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UN BRETON À LA RENCONTRE DES POMMIERS SAUVAGES  DU QUÉBEC

Mark Gleonec est un « Breton de Cornouaille », illustrateur, conteur et historien du cidre et de la pomme du Sud de la Bretagne. Invité par son ami Claude Jolicoeur, il était en visite au Québec à la fin du mois de septembre dernier. Accompagnés de leurs épouses, les deux sommités de la pomme et du cidre ont visité plusieurs forêts de pommiers sauvages, de Charlevoix à la Beauce, en passant par Lanaudière jusqu’à la Petite Nation (Outaouais).

« Macgleo », auteur d’un blogue, vient de publier les trois premiers articles d’une série de textes et de photographies rapportant son voyage au Québec, à travers la sorte d' »été des Indiens » (même sans gel avant le redoux) qu’on a eu cet automne.

Sa troisième chronique rapporte d’abord ses impressions et souvenirs de passage à Saint-Jean-de-Matha, pour rencontrer notre groupe de compagnons cidriers de Lanaudière. Il enchaine avec le récit de leur journée du lendemain en Outaouais, dans la Petite Nation, où ils ont accompagné Marie-Anne Adam et Gaston Picoulet de la micro-cidrerie Les Pommes perdues pour une session de cueillette et dégustations.

Crédit photo : Claude Jolicoeur

Le séjour de Mark parmi nous fut trop bref pour approfondir à satiété les conversations, et j’espère avoir l’occasion de faire plus ample connaissance avant trop longtemps ! Oui, un rêve de voyage m’habite, celui de retourner visiter le pays Fouesnantais, mais du côté du cidre cette fois …

Plus près de chez nous et plus certainement, je m’organiserai une tournée de ces jeunes cidreries québécoises qui ont commencé à mettre en valeur la géopoétique des pommiers sauvages, leur terroir pomicole local ! À la rencontre du savoir-faire et de l’inspiration, en mode partage.

30 octobre 2023

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 2

Retour vers le futur des pommes à cidre

Le Ministère offre à son lectorat la liste des 109 variétés de pommes expérimentées à l’Institut agricole d’Oka vers 1907, dans les images ci-jointes, pages tirées du livre du Père Louis-Marie publié à l’occasion du 50e anniversaire de l’école en 1943.

En consultant divers ouvrages et pages web de référence :

– « Les pommes de chez nous » de Shahrokh Khanizadeh et Johanne Cousineau, Agriculture et Agroalimentaire Canada, 1998

– « Apples and the art of detection » de John Bunker, 2019

– « Apples of North America » de Tom Burford, 2013

– « Apples of uncommon character » de Rowan Jacobsen, 2014

– « The Complete Encyclopedia of Apples » de Andrew Mikolajksi, 2012

– « Pommiers à cidre – variétés de France » de J.M. Boré et J. Fleckinger, INRA, 1997

Pomiferous.com

– etc.

j’ai pu trouver de l’information sur à peu près les 2/3 des variétés de la liste d’Oka.

Je n’ai toutefois su trouver de référence pour 31 d’entre elles. ‘Bellefontaine’, ‘Gipsy Girl’, ‘Good Peasant’, ‘Long Arcade’, ‘Blink Bonny’, ‘Saint-Antoine’, ‘Aigrin rouge’, ‘Besnard’ et ‘Madame Granger’ en sont quelques exemples.

Plusieurs de celles-ci sont des variétés ancestrales américaines (Northern Spy’, ‘Newton Pippin’, ‘Grime’s Golden’, etc.), Russes (‘Antonovka’, ‘Astrakan rouge’ et blanche, ‘Duchesse d’Oldenburg’, ‘Tetofsky’ et autres) ou Françaises (‘Api’, ‘Argile grise’, ‘Fenouillet gris’, ‘Fréquin rouge’, etc.). Un nombre important de ces variétés patrimoniales est de nouveau disponible en pépinières spécialisées grâce au travail d’explorateurs fruitiers chevronnés qui les ont retrouvées, collectionnées et les multiplient toujours, en ce premier quart du XXIe siècle.

En ce qui concerne les pommes à cidre, l’ouvrage de référence de Jean-Michel Boré et Jean Fleckinger s’est avéré sans surprise le plus utile, comme les variétés expérimentées dans la pépinière des Trappistes étaient essentiellement originaires de France. On peut y lire les fiches de description pomologique de 16 des variétés du lot. Voyez en guise d’exemple (dans les images ci-jointes) celle de la ‘Binet gris’, une douce amère obtenue de semis en 1868 par M. Legrand, pépiniériste à Yvetot en Normandie.

Trois autres des variétés à cidre testées à Oka (‘Belle de Pontoise’, ‘Gros Fréquin’, ‘Gros Vert’), sans avoir une fiche descriptive consacrée, se trouvent à l’Annexe 3, dans la liste de variétés prospectées dans les vergers de France entre 1949 et 1970.

Il y a 7 variétés qui me demeurent sans référence :

– ‘Aigrin rouge’ : C’est un nom générique. Un « aigrin » (un terme qu’on n’entend plus guère) c’est « un sujet de pommier ou de poirier provenant des pepins d’un fruit sauvage ou d’un fruit à cidre, en un mot d’un fruit aigre. […] Comme il a ordinairement une belle tige, on le réserve dans les pépinières pour le greffer […] On croit généralement, en agissant ainsi, obtenir des arbres d’une plus longue durée. […] Les égrains sont fort recherchés comme sujets, et souvent, dans les pépinières, ils se vendent autant ou plus que les arbres greffés. » – Larousse, 1866.

– ‘Alleuds’ : C’est le nom d’une commune française. Leur page web indique qu' »à l’époque féodale, le nom « des Alleuds » signifiait qu’un domaine était libre, c’est-à-dire exempt de droits seigneuriaux. Au Xe siècle, le comte d’Anjou donne la terre des Alleuds aux moines de l’Abbaye Saint-Aubin d’Angers qui l’ont conservée jusqu’à la révolution. » Des moines de l’ordre de Saint-Benoît, dont les cisterciens (Trappistes) suivent on ne peut plus fidèlement la règle… il y a des liens à creuser peut-être …

– ‘Belle d’Angers’ : Angers, c’est juste à côté d’Alleuds, au coeur du pays de la Loire.

– ‘Besnard’ : Dans l’Almanach du pommier & du cidre de Roger de La Borde (1898) il est question d’un système de pulvérisateur « Besnard » pour arbres fruitiers, réputé efficace et populaire à l’époque. En fait, Besnard est aussi le nom d’une pépinière, mais de fondation récente… des recherches plus poussées pourraient être réalisées.

– ‘Généreuse de Vitry’ : plus de recherches à mener … il y a des variétés qui portent le nom Vitry (commune Française), dont la Reinette grise de Vitry.

– ‘Madame Granger’ : bien que le site pomologie.com, dans sa liste de près de 10 000 variétés, compte une ‘Madame Bertrand’ et une ‘madame patureaux’, nulle trace de la Granger et des caractéristiques de ses pommes.

– ‘Rouge amère’ : Un nom on ne peut plus générique qui n’aide en rien à identifier sa provenance, son histoire. Son amertume la classait comme une potentielle pomme à cidre, mais avait-elle la chair rouge, ou seulement la peau ? Nous n’en savons rien.

En plus des « Belle » de quelque part, des mots clés qui reviennent souvent dans les noms de variétés à cidre Françaises : Amère, Douce, Doux, Fréquin, Reine ou Reinette, Peau de ci, Peau de ça, Saint-Chose et Saint-Chouette et j’en passe, sans oublier les couleurs en teintes de pommes telles que Blanc, Jaune, Rouge ou Rousse…

Et maintenant, certain.es comme moi se demandent, resterait-il des reliques d’anciens vergers, sur le site de l’ancien Institut agricole d’Oka (devenu école secondaire), où l’on pourrait retrouver des arbres ces fruits aux noms qui font rêver ? Hélas, il semble qu’il ne reste plus rien de cet âge d’or de la recherche pomologique sur la rive nord du St-Laurent … sinon peut-être quelques aigrins de bords de champs ? Des sauvageons poussés d’on ne sait quels pépins …

Comment faire revivre cet esprit d’aventure, de recherche de variétés de pommes adaptées à nos climats nordiques ?

Des pépiniéristes y participent. Les moines Trappistes pourraient aussi être de nouveau impliqués… la suite à lire ici prochainement.

26 avril 2023

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 1

Ce que la pomiculture québécoise doit à l’Institut Agricole d’Oka

Le 27 mars 2023, dans Le Devoir, l’historien chroniqueur Jean-François Nadeau signe un texte intitulé « Grandeur et richesse des plantes d’ici « . Il s’agit de la recension du livre « Curieuses histoires de plantes au Canada – Tome 5 – 1935-1975 », publié chez Septentrion.

Nadeau a vivement piqué ma curiosité en écrivant ceci :

« Nous voici à Oka, ce centre d’agriculture. Là sont évalués de nouveaux types de pommiers. Peut-on lire leur nom sans être touché par une forme d’enchantement diffus ? Les pommiers d’été : Astrakhan rouge, Duchesse d’Ogdensburg, Blanc pigeon, Téfofsky… Les pommiers d’automne : Alexandre, Autonowska, Cardinal, Fameuse d’Ani, Fameuse de Montréal, Hare Papka… Et les pommiers d’hiver : Arabska, Fenouillet Gris, Longfield, Pewakee, Rainette du Canada, Saint-Antoine, Saint-Laurent… Je n’en nomme que quelques-uns, tout en me demandant comment nous en sommes venus à ne nous voir présenter, dans nos supermarchés, qu’une poignée de variétés : la pomme Empire, la Gala, la McIntosh… »

Me suis empressé d’acquérir ma copie de l’ouvrage, passionnant dans son ensemble, mais pour y dévorer d’abord le chapitre à propos du 50e anniversaire de l’Institut agricole d’Oka, en 1943. Ce haut lieu historique de l’enseignement agricole, fondé en 1893, qui fut le premier établissement à offrir une formation agronomique de niveau universitaire au Québec.

On y découvre le professeur Gabriel Reynaud, qui fut un célèbre arboriculteur fruitier en son temps, responsable du vaste verger et de l’immense pépinière de la ferme école. On trouve à lire une liste, partielle, comprenant 55 variétés de pommes expérimentées à la Trappe d’Oka au tournant du XXe siècle (1893-1914), variétés importées de France, d’Angleterre, des USA, de Russie et d’ailleurs au Canada. Elles sont classées en 4 catégories : pommes d’été, pommes d’automne, pomme d’hiver et pommes à cidre.

Au printemps 1896, en provenance du service pomicole de la Trappe, 100 000 greffes avaient été distribuées à travers le pays ! En 1897, la pépinière compte plus de 150 000 pommiers, 1500 pruniers et 1500 cerisiers.

En quelques années seulement, le verger prend de l’expansion (30 acres en 1897, puis une soixantaine d’arpents en 1902). En 1904, le verger contient 150 variétés de pommes.

Bienheureux de ces révélations sur l’engagement historique des Trappistes dans le développement de la pomiculture au Québec, j’ai cherché à consulter la source (un autre livre) afin d’en apprendre un maximum : « L’Institut d’Oka cinquantenaire 1893-1943 : école agricole, institut agronomique, école de médecine vétérinaire » du père Louis-Marie, publié en 1944.

Plutôt que de passer par la consultation, sur place, de l’exemplaire unique de la BANQ à Montréal … j’ai fait appel à mes contacts.

J’ai pensé que les moines cisterciens d’Oka, désormais établis à l’Abbaye Val-Notre-Dame, devaient avoir le livre dans leur bibliothèque. Le camarade François Patenaude, employé des moines et responsable des forestibles … a transmis ma demande par courriel au Père André Barbeau.

Quelques jours plus tard, en plein congé Pascal, le Père Abbé, bien que fort occupé, a pris le temps de numériser les pages du 2e chapitre du bouquin de son prédécesseur, le Père Louis-Marie, chapitre intitulé « L’école d’Oka, à l’âge de bois ».

En plus de plusieurs autres détails sur les pratiques dans les vergers de la Trappe, on y trouve la liste complète des variétés de pommiers essayées (vers 1907), liste qui, comme l’écrit Louis-Marie, « appartient à notre histoire et à la science ». On y dénombre 109 cultivars au total ! Seuls les résultats négatifs (« sans valeur », « n’a pas réussi », « vaut peu », « nulle valeur ») sont indiqués.

Sur les pas moins de 27 variétés à cidre mises à l’essai, 8 ont réussi : Argile grise, Jannet pointu, Petit amer, Jannet de Gournay, Reine des Hâtives, Rouge amère, Rouge à Bruyère, Taureau.

Après le départ du professeur Reynaud (1912), c’est le frère Léopold qui pris le relais du volet d’arboriculture fruitière de l’Institut agricole d’Oka. En 1914, il publie « La culture fruitière dans la Province de Québec« , premier ouvrage pédagogique en la matière qui soit propre au pays.

Enfin, pour aller plus loin dans la connaissance de l’histoire de la pomologie au pays, et suivre plus en détail le travail du professeur Reynaud (pendant 15 ans à la tête de la vaste entreprise pomicole de la Trappe d’Oka), Louis-Marie réfère joliment à « la série des rapports annuels [des stations expérimentales provinciales] qui peuvent peut-être se trouver en remuant les poussières de nos archives nationales. »

Au temps présent, la petite communauté monastique voit renaître son intérêt pomologique … la suite à lire ici très bientôt !

21 avril 2023

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Cueillette Explorations Pomologie Projets et collaborations

Podcast de la FUPAL sur la pomologie

On m’a invité à participer au Podcast « Les Prods » de la fédération régionale de l’Union des Producteurs Agricoles de Lanaudière (FUPAL) pour un épisode hors-série à propos de la pomologie.

https://www.facebook.com/UPA.Lanaudiere/posts/659855406152304

J’ai accepté, en faisant des clins d’œil à mes parents, et affirmé mes convictions, par le choix du mot « paysan » pour parler de mes origines, de la ferme où j’ai grandi et où je m’établi.

Ce fut une première expérience d’entrevue de type « radiophonique », avec micro et casque d’écoute. Une autre occasion inespérée de parler de mes activités pomologiques, de ma vision des pommes sauvages en cidrerie, dans Lanaudière.

Étourdi par tout ce que je voulais dire en peu de temps, j’en perdais mes mots … La réalisatrice s’est bien débrouillée pour faire tenir le tout ensemble, grâce à la magie du montage.

J’ai oublié de parler du rôle fondamental que joue la faune (sauvages, mammifères comme oiseaux, et ceux de ferme aussi, tels vaches et chevaux) dans la dissémination des pépins de pommes, qui s’ensauvagent sur le territoire. Ce qu’on appelle la féralité : le propre des échappé.es de culture ou d’élevage, plantes ou animaux qui s’affranchissent de la domestication humaine.

Je n’ai pas non plus souligné l’importance des espaces non-cultivés, telles les friches, havres de biodiversité ou la nature reprend ses droits. Rien dit non plus de l’aspect primordial des corridors écologiques ou la faune peut circuler, vivre tout simplement; ces habitats qui ont été détruits par les réaménagements du territoire au bénéfice de l’industrialisation de l’agriculture.

Je plaide qu’il faut d’urgence laisser place au non aménagé, au sauvage, pour sauver la biodiversité dont nous faisons partie !

Il y a indéniablement quelque chose qui se passe dans la région autour de cette ressource fantastique trop longtemps négligée, sauf par quelques rares paysans avant-gardistes, voire anarcho-terroiristes !

15 avril 2023

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Pépinière Projets et collaborations

LES VALLONS FRUITÉS #2

Trois mois plus tard, des nouvelles de la pépinière!

Restez à l’affût : d’autres mises à jour des activités du MFP suivront dans les prochains jours!

À travers l’été, ma pépinière de pommiers a, bien sûr,

changé d’allure!

En commençant par les pommiers sauvages présents naturellement dans cette prairie en friches, puis en entrant dans la pépinière…

En passant par

la centaine de portes-greffes M111 surmontés

d’une quarantaine de variétés :

des anciennes, avant qu’elles ne disparaissent, et des nouvelles,

tirées de sauvageons, reproduites pour la première fois

(toutes n’ont pas repris, mais la grande majorité oui !)

puis les 4 pommiers du Kazakhstan, mes semis de ‘Antonovka’,

le pommier à feuilles rouges offert par Éric de Lorimier

les cinq poiriers issus de semis (merci encore Caroline Dionne!),

les deux pruniers sauvages (et même de nombreux fraisiers) …

Tout a été goûté par un ou des Odocoileus virginianus !

mieux connu au Québec en tant que « chevreuil »

à défaut d’avoir clôturé ce jardin à risque …

Étêtant plusieurs de mes jeunes pommiers et poiriers,

les curieux cervidés n’ont pris que quelques bouchées;

une dégustation de choix !

À deux reprises, mais leur ayant depuis laissé un répit,

ils ne les ont que ralenti, ramifié plus tôt que voulu

Ce qui sera rectifié par la taille le printemps prochain

Il va falloir que je protège mes précieux arbres fruitiers

Contre eux, ainsi que des petits rongeurs qui en hiver

peuvent leur ronger fatalement l’écorce !

1er septembre 2022

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Pomologie Projets et collaborations

LES VALLONS FRUITÉS

Les pommiers, au printemps 2022

La collection de pommiers de variétés du terroir local (à quelques exceptions près) débourre depuis une dizaine de jours ! Toute ma reconnaissance va à Roland Joannin pour son expertise de greffeur et son précieux don de 100 porte-greffes M111, en soutien aux recherches & développements du Ministère des Friches et des Pommeraies.

Dans ma pépinière se retrouvent, pour lancer ce projet à long terme de verger-conservatoire, 43 variétés (en moyenne 2 exemplaires de chacune) issues de pommiers sauvages et anciens de Sainte-Mélanie et Saint-Ambroise. Les scions greffés ont été collectés en mars, greffés à la mi-avril et transplantés à la mi-mai.

Sur une planche voisine, se trouve la trentaine de petits pommiers ‘Antonovka’, partis de pépins semés en contenants multicellules il y a un an. Transplantés en 1 rang l’automne dernier, ils semblent tous assez bien aller, avec leurs feuilles et pousses en devenir. Dans le futur, certains se feront couper la tête, pour devenir porte-greffes, et d’autres seront laissés à eux-mêmes, libres d’exprimer leur propres fruits.

Les quatre pommiers du Kazakhstan (Malus Sieversii), issus de semis et âgés de 3-4 ans, resteront francs, et révéleront des pommes aux saveurs inédites, encore inconnues. En plus de quoi Éric de Lorimier, pépiniériste et sélectionneur de variétés fruitières depuis belle lurette dans la région, m’a également fait un formidable cadeau : des surplus de greffons de Malus Sieversii ! Une dizaine de souches différentes que je me suis empressé de greffer sur des sauvageons vigoureux et fructifères, à quelques endroits sur la ferme. Des branches raboutées avec des variétés de pommes issues du bassin génétique Kazakh, une espèce de retour aux sources sur ces sauvageons locaux, qui ont également d’autres gènes dans leur ADN.

Le week-end dernier, Christian Breton, propriétaire du Verger des Coteaux de Kildare sur le rang du Pied-de-la-Montagne de Sainte-Marcelline (autre amoureux de ses pommiers sauvages !), m’a offert 10 petits pommiers issus de semis de pépins provenant de ses arbres. Ces petits pommiers mystères ont été transplantés en plein sol le soir-même avec le reste de ma collection naissante.

Oh vivement les aventures à long terme du côté des Malus, le long (et en large !) d’un piémont de terroirs et de découvertes, suivant et semant ce fruit qui se mange et se boit de toutes façons, dans la générosité de ces arbres indépendants et rustiques, symboles de connaissance et de santé, qui en plus favorisent les échanges et les rencontres !

9 juin 2022

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Le pommier, une histoire d’amour

Un très bon article de l’historien Jean-François Nadeau, publié dans Le Devoir le 31 août 2020, où la question des variétés anciennes est cependant traitée trop courtement.

Le Ministère des pommeraies voit clairement un intérêt pour les variétés ancestrales qui poussent encore ici et là dans nos campagnes, et le besoin de mener des recherches pour les retrouver et préserver.

***

LE POMMIER, UNE HISTOIRE D’AMOUR

Sur plus de 200 variétés de pommes susceptibles de croître sur les rives du Saint-Laurent, nous n’en connaissons plus, au mieux, que quelques-unes, à peu près toujours les mêmes.

Depuis toujours, ils servent à bâtir autant qu’à rêver… Dans cette série estivale, Le Devoir tente de cerner de quel bois sont faits les arbres qui nous entourent. Aujourd’hui : le pommier.

« Chaque pomme est une fleur qui a connu l’amour », écrivait Félix Leclerc dans un de ces carnets d’écrivain où il jouait, en grand lièvre sage qu’il était, à philosopher aux pourtours d’une nature à laquelle il accrochait ses pensées. Il n’empêche qu’au pays des hommes, les histoires d’amour, y compris celles des arbres, finissent mal en général. En sera-t-il différemment, au fil du temps, pour cet arbre nourricier qu’est le pommier ?

Au Québec, chez les 463 producteurs de pommes officiellement répertoriés, on récolte environ 5,3 millions de minots chaque année. Un minot ? L’équivalent de 19 kilos de pommes. Faites le calcul : ce sont plus de 100 millions de kilos de pommes qui sont engendrés par ces vergers, sans compter les variétés sauvages, cueillies encore ici et là, en bordure des champs, et les vergers privés qui ne sont pas comptabilisés.

À l’automne, la cueillette des pommes conduit aux effluves en cuisine des compotes, des tartes, des croustades et autres délices, sans oublier les jus frais, les cidres, les brandys. La pomme représente, depuis fort longtemps, une idée forte de ce qu’est l’Amérique, même si le pommier n’est pas autochtone. Les pommiers tels que nous les connaissons n’existaient pas avant la colonisation du continent.

L’éclatant New York n’est-il pas représenté aujourd’hui sous la forme d’une grosse pomme ? Les Beatles, après avoir conquis l’Amérique, et à leur suite une des marques les plus célèbres de micro-ordinateurs n’ont-ils pas adopté la pomme comme symbole commercial transnational ? Sans doute n’est-ce pas par hasard que le narrateur-écrivain de bien des romans de l’Amérique de Victor-Lévy Beaulieu souligne toujours qu’il se penche sur une table « en bois de pommier » lorsque vient le temps de se délivrer par l’écriture des histoires qui le hantent.

Venus à l’origine d’Asie, les premiers pommiers à avoir été plantés en Amérique furent arrachés à la Normandie pour être mis en sol du côté de Québec et de Port Royal, en Acadie, au début du XVIIe siècle. Les Sulpiciens, seigneurs de Montréal, en plantent parmi les premiers dans leurs jardins. Les Jésuites, pour leur part, en font pousser sur le mont Royal, plus ou moins à compter de 1670.

Des pommiers furent cultivés avec attention à Montréal, puis dans ses environs. Le chef du Parti patriote, le distingué Louis-Joseph Papineau, leur vouait une affection passionnée. Dans son journal, son fils Amédée raconte que le grand orateur possédait à Montréal « un grand jardin et verger sur la rue Saint-Denis, occupant tout l’espace entre les rues De La Gauchetière et Dorchester [boulevard René-Lévesque], et se prolongeant en arrière, presque à la rue Sanguinet ». Aussi bien dire que sur les terrains où se trouve désormais l’UQAM, les principaux fruits produits à cette époque n’étaient pas ceux de l’esprit, mais bien ceux des pommiers.

Dans le fief familial de Montebello, à la seigneurie de la Petite-Nation en Outaouais, Louis-Joseph Papineau ne cesse de commander des pommiers de différentes variétés, ce qui favorise comme on le sait une meilleure pollinisation. En 1855, le tribun écrit : « J’ai fait planter cent cinquante pommiers et un plus grand nombre d’arbres d’ornement. »

En marge de ses pommiers adorés, Papineau évoque volontiers la beauté du printemps, ce temps où la nature lui semble particulièrement riche et belle, la floraison des arbres fruitiers en particulier produisant un effet inégalé au milieu des campagnes.

Depuis, le pommier n’a cessé d’être hybridé pour s’adapter aux besoins des cultures autant que pour résister aux maladies qui l’assaillent. « Les variétés anciennes ont été remplacées par des variétés que l’on découvrait pour leurs qualités gustatives supérieures », explique l’agronome Monique Audette des Vergers du Lac, entreprise située à Dunham, dans les Cantons-de-l’Est.

La pomme est attaquée par différentes manifestations de la tavelure, cette brûlure causée par un champignon. « Cela peut mettre en danger le commerce, mais pas le pommier », explique Monique Audette. « Par contre, le feu bactérien, pour les pommiers cultivés, peut être un vrai problème. Mais je ne connais pas pour l’instant une menace globale qui pèse sur les pommiers. Cependant, avec les changements climatiques, on ne sait pas du tout ce qui peut arriver. »

On a réussi, jusqu’ici, à développer, soit par hybridation classique, soit par mutations génétiques, des variétés de pommiers qui sont plus résistantes à des affections qui menacent la commercialisation. La Liberty, la Redfree, la Freedom et la Jonafree sont au nombre des variétés qui laissent croire que la croissance de pommes saines est à placer d’emblée du côté d’une manifestation de la liberté…

La pomme est un miracle de l’entêtement des hommes. Le pommier risque-t-il de connaître un jour le triste sort que plusieurs autres arbres splendides ont connu au cours du siècle dernier ?

Quatre milliards de châtaigniers nourriciers peuplaient l’Amérique du Nord. Ces géants se sont d’abord évanouis sous les pressions des coupes forestières des colonisateurs européens, puis sont disparus du paysage, en quelques décennies du début du XXe siècle, à cause d’une maladie. Il y en avait alors jusqu’à la pointe sud du Québec. Vers 1904, on observa pour la première fois son dépérissement à New York, à la suite de l’importation de quelques plants d’une variété asiatique de la même espèce. Quand on en trouve encore, ils ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils ont été, décimés, en voie d’extinction complète. Ce sont pratiquement 99 % des arbres de cette espèce qui ont été tués dans le premier tiers du XXe siècle. Le chancre destructeur, Cryphonectria parasitica, avait été importé d’Asie.

Disparus, eux aussi, en quelques dizaines d’années, les ormes d’Amérique, majestueux parapluies qui ombrageaient le paysage des campagnes québécoises, lui donnant souvent tout son romantisme. L’arbre fut ravagé par la graphiose, une infection produite par un mycoparasite arrivé au début du XXe siècle. À lui aussi, les spécialistes prédisent une disparition quasi complète. Il en va de même pour les frênes, avalés à toute vitesse pas l’agrile, un insecte venu lui aussi d’Asie, dont l’existence, malgré la vaccination de nombreux arbres, ne pourrait bientôt être qu’un souvenir. Les avis d’interdiction de déplacement du bois de frêne ou de mise en quarantaine des propriétés les plus touchées n’ont jusqu’ici rien donné.

Condamnés à mort

Qui sait si le pommier ne connaîtra pas un jour, à son tour, une attaque destructrice ? En attendant, il faut bien l’observer, nombreuses variétés anciennes auxquelles nos aïeux étaient habitués ont déjà à peu près disparu. Mais pas à cause de maladies. Elles ont été plus ou moins condamnées à mort, au nom de la toute-puissance du marché. Ces vieilles variétés, souvent très bonnes, étaient coupables de ne pas se conserver aussi bien dans les transports. Elles obéissent moins bien à la réfrigération et se meurtrissent davantage que les variétés les plus commerciales qui ont pris le dessus dans les étals des marchés. Qui connaît encore la Duchesse, la Macoun, l’Alexandre, la Calville, la Fameuse, la Reinette, la Melba ? L’agronome Monique Audette estime qu’on a tendance à embellir les souvenirs de ces fruits. « Je mets parfois au défi les gens de goûter à l’aveugle des pommes. Ce ne sont pas ces variétés anciennes, si valorisées dans les souvenirs de notre enfance, qui sont les préférées ! »

Pendant longtemps, le souci de la qualité des fruits n’était pas très présent. Les pommes étaient désirées beaucoup pour fabriquer du cidre. À l’heure de la prohibition, le cidre est interdit. Il va le rester jusqu’en 1970, pour favoriser les intérêts commerciaux de la puissante industrie de la bière. Le cidre ne va revivre que petit à petit, après cinquante ans d’interdiction, alors qu’il avait constitué une des principales boissons populaires auparavant.

Sur plus de 200 variétés de pommes susceptibles de croître sur les rives du Saint-Laurent, nous n’en connaissons plus, au mieux, que quelques-unes, à peu près toujours les mêmes : McIntosh, Empire, Cortland, Lobo, Paulared, Spartan et autres Honeycrisp. « Des programmes d’amélioration génétique font que même plusieurs de ces variétés, comme la McIntosh, sont appelées éventuellement à être remplacées. »

22 janvier 2022

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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #11

Les Fruits du Québec – Histoire et traditions des douceurs de la table

Cet ouvrage de l’historien et ethnologue Paul-Louis Martin, publié
chez Septentrion en 2002, est une autre référence incontournable
pour qui s’intéresse aux variétés anciennes de fruits au Québec.

https://www.septentrion.qc.ca/catalogue/fruits-du-quebec-les

Selon les compilations de l’auteur, les variétés de pommes qui ont été présentes au Québec pourraient atteindre 400, si l’on se fie aux mentions et aux traces écrites.

Il y avance ceci : « Quant à savoir les distinguer avec certitude et pouvoir les repérer dans les vergers ou ailleurs dans les paysages de nos campagnes, il s’agit là d’une démarche ardue, longue et systématique, qui devrait pourtant être entreprise par des autorités responsables : le Québec pourrait ainsi s’inspirer de l’exemple de la Belgique, petit pays qui n’a pas hésité à mettre sur pied une équipe de recherches et à créer un conservatoire des ressources génétiques fruitières (CRA de Gembloux) qui distribue dans le grand public ces trésors du patrimoine végétal national. »

Parmi les variétés ancestrales de pommes les plus anciennes et répandues au Québec, l’historien décrit celles-ci (avec leurs autres appellations entre parenthèses) :

• Fameuse (Pomme de neige, Fameuse rouge, La Belle Fameuse, du Maréchal. En anglais : Chimney Apple, Sanguineous, Snow, Royal Snow)

• Saint-Laurent d’hiver (Winter Saint-Lawrence, Montreal)

• Saint-Laurent d’été (Rambour barrée, Summer Saint Lawrence)

• La Bourassa

• La Pomme Grise de Montréal (Reinette grise, Pomme de cuir, Grise, French Pippin, French Reinette, Gray Apple)

• Les Calville rouges et Calville blanches

• L’Alexandre (Empereur Alexandre, Russian Emperor, Aport Alexander, Aporta)

• La Duchesse (Dutchess of Oldenburg, Borowitsky, New Brunswick, Charlamowsky)

• La McIntosh (Mac, McIntosh Red)

• La Jaune Transparente (Pomme blanche, Blanche d’été)

• Les pommettes : Belle de Montréal, Cirée de Montréal, Rouge transcendante, Jaune de Sibérie, Dolgo

19 septembre 2021

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L’HISTOIRE POUSSE DANS NOS ARBRES

Un Johnny Appleseed moderne ratisse les chemins éloignés du pays pour des pommes d’autrefois qui disparaissent des tables du Québec.

13 septembre 2008 – MARIAN SCOTT – THE GAZETTE

INVERNESS – Yves Auger fait son chemin à travers un dense fourré. « Regarde » dit-il. « C’était un verger ». Un pommier tordu s’élève parmi les ronces, ses branches chargées de fruits rosés.

Plus de pommes tapissent le sol sous nos pieds.

Auger cueille un spécimen veiné de rose et tranche un morceau du fruit doux et croustillant avec son couteau de poche.

« Juste un soupçon de salinité », commente-t-il, comme un goûteur de vin testant le Beaujolais nouveau de l’année. La pomme, une Melba Rose, est une variété locale. Auger, 54 ans, est un Johnny Appleseed des temps modernes. Sa mission : sauver les variétés de pommes que nos grands-parents croquaient quand ils étaient petits.

Pendant 25 ans, le professeur d’arboriculture au Cégep de Victoriaville a ratissé les arrières rangs du piémont Appalachien, 2 heures au sud-est de Montréal, près de Thetford Mines, sauvant les pommes ancestrales de l’oubli.

Il y a un siècle, chaque ferme sur ces vastes hautes-terres avait son propre verger. Il y avait des pommes pour croquer et d’autres pour cuisiner; des pommes d’été et des variétés à mûrissement tardif qui duraient à travers l’hiver.

Mais au fil des ans, les familles Irlandaises, Écossaises, Françaises et Anglaises qui ont colonisé la région au début du 19e siècle se sont éloignées. Des noms de lieux comme Inverness, Ireland et Dublin Road attestent de leur présence.

Maintenant, les broussailles récupèrent des fermes abandonnées que ces pionniers ont laborieusement défrichées. Et les variétés de pommes qui naguère poussaient ici – comme les Alexandre, Duchesse, Wealthy, Pommes Pêche, Fameuse, Jaune Transparente, Strawberry, Red Atrachan et Wolf River – disparaissent.

Les pommes sont un microcosme de la rapetissante biodiversité de l’agriculture.

Les trois-quarts des variétés des produits agricoles ont été perdues au cours du dernier siècle, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Seulement 12 cultures et cinq espèces animales fournissent maintenant plus de 70 pourcent de l’alimentation humaine.

La diversité agricole est essentielle, soutient la FAO, afin que les humains survivent aux changements climatiques. Les variétés régionales offrent aux scientifiques du matériel génétique pour développer des cultures plus résilientes. Les variétés traditionnelles que les fermes ont adaptées aux conditions locales résistent souvent mieux aux ravageurs et maladies que les monocultures qui requièrent un usage extensif de pesticides et fertilisants.

Des tomates ancestrales au melon de Montréal, les jardiniers et agriculteurs biologiques font revivre des variétés anciennes mises de côté dans la poursuite impitoyable de la plus grande efficacité du commerce alimentaire mondial.

En février, la Norvège a ouvert une « voûte de l’apocalypse » dans l’Arctique pour préserver les semences de millions de variétés de produits alimentaires. La Fondation pour la Biodiversité de Slow Food appelle aussi à la préservation de spécialités régionales. L’an dernier, la fondation internationale a ajouté la variété de pomme Gravenstein de Nouvelle Écosse à son Arche du Goût, une liste globale de l’aliments menacés.

Quelques douzaines de variétés de pommes à succès commercial ont remplacé les milliers qui poussaient jadis dans les vergers d’Amérique du Nord.

« Les chaines de supermarchés veulent de gros volumes », dit Marc Girard, 48 ans, un pomiculteur de 7e génération à Saint-Joseph-du-Lac qui a un étal au Marché Jean Talon.

Pour être viable commercialement, les pommes doivent être uniformes, attirantes et résister au transport et à l’entreposage.

C’est pourquoi vous trouverez des pommes McIntosh, Spartan, Cortland et Empire du Québec, Gala et Braeburn de Nouvelle-Zélande et Rouge Délicieuse de l’État de Washington au supermarché – mais pas de variétés moins communes des vergers du Québec.

Même dans les marchés fermiers, dit Girard, il n’y a pas de demande pour les pommes de l’ancien temps avec lesquels il a grandit. « Tout le monde veut de nouveaux produits ».

Girard conserve encore quelques-uns de ses arbres ancestraux favoris, incluant un qui produit de juteuses et rouges pommes Wealthy. « Ça me rappelle des souvenirs. »

Jean-Pierre Lemasson, un professeur de sociologie de l’alimentation à l’Université du Québec à Montréal, dit que la perte de vieilles variétés n’est pas nécessairement la cause de préoccupations.

« C’est vrai que l’on a perdu quelques espèces, mais nous en avons obtenu d’autres », dit-il.

« L’héritage alimentaire ne devrait pas être préservé comme un monument ».

Les pommes ne sont pas indigènes d’Amérique du Nord. Le premier fermier de Nouvelle-France, Louis Hébert, a planté des pommiers de Normandie lorsqu’il s’est établi à Québec en 1617.

Au 18e et 19e siècles, une multitude de nouvelles lignées furent introduites des Îles Britanniques par les colons, et importées de Russie, des États-Unis et d’Europe.

John McIntosh du Comté de Dundas, au Haut-Canada, a développé le fruit le plus célèbre du Canada en 1836, probablement à partir d’une vieille variété du Québec, la Fameuse ou la St-Laurent.

Conserver les vieilles variétés de pommes est plus compliqué que de conserver les pépins.

Contrairement, disons, aux tomates, haricots et poivrons verts, les semences d’une variété comme la McIntosh ne produiront pas un arbre de McIntosh, mais bien une entièrement nouvelle variété.

C’est parce qu’un semis de pommier – comme les humains – combine l’ADN du parent femelle (l’arbre sur lequel la pomme a poussé) et le parent mâle (l’arbre qui a fourni le pollen, disséminé par les abeilles, d’autres insectes ou le vent).

Pour reproduire une variété particulière de pomme, vous devez greffé la partie d’une branche, appelée scion, sur un porte-greffe. Chaque arbre de McIntosh jamais cultivé a ét greffé d’un descendant de l’arbre originel. Tous les pommiers cultivés commercialement sont greffés sur différents porte-greffes.

En plus d’enseigner le greffage d’arbres au Cégep de Victoriaville, Auger vend des arbres de variétés ancestrales via sa page web, pepiniereancestrale.net. Il a réduit cette entreprise récemment parce qu’il a déménagé et a un horaire chargé d’enseignant.

À La Pocatière, à 140 kilomètres au nord-est de la ville de Québec, le groupe de patrimoine rural Ruralys a créé un verger patrimonial afin de préserver les variétés locales de pommes, poires et prunes. Le groupe vent aussi des arbres aux jardiniers à travers le Québec. Il tient une dégustation publique à la fin septembre où les visiteurs peuvent tester les fruits ancestraux.

« C’est un patrimoine de goûts qui est tombé dans l’oubli », dit Catherine Plante, une agente de développement avec cette organisation.

La dégustation de l’an dernier a fait revivre de précieux souvenirs pour plusieurs visiteurs aînés, dit-elle.

Leurs yeux sont devenus gros comme des pièces d’une piastre et ils ont dit, « Oh – ça goûte comme les pommes que je mangeais quand j’était petit ! »

La passion d’Auger pour les pommes ancestrales date de son enfance à la ferme près de St-Ferdinand.

« Mon père me disait le nom de chaque variété. », se souvient-il. L’une était la pomme de Montréal, un petit fruit âpre utilisé surtout pour de la gelée de la compote. « Elle n’existe plus, malheureusement. »

Auger dresse la carte des anciens vergers le long de voies publiques comme le Chemin Craig, construit en 1810 de la Ville de Québec aux Cantons-de-l’Est pour ouvrir la frontière aux colons Britanniques.

Il demande aux propriétaires des terrains de signer un formulaire lui accordant la permission de prendre des photographies et des échantillons.

Auger dit qu’il peut souvent reconnaître une ancienne ferme même lorsque la maison et les bâtiments sont depuis longtemps disparus. Quand je vois un bel emplacement, je sais qu’il devait y avoir une ferme là. » Souvent, tout ce qui reste d’une ancienne maison de ferme est une fondation de pierres.

Des entrevues avec les résidents locaux – spécialement les agriculteurs aînés – aident à remplir les vides à propos des fruits oubliés. Quand Auger découvre une variété qu’il ne peut identifier, il la nomme selon la ferme ou la route où il l’a trouvée. Une trouvaille récente fut la pomme McKillop, un fruit courtaud de la couleur d’une Granny Smith. Elle prend son nom d’une route qui rappelle les pionniers d’origine du secteur.

Quelques uns des pommiers ancestraux qu’il découvre poussant sauvagement sont surprenamment libres d’insectes, notes Auger, qui utilise des méthodes biologiques. En contraste, dit-il, les pommes McIntosh sont extrêmement susceptibles aux maladies.

Jeanne d’Arc Beaulieu, 72 ans, cultive plus d’une douzaine de variétés sur sa ferme de 135 ans à Inverness.

Chaque pomme a une utilité, dit-elle : la Duchesse est bonne pour le ketchup alors que la douce comme du miel Pomme Pêche, avec sa peau teintée d’orangé et sa chaire jaune, est bonne pour faire des gelées.

Mais les plus jeunes générations ne sont pas intéressées par les vieilles variétés, dit Beaulieu.

« Les grands-parents sont décédés. Les jeunes n’ont pas le temps de faire de la compote de pommes. Ils l’achètent au magasin. »

Source : https://www.pressreader.com/…/20080913/282720517767688

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

16 septembre 2021

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Histoire Vergers

LES VIEUX VERGERS DU SAINT-ALBERT #1

Colonisé à partir de 1876, les dites « Concessions St-Albert » de Sainte-Mélanie comptèrent longtemps, comme ailleurs dans les campagnes québécoises, autant de fermes que de maisonnées. Dans une perspective d’autosuffisance, plusieurs, si ce n’est pas tous les habitant.e.s du coin, établirent de petits vergers domestiques d’environ une dizaine d’arbres.

Celui qui m’est le plus familier demeure celui de la ferme (l’une des deux seules restantes du rang) où ma famille s’est installée en 1986 et qui fut baptisée « Ferme des Arpents roses ». C’est bien plus tôt, à l’époque où elle fut habitée par des générations des familles Rivest et Panneton, que le verger a dû être implanté. À notre arrivée, les pommiers attenants au poulailler étaient déjà matures.

Aux dires de Mme Cécile Pitre, nièce de Joseph Rivest (propriétaire des lieux jusqu’en 1972), on y trouvait autrefois des pruniers, en plus des pommiers. Elle se souvient que des pommes du verger étaient vendues au marché public, au centre-ville de Joliette.

Il n’y a plus que 4 survivants sur la bonne douzaine de troncs qu’on peut compter sur la vieille photo ci-bas, datant des années 1960. (Gracieuseté de Mme Claudette Gravel, veuve de Michel Rivest, fils adoptif de Jos Rivest).

Quelle diversité de variétés et de types de pommes y avait-il au départ ? Il ne reste que des arbres portant des pommes d’été (hâtives), dont une qui a tout pour être de la ‘Jaune Transparente’, dont on trouve encore quelques spécimens et descendants issus de semis naturels dans la région.

Leur âge exact ne nous est pas connu, et ne le sera probablement pas avant la mort définitive des pommiers. On pourra alors, en coupant la base du tronc, en compter les anneaux de croissance et savoir assez précisément leur année de plantation.

À voir leur allure toutefois, on se doute qu’ils sont probablement pas loin de centenaires.

C’est en bonne partie des pépins de leurs fruits que doivent avoir germé des centaines de pommiers sauvages, éparpillés un peu partout dans les marges et lisières en friches de la ferme.

5 septembre 2021