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Explorations Histoire Projets et collaborations

LA GENÈSE DU MINISTÈRE #3

3e partie

Juste avant de partir pour ma saison de cueillette à l’automne 2019, je suis allé marcher à travers les pâturages et vieilles prairies de la ferme, à l’abandon depuis quelques années, espaces laissés à eux-mêmes, sans animaux d’élevage pour y brouter. La friche s’installe, la forêt reprenant tranquillement ses droits. Aux endroits où dans le passé j’avais repéré des sauvageons du genre Malus je suis retourné. Ravi de nouveau y découvrir une fantastique diversité de variétés, de couleurs, formes, tailles, arômes et saveurs, textures, et j’en passe … Qui plus est, des arbres et des fruits que je n’avais jamais vus auparavant ! Je les ai bien sûr toutes goûtées. Heureux de marcher hors des sentiers humains, de retrouver ma relation intime avec ces pommiers naturalisés, ces échappés de culture qui s’épanouissent librement sans le moindre entretien.

Fin octobre, au retour d’un mois et demi de récolte de pommes cultivées en rangs de monoculture industrielle, j’ai découvert en ligne et commandé le livre « Uncultivated – Wild apples, real cider and the complicated art of making a living » d’Andy Brennan.

Bien que je ne maîtrise toujours pas parfaitement la langue anglaise, je m’y suis plongé avec bonheur, suivant le récit de ce New-Yorkais « arbori-cueilleur » (comment traduire son concept de « forcharding », mixant le butinage et la cueillette de denrées alimentaires sauvages des abeilles et autres animaux (foraging) et l’arboriculture, ou la « tenure » de verger (orcharding)?) et cidriculteur passionné par les pommiers sauvages de la Nouvelle-Angleterre. Un inspiré drôlement inspirant pour une sorte d’inspecteur agraire anarcho-terroiriste comme je voudrais être, rêvant de quelque chose d’enraciné dans l’histoire et le terroir local, plus proche de l’agroécologie paysanne que d’une entreprise nourrissant le capital étranger…

Chômeur au milieu de l’hiver, s’ensuivirent des mois de recherches, de lectures, de découvertes en apprentissages, d’ouvrages de références en bibliothèques, autour de la pomme, de son histoire, des sauvages et innombrables variétés cultivées, du cidre et des vergers-conservatoires du monde entier …

C’est animé par la volonté de faire œuvre utile en contribuant à la connaissance pomologique et cidricole lanaudoise qu’a germé durant l’hiver 2020 l’idée d’un blogue intitulé « Pommage Lanaudière ». J’ai rédigé quelques chroniques sur une page WordPress que je n’ai jamais rendue publique, ne me sentant pas tout à fait mûr pour cela. Je récupère actuellement certains bouts de textes, actualisés, pour les fins du Ministère.

Au printemps 2020, j’ai commencé à m’équiper de certains outils de base pour entreprendre des activités arboricoles : coupe-branches, scie d’élagage, scie mécanique, greffoir, ruban de parafilm, etc.

En mars et avril, j’ai eu envie de commencer des expériences en semant quelques pépins de pommiers (quelques uns de Honeycrisp qui étaient conservées en chambre froide et d’autres de pommetiers) en pots. Installés sur le bord d’une fenêtre, un certain nombre a germé et j’ai eu soin de les arroser tout l’été. En octobre, je les ai transplantés sur l’une de mes planches de jardin, après que les plants de melons en aient été retirés. En pépinière, ils y sont pour une année ou deux.

Tout l’été, j’ai systématiquement arpenté le fonds de terre de la ferme afin d’y repérer tous les Malus. Des plus petites et récentes pousses jusqu’aux plus matures reproducteurs.

J »ai installé une application GPS sur mon téléphone et géolocalisé plus de 400 pommiers sauvages. Tous photographiés : leurs troncs, leur port général, et leurs fruits s’ils en avaient. J’ai divisé le territoire habité par des pommiers en différentes parcelles, chacune ayant son code. Puis, suivant mes parcours improvisés, je les ai numérotés l’un après l’autre. Dans GaiaGPS s’est créée une base de données où je peux ajouter des notes ou d’autres photos au fil du temps.

En 2020 déjà j’ai élargi l’horizon de mon investigation pomologique en incorporant quelques arbres alors chargés de fruits qui se trouvent plus loin sur le rang, ou le long d’autres chemins de campagne à proximité.

Se dessine maintenant un projet d’ethnobotanique appliquée, de recherches sur le terrain, enraciné dans la région de Lanaudière. Un projet de recherche et développement de produits du terroir, au coeur duquel se trouvent les pommiers des marges de nos rangs, de nos bois, de nos champs. Tant les sauvages que ceux des vergers anciens abandonnés. Combien de variétés ancestrales qui furent ici cultivées à identifier, à préserver ? Et tellement de nouvelles à découvrir, à sélectionner !

PS – Ce ministère utopique, sans dessus dessous, cherche plutôt des collaborateurs/collaboratrices, des camarades, des confrères et consoeurs, des amoureux/amoureuses de la multiplicité variétale des Malus

Mais oui, le Ministère se veut pédagogique, favorisera le partage et le transfert de connaissances et prendra des mesures afin de former des cueilleurs/cueilleuses, aider les gens qui le veulent à référencer leurs pommiers et ceux de leur connaissance, etc …

16 août 2021

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Explorations Projets et collaborations

Géolocalisation des pommiers

Sur la photo ci-haut donne un aperçu de ma
géolocalisation des pommiers (en jaune : ceux qui ont des pommes
cette année) d’une partie de la terre des Vallons d’en Haut.

Il s’agit d’un point de départ, qui pourrait s’élargir
à l’ensemble de la région !

Le référencement et la cartographie des pommiers sauvages et anciens apparaît comme une première étape afin d’en étudier ensuite les caractéristiques variétales. Des sujets méritent certainement d’être préservés et protégés, voire même d’être reproduits.

16 août 2021

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Cidre Histoire Littérature Projets et collaborations Vergers

LA GENÈSE DU MINISTÈRE #1

1ère partie

Il y a toujours eu des vieux pommiers sur la ferme où j’ai grandi (ferme des Arpents Roses, à Sainte-Mélanie). De vénérables centenaires spécimens de l’espèce Malus, implantés sans doute peu après l’établissement de la ferme, à la fin du 19e siècle. Un petit verger qui, à l’arrivée de mes parents en 1986, comptait plus d’une demi-douzaine de vieux pommiers. De ceux-ci, il n’en reste plus que quatre aujourd’hui. L’un d’eux a fendu en 2018 et s’est abattu sur la clôture à côté. C’est celui qui porte des pommes « blanches » (pommes d’été) que le fermier Joseph (dit Jos) Rivest vendait naguère au marché public de Joliette. L’arbre a toujours de la vigueur, la sève y circule encore au moins un peu, mais ses jours sont comptés. Tout comme ceux de ses trois comparses, arbres vieillards qui ne sont plus dans la force de l’âge, leur sénescence bien entamée …

Dans mon enfance, sous ces arbres attenants au poulailler, picoraient volailles et pacageaient en toute convivialité les cochons engraissés de l’année, grossis notamment de toutes ces pommes tombées au sol où ils fouissaient. Des clients de la ferme, acheteurs de la viande de ces porcidés (qu’enfants nous baptisions candidement parfois « Bacon », « Jambon » ou autres sobriquets évoquant leur finalité) ont parfois même rapporté avoir reconnu des arômes de pomme dans les pièces de cochon qu’ils goûtaient ! Le bon goût du terroir du verger … Des pommes que nous mangions aussi, un peu, à mon souvenir, toujours bien quelques croquées.

J’ai tant grimpé dans ces grands arbres noueux et tordus, quand j’étais petit, heureux comme un primate dans son habitat naturel. Un profond attachement à eux, ces ancêtres des lieux faciles à escalader, sur lesquels je pouvais me percher ou me suspendre.

***

Au mois d’août de mon voyage chez les indigènes paysans zapatistes du Chiapas (Mexique) en tant que délégué de l’Union paysanne, à l’été 2007, j’ai tendu mon nouveau hamac entre deux de ces pommiers, me raccordant au sol et au ciel, au passé et au futur, et bien rêvé.

***

Il y a une dizaine d’années, par coïncidence avec la publication d’une première traduction française du « Wild apples » d’Henry David Thoreau, je prenais vraiment conscience de nombreux pommiers sauvages présents dans mon environnement immédiat. Sur la ferme, le long des rangs, en fait un peu partout près de pâturages, dans les friches, des lisières de boisés : nombre de lieux négligés où poussent ces arbres fruitiers tout aussi méprisés … Le piémont lanaudois (et plus largement, laurentien) en est parsemé, de ces pépins, semés, disséminés à travers les fientes des oiseaux, bouses de vaches, crottins de chevaux et autres déjections de mammifères frugivores ou omnivores. Quadrupèdes ou bipèdes, volatiles ou terrestres, tous se délectent et déjectent du Malus domestica, en des trajectoires insoupçonnées. La sélection naturelle s’en charge. Comme le naturel ne lui est généralement pas autorisé, le genre de la pomme trouve dans les marges du territoire cultivé des occasions de s’exprimer librement, s’adaptant aux conditions géo-climatiques nordiques avec grands succès.

La lecture du texte élogieux de Thoreau (version originale ici) à propos des pommes sauvages m’a profondément marqué. L’un des rares textes que j’aie relu plusieurs fois, lequel m’a permis de mieux voir ces arbres, d’en goûter et apprécier les fruits. D’autant plus qu’un ami, équipé de cuves de fermentation, ajoutait alors une presse à pommes, aussi dotée d’un broyeur, à son attirail de transformation alimentaire …

Nous avons, autour de 2010, entrepris de récolter de ces pommes sauvages (par centaines de kilos) et d’en extraire le jus. Une partie fut mise en cuves de fermentation et furent élaborés artisanalement, simplement, des cidres de pommes du terroir régional … Corvées de pressage et d’embouteillage entre ami.e.s. Cidres à boire et partager entre ami.e.s également. L’idée d’en faire une activité lucrative nous avait plus qu’effleuré l’esprit …

Toutefois, les lois et règlements en vigueur ne nous semblaient pas permettre d’envisager une aventure commerciale avec le cidre de pommes sauvages, puisque l’une des conditions pour obtenir le permis de production artisanale consiste à exploiter au minimum 1 hectare de verger.

15 août 2021

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Dégustations Explorations Projets et collaborations Rencontres

À LA DÉCOUVERTE DU MONDE MERVEILLEUX DES POMMES SAUVAGES

Récente rencontre exploratoire avec un autre pomologue local, Yvan Perreault, qui partage l’enthousiasme du Ministère pour les pommes sauvages et variétés anciennes.

Ce n’est que le début !

À LA DÉCOUVERTE DU MONDE MERVEILLEUX DES POMMES SAUVAGES.

« Je crois bien que je n’aurai jamais vu d’automne s’annonçant aussi prometteur que celui de 2021 pour la quantité de pommes sauvages que TOUS les pommiers oubliés dans une friche voisine de chez nous s’apprêtent à produire, il y en aura vraiment pour tous les goûts! Je viens de m’en rendre compte il y a une semaine en allant m’y promener avec Emmanuel Beauregard, qui travaille fort pour les remettre bientôt en valeur sur le plan patrimonial au coeur du village de Saint-Ambroise-de-Kildare. On en a croqué une bonne douzaine de variétés différentes, je vous glisse un mot sur nos découvertes souvent étonnantes… »

Yvan Perreault


12 août 2021

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Explorations Histoire Pomologie Projets et collaborations Rencontres

UNE ENQUÊTE POMOLOGIQUE

Cet hiver … c’est à travers des recherches généalogiques autour de mes arrière-grand-pères Beauregard de Saint-Ambroise-de-Kildare que j’ai commencé à réaliser un rêve. Celui de dénicher de vieux vergers à l’abandon, ou des traces de ceux-ci, dans Lanaudière.

Il se trouve que derrière l’ancien couvent des Soeurs de Ste-Anne (démoli en 1970), il y avait un verger. J’en ai appris l’historique existence via le livret « La mémoire des rangs » réalisé par le comité sur la conservation du patrimoine de Saint-Ambroise-de-Kildare.

Je suis rapidement allé voir sur les lieux. Une petite marche sur l’avenue Sicard, derrière l’hôtel de ville, tout près du cimetière, à l’ouest de celui-ci.

Ébahi, j’ai constaté la présence d’un peu plus d’une dizaine de grands pommiers, au milieu de cette zone depuis longtemps reprise en friches. Un boisé au sein duquel survivent quelques vénérables Malus étiolés, cherchant en hauteur la lumière. Quels soins ont-ils reçus au cours des 50 dernières années ? Visiblement bien peu, si ce n’est aucun.

Mes recherches se sont alors tournées vers l’identification des propriétaires du terrain. J’ai contacté l’un des co-auteurs de l’ouvrage « La mémoire des rangs », qui en venait à la même évidence que moi : ou bien le terrain appartient à la municipalité, ou alors il s’agit d’une propriété de la Fabrique de la Paroisse.

J’ai donc adressé des courriels aux deux institutions, leur expliquant ma trouvaille et l’intérêt de préserver ces arbres qui relèvent, à mon sens, du patrimoine horticole et agroalimentaire de la paroisse, voire même de la région.

Ainsi, j’ai informé l’inspectrice municipale de l’existence de ces vieux arbres fruitiers, situés à quelques dizaines de mètres seulement des édifices municipaux. Elle s’est montrée bien intéressée à en savoir plus et m’a signalé que c’est bien la « Fabrique » qui est propriétaire des lieux.

Quelques jours plus tard m’arriva une réponse provenant du curé lui-même de la paroisse Sainte-Anne (Ste-Mélanie, St-Ambroise et Sainte-Marcelline-de-Kildare). Il m’affirmait trouver cela très intéressant, et me proposait qu’on aille marcher ensemble pour voir les pommiers de plus près.

Cela fut fait il y a deux semaines. J’ai rencontré l’abbé Nicolas Tremblay sur place. Nous avons pu admirer la quinzaine de pommiers et discuter de nos visions quant à l’avenir de ce terrain.

En bref : nous imaginons un espace public appartenant à la communauté, où chacun.e serait libre de venir y cueillir les fruits.

À l’approche de Pâques, il aime bien l’idée qu’on puisse leur donner une seconde vie … 😉

Suite à une récente rencontre du comité de la Fabrique, M. le curé m’a accordé l’autorisation de commencer à prendre soin des pommiers (dégagement, taille). Je serai bientôt mis en contact avec la personne responsable de l’aménagement du pourtour du cimetière.

Lorsque j’ai rappelé à l’abbé la manière dont j’ai découvert l’existence de cet ancien verger (par l’intermédiaire de mes recherches généalogiques), il m’a fait rire avec sa blague :

– Si tu continues comme ça, tu vas te rendre jusqu’à Adam et Ève ! » 😜

Vive l’Arbre de la Connaissance (par-delà bien et mal, par contre) !!!

D’ailleurs, mon enquête pomologique n’en est qu’à ses balbutiements… Arrivera-t-on à identifier d’anciennes variétés de pommes, tombées dans l’oubli depuis des décennies ? Il s’agit peut-être aussi de « seedlings » ou « pippins » (des arbres partis de semis quoi) comme y disent aux États-Unis. Soit des pommiers aux variétés uniques, qui n’ont pas été greffées …

Une histoire à suivre … en particulier à l’automne !

1er avril 2021