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Friches Littérature Poésie

J’ai la tête en friches 

Un pot-pourri de mots-clés
surlignés au fil de lectures
autour des friches, empêtrés 
condensés en fouillis spontané;
matières à poésie, science et/ou
philosophie, et j’en passe !

Explorant les “humanités écologiques”
comme vastes champs d’études 
sautent clôtures et frontières, que
vivent les buissons, arborescences 
et autres quintessences ou renaissances
où l’humanité sans démesure s’insère 
dans les cycles naturels … 

Incluant quelques brefs
commentaires [entre crochets]


Espaces abandonnés
à reconvertir ou réhabiliter
[?]
opportunités de renouvellement
nature ordinaire ou renaturation
[?] 
écosystèmes sous-estimés
terrains laissés à l’abandon
donc non exploités, réappropriés
progressivement par la nature
les préjugés sont très répandus 
à l’effet du peu de valeur de ces lieux
en tant qu’écosystèmes 
milieux ouverts avec des jeunes
plantes, herbes et arbustes
qui apparaissent après l’abandon 
humain ou des perturbations
naturelles comme les incendies
constituée d’une succession
de végétaux qui, laissée à elle-même
redeviendra une forêt 

Photo : Emmanuel Beauregard, FUSA des Vallons d’En-Haut, 2022.

[Friches historiquement mal-aimées]
elles rendent [pourtant] de nombreux 
services écologiques à la société
abritent une importante richesse
d’espèces fauniques et floristiques
habitat pour de nombreuses espèces
notamment les pollinisateurs profitant
de la présence de fleurs sauvages 

Milieux ouverts dominés par une végétation
de début de succession, habitats transitoires 
généralement pas protégés légalement 
pratiquement exclus des planifications 
territoriales des MRC et municipalités 
ainsi que des programmes de conservation

Photo : Emmanuel Beauregard, pommeraie de l’Abbaye Val Notre-Dame, Saint-Jean-de-Matha, 2023.

Réservoirs de biodiversité, [friches]
sous-étudiées, mal cartographiées
et souvent méprisées, elles donnent
asile à une prodigieuse diversité
d’espèces végétales et animales 
anciennes zones industrielles
jardins à l’abandon, ruines d’habitations
aires délaissées le long de voies de transports 

Espèces voyageuses [éléments d’une]
composition unique et originale
réparties dans un assemblage
d’habitats variés, terrains nus,
prairies, fourrés, boisements,
zones humides … d’une friche
à l’autre, on est toujours surpris

Photo : Emmanuel Beauregard, avenue Sicard, Saint-Ambroise-de-Kildare, 2023.

Espaces non formels

Paradis du sauvage 

Loin d’être des espaces 
vides, délaissés, un 
“bidonville” du sauvage
la friche est un écosystème
complexe qui connaît
plusieurs métamorphoses
la vie rejaillissant spontanément
des décombres. Surtout, elle peut
être le lieu où s’inventent
de nouvelles alliances entre vivants

Elle est un terrain vague qui s’oppose au précis,
un espace qui échappe au contrôle physique
mais également à celui de la pensée. Elle est
un espace de l’inexpliqué.

Surface agricole abandonnée
sans intention d’être cultivée
où s’implante graduellement
une végétation naturelle
indistinguable d’une jachère
sur le plan botanique 
elle en diffère par l’intention 
conséquence d’une désertion
lieu où la vie explose après
avoir été fauchée, broutée


Et cetera … 

Espace de libération après
une contention forcée, 
espace du résensauvagement
spontané, où se réinventent
des interactions complexes
et des communautés
multispécifiques 

Photo : Emmanuel Beauregard, FUSA des Vallons d’En-Haut, Sainte-Mélanie, 2012.

Communauté végétale
qui s’installe sur un 
espace perturbé
typiquement post-cultural
constituant un stade transitionnel
débuté par une phase pionnière
peuplement comportant une part
importante d’imprévisible 

Désir réparateur de relâcher
la pression vers la libre évolution 
attrait animal vers les milieux ouverts 
au sein desquels il est facile de circuler
autre dimension de l’anti-dualisme
l’une des conditions du pluralisme 

[Désormais les friches sont des]
espaces convoités pour installer
des projets, devenues opportunités 
espaces à reconquérir, ou partagés
une partie cultivée, une partie laissée
à la vie sauvage  – alliance entre le
sauvage spontané et le cultivé alimentaire 
réensauvagement qui commence à opérer

Photo : Emmanuel Beauregard, FUSA des Vallons d’En-Haut, Sainte-Mélanie.

Assemblage préférentiel d’espèces végétales
groupement phytosociologique – land sharing 

Zones indécises qui ne se laissent
pas facilement définir – abritant
des pratiques marginales 
peuplées d’espèces pionnières
et de plantes invasives 
milieux socio-écologiques riches
et diversifiés, au coeur de dynamiques
à la fois écologiques, sociales et urbaines
nature spontanée dans des environnements
fortement anthropisés et artificialisés 
elles hébergent des écologies ordinaires
et populaires, des écologies altérées 
et hybrides, qu’il importe de réhabiliter
dans le contexte de réchauffement climatique
et de la sixième extinction de masse,
[sachons]
les étudier pour retracer les trajectoires 
imbriquées des humains avec les autres vivants

Friches dans un ancien verger du Morbihan, Bretagne. Photo : Emmanuel Beauregard.

Comme l’a écrit François Terrasson
(auteur de l’essai “La peur de la nature”)
dans un article de 1988, intitulé 
“Vive la friche ! La nature ne disparaîtra
pas si les paysans s’en vont” : 

[Dans un certain imaginaire]

La friche, cela évoque quelque chose
d’agressif, d’envahissant, de volontairement hostile

Des terres sans hommes
qui produisent des avalanches,
des incendies, la fin du paysage
et celle de la nature, par la même
occasion – la terreur de la déprise
agricole qui prend le relais

Nous autres vivons sur
un modèle culturel qui dit
que tout ce qui n’est pas nous
est mauvais (méfiance, intolérance,
racisme, tabou des friches et de la
nature libre)
.”

La nature sans contrôle
va se manifester sans 
qu’on soit là pour
la tenir en laisse.

Notre culture a peur de tout ce qui est naturel.

“[D]éfendons ceux qui appartiennent
à une civilisation d’accord avec leur territoire

Ses mots de la fin seront également les miens : 

Vive la friche ! Vive le paysan !”

Photo : Emmanuel Beauregard, FUSA des Vallons d’En-Haut, Sainte-Mélanie.

Quelques sources et  références en vrac

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