Le sol dégagé du bois de coupe, du bois mort, un sol plus propice à la circulation, à la cueillette. Crédit photo : Emmanuel Beauregard
Rappel des démarches
Plus près de chez nous, il y a cette vaste pommeraie sauvage, depuis peu et doucement mise en valeur par une congrégation religieuse, soit l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance, mieux connue sous le nom de « Trappistes ». Des centaines de pommiers matures et bizarrement tordus, portant bon an mal an des fruits bigarrés et pleins de surprises, sur un flanc de colline du domaine de l’Abbaye Val Notre-Dame, au pied de la Montagne Coupée. Une pommeraie apparue sur ce qui fut longtemps le fonds de terre d’une succession de générations dans les familles Desrosiers-Gadoury, à Saint-Jean-de-Matha, et dont j’ai raconté l’histoire le printemps dernier.
En 2024, j’ai eu l’autorisation du nouveau Père abbé (coordonnateur de la communauté, si on veut) pour continuer d’accéder à la pommeraie et y mener des cueillettes de pommes d’automne, plus tardives, à la fin septembre et en octobre. Rêvant d’un éventuel véhicule tout terrain (un quatre-roues) pour transporter les caisses de pommes cueillies loin des chemins carrossables, j’en ai tiré quelques dizaines de kg, portés à bout de bras, une caisse à la fois, sur des centaines de mètres de terrain pentu, pour les rapporter jusqu’à la remorque tirée par ma voiture. Elles ont fait partie du lot de pommes pressées en novembre en vue de produire une bière aux pommes par la brasserie Maltstrom. La cuvée de cidre tirée des pommes de l’Abbaye ne sera pas pour cette année, mais le projet me tient à cœur et verra le jour en temps et lieu.
Voici tout de même quelques photos croquées lors de mes passages dans la pommeraie de l’abbaye cet automne.
Une grosse job de nettoyage opérée depuis un an maintenant, et s’ouvre la zone ou la canopée est formée par ces vieux pommiers étiolés, qui ont trouvé la lumière en hauteur, dans leur lutte dans l’enchevêtrement des congénères et des espèces rivales.
Vallons des terres de l’Abbaye
Au loin, percevoir des petites jaunesConstater les branches garniesObserver les fruits avant de savourer et cueillir, joyeuxCes deux troncs d’apparence connexes donnent-ils de même variété ?
Une pommeraie au milieu des vallons, au pied de la Montagne-Coupée, qui a pour causes : le verger de l’aïeul Albert Desrosiers, une bande d’enfants, de jeunes mayais, qui s’y servaient, et un ruisseau, ou le même attroupement de cousins, cousines et d’amies se rendaient, au bout des terres, en aval, vers la rivière, pour pêcher la petite truite. Des pommes-collations les poches pleines pour passer l’après-midi à taquiner les poissons au bout de lignes à pêche rudimentaires, et des trognons tirés à bout de bras. Il y a un demi siècle environ, une grosse talle de pommiers est née, de la descendance des pommes et des enfants d’Albert et Maria.
Tordus, tout croches, étonnants dans leurs formes allongées, détournées.Des arbres ont été marqués, numérotés, par des membres de l’équipe de l’Abbaye, afin d’identifier les arbres dont les fruits s’avèrent de variétés intéressantes pour la transformation.
Des rubans verts, avec quelques notes
Au détour des bords de prairies, juste avant les coulées et pentes abruptes marquant le début des zones en friches : des pommiers sauvages, ça et là, un peu partout.Des arbres ont été marqués, numérotés, par des membres de l’équipe de l’Abbaye, afin d’identifier les arbres dont les fruits s’avèrent de variétés intéressantes pour la transformation.Hautes branches, hautes pommesOn dirait presque un verger !Grandes étendues, territoire du ‘Malus ferus’ (nom latin de mon cru, pour décrire les pommiers de la féralité, du retour à la nature, au sauvage, quittant le domaine du cultivé)
De gauche à droite : Richard Archambault, Simone Chen, Emmanuel Beauregard, Sandrine Joannin, Yvan Perreault, Vincent Renaud
Petit groupe de passionnés de pomologie, nous avions été conviés, le 16 septembre dernier, à la visite de deux vergers établis par des communautés religieuses, il y a plus d’un siècle, sur l’île de Montréal. En amont de cette journée se trouvait l’initiative de Simone Chen, coordonatrice de l’organisme montréalais Les Fruits Défendus, un collectif de glaneurs qui récupère et partage les fruits délaissés ou en surplus chez des particuliers, cueillis par des bénévoles d’un bout à l’autre de la métropole.
En fait, il s’agissait d’un appel à nos expertises (sans grande prétention de notre part toutefois) afin d’aider à l’identification des variétés de pommes qui s’y trouvent, depuis longtemps tombées dans l’oubli. C’est en toute humilité tout de même que nous avons d’abord foulé le sol du verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, derrière l’Hôtel-Dieu de Montréal. Je fut conduit par Yvan Perreault, passager captif de son humour parfois délirant, sur la route entre Lanaudière et la grande ville. Yvan, champion de tous les PFNL, des noix nordiques aux champignons sauvages comestibles, avide d’apprendre, mais qui n’a pas encore acquis la même profondeur de connaissances concernant les variétés de pommes. Nous y avons retrouvé Vincent Renaud, passionné de variétés anciennes de pommes, animateur de différents groupes Facebook, dont « Arbres Fruitiers Québec », « La Société de Pomologie de la Province de Québec » et « Montre moi ta pomme»; Roland Joannin, conseiller en pomiculture, hybrideur et créateur de variétés de pommes québécoises; Sandrine Contant-Joanin, la fille de Roland, ethnologue qui a participé à une étude sur le patrimoine immatériel des Soeurs Hospitalières de St-Joseph; Richard Archambault, horticulteur ayant soin de ces jardins et des pommiers restants et enfin Simone Chen, qui elle aussi connaissait déjà un peu les lieux. Ce site de l’Hôtel-Dieu-de-Montréal, dit « ensemble conventuel des Hospitalières », sur lequel il y aurait long à raconter, a été cédé à la Ville de Montréal en 2017 et a été classé patrimonial par le Ministère de la Culture du Québec tout récemment, en 2024.
En pleine action ! En train de savourer, de trancher, d’observer des pommes, un arbre à la fois.
De gauche à droite : Emmanuel, Vincent, Yvan, Roland Joannin
En petite bande, nous nous sommes donc « pommenés », à travers ces arbres qui, pour certains, dépassent possiblement la centaine d’années. La saison 2024 ayant été particulièrement hâtive pour plusieurs espèces fruitières, dont les pommes, il n’y en avait ainsi déjà presque plus dans les arbres en ce jour de la mi-septembre. Nous avons dû nous contenter de celles tombées au sol, et parfois de la seule encore accrochée à une branche du pommier, partagée en quartiers entre chacun.e pour les fins de dégustation. On en a goûté un bon nombre quand même, les avons toutes prises en photo, tant de leur apparence extérieure, sous différents angles, que de l’intérieur, tranchées en leur centre, pour bien observer les formes de leur coeurs, les lignes du coeur, la chair, les pépins, la profondeur de la cavité, etc. Beaucoup de moyennes-grosses pommes rouges à croquer, assez similaires d’un arbre à l’autre. Nous avions tous l’impression que la trentaine d’arbres toujours vivants en ces lieux sont sans doute en bonne partie des ‘McIntosh’ ainsi que des ‘Cortland’. Toutefois, Roland a souligné que certaines pommes avaient de fortes similarités avec la ‘Lobo’ (couleur d’un rouge cramoisi, forme arrondie conique) – une variété qui, après vérification, n’a été commercialisée qu’à partir des années 1930. Nous avons lancé la suggestion au seul employé des lieux parmi notre groupe, Richard, que des analyses génétiques pourraient être réalisées pour identifier avec précision les variétés présentes dans ce verger patrimonial. Il en a pris bonne note, mais la décision revient à un comité de la Ville de Montréal, qui dispose des cordons de la bourse. Il doit leur avoir relayé l’information.
Des apparences de Lobo !Roland Joannin venait de nous distribuer quelques spécimens de variétés de pommes dont il est l’artisan créateur, la ‘Rosinette’ et la ‘Eureka’ !
Sur la photo : Vincent, Sandrine, Richard, Emmanuel et Roland
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Dans un second temps, une partie du groupe (Roland, Sandrine et Richard le jardinier) nous a quitté, pour d’autres obligations. Vincent, Yvan, Simone et moi avons repris la route vers le sud, en direction de Lachine, pour y gagner le verger des Soeurs de Sainte-Anne, derrière leur maison mère. Nous y avons été accueillis par Éléonore Escobar, chargée de projets en biodiversité urbaine pour le GRAME, organisme ayant soin de l’entretien minimal du verger. J’ai fait part à mes comparses des pensées qui me traversaient pour mon arrière-arrière-grand-oncle Hildège Beauregard, qui fut à l’emploi des Soeurs de Sainte-Anne à cet endroit même. Mon esprit envisageait une sorte de spectre bienveillant en notre présence, à tout le moins des traces laissées par celui que j’imagine en vieux jardinier des Soeurs, y ayant planté, greffé ou taillé leurs pommiers. Un arbre en particulier, dont les branches d’un côté portent une pommette, et l’autre moitié porte une plus grosse pomme, vraiment deux variétés distinctes. Et si Hildège était le greffeur à l’oeuvre, il y a plusieurs décennies ? Peut-être que des recherches, à mener dans les archives des sœurs de Sainte-Anne, révéleront plus de détails sur le rôle qu’il a joué, au service de cette congrégation religieuse. À défaut de quoi pour l’instant je m’amuse à lui inventer des tâches qui correspondent à mes propres passions et envies!
Toujours est-il que de la quarantaine de pommiers des lieux, la plupart avaient des fruits là aussi tombés au sol prématurément, des pommes qui avaient pas mal toutes des allures de ‘Cortland’ à nos yeux. Dans le lot toutefois, Vincent et moi avons identifié avec une grande certitude deux arbres aux pommes de type Russet, dont l’une au moins est sans doute une ‘Golden Russet’, peut-être les deux. D’autres fruits striés de vert sur fond rouge, d’un pommier enraciné quelques mètres plus loin, avaient les traits d’une ‘St-Laurent’. Il faudrait revenir étudier tout cela plus tôt, la saison prochaine, voire y retourner pendant quelques années, question d’avoir la chance de bien observer les caractéristiques de toutes les variétés, et d’en identifier un maximum avec certitude. L’avenue des tests génétiques n’est pas non plus à écarter, mais elle demande un budget conséquent.
Aperçu des vestiges du verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. 16 septembre 2024.
Ce fut une magnifique journée, à investiguer des vergers patrimoniaux peu fréquentés. Je savoure encore la chance d’avoir visité ces lieux désormais négligés, minimalement entretenus qui étaient autrefois richesse et nourriture d’une communauté. Le Ministère des Friches et des Pommeraies appelle de ses vœux la mise en valeur, par des résidents locaux, de ces fruits du patrimoine Montréalais.
Yvan Perreault prenait des notes, ayant même dressé un plan des lieux.Devant la chapelleLa petite bande placote, au pied du Mont-RoyalCe qu’il reste de jardins autrefois nourriciersUn immense pommettier, chargé de ses petits fruits aigres-amersPommier de variété inconnue, poussant le long du mur d’enceinteRang de pommiers anciens aux abords de la résidence des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine.Point de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnnePoint de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnnePoint de vue sur le verger des Soeurs de Sainte-AnneEn marche !Pommier de variété inconnue, poussant le long du mur d’enceinte
Le petit groupe de passionnés de pommiers, réunis ce 16 septembre 2024 à Montréal, d’abord au verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, aux abords de l’Hôtel-Dieu.
Crédit photo : Emmanuel Beauregard votre humble ministre autoproclamé des friches et des pommeraies
Apparentée à une ‘Cortland’ si ce n’en est pas tout simplement uneVincent Renaud, collectionneur de variétés rares et anciennesLa plupart des troncs de pommiers y sont protégés par ces grillages métalliquesUn décor de communauté religieuse aux allures médiévales, à l’arrière de la chapelleAu verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. Grâce à Simone (la photographe) et d’Éléonore (à l’arrière-plan), Vincent, Yvan et Emmanuel ont pu avoir accès à ce qui reste de ce vénérable verger, empli de mystères.
Elles sont derrière nous déjà, les heureuses séquences de presse du jus de pommes, vécues à deux échelles, en contextes différents.
Pour commencer la saison, à la mi-septembre, j’ai eu la chance d’être engagé par la ville de Rawdon pour y réaliser une démonstration de presse de pommes en public. Installé au bout de l’allée centrale du Marché public, avec broyeur, pressoir, plusieurs caisses remplies de pommes du terroir régional, j’ai animé la clientèle en leur racontant ma quête de pommes locales et gratuites de qualité (sucrées, aromatiques), tout en pressant du jus frais sous leurs yeux. J’ai servi à toutes personnes présentes et volontaires, convaincu et convainquant, des verres de ce jus, pur produit de mon travail et de la nature à l’oeuvre derrière les pommiers, soient-ils sauvages ou cultivés. Quel bonheur qu’il soit unanimement salué, savouré, apprécié, source de compliments ! Quelques dizaines de litres sont sortis de ma presse ce jour-là.
Une fois réduites en purée, les pommes broyées sont déposées dans le cylindre en bois, à l’intérieur duquel un sac aux très fines mailles est installé.
À l’échelle domestique, dans la petite presse manuelle qui est mienne, installé sous l’appentis de mon frère, devant l’étable, à Ste-Mélanie. En 2024, ce furent deux longs et agréables après-midi, pour en sortir quelques 80 litres pour moi cette année, en 6 cuvées distinctes, dont quelques-unes mono variétales, destinées à devenir cidre ou même poiré dans un cas.
Petites douces amères qui se démarquent du lot, apportant peu d’acidité mais beaucoup de tanins.
Mais le broyeur que j’utilise (il m’est prêté) est celui acquis par les comparses de la brasserie Maltstrom, avec qui je collabore pour une quatrième année en tant que fournisseur de pommes glanées dans Lanaudière, surtout sauvages, mais aussi de vieux pommiers non traités, laissés à eux-mêmes. Un broyeur qui se branche sur le 220V, et qui peut théoriquement broyer une tonne de pommes à l’heure.
Une belle surface de plancher et de murs conçus pour être lavés, rincés, à grande eau et drainé
C’est à une échelle artisanale aussi, mais disons là semi-industrielle, à visée commerciale, qu’est utilisé le moût de pommes sauvages comme ingrédient pour créer des bières non-traditionnelles, chez Maltstrom, à Notre-Dame-des-Prairies, en banlieue de Joliette. Les opérations sont menées avec une presse hydraulique de plus grande contenance et autrement efficace, et un plus grand volume de pommes à presser. Pour presque remplir les 3 barriques de chêne prévues cette année, ce sont pas loin de 600 litres de jus frais et plein de potentiel à levures sauvages que nous y avons extrait, au bout de deux bonnes journées de travail en octobre et novembre.
L’occasion de prendre d’autres notes, sur chaque variété de pommes cueillies. Systématiquement leur taux de sucre, mais aussi leur texture, jutosité, la perception d’acidité et d’amertume, les arômes, la capacité de conservation des fruits, etc. Des notes compilées dans de grands tableurs numériques, outils et repères dans ce processus de recherche et développement d’un terroir cidricole et brassicole régional. Y sont identifiées mes candidates à de prochaines étapes, dont le prélèvement de greffons au printemps, pour fin de reproduction et d’expérimentation en verger.
De la presse à la chaudière, le filet 3 barriques à remplir cette année, en deux journées de presse : d’abord en octobre puis en novembre
Dans une prochaine publication, je vous partage quelques mots et images de mes cuvées de cidre en cours de fermentation.
La ‘Crème soda’ ?La presse hydraulique généreusement prêtée par Jean-François ChausséDe la presse à la chaudière, le filetÇa suinte au sommet, à la finAmbré et sirupeux, ce jus de pommes tardives !Le maître brasseur, Michael Fiset, achève la mise en place de la pièce pour la longue journée de presse qui s’en vient.3 barriques à remplir cette année, en deux journées de presse : d’abord en octobre puis en novembreDe la chaudière à la barrique, la chuteLe coin de brasserie employéChez Maltstrom, le 5 octobre 2024.Le marc de pommes, résidu, matière solide à disposerEmpilade de caisses dans la chambre froide de la brasserie.Pas les plus jolies, bien piquées par la mouche de la pomme, mais oh combien sucrées et aromatiques !Petites douces amères qui se démarquent du lot, apportant peu d’acidité mais beaucoup de tanins.‘L’Alcide pas acide’, d’un vieux pommier de la famille Parent, à St-AmbroiseSi blanche, la chair, et ferme !La juge Bourduas en quantités, d’un seul arbre prolifique.Une très belle pomme croquante, juteuse, aux arômes qui rappellent le « Cream soda ».Installation au Marché public de Rawdon, pour un atelier de presse de pommes, le 14 septembre 2024.Les mains dans le sac, à l’intérieur de la presse, et déjà coule le jus dans le chaudron.Votre humble serviteur en train de crinquer sa presse en public, offrant une démonstration d’extraction de jus de pommes devant la clientèle du marché public.Je remplis les verres et les sert aux badauds, clientes, enfants, passants, exposants, hommes et femmes qui se trouvent dans les parages. C’est mon mandat, payé par la municipalité de Rawdon pour produire et servir du jus de pommes frais aux personnes présentes.
Quel bonheur de voir la satisfaction de tout le monde, de recevoir les commentaires élogieux pour ce jus de pommes sauvages cueillies par mes soins !
Le meilleur jus que certain.es avaient jamais goûté de leur vie, ai-je entendu !Kiosques d’artisans agroalimentaires de la régionAllée centrale du Marché Public La Récolte de Rawdon, le 14 septembre 2024Nettoyage des équipements de broyage et de presse de pommes salis durant la journée, grâce à l’employée et au camion d’arrosage municipal de Rawdon.On appuie doucement, mais fermement, sur le couvercle, afin de le placer de niveau.On referme le sac de toile, et on pose les deux sections du couvercle. Deux demi-sphères en bois, avec leur poignées. Une fois réunies, un espace circulaire central demeure, afin de dégager l’espace pour la vis sans fin centrale de la presse.C’est parti mon cliquetis !Répondant aux questions des petits gars.
Toute la marmaille de neveu et nièce ainsi que d’amis de la famille, attentivement m’observe, tandis que j’achève la mise en place du dispositif.17 novembre 2024. Presse personnelle, devant l’étable, avec un public d’enfants curieux, et plus tard ravis du bon jus qui leur fut servi.Les blocs de bois sont installés au-dessus du couvercle, tout comme le mécanisme à cliquet.Le pain de marc de pommes, restant à sortir de son pieu et de son sac, à déverser dans un baril bleuMon installation sous l’appentis de l’étable, à Sainte-Mélanie, le 19 octobre 2024.La table aux outils, cahier de notes, et petits contenants de jusMarc ou pommace, ce sont les déchets de l’activité du pressoir.
Un grand Merci à mon amie d’enfance Natacha Parent et son conjoint Gino Laporte pour l’accès au bel espace de chambre froide de la Cabane à sucre Fernando Laporte, à Saint-Ambroise-de-Kildare, pendant les deux mois de ma saison de cueillette ! En contrepartie de quoi, comme convenu, les plusieurs pommiers que compte leur terrain seront taillés par mes soins à la fin de l’hiver/début du printemps prochain.
Après une longue journée de cueillette, jusqu’au couchant, devant la cabane à sucre, la remorque vidée de ses caisses de récolte.
Dans l’espace qui m’était accordé (la moitié de la chambre froide environ), je pouvais y faire tenir jusqu’à 60 caisses à la fois. J’ai pu également entreposer une vingtaine de caisses dans la chambre froide de la brasserie Maltstrom pendant quelques jours, en vue d’une première grosse journée de presse sur place, début octobre (80 caisses). L’espace libéré des caisses après cette première grande presse, j’ai pu le remplir de nouveau, une seconde fois.
L’entrée de la caverne aux pommes en devenir.
Comparativement à l’an dernier (alors que les talles étaient plus garnies et que j’avais tout mon temps pour m’y consacrer) où j’en avais rempli 180, c’est un total d’environ 135 caisses que j’ai comblé de pommes cette année. Les trois-quart de mon record de 2023, c’est quand même pas pire ! Pommes qui furent pratiquement toutes destinées au pressoir et à la fermentation alcoolique. Mes quelques journées de presse de 2024 seront d’ailleurs le sujet de la prochaine publication, sous forme d’album photo commenté.
Pouvaient y tenir jusqu’à 60 caisses de récolte à la fois (environ 300 litres de jus).Accumulation progressive « Diane Dumoulin » : nom de code d’un arbre planté il y a 75 ans, sur un terrain au coin des rues Diane et Du Moulin, à Saint-Alphonse-Rodriguez.Occupation pomologique de la moitié droite du grand frigo, qui m’était réservée.
Des petites pommes (avec des gènes de pommette, sans doute), brassées d’un arbre de bord de route, de l’autre côté de la clôture du Camping Campus, à Sainte-Mélanie.
Pomme aux arômes distincts de bananes, ayant également une assez franche amertume. Clin d’oeil à Claude Jolicoeur : je l’appelle pour l’instant ‘Banane amère de Lanaudière’Coloris et formes, mais aussi étiquettes en ruban vert, pour les distinguer, en plus du tableur numérique où tout est consigné.Une première dizaine de caisses remplies, avant la mi-septembreIl y aura une petite histoire de la pomme ‘Juge Bourduas’ à écrire. Et un cidre à expérimenter. Comptez sur moi !Du rang St-Guillaume de St-Jean-de-Matha, riche en pommiers sauvages.Du rang St-Guillaume de St-Jean-de-Matha, riche en pommiers sauvages – bis.
J’exerce ma passion pomologique à temps partiel, à travers les moments libres, hors du travail salarié qui rémunère sur une base régulière, mais qui pas nécessairement ne libère.
En marge des routes, le long des rangs de Mattawinie, de Brandonie ou d’ailleurs, en explorant le pommage du piémont Lanaudois, prêt à cueillir en masse.
Les activités que je mène en lien avec les pommiers de la région me sont sources de rencontres (et de joies), bien plus encore que de revenus. Chaque année il y a des surprises, de nouvelles personnes qui se trouvent sur le chemin, qui m’en apprennent, m’accueillent, m’ouvrent leurs portes et leurs pommiers, petits vergers ou parcelles en friches où ont proliféré les sauvageons de l’espèce Malus. Des pommes aussi toujours que je rencontre pour la première fois, et pour lesquelles j’ai un coup de cœur.
Le cueilleur en pleine action, œuvrant avec des fruits choisis, de première qualité, aidé par son amoureuse à plusieurs reprises, cette année.Chemin du Portage, St-Didace, les fruits d’une récolte de pommes sauvages hors du commun.
Rencontre de nouveaux coins de pays également, de bouts de rangs, racoins de paroisses, qui m’étaient inconnus, ou pas si familiers. Découverte de ce qui se passe, se vit, ce qui pousse autour, quelle variétés d’hommes, de femmes et de pommes donne le territoire rural de ma région. C’est de la recherche sur l’histoire locale, la pomiculture domestique des ancêtres colons, sur la culture et la mémoire vivante, de l’anthropologie sociale et culturelle et de la géographie sociale, humaine, par le biais du pommier, de sa généalogie, de son bagage génétique inusité, inextinguible, si on le laisse s’exprimer.
Parmi différentes personnes rencontrées au fil de la saison, j’ai pu croquer le portrait de Mme Françoise Desrosiers au pied de l’arbre qu’elle a planté il y a 70 ans, et de Jocelyn Grégoire croquant la pomme issue d’un arbre qu’il a involontairement semé, dans un ancien pacage à vaches, il y a quelques cinquante ans.
La si gentille et formidable Mme Françoise Desrosiers, 93 ans, aux côtés du pommier (de variété encore indéterminée) qu’elle a planté il y a 70 ans, l’année de son mariage, en 1954. Sur le 2e rang Ramezay de St-Félix-de-Valois.
Il devrait y avoir éventuellement une historiette de ma plume, plus détaillée, à propos de mes rencontres avec cette dame.Jocelyn Grégoire, fils d’habitants du coin (9e rang de Ste-Marcelline), semeur de pommiers sauvages du temps qu’il était mayais et vacher, gardant le troupeau familial, dans les années ’70.
Petit homme et voisin de ces quelques talles où je reviens depuis des années avec l’autorisation du propriétaire, il tient à la main une pomme géante issue d’un arbre qu’il a semé, sans le vouloir, dans sa jeunesse sur la ferme laitière de ses parents. Arbre baptisé ‘Wilbrod’, dont j’avais cueilli les fruits quelques minutes plus tôt, avant qu’il ne surgisse à mes côtés et m’accompagne pendant un moment, tout en conversations et en connaissance de l’histoire des lieux. Il m’a même aidé à cueillir quelques pommes de la lisière du fossé voisin.
Une sacrée belle rencontre.
Merci Jocelyn !
C’est près d’une centaine d’arbres (et de variétés différentes, pour la plupart uniques) dont j’ai cueilli les fruits cette année. Au moins deux tonnes de fruits ont transité dans mes mains et les caisses, et près de 700 litres de jus extraits de mes récoltes.
Voici, un peu pêle-mêles, en vrac quoi, des dizaines de photos de ma saison de cueillette, à travers des dizaines de talles, d’arbres solitaires ou de groupements de pommiers, sauvages ou plantés de longue date, à travers le territoire et ses paysages, longeant ou prenant pied fermement dans le piémont lanaudois, partant de Sainte-Mélanie pour me rendre à St-Jacques-de-Montcalm ou Sainte-Émélie-de-l’Énergie, jusqu’à Joliette et Saint-Didace, en passant par Sainte-Béatrix, St-Jean-de-Matha, St-Alphonse-Rodriguez, Rawdon, Saint-Ambroise & Sainte-Marcelline de Kildare, Saint-Gabriel-de-Brandon, Saint-Cléophas, sans oublier Saint-Félix-de-Valois.
Dans la remorque, sous l’échelle, les récoltes quotidiennes s’empilaient. Bien identifiées.Sol de sous-bois, de sous talle de sauvages pommiers.Petits grelots jaunes à travers les verges d’or séchées.Pommes tachées de la « suie », fruits murs à pointDevant la maison, dans un village près de chez nous, le propriétaire parti à la chasse, et le chasseur de pommes entre-temps est passé par-là … À la chasse comme à la chasse …
Des pommes à croquer, sucrées, juteuses, un brin acidulées, assez saines, et non traitées.De belles grappes orangées, des branches à brasser.Pommier ancien au tronc immense et tortueux, dont j’ai nommé les fruits ‘Béatrix’.Un sauvageon de bord de route, le long d’un vieux rang agricole à St-Jean-de-Matha. Rouge et bleu, cimes et ciel, fruits sauvages et gratuits.‘Sacré-Coeur de St-Guillaume’, son nom, contre son électrique poteau.Le grand et vénérable ‘Béatrix’, chargé de fruits cette année, entouré de quelques autres vieux pommiers bien garnis.L’affaire est dans le sac ! Chemin du Portage, St-Didace, les fruits d’une récolte de pommes sauvages hors du commun.
Marcher longtemps jusqu’à la voiture, à travers les herbes hautes et le ruisseau à traverser, de larges enjambées.Chemin du Portage, St-Didace, une talle éparse de pommiers sauvages hors du commun dans une vieille prairie en friches.« Gnarly pippins » comme disent les camarades aux USARamper entre les branches basses et glaner les fruits dont le sol est jonché.Branches qui ploient bien sucrées les petites jaunes, ni trop acides.Pépites d’amertume au bout des branches d’un pommier pleureur, au pays d’Ailleboust.J’y grimpai cette année encore, pour secouer quelques branches en hauteur.Luxuriant verger de ce fonds d’ancien rang de colonisation reliant autrefois deux paroisses, maintenant rompu.
Deux dames vieillissantes m’en accordent les droits de cueillette, et le devoir de l’entretien.Un mix de techniques de récolte : une pomme à la fois, à la main, grimpé dans l’échelle, mais aussi du brassage et de la récolte au sol, sur des bâches autant que possible).Au pied de sa majesté fruitière, dont les fruits feront cidre. C’est du tronc de pommier vigoureux et âgé ça !
Son voisin de pommier tout aussi garni de fruits, ayant autant d’airs de centenaire, encore solide et fier.La ‘Grosse Bienvenue’, probablement une ‘Duchesse’, ou d’une variété apparentée.En lisière de prairie, à Val-Notre-Dame, l’Abbaye.Dans la lumièreComme l’arbre, les caisses de récolte sur le bord de la route, une image vibrante de ma saison. Ciel qu’elles sont bonnes, ces pommes ! Chemin du Portage, St-Didace, une talle éparse de pommiers sauvages hors du commun dans une vieille prairie en friches.En cueillir au sol aussi, beaucoup, en les choisissant, une à une, d’un coup d’oeil et d’un roulement dans la main, tâtonnant les fruits méthodiquement.À l’orée du bois, des fruits d’exceptionCueillette hors piste, sans raquettes, de sauvages pommes russetsBeaux jours d’automne Dans les friches, marcher longtemps sous le poids des pommes.La petite Russet de l’Abbaye. Dans l’entre deux-mondes, des herbacées vers la strate arbustive. ‘Sacré-Coeur de St-Guillaume’, de plus loin, faisant face ou dos, aux rues, à leur coin.Splendeur des fruits qui m’attendent.Un autre arbre de 70 ans, aux fruits malheureusement très attaqués par les coccinelles asiatiques. À St-Alphonse-Rodriguez.Sous le pommier de Bernardo, un vieil italien de 94 ans, établi à St-Jean-de-Matha depuis des décennies, désormais inapte à récolter ses fruits et à en presser le cidre. Pour m’épauler, de rose et de rouge, une douce amie, renarde à ses heures, glaneuse, amatrice de douceurs entre le sauvage et le cultivé.
J’ai hâte de revenir partager une bonne bouteille de cidre avec Bernardo, comme il m’y invitait !Toujours Mme Desrosiers, auprès de son grand pommier, généreuse de ses fruits, et des anecdotes et détails sur son histoire familiale.
Un aperçu des pommes cueillies par mes soins durant cette saison 2024, dont je n’ai à ce jour donné que peu de nouvelles.
La pomme ‘Béatrix’ devant son arbre-mère.Pomme de St-Cléophas : un splash doré à la base, tout le tour de la cavité.
D’autres albums suivront pour couvrir en images les tâches de mon automne pomologique. Des photos des pommiers, de mes jours de cueillette, de la chambre froide où les fruits furent entreposés, d’heures de presse et d’extraction de jus, tout comme de production de cidre et d’une visite d’experts à Montréal …
‘Petite Russet de l’Abbaye’‘Petite Russet de l’Abbaye’Pomme de St-Cléophas : un splash doré à la base, tout le tour de la cavité.Pomme de St-Cléophas : un splash doré à la base, tout le tour de la cavité.Pomme de St-Cléophas : un splash doré à la base, tout le tour de la cavité.‘Petite Russet de l’Abbaye’Pomme de St-Cléophas : un splash doré à la base, tout le tour de la cavité.La ‘Grosse Bienvenue’, qui a des traits de ‘Duchesse’‘Petite Russet de l’Abbaye’Pomme de St-Cléophas : un splash doré à la base, tout le tour de la cavité.
Samedi prochain, le 14 septembre, en remplacement de l’ami Fred Brabant du Jardin des passionnées, je serai au Dernier Marché public La Récolte | Atelier pressage de pommes à Rawdon. J’aurai la chance et le plaisir d’y animer l’atelier de presse de pommes, en public, et d’offrir du jus frais à la clientèle et aux exposants du marché !
Les pommes pressées (sauvages, non traitées) seront issues de mes récoltes de la semaine, à travers les pommeraies de Lanaudière !
Venez y faire un tour, entre 10h et 14h; on pressera du bon jus 100% local, offert gratuitement !
Il y a peu, je cherchais une personne pour livrer un précieux colis jusqu’à Québec… De quoi s’agissait-il donc ?
Eh bien, celles et ceux qui ont suivi mes publications printanières savent que j’ai séjourné quelques semaines en Bretagne cet hiver. L’objet de ma visite était notamment de visiter plusieurs cidreries, question de me laisser inspirer par les savoir-faire cidricoles de Cornouaille.
Mon guide dans ce pays de cidres, Mark Gleonec, m’avait mentionné la tenue du 111e concours de cidre de Fouesnant, à l’été 2024. Il s’agit du plus ancien concours de cidre au monde, lequel comporte chaque année deux catégories de participants, tous producteurs de cidres des terroirs du Finistère : professionnels et amateurs.
Cette année, exceptionnellement, une nouvelle catégorie s’ajoute au concours : des cidriers amateurs d’autres terroirs de la planète !
C’est ainsi qu’en mai j’ai reçu un courriel de Claude Jolicoeur, « notre » (il est québécois) expert international du cidre, m’invitant à faire parvenir des bouteilles lanaudoises à ce concours !
Jolicoeur y sera l’un des juges, et s’est offert pour transporter quelques bouteilles d’amateurs du Québec. J’étais prêt à contacter tous mes comparses cidriers amateurs de Lanaudière pour collecter des bouteilles de leurs meilleures cuvées. Toutefois, vu l’espace limité dans la soute à bagages, et lors du concours en tant que tel, j’ai dû restreindre la sélection à seulement deux bouteilles : l’une des miennes ainsi qu’une bouteille d’Éric Hébert. Ce dernier, cidrier amateur le plus expérimenté de Lanaudière (depuis plus de 35 ans !), était l’hôte de la « Grande dégustation de pommes sauvages à potentiel cidricole » que j’organisais l’automne dernier, chez lui à St-Jean-de-Matha. Notre rencontre avec Claude Jolicoeur et Mark Gleonec nous a ouvert cette formidable porte, ce privilège !
Bouteille d’Éric Hébert, artisan cidrier de Saint-Jean-de-Matha.Bouteille d’Emmanuel Beauregard, cuvée intitulée « Perland doux-amer du rang St-Albert »Bouteille d’Emmanuel Beauregard, cuvée intitulée « Perland doux-amer du rang St-Albert »
Du Québec, en plus des nôtres et de l’une de ses propres bouteilles, Jolicoeur s’est chargé de transporter une bouteille de Louis Gauthier, un cidrier gaspésien qui anime avec ses collègues une sérieuse démarche de sélection de pommes sauvages à fort potentiel cidricole.
Merci à l’amie Mylène Samson, mon ex belle-soeur, et ex belle-fille d’Éric Hébert (!) qui s’est chargée de transporter nos précieuses bouteilles « de compétition » jusqu’à Claude Jolicoeur, dans la ville de Québec. Claude et son épouse Banou ont pris l’avion en direction de Paris le 14 juillet avec les bouteilles dans leurs bagages, et les voilà sans doute aujourd’hui arrivés sur les rivages du cidre de Cornouaille, au bout de la pointe de Bretagne.
Le concours se tiendra dans quelques jours seulement : le week-end prochain (19 et 20 juillet). Bien que ma participation soit sans la moindre prétention, ni aucune attente, je vous tiendrai bien sûr au courant des résultats et impressions suscitées par nos cidres de pommes sauvages lanaudoises !
PS – Les photos ci-bas donnent à voir ma bouteille, ainsi que celle d’Éric Hébert.
L’histoire inédite d’un ancien verger et d’une pommeraie sauvage au pied de la Montagne Coupée
La zone entourée de rouge, à l’arrière, représente l’emplacement approximatif de l’ancien verger d’Albert Desrosiers, sur la pente qui mène au Magasin de l’Abbaye (en jaune).
La grande section entourée de rouge, dans le bas de la photo aérienne, indique l’emplacement de la vaste pommeraie sauvage.
Dans le précédent texte de cette série, je concluais en appelant à l’aide pour élucider l’histoire de la pommeraie sauvage sur les terres de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Où était le verger d’origine, qui l’avait cultivé, à quelle époque, et quelles variétés ?
François Desrosiers, citoyen de Saint-Jean-de-Matha, et d’une vieille famille de la place, m’est venu en renfort. Grâce à ses connexions familiales (en particulier son oncle Marcel Desrosiers, passionné d’histoire et de généalogie), nous avons appris les grandes lignes de l’histoire de ces pommiers, leur origine enracinée dans leur famille.
Solidaire de la démarche, le Père Abbé, André Barbeau, m’a de son côté partagé les coordonnées de Martine Gadoury et Denis Vincent, propriétaires du centre de ski de fond de la Montagne Coupée entre 1987 et 2009. J’ai pu m’entretenir avec Mme Gadoury, ravie par mes démarches historiennes autour de ces pommiers et de ce lieu chargé d’événements, de patrimoine et cher à son coeur. Elle appelle de ses vœux de plus vastes recherches à propos de toute l’histoire de la Montagne Coupée.
Martine m’a mis en lien avec son cousin Pierre-Michel Gadoury, un historien amateur local, habitant la plus vieille maison de St-Jean-de-Matha. Passionné de patrimoine, il est l’un des fondateurs des « Compagnons de Louis Cyr », l’OBNL qui a mis sur pied et qui administre le musée de la Maison Louis Cyr, au centre du village. Nous avons regardé ensemble de vieilles cartes qu’il possède, représentant l’ancien cadastre du territoire de Saint-Jean-de-Matha. Il m’a indiqué un endroit sur le rang (sur le dernier faux plat de la descente avant d’arriver à l’Abbaye), un lot d’un arpent et demi de large, où a déjà existé une maison, sans doute toute une ferme, aujourd’hui disparue du paysage.
J’ai fouillé le Registre Foncier du Québec pour découvrir les chaînes de titres (listes des propriétaires qui se sont succédé) pour certains lots du chemin de la Montagne Coupée (qui était anciennement la section Ouest du rang St-Léon).
Ce fut une palpitante petite enquête, menée sur quelques mois.
Sans plus tarder, à la lumière des informations cumulées à ce jour, voici révélée la petite histoire des pommiers qui furent implantés au pied de la Montagne Coupée au siècle dernier jusqu’à ceux existant aujourd’hui. Toutes nouvelles informations, détails ou précisions sont toujours bienvenus !
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Quelque part entre son établissement en 1917 et son décès en 1937, le cultivateur Albert Desrosiers (arrière-arrière-grand-père de François, qui a mené les recherches initiales) et son épouse Maria (Marie Anne) St-Georges implantent un verger de pommiers sur leur ferme. Ferme située sur ce rang alors baptisé St-Léon Ouest, de la Paroisse de St-Jean-de-Matha, au pied du « Mont Coupé » (selon la vieille appellation). Cette famille paysanne canadienne-française est établie sur un lot de terre (le no 17) déjà partiellement défrichée et rendue cultivable par les premiers colons, ceux de la seconde moitié du XIXe siècle, des Charbonneau et Durand qui les ont précédés.
La maison ancestrale Desrosiers est toujours là, au 200 Chemin de la Montagne Coupée. Elle est devenue depuis quelques années la «Maison des Forestibles de l’Abbaye», lieu de conditionnement de plantes et champignons sauvages comestibles cueillis sur le domaine appartenant aux moines Trappistes depuis 2009.
Suivant le décès d’Albert Desrosiers en 1937, vers l’âge de 56 ans, c’est son gendre Donat Gadoury, marié à sa fille Léona en 1930, qui reprend les rênes de la ferme. La famille de Donat, autre célèbre homme fort Mathalois, y demeure jusqu’en 1944. La terre familiale est alors vendue à Ange Albert Gravel, qui l’exploite jusqu’en 1958. La terre passe ensuite entre les mains de Louis Paul Nadeau, qui en est le propriétaire entre 1959 et 1972. Cette année-là, le fonds de terre revient en possession d’une lignée de Gadoury, quand Réjean et son épouse Simone Laporte en font l’acquisition. Durant la décennie 1970, ils mettent en place et opèrent un centre de ski de fond, une auberge, une boîte à chanson, (à l’existence brève, le temps de deux saisons 1972-1973), des écuries, etc. La Montagne Coupée devient à cette époque un haut lieu du tourisme, mais aussi de rassemblement culturel, dans Lanaudière. Félix Leclerc y est passé, et c’est là notamment que La Bottine Souriante a offert son premier spectacle. Y paraît que les environs, à cette époque, sentaient parfois très fort la «bourrure de boggey» (une vieille expression locale pour parler du cannabis) !
Tout ce temps, les pommiers d’Albert et Maria ont grandi, partie intégrante du décor. Ces arbres ont, des décennies durant, chaque année, rempli les corbeilles de fruits, nourri des générations de Mathalois.e.s. Sur la légère pente qui part désormais d’un stationnement et qui monte jusqu’au Magasin de l’Abbaye, il étaient encore fièrement debout en décembre 1978, lorsqu’un photographe de La Presse, Paul-Henri Talbot, passe par là pour un reportage sur le centre de ski et en croque le souvenir pour la postérité. Les derniers vénérables survivants auraient été abattus durant les années 1980, possiblement par Armand Gadoury, frère de Réjean. Pierre-Michel Gadoury pense que son père Armand, plus manuel que Réjean, a pu manier la scie mécanique pour commettre ces destructions du patrimoine pomicole, rasant les derniers pommiers plantés par les aïeux. Il dit que c’était son style, malheureusement insensible à la préservation du patrimoine.
Pistes de ski de fond de la Montagne Coupée, à travers les pommiers.
La Presse, 27 décembre 1978. Photographe : Paul-Henri Talbot
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Or, la pommeraie actuelle du domaine de l’Abbaye Val-Notre-Dame, avec une population dense de centaines de pommiers, est à environ 700 mètres de là. Entre l’emplacement du verger historique d’Albert Desrosiers et la « forêt de pommiers sauvages », on doit aujourd’hui traverser une plantation de conifères ainsi qu’une section de forêt mixte et déboucher sur un majestueux vallon au pied de la Montagne Coupée.
À première vue, il était difficile d’imaginer qu’elle puisse provenir de l’ancien verger d’Albert.
La pommeraie sauvage se trouve vers le centre de la photo. Crédit photo : Emmanuel Beauregard, mars 2024
L’endroit où ont poussé des centaines de pommiers sauvages correspond plutôt aux anciens lots 9 et 10. Pierre-Michel s’est fait raconter qu’il y avait autrefois une famille établie, une demeure aujourd’hui disparue. L’hypothèse a germé que ce puisse être un ancien verger également disparu, planté par une famille ayant habité ces parcelles vers le milieu du XXe siècle, qui soit l’ancêtre de l’actuelle pommeraie sauvage. Pommeraie dont l’apparition progressive doit dater des années 1960-1970, l’âge estimé des plus vieux pommiers étant de 50-60 ans.
Toutefois, c’est la rencontre de Mme Linda Desrosiers (arrière-petite-fille d’Albert), laquelle habite depuis toujours dans le voisinage de l’Abbaye, qui fut déterminante afin de découvrir l’origine de la pommeraie.
En effet, en lui décrivant l’emplacement, parcouru par un ruisseau, Linda se souvient que dans son enfance (dans les années 1960 et début 70), avec toute la bande de joyeux « mayais » (jeunes), cousins et cousines pour la plupart, des Desrosiers et Gadoury, ils s’y rendaient pour pêcher de la «petite truite », qui remontait alors de la rivière l’Assomption, en aval, jusque dans ce petit affluent. Ils partaient des habitations cordées le long du rang, pour se rendre en gang jusqu’au bout des terres familiales, non sans passer à travers le verger d’Albert et Maria et s’y chaparder quelques bonnes pommes en guise de collation pour les heures à venir. Linda Desrosiers se souvient très bien de cela, des détails de leurs cannes à pêche rustiques, tout comme d’avoir lancé nombre de trognons de pommes à bout de bras dans ce secteur, après les avoir croquées. La marmaille était nombreuse et les excursions de pêche dans le ruisseau furent nombreuses, des années durant. À ses dires, à l’époque, il n’y avait pas un pommier là, voire presque pas un arbre, les foins étant fauchés jusqu’aux abords du ruisseau. Au fil des décennies, la superficie de la prairie a rétréci. Des zones au dénivelé plus important furent laissées en friches, tels les rives de ruisseaux, les coulées. Des pépins ont germé, de ces pommes transportées par les jeunes pêcheurs de naguère, aidés ensuite d’une panoplie d’animaux sauvages friands de ces fruits juteux et généralement sucrés.
Aperçu d’une section de la pommeraie sauvage de l’Abbaye, mars 2024.
Quel bonheur de découvrir de nos jours ces centaines d’arbres matures, laissés à eux-mêmes pendant des décennies, sans autre intervention humaine, portant des variétés uniques de pommes qui n’ont pas encore été baptisées. Les explorateurs fruitiers qui ont investi le site ne manquent pas d’idées pour mettre en valeur la «Pommeraie du ruisseau» ou le «Verger de la P’tite Truite» (je rigole, le nom officiel n’est pas encore arrêté). Sans blague, parmi les pommes championnes, il devrait selon nous y avoir, parmi d’autres, une «Gadoury», une «Albert Desrosiers» et une «Douce-amère de l’Abbaye».
Opération de taille des pommiers sauvages, mars 2024.
Souhaitons que l’histoire des pommes d’Albert continue à s’écrire, poétique, étonnante et savoureuse !
Grande reconnaissance à tous mes informateurs et informatrices !
Emmanuel Beauregard
technicien agricole, pomologiste chercheur cueilleur de pommes sauvages et de variétés anciennes historien amateur de la pomiculture dans Lanaudière