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Cidre Projets et collaborations

Cuvées de cidre 2023-2024

Le 19 octobre, soit il y a 2 mois et demi déjà, j’ai pressé une cinquantaine de litres de jus de pommes et de poires. Installé devant l’étable de la Ferme des Arpents roses à Ste-Mélanie, sur le plancher en béton de l’appentis construit par mon frère, dans mon setup modeste mais fonctionnel.

Les trois grandes touris de 2024, après leur premier soutirage, le 6 janvier 2025.
Trois teintes bien distinctes, du jaune paille à l’orangé.

🍎La pomme ‘Juge Bourduas’, une découverte de 2024, issues d’un vieil arbre faisant partie d’un petit verger à l’abandon, sur le chemin Laforest, à Saint-Alphonse-Rodriguez. Le voisin d’en face, chez qui je suis allé cogner, un jeune nonagénaire (90 ans à peine !) conduisant encore sa voiture, m’a informé que ces pommiers étaient ceux « du juge », me disait-il, un juge habitant « par-là, en haut », me pointait-il vaguement dehors… Ne répondant pas à ma demande de précision sur l’emplacement de la maison du juge, question que j’aille lui demander l’autorisation de cueillir, le vieil homme me dit plutôt que je pouvais très bien aller cueillir les fruits, car personne d’autre ne le faisait, jamais, à sa connaissance, depuis des années. Me contentant de l’autorisation du voisin d’en face, j’y ai grimpé, je l’ai secoué, à plusieurs reprises, et j’ai bénéficié d’une bonne quantité de ses petites pommes marbrées de rouge, sur fond vert.

Plus tard dans la semaine, j’ai appris que le juge en question, qui était un grand propriétaire terrien dans le secteur, est décédé il y a quelques années. Et non, ce n’est pas une bourde, le nom de famille dudit juge est bien « Bourduas » plutôt que Borduas. Selon la légende locale, feu le juge Jean-Pierre Bourduas (1939-2018) serait un descendant du même patriarche Borduas que le célèbre Paul-Émile, peintre et auteur en grande partie du Manifeste du Refus Global de 1948, et aurait fait changer son nom de famille auprès de l’État civil afin de prendre ses distances de l’agitateur Automatiste qu’avait été son illustre apparenté. Une rupture dans l’histoire de notre culture, de notre littérature, des ruptures aussi dans la famille Borduas.

De ces toutes petites pommes, en plus d’en fournir à Maltstrom dans le grand mixage des variétés pour en faire un cidre-bière, j’ai tiré un jus jaune et clair, bien sucré (1056 de densité relative, ou 16 brix dans la visière du réfractomètre), avec une petite amertume. Les quelques caisses de la ‘Juge Bourduas’ que je m’étais réservées contenaient de quoi remplir une petite touri, d’environ 18L. C’est pour moi une première cuvée de cidre monovariétale, sans pour autant avoir une candidate de variété de pomme idéale à mon goût (pas assez d’amertume), bien que bien sucrée et savoureuse, aromatique.

🍎 ‘Montées St-Jacques #5 et #6 (‘Béatrix’)

D’un verger de fond de rang perdu à la frontière de St-Alphonse-Rodriguez, chez Lise et Lia, autrefois chez Mme Perreault (plus de 95 ans, rencontrée chez elle en 2023), où subsistent 4 vieux pommiers. De ceux-là, une pomme en particulier a été remarquée et notée comme particulièrement intéressante, lors de la grande dégustation de pommes sauvages lanaudoises de 2023 présentant, aux yeux des cueilleurs qui partageaient des pommes qui leur sont chères, un potentiel de cidrerie. Avec des appréciations très positives de Claude Jolicoeur et Mark Gleonec qui étaient nos « invités de marque », nos convives.

Après avoir été dotée du nom de code « Montée St-Jacques #6 » depuis quelques années, je l’ai baptisée ‘Béatrix’, hommage au territoire municipal où l’arbre est enraciné. Je la vois un peu comme le pendant pomme d’Obélix, ayant grosso modo la forme de son corps, ses rondeurs, avec ses pantalons rayés, si ce n’est striés … Une douce amère très aromatique, à la forme unique de poire (sa base est bien plus étroite que son bassin), au fond de teint qui paraît jaune orangé, striée d’un rouge lavé. Sa cavité est très peu profonde, et son pédoncule, étroit. Sa chair est ferme et elle présente une assez bonne capacité de conservation. Quelque chose dans ses fragrances rappelle la poire et une astringence particulière se fait sentir en fin de bouche.

L’âbre-mère portait beaucoup de fruits cette année, suffisamment pour en fournir quelques caisses pour la qualité de leur jus à la brasserie Maltstrom, mais aussi pour m’en réserver et tenter de mon côté la fermentation alcoolique d’un cidre monovariétal. Toutefois, il s’en fallait de peu pour bien remplir la touri de 20 litres à partir du jus de ce seul arbre. Pour les 3-4 litres manquants, j’ai ajouté le jus de pommes du même verger, de l’arbre voisin en fait (la #5), une belle rouge très sucrée et parfumée, un brin acidulée. Au final, une belle densité de 1050 (potentiel d’alcool d’environ 6,5%).

🍎 Le même vieil arbre, pour l’heure surnommé ‘Montée St-Jacques #5’, m’a également donné une formidable manne de pommes, de quoi fournir la brasserie des camarades prairiquois et mes propres activités de micro-cidrerie expérimentale. J’en ai comblé deux petits cruchons de 4 litres, de ce jus trouble et purement monovariétal. De quoi éventuellement remplir de cidre une quinzaine de petites bouteilles de 500 ml, quand même !

🍐 Poire ‘Golden Spice’

Une caisse de petites poires ‘Golden Spice’, m’a été gracieusement offerte par l’ami horticulteur fruitier Jonathan Bordeleau, cueillies par lui-même de son arbre à St-Damien, son surplus d’abondance, pour que je réalise une première expérience de production de poiré, l’équivalent du cidre (lequel est toujours « de pommes » d’ailleurs), mais avec des poires … J’en ai tiré un bon six litres de jus bien sucré, avec une intéressante amertume (14 brix, belle densité de 1050). Avec l’équipement dont je disposais, je m’en suis tenu à un cruchon de 4 litres monovariétal, juste du poiré. C’est bien peu, mais tout de même, un premier test !

🍐🍎Deux autres litres de jus de ‘Golden Spice’, queue de la pressée, ont été assemblés avec les restants de jus de pommes des pressées de la journée. Les surplus de la ‘Juge Bourduas’ et de la ‘Montée St-Jacques #5’. Allez hop, j’ai viré ça dans un autre cruchon de 4L, bien rempli d’un jus qui sera dans quelques mois le produit d’une cofermentation, ni tout à fait cidre, ni tout à fait poiré. Un joyeux hybride funky issu aussi des levures sauvages qui s’y activent en ce moment, comme toutes les autres cuvées de l’année, à 12 degrés Celsius dans un bâtiment appartenant à des amies. Merci pour l’opportunité de local avec une température appropriée ! Hâte de vous faire goûter au jus qui va en résulter !

🍏 ‘Cléophas à splash russet doré’

L’arbre le plus productif que j’ai rencontré cette année, d’une petite talle de friches, à St-Cléophas-de-Brandon. Cet arbre est connu d’Alex Boisdequin-Lefort et moi depuis 10-15 ans maintenant, depuis nos premières explorations du pommage régional à des fins cidricoles.

De grosses pommes jaunes qui ont été conservées en chambre froide pendant un mois et demi (cueillies le 4 octobre), avant d’être pressées le 17 novembre, pour une ultime session d’extraction de jus de pommes sauvages de l’année. De ce bon jus, affichant 15 brix sur mon réfractomètre, et 1054 au densimètre, j’en ai bien rempli une touri de 21 litres. C’est l’ultime cuvée, monovariétale elle aussi, de l’année.

7 janvier 2025

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Dégustations Projets et collaborations

Marché public La Récolte de Rawdon – presse publique de pommes

Samedi prochain, le 14 septembre, en remplacement de l’ami Fred Brabant du Jardin des passionnées, je serai au Dernier Marché public La Récolte | Atelier pressage de pommes à Rawdon. J’aurai la chance et le plaisir d’y animer l’atelier de presse de pommes, en public, et d’offrir du jus frais à la clientèle et aux exposants du marché !

Les pommes pressées (sauvages, non traitées) seront issues de mes récoltes de la semaine, à travers les pommeraies de Lanaudière !

Venez y faire un tour, entre 10h et 14h; on pressera du bon jus 100% local, offert gratuitement !

12 septembre 2024

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Pomologie Projets et collaborations

LES VALLONS FRUITÉS

Les pommiers, au printemps 2022

La collection de pommiers de variétés du terroir local (à quelques exceptions près) débourre depuis une dizaine de jours ! Toute ma reconnaissance va à Roland Joannin pour son expertise de greffeur et son précieux don de 100 porte-greffes M111, en soutien aux recherches & développements du Ministère des Friches et des Pommeraies.

Dans ma pépinière se retrouvent, pour lancer ce projet à long terme de verger-conservatoire, 43 variétés (en moyenne 2 exemplaires de chacune) issues de pommiers sauvages et anciens de Sainte-Mélanie et Saint-Ambroise. Les scions greffés ont été collectés en mars, greffés à la mi-avril et transplantés à la mi-mai.

Sur une planche voisine, se trouve la trentaine de petits pommiers ‘Antonovka’, partis de pépins semés en contenants multicellules il y a un an. Transplantés en 1 rang l’automne dernier, ils semblent tous assez bien aller, avec leurs feuilles et pousses en devenir. Dans le futur, certains se feront couper la tête, pour devenir porte-greffes, et d’autres seront laissés à eux-mêmes, libres d’exprimer leur propres fruits.

Les quatre pommiers du Kazakhstan (Malus Sieversii), issus de semis et âgés de 3-4 ans, resteront francs, et révéleront des pommes aux saveurs inédites, encore inconnues. En plus de quoi Éric de Lorimier, pépiniériste et sélectionneur de variétés fruitières depuis belle lurette dans la région, m’a également fait un formidable cadeau : des surplus de greffons de Malus Sieversii ! Une dizaine de souches différentes que je me suis empressé de greffer sur des sauvageons vigoureux et fructifères, à quelques endroits sur la ferme. Des branches raboutées avec des variétés de pommes issues du bassin génétique Kazakh, une espèce de retour aux sources sur ces sauvageons locaux, qui ont également d’autres gènes dans leur ADN.

Le week-end dernier, Christian Breton, propriétaire du Verger des Coteaux de Kildare sur le rang du Pied-de-la-Montagne de Sainte-Marcelline (autre amoureux de ses pommiers sauvages !), m’a offert 10 petits pommiers issus de semis de pépins provenant de ses arbres. Ces petits pommiers mystères ont été transplantés en plein sol le soir-même avec le reste de ma collection naissante.

Oh vivement les aventures à long terme du côté des Malus, le long (et en large !) d’un piémont de terroirs et de découvertes, suivant et semant ce fruit qui se mange et se boit de toutes façons, dans la générosité de ces arbres indépendants et rustiques, symboles de connaissance et de santé, qui en plus favorisent les échanges et les rencontres !

9 juin 2022

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Greffe Projets et collaborations Rencontres

LE DÉBUT D’UNE COLLECTION

Après notre rencontre à St-Joseph-du-Lac en septembre dernier, Roland Joannin et moi avions convenu de nous retrouver au printemps en ce haut-lieu de la pomiculture au Québec.

Vendredi Saint de mi-avril. Tandis que j’arrivais au « pays de la pomme » (dixit le panneau d’accueil de la municipalité), j’ai perçu un jeu de mots pomologique dans les directives de la voix de Googlemaps : « Tournez sur la Rue Binette »! Il faut savoir que la Rubinette est une variété de pommes développée en Suisse, mais à ne pas confondre avec la Rosinette, l’une de celles créées par Roland sur le piémont Laurentien!

Dans un élan de générosité (donnant au suivant, comme il a reçu de ses mentors à ses débuts), il m’avait invité à le retrouver avec mes scions, collectés en mars et avril sur les spécimens anciens ou sauvages qui se sont mérités cette année ma sélection. L’arboriculteur-hybrideur de renom m’a fait don d’une centaine de porte-greffes, réservés pour mes greffons. À ma demande, il a commandé des MM111. Ceux-ci ont le potentiel d’atteindre près de 80% des dimensions d’un arbre franc (semis), ainsi qu’une perspective de longévité d’un siècle et plus, à la différence de porte-greffes nains ou semi-nains qui, bien que portant à fruits plus rapidement, ne vivent que le temps d’une seule génération.

En contrepartie pour son formidable cadeau, et suivant ses voeux, je me suis fait le transporteur du bois de greffe du sauvageon aux pommettes à chair rouge, découvert dans une friche de Saint-Ambroise-de-Kildare. Je lui ai également partagé des scions de pommiers dont les fruits présentent passablement d’amertume, ce qui peut présenter un intérêt en cidrerie.

L’activité a eu lieu dans un garage, chez un producteur de pommes, où étaient de passage d’autres producteurs de pommes de la place, et le cueilleur de sauvageonnes que je suis. Je suis débarqué là avec tout mon bois récolté de l’année, provenant d’une presque cinquantaine de pommiers.

Quelques deux heures durant, triant les meilleurs scions, pour m’aider, l’artisan a oeuvré, avec sa machine à greffer, tandis que j’écrivais mes codes secrets sur les étiquettes, réceptionnait les arbres assemblés, les trempait brièvement dans la cire chaude, et un peu plus longtemps dans l’eau tiède, avant de les ficeler ensemble par variétés pour finalement les mettre dans les chaudières de sable humide qui les attendaient.

Suis revenu avec 100 bébés qui sont de passage dans la chambre froide, et qui attendent le temps doux pour étirer leurs racines dans le loam sableux d’un jardin fruitier.

C’est le début d’une collection, en mode pépinière pour un an ou deux, avant de devenir les premiers arbres d’un verger-conservatoire des variétés anciennes et locales, du terroir régional Lanaudois. L’enquête, les recherches et développements du Ministère des Friches et des Pommeraies sont (sous ce nom et/ou d’autres à venir) sont assurément portés sur le long terme, aux rythmes des saisons.

#Pommes sauvages #Greffe #Verger conservatoire #Variétés anciennes #Lanaudière

21 avril 2022