Catégories
Bretagne Cidre Histoire Pomologie Rencontres Voyages

EN VOITURE AVEC L’ULTIME ÉRUDIT DU CIDRE DE SON PAYS

Éléments d’une heureuse aventure

belle et cidricole virée Bretonne

qui, malgré l’hiver et sa froidure

n’avait vraiment rien d’monotone !

Vous verrez, j’y ai eu ben du fun 🙂

***

Rencontré en personne lors de la “Grande dégustation de pommes sauvages” lanaudoises que j’organisais à Saint-Jean-de-Matha l’automne dernier et où j’avais invité l’expert Claude Jolicoeur,

son vieil ami Mark Gleonec – autre jeune septuagénaire retraité, passionné de pommes à cidre et auteur, grand connaisseur, communicateur passionné du cidre de Cornouaille lui –
m’avait signalé que si je retournais en Bretagne y visiter des cidreries,
il pourrait être mon guide dans son pays.

Vous comprendrez que je lui ai rapidement fait part de mon projet d’hiver, auquel il assura vite sa collaboration, à travers ses nombreux autres engagements et projets personnels.

À 71 ans, l’ancien président du CIDREFF (Comité cidricole de développement et de recherche fouesnantais et finistérien) – poste qu’il a occupé pendant huit ans, et dont la relève est bien assurée – offre toujours le “service après-vente”, comme il dit. Il demeure un proche conseiller du syndicat en plus de continuer à représenter le CIDREFF et l’AOP Cornouaille (seul cidre d’origine protégée en Bretagne) à l’international. Né au début des années 1950 à Fouesnant, Gleonec s’amure à dire qu’il a grandi entre deux barriques. En 1993, il publiait le “Guide du Cidre de Cornouaille – Histoire, Fabrication, Pommes, Dégustation”. Collecteur d’histoires sur le pommage de son pays et conteur, il anime diverses activités autour des traditions cidricoles et des variétés de pommes du Werje Bras (Grand Verger) Fouesnantais. En 2012, après des années d’enquête et de collecte, il publie à compte d’auteur un recueil d’histoires récoltées en Cornouaille et intitulé « Contes et histoires du pays du cidre ». De la même manière, son ouvrage réalisé de longue haleine et documentant les variétés de pommes à cidre de Cornouaille est publié en 2019, aux éditions Solus Locus, en Bretagne.

Sa notoriété est universelle dans le petit monde du cidre de cette région; en témoigne sa participation récente (pendant mon séjour) à l’enregistrement d’une court reportage télé destiné à une émission de France 3 Breizh, pour laquelle Mark a été chargé de trouver le cidrier participant, tout comme de parler en Breton pour en narrer des segments.

Le CIDREFF est un syndicat réunissant les 14 cidreries de la Route du cidre en Cornouaille. En plus de ces professionnels, dont la production de cidre (ainsi que la culture des pommes à cidre) est le métier, ce syndicat compte aussi parmi ses membres des amateurs, qui produisent du cidre à petite échelle, à des fins domestiques. Il y a, dans certains concours de cidres (en France comme aux USA), une catégorie « Amateurs » à laquelle ceux ou celles-ci peuvent participer. Certains amateurs pratiquent l’art du cidre depuis des années, sont appliqués dans leurs méthodes et produisent des résultats de grande qualité. Le concours de cidre de Fouesnant en sera à sa 111e édition en 2024 !

Véritable moulin à paroles, Mark a été d’une grande générosité, m’accordant quatre après-midi de son agenda débordé, question de me faire visiter ses meilleures adresses. Il m’a accompagné (que dis-je ! Il a été mon chauffeur-conteur particulier, venant me prendre et reconduire chaque fois à la porte de mes hôtes, les Guillou de St-Evarzec, à la limite de Saint-Yvi) pour la visite de cinq cidreries, dans lesquelles il a partout ses entrées. Faut dire qu’il habite à la Forêt Fouesnant, à seulement 5 ou 6 kilomètres d’Enez Raden.

En “invité de marque”, Mark m’a fait visiter les parcelles du verger conservatoire de Penfoulic, qui ne sont pas ouvertes au grand public, sinon que pendant la “Fête de la pomme”, une fois par année, à la fin d’octobre. Nous avons parcouru la parcelle d’une soixantaine de pommiers “à couteau” (de pommes à croquer, ou cuisiner) et celui comprenant une cinquantaine de variétés de pommes à cidre typiquement locales. Bon, la saison ne m’a pas permis de voir et goûter les pommes, mais le conteur a su me transmettre différentes histoires à propos de variétés du terroir finistérien. Arbres greffés à raison d’environ deux exemplaires par variété, dont l’entretien est assuré par des employés de la commune (ville) de Fouesnant. Il m’a montré les locaux dédiés à la jeune association pomologique de Penfoulic, prêtés par le Conservatoire du Littoral, organisme propriétaire du terrain où sont plantés les vergers conservatoires et où paissent également en toute tranquillité quelques poneys.

Il m’a expliqué la mise en place de l’Appellation d’Origine Contrôlée pour certains cidres de Cornouaille, concrétisée en 1996. Il s’agit de la seule AOP dans le cidre en Bretagne, tandis que la Normandie, région voisine, en compte deux (AOP Cidre Pays d’Auge et AOP Cotentin), en plus d’une autre pour le poiré Domfrontais. Reste qu’il n’y a rien d’aussi typique, unique, que les imparables cidres doux-amers de Cornouaille, issus d’un pommage et d’un terroir particuliers.

Mark m’a également conduit par des chemins de travers, en de petites excursions, question de me donner à voir, raconter et faire ressentir certains lieux enchanteurs, ballades parsemées d’anecdotes sur sa jeunesse dorée, l’Histoire bretonne ou ses contacts sur la Planète Cidre. Que demander de mieux ?

À l’est de Fouesnant, suivant le plus creux des chemins creux que j’aie connu, en roulant jusqu’au bout du chemin de la digue à Penfoulic, face à l’Anse du même nom, avec vue sur le Cap Coz, devant le Golfe de Gascogne. C’est là, juste avant la digue, poussant dans une zone enherbée et caillouteuse, que je l’ai reconnu, compagnon de mes voyageries : un petit pommier sauvage, tordu, à plusieurs troncs concurrents entortillés, avec ses éperons retors et nombreux. Gleonec a d’abord cru voir une aubépine, mais perspicace, je l’ai assuré qu’il s’agissait bien d’un Malus, pommier issu d’un semis de hasard. Mark a plus tard laissé entendre qu’il s’assurerait que l’arbre soit protégé, et qu’un jour peut-être ses fruits porteront mon nom (Beauregard), traduit en Breton par quelque chose comme “Selladenn kaer” (beau regard, ou belle vue/vision). Ça me serait bien entendu un grand honneur !

Entre deux visites de cidreries, on fait un p’tit détour par le Cale de Rosselien, à Plomelin, tout près du Château de Kerambleiz. Nous avons emprunté une descente vers la rivière l’Odet, où l’on a croisé, aux abords d’un ruisseau, un antique moulin à aube, de nouveau fonctionnel, car entièrement restauré en 2020 – bénéficiant de financements visant à assurer la souveraineté alimentaire du territoire.

Je me sentais drôlement privilégié d’être guidé et de me faire ouvrir de nombreuses portes par celui qui connaît tout le monde dans ce petit milieu du cidre en Cornouaille. En une fin d’après-midi, nous n’avons pas manqué de faire un arrêt chez lui, le temps d’un breuvage chaud et d’une viennoiserie en compagnie de son épouse, Elisabeth Le Bihan.

Par une autre fin de journée, nous sommes aussi passés, sur Concarneau, à la boutique-atelier de « Ô La butine”, l’entreprise hydromelière de son pote Sylvain Le Cras. Nous y avons eu droit à une fabuleuse dégustation de plus de 8 hydromels, sans avoir pour autant fait le tour de tous ses produits. Avec ce petit homme sympathique et convivial, l’un des champions reconnus de son art, de ceux qui excellent dans les concours internationaux, il est impossible de mettre les pieds dans son antre sans s’y accrocher les pieds pendant des heures tant il sait charmer par les descriptions de ses boissons à base de miel : simples, claires et délicates, généreuses et surprenantes.

Oh Cornouaille, tu savais boire bien avant de rencontrer Bacchus

Pays entre terre et mer, de chênes et de châtaignes, de lierres et de talus,

soufflé de vents à écorner les bœufs

Finistère, tes estrans se comptent en rias de salinité

et de remontées vers les alambics secrets et reculés,

sur des barques de nuit, à rouler des barriques

clandestines

Protégé par Morgane

terroir de bord de mer

aux pommes à cidre

douces-amères, voire

franchement amères,

à l’équilibre aromatique

inégalé, à savourer

Je repars la tête pleine d’images

de paysages de légères collines

encadrées de talus arborescents

de pommiers autrefois omniprésents

distillateurs ambulants, contrebandiers

familles paysannes qui à travers les âges

ont perpétué un héritage de savoirs-faire,

de lents et patients travaux et soins

agrémentant leur vie de cidres qui ont du corps

orangés, aussi tanniques que les labeurs de la terre

et d’une douce amertume, telle que l’est l’existence

elle-même, en ce pays de rivages et de vergers

PS – La suite très bientôt avec le détail des cidreries visitées ! 😉

15-16 février 2024

Catégories
Greffe Projets et collaborations Rencontres

LE DÉBUT D’UNE COLLECTION

Après notre rencontre à St-Joseph-du-Lac en septembre dernier, Roland Joannin et moi avions convenu de nous retrouver au printemps en ce haut-lieu de la pomiculture au Québec.

Vendredi Saint de mi-avril. Tandis que j’arrivais au « pays de la pomme » (dixit le panneau d’accueil de la municipalité), j’ai perçu un jeu de mots pomologique dans les directives de la voix de Googlemaps : « Tournez sur la Rue Binette »! Il faut savoir que la Rubinette est une variété de pommes développée en Suisse, mais à ne pas confondre avec la Rosinette, l’une de celles créées par Roland sur le piémont Laurentien!

Dans un élan de générosité (donnant au suivant, comme il a reçu de ses mentors à ses débuts), il m’avait invité à le retrouver avec mes scions, collectés en mars et avril sur les spécimens anciens ou sauvages qui se sont mérités cette année ma sélection. L’arboriculteur-hybrideur de renom m’a fait don d’une centaine de porte-greffes, réservés pour mes greffons. À ma demande, il a commandé des MM111. Ceux-ci ont le potentiel d’atteindre près de 80% des dimensions d’un arbre franc (semis), ainsi qu’une perspective de longévité d’un siècle et plus, à la différence de porte-greffes nains ou semi-nains qui, bien que portant à fruits plus rapidement, ne vivent que le temps d’une seule génération.

En contrepartie pour son formidable cadeau, et suivant ses voeux, je me suis fait le transporteur du bois de greffe du sauvageon aux pommettes à chair rouge, découvert dans une friche de Saint-Ambroise-de-Kildare. Je lui ai également partagé des scions de pommiers dont les fruits présentent passablement d’amertume, ce qui peut présenter un intérêt en cidrerie.

L’activité a eu lieu dans un garage, chez un producteur de pommes, où étaient de passage d’autres producteurs de pommes de la place, et le cueilleur de sauvageonnes que je suis. Je suis débarqué là avec tout mon bois récolté de l’année, provenant d’une presque cinquantaine de pommiers.

Quelques deux heures durant, triant les meilleurs scions, pour m’aider, l’artisan a oeuvré, avec sa machine à greffer, tandis que j’écrivais mes codes secrets sur les étiquettes, réceptionnait les arbres assemblés, les trempait brièvement dans la cire chaude, et un peu plus longtemps dans l’eau tiède, avant de les ficeler ensemble par variétés pour finalement les mettre dans les chaudières de sable humide qui les attendaient.

Suis revenu avec 100 bébés qui sont de passage dans la chambre froide, et qui attendent le temps doux pour étirer leurs racines dans le loam sableux d’un jardin fruitier.

C’est le début d’une collection, en mode pépinière pour un an ou deux, avant de devenir les premiers arbres d’un verger-conservatoire des variétés anciennes et locales, du terroir régional Lanaudois. L’enquête, les recherches et développements du Ministère des Friches et des Pommeraies sont (sous ce nom et/ou d’autres à venir) sont assurément portés sur le long terme, aux rythmes des saisons.

#Pommes sauvages #Greffe #Verger conservatoire #Variétés anciennes #Lanaudière

21 avril 2022

Catégories
Explorations Histoire Littérature Pomologie

L’HISTOIRE POUSSE DANS NOS ARBRES

Un Johnny Appleseed moderne ratisse les chemins éloignés du pays pour des pommes d’autrefois qui disparaissent des tables du Québec.

13 septembre 2008 – MARIAN SCOTT – THE GAZETTE

INVERNESS – Yves Auger fait son chemin à travers un dense fourré. « Regarde » dit-il. « C’était un verger ». Un pommier tordu s’élève parmi les ronces, ses branches chargées de fruits rosés.

Plus de pommes tapissent le sol sous nos pieds.

Auger cueille un spécimen veiné de rose et tranche un morceau du fruit doux et croustillant avec son couteau de poche.

« Juste un soupçon de salinité », commente-t-il, comme un goûteur de vin testant le Beaujolais nouveau de l’année. La pomme, une Melba Rose, est une variété locale. Auger, 54 ans, est un Johnny Appleseed des temps modernes. Sa mission : sauver les variétés de pommes que nos grands-parents croquaient quand ils étaient petits.

Pendant 25 ans, le professeur d’arboriculture au Cégep de Victoriaville a ratissé les arrières rangs du piémont Appalachien, 2 heures au sud-est de Montréal, près de Thetford Mines, sauvant les pommes ancestrales de l’oubli.

Il y a un siècle, chaque ferme sur ces vastes hautes-terres avait son propre verger. Il y avait des pommes pour croquer et d’autres pour cuisiner; des pommes d’été et des variétés à mûrissement tardif qui duraient à travers l’hiver.

Mais au fil des ans, les familles Irlandaises, Écossaises, Françaises et Anglaises qui ont colonisé la région au début du 19e siècle se sont éloignées. Des noms de lieux comme Inverness, Ireland et Dublin Road attestent de leur présence.

Maintenant, les broussailles récupèrent des fermes abandonnées que ces pionniers ont laborieusement défrichées. Et les variétés de pommes qui naguère poussaient ici – comme les Alexandre, Duchesse, Wealthy, Pommes Pêche, Fameuse, Jaune Transparente, Strawberry, Red Atrachan et Wolf River – disparaissent.

Les pommes sont un microcosme de la rapetissante biodiversité de l’agriculture.

Les trois-quarts des variétés des produits agricoles ont été perdues au cours du dernier siècle, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Seulement 12 cultures et cinq espèces animales fournissent maintenant plus de 70 pourcent de l’alimentation humaine.

La diversité agricole est essentielle, soutient la FAO, afin que les humains survivent aux changements climatiques. Les variétés régionales offrent aux scientifiques du matériel génétique pour développer des cultures plus résilientes. Les variétés traditionnelles que les fermes ont adaptées aux conditions locales résistent souvent mieux aux ravageurs et maladies que les monocultures qui requièrent un usage extensif de pesticides et fertilisants.

Des tomates ancestrales au melon de Montréal, les jardiniers et agriculteurs biologiques font revivre des variétés anciennes mises de côté dans la poursuite impitoyable de la plus grande efficacité du commerce alimentaire mondial.

En février, la Norvège a ouvert une « voûte de l’apocalypse » dans l’Arctique pour préserver les semences de millions de variétés de produits alimentaires. La Fondation pour la Biodiversité de Slow Food appelle aussi à la préservation de spécialités régionales. L’an dernier, la fondation internationale a ajouté la variété de pomme Gravenstein de Nouvelle Écosse à son Arche du Goût, une liste globale de l’aliments menacés.

Quelques douzaines de variétés de pommes à succès commercial ont remplacé les milliers qui poussaient jadis dans les vergers d’Amérique du Nord.

« Les chaines de supermarchés veulent de gros volumes », dit Marc Girard, 48 ans, un pomiculteur de 7e génération à Saint-Joseph-du-Lac qui a un étal au Marché Jean Talon.

Pour être viable commercialement, les pommes doivent être uniformes, attirantes et résister au transport et à l’entreposage.

C’est pourquoi vous trouverez des pommes McIntosh, Spartan, Cortland et Empire du Québec, Gala et Braeburn de Nouvelle-Zélande et Rouge Délicieuse de l’État de Washington au supermarché – mais pas de variétés moins communes des vergers du Québec.

Même dans les marchés fermiers, dit Girard, il n’y a pas de demande pour les pommes de l’ancien temps avec lesquels il a grandit. « Tout le monde veut de nouveaux produits ».

Girard conserve encore quelques-uns de ses arbres ancestraux favoris, incluant un qui produit de juteuses et rouges pommes Wealthy. « Ça me rappelle des souvenirs. »

Jean-Pierre Lemasson, un professeur de sociologie de l’alimentation à l’Université du Québec à Montréal, dit que la perte de vieilles variétés n’est pas nécessairement la cause de préoccupations.

« C’est vrai que l’on a perdu quelques espèces, mais nous en avons obtenu d’autres », dit-il.

« L’héritage alimentaire ne devrait pas être préservé comme un monument ».

Les pommes ne sont pas indigènes d’Amérique du Nord. Le premier fermier de Nouvelle-France, Louis Hébert, a planté des pommiers de Normandie lorsqu’il s’est établi à Québec en 1617.

Au 18e et 19e siècles, une multitude de nouvelles lignées furent introduites des Îles Britanniques par les colons, et importées de Russie, des États-Unis et d’Europe.

John McIntosh du Comté de Dundas, au Haut-Canada, a développé le fruit le plus célèbre du Canada en 1836, probablement à partir d’une vieille variété du Québec, la Fameuse ou la St-Laurent.

Conserver les vieilles variétés de pommes est plus compliqué que de conserver les pépins.

Contrairement, disons, aux tomates, haricots et poivrons verts, les semences d’une variété comme la McIntosh ne produiront pas un arbre de McIntosh, mais bien une entièrement nouvelle variété.

C’est parce qu’un semis de pommier – comme les humains – combine l’ADN du parent femelle (l’arbre sur lequel la pomme a poussé) et le parent mâle (l’arbre qui a fourni le pollen, disséminé par les abeilles, d’autres insectes ou le vent).

Pour reproduire une variété particulière de pomme, vous devez greffé la partie d’une branche, appelée scion, sur un porte-greffe. Chaque arbre de McIntosh jamais cultivé a ét greffé d’un descendant de l’arbre originel. Tous les pommiers cultivés commercialement sont greffés sur différents porte-greffes.

En plus d’enseigner le greffage d’arbres au Cégep de Victoriaville, Auger vend des arbres de variétés ancestrales via sa page web, pepiniereancestrale.net. Il a réduit cette entreprise récemment parce qu’il a déménagé et a un horaire chargé d’enseignant.

À La Pocatière, à 140 kilomètres au nord-est de la ville de Québec, le groupe de patrimoine rural Ruralys a créé un verger patrimonial afin de préserver les variétés locales de pommes, poires et prunes. Le groupe vent aussi des arbres aux jardiniers à travers le Québec. Il tient une dégustation publique à la fin septembre où les visiteurs peuvent tester les fruits ancestraux.

« C’est un patrimoine de goûts qui est tombé dans l’oubli », dit Catherine Plante, une agente de développement avec cette organisation.

La dégustation de l’an dernier a fait revivre de précieux souvenirs pour plusieurs visiteurs aînés, dit-elle.

Leurs yeux sont devenus gros comme des pièces d’une piastre et ils ont dit, « Oh – ça goûte comme les pommes que je mangeais quand j’était petit ! »

La passion d’Auger pour les pommes ancestrales date de son enfance à la ferme près de St-Ferdinand.

« Mon père me disait le nom de chaque variété. », se souvient-il. L’une était la pomme de Montréal, un petit fruit âpre utilisé surtout pour de la gelée de la compote. « Elle n’existe plus, malheureusement. »

Auger dresse la carte des anciens vergers le long de voies publiques comme le Chemin Craig, construit en 1810 de la Ville de Québec aux Cantons-de-l’Est pour ouvrir la frontière aux colons Britanniques.

Il demande aux propriétaires des terrains de signer un formulaire lui accordant la permission de prendre des photographies et des échantillons.

Auger dit qu’il peut souvent reconnaître une ancienne ferme même lorsque la maison et les bâtiments sont depuis longtemps disparus. Quand je vois un bel emplacement, je sais qu’il devait y avoir une ferme là. » Souvent, tout ce qui reste d’une ancienne maison de ferme est une fondation de pierres.

Des entrevues avec les résidents locaux – spécialement les agriculteurs aînés – aident à remplir les vides à propos des fruits oubliés. Quand Auger découvre une variété qu’il ne peut identifier, il la nomme selon la ferme ou la route où il l’a trouvée. Une trouvaille récente fut la pomme McKillop, un fruit courtaud de la couleur d’une Granny Smith. Elle prend son nom d’une route qui rappelle les pionniers d’origine du secteur.

Quelques uns des pommiers ancestraux qu’il découvre poussant sauvagement sont surprenamment libres d’insectes, notes Auger, qui utilise des méthodes biologiques. En contraste, dit-il, les pommes McIntosh sont extrêmement susceptibles aux maladies.

Jeanne d’Arc Beaulieu, 72 ans, cultive plus d’une douzaine de variétés sur sa ferme de 135 ans à Inverness.

Chaque pomme a une utilité, dit-elle : la Duchesse est bonne pour le ketchup alors que la douce comme du miel Pomme Pêche, avec sa peau teintée d’orangé et sa chaire jaune, est bonne pour faire des gelées.

Mais les plus jeunes générations ne sont pas intéressées par les vieilles variétés, dit Beaulieu.

« Les grands-parents sont décédés. Les jeunes n’ont pas le temps de faire de la compote de pommes. Ils l’achètent au magasin. »

Source : https://www.pressreader.com/…/20080913/282720517767688

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

16 septembre 2021