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Cidre Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE # 3

« Du pommier au cidre » de Claude Jolicoeur

Victoriaville, automne 2015. Alors étudiant en agriculture maraîchère biologique, jasant avec des camarades de classe de mes activités passées en matière de cidre concocté à base de pommes sauvages, l’un d’eux, Charles-Emmanuel, m’avait dit connaître Claude Jolicoeur, un ami de sa famille. Je le savais être l’auteur d’un bouquin pratique et technique sur l’art de faire du cidre. Un québécois publié dans le Vermont, en anglais : The New Cider Maker’s Handbook.

En 2016, du même auteur j’ai découvert, surpris, à la bibliothèque municipale de Victoriaville, le nouveau bouquin en français intitulé « Du pommier au cidre – manuel pour l’amateur et l’artisan« 

Je me suis demandé s’il s’agissait d’une simple traduction de son ouvrage publié chez Chelsea Green en 2013, dont Charles-Emmanuel possédait un exemplaire, cadeau de l’auteur. Pas du tout. C’est un ouvrage de référence encore plus complet et dans notre langue maternelle qui plus est !

En 2017, j’étais ravi de découvrir que la bibliothèque du Cégep de Victoriaville comptait sur ses rayons un exemplaire de « La transformation du cidre au Québec : perspectives écosystémiques« , alors tout juste publié aux Presses de l’Université du Québec. Claude Jolicoeur signe le 5e chapitre de ce recueil passionnant et inspirant pour l’avenir du cidre au pays.

Il se fait, dans « Du pommier au cidre », le promoteur et défenseur de l’exploration des pommes sauvages, partisan de leur exploration, dans toutes les régions, par les artisans cidriculteurs :

« « Enfin, dans nos contrées, il ne faut pas sous-estimer la valeur potentielle des sauvageons de semis naturels qui poussent un peu partout. Bien qu’une fraction seulement de ces sauvageons aient de réels mérites pour le cidre, ils sont si abondants que parmi leur nombre résident sans doute des pommes à cidre exceptionnelles qui ne demandent qu’à être découvertes par des cidriers aventureux. J’encourage donc les amateurs à arpenter les zones où de tels sauvageons croissent et à tester leurs fruits. Parfois on en trouve dont la saveur est douce et parfumée. On peut alors les greffer dans le verger, les évaluer, et éventuellement même les nommer et les propager. »

Il en est lui-même venu à reproduire (greffe) des variétés locales de sa sélection et à les offrir à des pépiniéristes et d’autres cidriculteurs.

23 août 2021

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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE # 2

Uncultivated – Wild apples, real cider and the complicated art
of making a living de Andy Brennan

Titre que je traduirais par : « Non-cultivées – Les pommes sauvages,
le vrai cidre et l’art compliqué de faire sa vie »

Acheté et lu à l’automne 2019, alors que j’étais de retour sur le rang Saint-Albert, dans la maison familiale de la ferme, après ma run de jobines d’ouvrier dans des vergers, du Québec à la Colombie-Britannique, avec les prolétaires, d’un bout à l’autre bout de la colonie. Après les mois de cueillette de pommes, de la rive sud de Québec Cité aux Cantons-de-l’Est.

Le vendredi 13 septembre, j’ai quitté l’emploi que je reprenais chaque automne depuis 5 ans dans un verger-cidrerie, parce que je ne m’y sentais pas respecté. On m’imposait de faire des heures de service à la clientèle au kiosque – avec un certain entregent, j’en avais bien la capacité – mais pour un salaire moindre, alors que mon désir le plus sincère était d’être avec mon sac grimpé sur une échelle, dans les arbres, à en retirer les fruits et payé au rendement … Non pas d’être représentant de ventes pour une entreprise à laquelle je ne croyais pas tant que ça … Mais j’y ai appris, ça oui; découvert et cueilli des variétés anciennes, sur un lieu de culture pomicole des plus vieux de la province.

Grâce à l’aide d’une amie, j’ai sans mal trouvé une place ailleurs, pour exercer ce métier saisonnier dans lequel je trouvais mon compte. Chez Claude Tougas, à Dunham, où j’ai pu saisir le jour bien plus agréablement avec une communauté de cueilleurs et cueilleuses. Les feux de camp régulièrement, discussions et échanges avec les camarades, la cuisinette partagée et parfois les partys. Le plaisir de pratiquer et parfaire ma maîtrise de l’espagnol avec les travailleurs saisonniers mexicains, toujours aussi généreux avec qui s’intéresse sincèrement à eux.

Entre les deux jobs, passant une semaine à Sainte-Mélanie – sur le territoire de cette ferme où j’ai grandi, et que je chéris – j’avais fait la tournée des pommiers sauvages de ma connaissance. J’en avais pas vraiment eu l’occasion depuis des années, tandis que j’étais aux études ou à travailler dans des régions plus ou moins éloignées. Et j’ai alors, en quelques jours, récolté tout ce que je pouvais, qui était mûr à souhait. De quoi remplir, de caisses et de sacs chargés des fruits gratuits et aux variétés nombreuses et sans noms, tout l’arrière de la fourgonnette Toyota Sienna que je m’étais ramenée de l’Ouest Canadien. J’ai transporté ce trésor de récoltes de pommes sauvages, en variations de tailles, de formes, de jaunes, rouges, verts, orangés, rosés – avec toute la joie des découvertes – , chez l’ami de longue date, avec qui nous avions déjà fait du cidre. Ayant en tête des projets de transformation alimentaire, il m’a offert ce qu’il pouvait en contrepartie de ces centaines de kilos de pommes. Quelque chose de modique, comme 150 $, que j’ai tôt fait de convertir en essence et épicerie pour ma première semaine de travail dans un autre verger.

C’est un soir, là-bas, de l’autre bord du fleuve, pendant cet autre mois de cueillette salariée, logé dans une cabane partagée avec un comparse, qu’à la recherche de nouvelles lectures inspirantes, je suis allé voir ce qu’il y avait de neuf sur le site de Chelsea Green Publishing, maison d’édition écologiste du Vermont.

Coup de cœur immédiat, juste à lire la description et la table des matières du bouquin : aussitôt commandé.

Une lecture déterminante, inspirante, me donnant confiance. Une grande porte ouverte pour animer mon hiver de chômeur en recherches passionnées sur la pomme et le cidre, tout comme de relire (à la source, et autour de lui et de son œuvre) Thoreau.

Brennan fait quelques références intéressantes à Thoreau, dont celle-ci :

« En reconsidérant le progrès de Malus domestica (le pommier commun), nous découvrons comment la forêt de pippin chez Bill (pippin est l’un de ces excellents vieux mots démodés référant à un pommier surprise né d’un pépin) révèle un autre récit pour les pommes en Amérique. Cette histoire fait contrepoids aux suppositions voulant que l’arbre ait été sur une voie linéaire, contrôlée, vers une efficacité de plus en plus grande. L’une des dernières choses que Thoreau a écrit en 1862 était qu’il se sentait désolé pour les gens dans 100 ans, parce qu’ils n’auraient plus de pommes sauvages à cueillir. Et encore même avec plus de 50 ans au-delà de sa date prédite de disparition finale, les pommes sauvages survivent toujours.

Elles prouvent que la somme est plus grande que les parties, ayant du succès sans tout l’attirail agricole donné à leurs cousins cultivés. Cela défie les scientifiques qui affirment que leur succès dépend de l’intervention humaine, et cela enrage même plusieurs propriétaires de vergers commerciaux qui ont tenté d’éradiquer les wildlings (aussi un mot pour un arbre provenant de la semence, avec pippin et volontaire) de peur d’une influence contaminante. Mais comme Noël pour le Grinch, ils continuent à trouver une façon d’arriver.

L’histoire de Malus domestica en Amérique est, en fait, plus complexe que les explications offertes par la modernité. Mais il fut un temps dans l’histoire Américaine où l’âme de l’arbre, sa nature inquisitrice et indépendante, était mieux comprise et chérie comme presque divine. Cela demande un état d’esprit différent pour voir cela. Johnny Appleseed est célèbre pour faire la lumière sur ce sujet, mais nous minimisons l’importance de son service et focalisons plutôt sur ses étrangetés triviales. Il était, en fait, excentrique, mais son service en tant qu’ambassadeur pour le pommier capture simplement la révérence commune en Amérique pendant les 150 années précédant son époque. Sa dévotion spirituelle pour le pommier n’était pas bizarre et elle est toujours justifiée aujourd’hui.

Les occurrences de chance dans la nature se sont superposées dans le temps et entrelacées avec d’innombrables variables non-considérées pour résulter les sauvageons de bords de routes, de lisières de pâturages et parmi les boisés comme chez Bill. Ces arbres existent en étant reliés à l’ensemble du système forestier, incluant la géologie, la vie sauvage et le climat. Ils ont été ajustés à notre progrès humain. Les variables sont si infinies, si merveilleuses, que même à des lieux spécifiques comme chez Bill c’est impossible d’expliquer comment ils en sont arrivés là. Ce serait démesuré même d’essayer. Toujours est-il, aimer les arbres c’est vouloir en savoir plus à leur sujet.
»

[Ma traduction]

21 août 2021

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Histoire Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #1

« Wild apples » et « Wild fruits » de Thoreau

Multiples sont les inspirations du Ministère des Friches et des Pommeraies. Autour de toute la malique matière, il s’en trouve aussi de la bien littéraire. Les principaux ouvrages ayant conduit l’auteur de ces lignes à se découvrir une vocation seront présentés à tour de rôle. Ces documents et bouquins sont devenus des références fondamentales pour comprendre la tournure d’esprit du Ministère.

Le premier de ceux-ci, dont il a déjà été question dans « La Genèse du Ministère – 1ère partie » est le dernier texte remanié par H.D. Thoreau sur son lit de mort. Publié seulement quelques mois après le décès du poète, naturaliste et philosophe, « Wild apples » est paru dans la revue The Atlantic en novembre 1862.

Ce doit être en 2010 que je suis tombé sur cette petite plaquette, « Les pommes sauvages », lors d’une visite à la Grande Bibliothèque, à Montréal. Je connaissais et appréciais déjà vivement l’auteur, ayant lu ses oeuvres les plus célèbres : « Walden » et « La désobéissance civile », mais aussi quelques conférences traduites en français comme « De la marche » et « La vie sans principe ». Ce fut une nouvelle révélation, un appel à m’intéresser à ces arbres vagabonds qui faisaient chez moi partie du paysage, avec le mystique de Concord, Massachussets, comme prophète !

Il s’agit d’un extrait de ses carnets intitulés « Wild Fruits », dont la somme ne fut publiée qu’en 2000, suite au fastidieux travail de déchiffrage par un spécialiste des manuscrits de Thoreau. Je n’en ai que tout récemment acquis un exemplaire, en sa langue d’origine, car ce « testament redécouvert » n’a toujours pas été traduit en Français. Peut-être un projet d’hiver pour le Ministère ?

Dans un autre texte posthume (« Faith in a seed », publié en 1993), Thoreau écrit :

« Considérez la manière dont le pommier s’est dispersé à travers le pays, par l’entremise des vaches et autres quadrupèdes, créant des fourrés presque impénétrables à plusieurs endroits et cédant de nombreuses variétés nouvelles et supérieures pour le verger.

Les vaches se nourrissent aussi largement de pommes gelées-dégelées et leurs déjections sont souvent trouvées pleines de leur pulpe. J’ai remarqué qu’elles transportent même des pommes entières lorsqu’elles sont dans cet état. Un hiver, observant sous un chêne sur la neige et la glace sur les berges de la rivière quelques fragments de pommes gelées-décongelées, j’ai regardé plus loin et détecté deux ou trois traces d’une corneille et les crottes de plusieurs qui devaient être perchées sur le chêne, mais il n’y avait là aucune trace d’écureuils ou d’autres animaux. Ici et là il y avait un trou parfaitement rond dans la neige sous l’arbre, et abaissant ma main, j’ai retiré une pomme de sous la neige à chaque trou. Les pommiers les plus près étaient à trente perches de distance de l’autre côté de la rivière. Les corneilles avaient évidemment amené les pommes gelées-dégelées à ce chêne pour la sécurité et y avaient mangé ce qu’elles n’avaient pas laissé tomber sur la neige.

Les jaseurs des cèdres, moqueurs-chats et pic-bois à tête rouge mangent, eux-aussi des pommes et des poires, spécialement les hâtives et les sucrées. Wilson dit de ce dernier oiseau que « lorsque alarmé, il s’empare d’une importante [pomme ou poire] en frappant son bec ouvert profondément dedans, et la transporte jusque dans les bois et Audubon a vu des jaseurs des cèdres qui, « bien que blessés et confinés à une cage, ont mangé des pommes jusqu’à ce que la suffocation leur enlève la vie.

Mais j’ai décrit ailleurs la dispersion de la pomme. ».

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

19 août 2021

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Histoire Projets et collaborations Vergers

LA GENÈSE DU MINISTÈRE #4

4e (et dernière) partie

Hiver 2021.

Plongé dans des recherches généalogiques, particulièrement à propos du mystérieux Benoni Beauregard de St-Ambroise-de-Kildare. Né de parents inconnus … (tiens tiens, ça me rappelle les pommes sauvages ça…) – dont je suis l’un des descendants. Un document sur le patrimoine bâti du village (La mémoire des rangs), que mon frère avait pu feuilleter, révèle la présence historique d’un verger à proximité du cimetière. Quand j’ai su qu’il y avait possiblement des vestiges, je me suis vite rendu sur place. Ébahi devant les arbres immenses que je découvrais, j’ai ouvert une enquête pomologique.

Cette histoire, que j’ai racontée et publiée sur ma page Facebook personnelle en février dernier, a suscité un grand nombre de réactions enthousiastes. Mon récit a été pas mal partagé, jusque dans des groupes à teneur agricole basés dans d’autres régions du Québec, inspirant plusieurs à s’intéresser aux vieux Malus de leur coin de pays et à essayer d’en identifier les variétés. De quoi m’encourager à poursuivre mes investigations sur ces arbres dont je suis tombé amoureux.

Printemps 2021.

Cherchant à dresser un portrait d’ensemble de la pomiculture dans Lanaudière, j’ai contacté tous les vergers de la région. Ils ne sont pas bien nombreux et certains ont des activités commerciales encore somme toute peu développées.

J’avais l’intention d’y trouver des opportunités d’apprendre, en les pratiquant, des techniques de taille de pommiers. En complément essentiel à la théorie acquise à l’école et dans les livres. Bénévolement ou contre rémunération, selon les possibilités.

C’est ainsi que j’en suis venu à me faire offrir un emploi pour la saison, à temps plein, chez Qui Sème Récolte, à Saint-Jean-de-Matha. Une occasion inespérée de travailler dans le domaine, près de chez moi, en touchant à toutes les opérations de la conduite d’un verger de pommes, d’avril à la fin de l’automne. Et pour le seul verger-cidrerie de la région, en plus.

Été 2021.

Ma relation d’emploi tire déjà à sa fin – d’ici la fin août, chômeur je redeviendrai.

Les aléas climatiques, la moindre rusticité de certains cultivars et possiblement l’emplacement géographique du verger ont eu raison des fruits cette année. Le gel tardif de la fin mai a été fatal pour la majorité des petites pommes qui s’étaient formées. Au sol, elles sont presque toutes tombées. Une catastrophe pour des producteurs dont ce serait la principale source de revenus … Mes employeurs ont pu retenir mes services jusqu’à présent, mais sans auto cueilleurs et auto cueilleuses à accueillir et diriger, l’ouvrage à me donner en vient à manquer.

Par chance et coïncidence, la saison est assez exceptionnelle merci du côté des pommiers délaissés, ceux qui se débrouillent avec les moyens du bord. Ceux issus de pépins, qui ont réellement été semés. Les individus qui portent fruits, nombreux, sont chargés comme jamais. Une voisine, qui habite le secteur depuis plus de 50 ans, me disait n’avoir jamais vu autant de pommes dans ses arbres centenaires. Idem dans le vieux verger de la ferme, chez nous. Mes excursions ailleurs confirment la même phénoménale prodigalité des pommiers cette année.

Vivement du temps pour s’y consacrer !

PS – L’inspiration du nom est due à un échange estival avec ma cousine Sophie, laquelle a qualifié mes entreprises pomologiques de « Ministère de la pomme ». Appellation qui m’a fait bien rire et que j’ai tôt fait de modifier afin de le rendre plus conforme à ses ambitions.

17 août 2021

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Bretagne Cidre Cueillette Histoire Projets et collaborations Rencontres

LA GENÈSE DU MINISTÈRE #2

2e partie

Cueilleur de pommes de métier (saisonnier), je le suis devenu dans la dernière décennie, en particulier les 5 derniers automne. Dans des vergers commerciaux de la Montérégie, du Centre-du-Québec et de la région de la capitale nationale. Pour assurer ma subsistance pendant mes années d’études en agriculture bio, sur des productions pomicoles paradoxalement la plupart du temps conventionnelles (qui domine le terrain, le marché ?), utilisant tout l’arsenal de lutte chimique afin de répondre aux standards esthétiques attendus de leurs fruits sur le marché de la pomme à dessert, même à jus. J’ai passé quelques saisons à cueillir les fruits des Vergers et Cidrerie Saint-Nicolas, puis travaillé aussi quelques mois sur la chaîne d’embouteillage de cette entreprise beaucoup plus industrielle qu’artisanale.

En 2017, j’ai eu l’occasion de planter quelques dizaines de poiriers et pommiers sur une nouvelle parcelle du verger de recherche bio du CETAB+ à Victoriaville. Parmi d’autres travaux pratiques pour lesquels j’ai eu la chance d’être employé. Quelques heures également de recherche, lecture et traduction d’extraits d’articles scientifiques traitant de couvre-sols en arboriculture fruitière.

***

À l’automne 2017, j’ai vécu deux mois en stage sur une ferme
paysanne bio diversifiée (élevage bovin laitier, maraîchage et
petit pré-verger) en Bretagne, accueilli par la famille Guillou de
Saint-Evarzec, dans une région ou la culture de la pomme fait partie intégrante du terroir et des traditions locales.

À Enez Raden (« L’île aux fougères », en Breton), la ferme où j’étais, et ses environs, j’ai eu l’occasion de récolter des pommes de variétés à cidre et de les presser avec un équipement antique, pour en extraire le jus, lors d’une très longue soirée avec les deux frères Guillou, Fanch et Julien.

Au cours des derniers jours, avant de quitter pour la suite de mon voyage en France, j’ai aussi eu le plaisir de me joindre à toute la famille Guillou pour la plantation d’une nouvelle parcelle de pré-verger (forme d’agroforesterie associant pâturage de ruminants – vaches ou moutons – et verger), officiant notamment à titre de photographe.

***

Mes emplois d’été 2017 et 2018 furent accomplis sur des fermes
fruitières biologiques du Québec, sélectionnées pour m’inspirer
dans mes projets, alors en conception, de productions fruitières
diversifiées. J’ai rédigé un plan d’affaires en polycultures fruitières (fruits bio, petits et gros, incluant des melons) en guise de conclusion de mes études, remis au printemps 2019. Dans l’idée de miser sur des cultures qui produisent des fruits (donc des revenus) à plus court terme, les seuls arbres, parmi les presque dix espèces du projet, sont des amélanchiers, lesquels sont déjà présents sur la ferme. Les pommes, cultivées ou sauvages, étaient restées en suspens …

16 août 2021

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Explorations Histoire Projets et collaborations

LA GENÈSE DU MINISTÈRE #3

3e partie

Juste avant de partir pour ma saison de cueillette à l’automne 2019, je suis allé marcher à travers les pâturages et vieilles prairies de la ferme, à l’abandon depuis quelques années, espaces laissés à eux-mêmes, sans animaux d’élevage pour y brouter. La friche s’installe, la forêt reprenant tranquillement ses droits. Aux endroits où dans le passé j’avais repéré des sauvageons du genre Malus je suis retourné. Ravi de nouveau y découvrir une fantastique diversité de variétés, de couleurs, formes, tailles, arômes et saveurs, textures, et j’en passe … Qui plus est, des arbres et des fruits que je n’avais jamais vus auparavant ! Je les ai bien sûr toutes goûtées. Heureux de marcher hors des sentiers humains, de retrouver ma relation intime avec ces pommiers naturalisés, ces échappés de culture qui s’épanouissent librement sans le moindre entretien.

Fin octobre, au retour d’un mois et demi de récolte de pommes cultivées en rangs de monoculture industrielle, j’ai découvert en ligne et commandé le livre « Uncultivated – Wild apples, real cider and the complicated art of making a living » d’Andy Brennan.

Bien que je ne maîtrise toujours pas parfaitement la langue anglaise, je m’y suis plongé avec bonheur, suivant le récit de ce New-Yorkais « arbori-cueilleur » (comment traduire son concept de « forcharding », mixant le butinage et la cueillette de denrées alimentaires sauvages des abeilles et autres animaux (foraging) et l’arboriculture, ou la « tenure » de verger (orcharding)?) et cidriculteur passionné par les pommiers sauvages de la Nouvelle-Angleterre. Un inspiré drôlement inspirant pour une sorte d’inspecteur agraire anarcho-terroiriste comme je voudrais être, rêvant de quelque chose d’enraciné dans l’histoire et le terroir local, plus proche de l’agroécologie paysanne que d’une entreprise nourrissant le capital étranger…

Chômeur au milieu de l’hiver, s’ensuivirent des mois de recherches, de lectures, de découvertes en apprentissages, d’ouvrages de références en bibliothèques, autour de la pomme, de son histoire, des sauvages et innombrables variétés cultivées, du cidre et des vergers-conservatoires du monde entier …

C’est animé par la volonté de faire œuvre utile en contribuant à la connaissance pomologique et cidricole lanaudoise qu’a germé durant l’hiver 2020 l’idée d’un blogue intitulé « Pommage Lanaudière ». J’ai rédigé quelques chroniques sur une page WordPress que je n’ai jamais rendue publique, ne me sentant pas tout à fait mûr pour cela. Je récupère actuellement certains bouts de textes, actualisés, pour les fins du Ministère.

Au printemps 2020, j’ai commencé à m’équiper de certains outils de base pour entreprendre des activités arboricoles : coupe-branches, scie d’élagage, scie mécanique, greffoir, ruban de parafilm, etc.

En mars et avril, j’ai eu envie de commencer des expériences en semant quelques pépins de pommiers (quelques uns de Honeycrisp qui étaient conservées en chambre froide et d’autres de pommetiers) en pots. Installés sur le bord d’une fenêtre, un certain nombre a germé et j’ai eu soin de les arroser tout l’été. En octobre, je les ai transplantés sur l’une de mes planches de jardin, après que les plants de melons en aient été retirés. En pépinière, ils y sont pour une année ou deux.

Tout l’été, j’ai systématiquement arpenté le fonds de terre de la ferme afin d’y repérer tous les Malus. Des plus petites et récentes pousses jusqu’aux plus matures reproducteurs.

J »ai installé une application GPS sur mon téléphone et géolocalisé plus de 400 pommiers sauvages. Tous photographiés : leurs troncs, leur port général, et leurs fruits s’ils en avaient. J’ai divisé le territoire habité par des pommiers en différentes parcelles, chacune ayant son code. Puis, suivant mes parcours improvisés, je les ai numérotés l’un après l’autre. Dans GaiaGPS s’est créée une base de données où je peux ajouter des notes ou d’autres photos au fil du temps.

En 2020 déjà j’ai élargi l’horizon de mon investigation pomologique en incorporant quelques arbres alors chargés de fruits qui se trouvent plus loin sur le rang, ou le long d’autres chemins de campagne à proximité.

Se dessine maintenant un projet d’ethnobotanique appliquée, de recherches sur le terrain, enraciné dans la région de Lanaudière. Un projet de recherche et développement de produits du terroir, au coeur duquel se trouvent les pommiers des marges de nos rangs, de nos bois, de nos champs. Tant les sauvages que ceux des vergers anciens abandonnés. Combien de variétés ancestrales qui furent ici cultivées à identifier, à préserver ? Et tellement de nouvelles à découvrir, à sélectionner !

PS – Ce ministère utopique, sans dessus dessous, cherche plutôt des collaborateurs/collaboratrices, des camarades, des confrères et consoeurs, des amoureux/amoureuses de la multiplicité variétale des Malus

Mais oui, le Ministère se veut pédagogique, favorisera le partage et le transfert de connaissances et prendra des mesures afin de former des cueilleurs/cueilleuses, aider les gens qui le veulent à référencer leurs pommiers et ceux de leur connaissance, etc …

16 août 2021

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Explorations Projets et collaborations

Géolocalisation des pommiers

Sur la photo ci-haut donne un aperçu de ma
géolocalisation des pommiers (en jaune : ceux qui ont des pommes
cette année) d’une partie de la terre des Vallons d’en Haut.

Il s’agit d’un point de départ, qui pourrait s’élargir
à l’ensemble de la région !

Le référencement et la cartographie des pommiers sauvages et anciens apparaît comme une première étape afin d’en étudier ensuite les caractéristiques variétales. Des sujets méritent certainement d’être préservés et protégés, voire même d’être reproduits.

16 août 2021

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Cidre Histoire Littérature Projets et collaborations Vergers

LA GENÈSE DU MINISTÈRE #1

1ère partie

Il y a toujours eu des vieux pommiers sur la ferme où j’ai grandi (ferme des Arpents Roses, à Sainte-Mélanie). De vénérables centenaires spécimens de l’espèce Malus, implantés sans doute peu après l’établissement de la ferme, à la fin du 19e siècle. Un petit verger qui, à l’arrivée de mes parents en 1986, comptait plus d’une demi-douzaine de vieux pommiers. De ceux-ci, il n’en reste plus que quatre aujourd’hui. L’un d’eux a fendu en 2018 et s’est abattu sur la clôture à côté. C’est celui qui porte des pommes « blanches » (pommes d’été) que le fermier Joseph (dit Jos) Rivest vendait naguère au marché public de Joliette. L’arbre a toujours de la vigueur, la sève y circule encore au moins un peu, mais ses jours sont comptés. Tout comme ceux de ses trois comparses, arbres vieillards qui ne sont plus dans la force de l’âge, leur sénescence bien entamée …

Dans mon enfance, sous ces arbres attenants au poulailler, picoraient volailles et pacageaient en toute convivialité les cochons engraissés de l’année, grossis notamment de toutes ces pommes tombées au sol où ils fouissaient. Des clients de la ferme, acheteurs de la viande de ces porcidés (qu’enfants nous baptisions candidement parfois « Bacon », « Jambon » ou autres sobriquets évoquant leur finalité) ont parfois même rapporté avoir reconnu des arômes de pomme dans les pièces de cochon qu’ils goûtaient ! Le bon goût du terroir du verger … Des pommes que nous mangions aussi, un peu, à mon souvenir, toujours bien quelques croquées.

J’ai tant grimpé dans ces grands arbres noueux et tordus, quand j’étais petit, heureux comme un primate dans son habitat naturel. Un profond attachement à eux, ces ancêtres des lieux faciles à escalader, sur lesquels je pouvais me percher ou me suspendre.

***

Au mois d’août de mon voyage chez les indigènes paysans zapatistes du Chiapas (Mexique) en tant que délégué de l’Union paysanne, à l’été 2007, j’ai tendu mon nouveau hamac entre deux de ces pommiers, me raccordant au sol et au ciel, au passé et au futur, et bien rêvé.

***

Il y a une dizaine d’années, par coïncidence avec la publication d’une première traduction française du « Wild apples » d’Henry David Thoreau, je prenais vraiment conscience de nombreux pommiers sauvages présents dans mon environnement immédiat. Sur la ferme, le long des rangs, en fait un peu partout près de pâturages, dans les friches, des lisières de boisés : nombre de lieux négligés où poussent ces arbres fruitiers tout aussi méprisés … Le piémont lanaudois (et plus largement, laurentien) en est parsemé, de ces pépins, semés, disséminés à travers les fientes des oiseaux, bouses de vaches, crottins de chevaux et autres déjections de mammifères frugivores ou omnivores. Quadrupèdes ou bipèdes, volatiles ou terrestres, tous se délectent et déjectent du Malus domestica, en des trajectoires insoupçonnées. La sélection naturelle s’en charge. Comme le naturel ne lui est généralement pas autorisé, le genre de la pomme trouve dans les marges du territoire cultivé des occasions de s’exprimer librement, s’adaptant aux conditions géo-climatiques nordiques avec grands succès.

La lecture du texte élogieux de Thoreau (version originale ici) à propos des pommes sauvages m’a profondément marqué. L’un des rares textes que j’aie relu plusieurs fois, lequel m’a permis de mieux voir ces arbres, d’en goûter et apprécier les fruits. D’autant plus qu’un ami, équipé de cuves de fermentation, ajoutait alors une presse à pommes, aussi dotée d’un broyeur, à son attirail de transformation alimentaire …

Nous avons, autour de 2010, entrepris de récolter de ces pommes sauvages (par centaines de kilos) et d’en extraire le jus. Une partie fut mise en cuves de fermentation et furent élaborés artisanalement, simplement, des cidres de pommes du terroir régional … Corvées de pressage et d’embouteillage entre ami.e.s. Cidres à boire et partager entre ami.e.s également. L’idée d’en faire une activité lucrative nous avait plus qu’effleuré l’esprit …

Toutefois, les lois et règlements en vigueur ne nous semblaient pas permettre d’envisager une aventure commerciale avec le cidre de pommes sauvages, puisque l’une des conditions pour obtenir le permis de production artisanale consiste à exploiter au minimum 1 hectare de verger.

15 août 2021

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Dégustations Explorations Projets et collaborations Rencontres

À LA DÉCOUVERTE DU MONDE MERVEILLEUX DES POMMES SAUVAGES

Récente rencontre exploratoire avec un autre pomologue local, Yvan Perreault, qui partage l’enthousiasme du Ministère pour les pommes sauvages et variétés anciennes.

Ce n’est que le début !

À LA DÉCOUVERTE DU MONDE MERVEILLEUX DES POMMES SAUVAGES.

« Je crois bien que je n’aurai jamais vu d’automne s’annonçant aussi prometteur que celui de 2021 pour la quantité de pommes sauvages que TOUS les pommiers oubliés dans une friche voisine de chez nous s’apprêtent à produire, il y en aura vraiment pour tous les goûts! Je viens de m’en rendre compte il y a une semaine en allant m’y promener avec Emmanuel Beauregard, qui travaille fort pour les remettre bientôt en valeur sur le plan patrimonial au coeur du village de Saint-Ambroise-de-Kildare. On en a croqué une bonne douzaine de variétés différentes, je vous glisse un mot sur nos découvertes souvent étonnantes… »

Yvan Perreault


12 août 2021

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Littérature

Gary Snyder, la pratique du sauvage et les forêts anciennes

« Non-aménagée, de tous âges » – c’est une communauté naturelle, humaine ou autre. L’industrie prise les arbres jeunes et d’âge moyen qui gardent leur symétrie, gardent leurs branches d’angles et longueurs égales. Mais qu’il y aie aussi de vraiment vieux arbres qui peuvent laisser tomber tout sens de la propriété et commencer à lancer leurs troncs dans d’extravagantes gestures, comme des pauses de danse, affichant leur insouciance face à la mortalité, se tenant disponibles à quoique ce soit que le monde et la météo puissent offrir. Je les regarde : ils sont comme les Immortels Chinois, ils sont des personnages du type de Han-shan et Shi-de – d’avoir vécu si longtemps est d’avoir la permission d’être excentrique, d’être les poètes et peintres parmi les arbres, riant, en lambeaux, sans peur.

« Les vieux peuplements d’arbres cendrés […] sont les grands-parents et détenteurs d’informations de leurs communautés. Une communauté a besoin de ses anciens pour continuer. Tout comme vous ne pourriez pas édifier une culture à partir d’une population d’enfants de la maternelle, une forêt ne peut réaliser son propre potentiel naturel sans les réservoirs de semences, les filaments fongiques racinaires, les chants d’oiseaux, les dépôts magiques de minuscules excréments qui sont le cadeau des vieux aux jeunes »

– Gary Snyder, The practice of the wild, « Ancien forests of the Far West », p.148-149

[Ma traduction]

12 août 2021