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« La saga de la Golden Délicieuse a débuté en 1891 dans le Comté de Clay, en Virginie Occidentale, sur la ferme de L.L. Mullins. Ce fut lorsque Mullins envoya son fils de 15 ans, J.M., pour faucher les champs. En 1962, J.M. Mullins, alors âgé de 87 ans, raconta au Charleston Daily Mail ce qui est arrivé ce jour-là : « Je balançais la faux d’un côté et de l’autre lorsque je suis tombé sur un petit pommier qui avait atteint environ 20 pouces de hauteur. Ce n’était qu’un nouveau petit pommier qui s’était porté volontaire à cet endroit. Il n’y avait pas le moindre autre pommier à proximité. Je me suis dit « Eh bien mon gars, je vais juste te laisser là », et c’est ce que j’ai fait. J’ai fauché autour, et à d’autres occasions j’ai fauché autour, encore et encore, et il s’est transformé en un petit pommier de belle apparence et devint éventuellement un grand arbre et a porté des fruits. »

L’oncle de J.M., Anderson Mullins, devint plus tard propriétaire de la ferme, et vers 1905 commença à remarquer l’arbre extraordinaire. La seule pomme jaune populaire dans le Sud à cette époque était la Grimes Golden, dont Mullins en avait plusieurs en culture dans le voisinage (l’un desquels en était probablement le parent). Mais ce n’était pas de la Grimes. Elle était bien plus large, plus croquante et sa saveur plus épicée. L’arbre dépassait en productivité tous les autres arbres de la ferme, et les pommes se conservaient magnifiquement jusqu’au printemps.

En 1913, Mullins jugeait qu’il avait quelque chose d’extraordinaire entre les mains, et décida ainsi de poster quelques exemplaires de la Mullins Yellow Seedling, comme il l’appelait, à Stark Bro’s, la pépinière de commandes postales du Missouri qui dominait le marché de la pomme à l’époque (et continue de prospérer aujourd’hui). Stark Bro’s avait rencontré un énorme succès avec leur pomme Délicieuse en 1895, et Mullins pensa qu’ils pourraient faire quelque chose avec sa pomme. En avril 1914, il leur envoya 3 pommes de plus, un geste sournois de sa part, parce qu’à cette saison les louables capacités de conservation des fruits étaient évidentes. Les frères Paul et Lloyd Stark étaient plus intéressés par les pommes rouges, qui avaient plus d’attrait commercial, mais ils eurent une épiphanie lorsqu’ils ont goûté la pomme de Mullin. « Nous n’avions jamais expérimenté une telle saveur épicée avant, particulièrement dans une pomme jaune », écrivit plus tard Paul Stark. La principale pomme jaune à l’époque était la Grimes Golden, mais la petite taille de cette pomme avait toujours limité sa popularité. Stark décida qu’une grosse pomme jaune croquante pour complémenter leur Rouge Délicieuse serait une excellente idée, alors il voyagea un millier de miles en train, et les derniers 25 miles à dos de cheval, pour atteindre la ferme des Mullins. Il n’y avait personne à la maison, mais Stark put voir le verger sur le versant derrière la maison, et il commença à fouiner. La plupart des arbres qu’il vit étaient en mauvais état, et il dut commencer à douter qu’il était au bon endroit. Alors, se remémora-t-il plus tard, quelque chose attira son attention. « Là, se dessinant au milieu de petits arbres sans feuilles, se trouvait un arbre doté d’un feuillage vert intense, comme s’il avait été transplanté du Jardin d’Éden. Les rameaux de cet arbre pliaient au sol sous une prodigieuse production d’excellentes, glorieuses et luisantes pommes dorées. Tandis que je m’en approchais, une crainte me dérangeait. Et si ce n’était qu’un pommier de Grimes Golden, après tout ? Je me suis approché et vit que les pommes étaient 50 pourcent plus larges que des Grimes Golden. J’en ai cueilli une et croquai dans sa chaire croquante, tendre et chargée de jus. Eureka ! Je l’avais trouvé ! »

Starks paya 5000 $ à Mullins pour les droits de propagation de l’arbre et pour les 900 pieds carrés de sol autour de celui-ci. Il bâtit une cage de bois et de fil de fer autour de l’arbre, pour décourager les greffeurs nocturnes, complétée avec une alarme électrique. En 1916, il présenta au monde en tant que Golden Délicieuse, qui est allée vers la célébrité et la fortune, aussi bien qu’une carrière au Secrétariat du monde des pommes, créant les Jonagold, Ozark Gold, GoldRush, Mutsu, Arlet, Elstar, Pinova, Gala, Pink Lady et plusieurs autres. En fait, la prévalence de ses gènes dans l’univers de l’approvisionnement en pommes a contribué à ce qu’elle soit choisie comme pomme à décoder pour le Apple Genome Project, qui a publié en 2010 la séquence génomique complète de la Golden Délicieuse.

Durant des décennies, la Golden Délicieuse se situait au second rang dans la production de pommes aux USA, plusieurs longueurs derrière la Rouge Délicieuse, maintenant un respectable 15 à 20%. Mais en 2016 la Gala, son propre enfant, l’a poussé au 3e rang, et aujourd’hui la Golden Délicieuse maintient environ 10% du marché. (En Europe, toutefois, la Golden Délicieuse est la pomme au sommet depuis 1945, lorsqu’elle arrivée comme élément du Plan Marshall pour relancer l’agriculture Française, et elle continue d’occuper environ 25% du marché, plus du double que n’importe quelle autre variété). Qu’est-ce qui explique une telle popularité ? Personne d’autre que Paul Stark, en complet mode « P.T. Barnum », n’a jamais affirmé qu’il s’agissait d’un coup de grâce gustatif. La Golden Délicieuse est plutôt la pomme qui fait tout assez bien, en étant un rêve de cultivateur. C’est une pomme sympa, grosse, plaisante, assez croquante et très sucrée, avec un profil aromatique grand public et une bonne fraîcheur, qui convient aux tartes, et peut durer longtemps entreposée. Pour les producteurs, elle génère chaque année des récoltes exceptionnelles avec peu de drame. Ce n’était pas une pomme difficile.

C’était une excellente formule pour le succès dans les années 1950. Même dans la décennie 1990, le supermarché américain typique avait trois variétés de pommes : la verte Granny Smith, la jaune Golden Délicieuse et la Rouge Délicieuse. L’une pour la cuisson, l’une pour la consommation fraîche et l’autre à regarder de loin. Mais les meilleurs jours de la Golden Délicieuse sont probablement derrière elle. C’est toujours la pomme de choix pour la nourriture de bébés (où la clientèle ne semble pas se plaindre de la saveur moyenne et faiblement acide), et une bien mûre directement tirée d’un arbre Appalachien peut toujours avoir ses charmes, mais si ce sont les pommes sucrées que vous aimez, il y a de plus aromatiques options.

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

17 février 2022