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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #XVI

Mark Gleonec, Contes et histoires du pays du cidre,
éditions MacGleo, 2012, 127 pages

Janvier 2024

En mode promenades

physiques autant que littéraires

entre le Québec et la Bretagne

les rivages du cidre des vieux

aux jeunes pays, des terroirs

qui portent des noms,

des transmissions, des pratiques

et savoir-faire, gestes

accompagnés d’une panoplie riante

de contes et légendes, histoires

courtes ou complexes qui racontent

la culture, les valeurs d’un peuple

que le peuple se raconte lui-même

Comme chaque hiver,

faisant le plein de lectures

pour le reste de l’année,

d’ouvrages de référence

qui nourriront mes rêves

et mes projets concrets,

j’ai bien sûr mis la littérature

pomologique à l’honneur !

Pour préparer et initier,

en quelques pages tripatives

un voyage alors imminent,

je me suis procuré un exemplaire

du second livre de Mark Gleonec,

juste avant de le retrouver en personne

en plein cœur de son pays de contes

et légendes : la Cornouaille, au sud du Finistère

J’en retire un projet de plus :

collecter les histoires, récits,

même les anecdotes savoureuses

autour des pommes et du cidre,

à travers les vergers de la Québécoisie

Chaque année qui s’écoule de jus,

de cidre, chaque saison qui fleurit

apporte son lot d’histoires,

plus ou moins drôles ou poétiques

dans la vie du Grand Verger Québécois

Il semble que j’aime les quêtes de longue haleine,

les recherches approfondies

la collecte d’informations sur des temps

de patience, au gré des trouvailles

jusqu’à ce qu’une somme et une forme émerge,

donne corps à une fructifiante arborescence

Vaste potentiel imaginaire

à l’évocation du pommier,

ses vergers et fruits enracinés dans

la culture nôtre depuis la Nouvelle-France,

mais surtout depuis le 19e siècle. Chargé

de symboles et de vertus, d’innombrables possibilités.

5 avril 2024

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EN VOITURE AVEC L’ULTIME ÉRUDIT DU CIDRE DE SON PAYS

Éléments d’une heureuse aventure

belle et cidricole virée Bretonne

qui, malgré l’hiver et sa froidure

n’avait vraiment rien d’monotone !

Vous verrez, j’y ai eu ben du fun 🙂

***

Rencontré en personne lors de la “Grande dégustation de pommes sauvages” lanaudoises que j’organisais à Saint-Jean-de-Matha l’automne dernier et où j’avais invité l’expert Claude Jolicoeur,

son vieil ami Mark Gleonec – autre jeune septuagénaire retraité, passionné de pommes à cidre et auteur, grand connaisseur, communicateur passionné du cidre de Cornouaille lui –
m’avait signalé que si je retournais en Bretagne y visiter des cidreries,
il pourrait être mon guide dans son pays.

Vous comprendrez que je lui ai rapidement fait part de mon projet d’hiver, auquel il assura vite sa collaboration, à travers ses nombreux autres engagements et projets personnels.

À 71 ans, l’ancien président du CIDREFF (Comité cidricole de développement et de recherche fouesnantais et finistérien) – poste qu’il a occupé pendant huit ans, et dont la relève est bien assurée – offre toujours le “service après-vente”, comme il dit. Il demeure un proche conseiller du syndicat en plus de continuer à représenter le CIDREFF et l’AOP Cornouaille (seul cidre d’origine protégée en Bretagne) à l’international. Né au début des années 1950 à Fouesnant, Gleonec s’amure à dire qu’il a grandi entre deux barriques. En 1993, il publiait le “Guide du Cidre de Cornouaille – Histoire, Fabrication, Pommes, Dégustation”. Collecteur d’histoires sur le pommage de son pays et conteur, il anime diverses activités autour des traditions cidricoles et des variétés de pommes du Werje Bras (Grand Verger) Fouesnantais. En 2012, après des années d’enquête et de collecte, il publie à compte d’auteur un recueil d’histoires récoltées en Cornouaille et intitulé « Contes et histoires du pays du cidre ». De la même manière, son ouvrage réalisé de longue haleine et documentant les variétés de pommes à cidre de Cornouaille est publié en 2019, aux éditions Solus Locus, en Bretagne.

Sa notoriété est universelle dans le petit monde du cidre de cette région; en témoigne sa participation récente (pendant mon séjour) à l’enregistrement d’une court reportage télé destiné à une émission de France 3 Breizh, pour laquelle Mark a été chargé de trouver le cidrier participant, tout comme de parler en Breton pour en narrer des segments.

Le CIDREFF est un syndicat réunissant les 14 cidreries de la Route du cidre en Cornouaille. En plus de ces professionnels, dont la production de cidre (ainsi que la culture des pommes à cidre) est le métier, ce syndicat compte aussi parmi ses membres des amateurs, qui produisent du cidre à petite échelle, à des fins domestiques. Il y a, dans certains concours de cidres (en France comme aux USA), une catégorie « Amateurs » à laquelle ceux ou celles-ci peuvent participer. Certains amateurs pratiquent l’art du cidre depuis des années, sont appliqués dans leurs méthodes et produisent des résultats de grande qualité. Le concours de cidre de Fouesnant en sera à sa 111e édition en 2024 !

Véritable moulin à paroles, Mark a été d’une grande générosité, m’accordant quatre après-midi de son agenda débordé, question de me faire visiter ses meilleures adresses. Il m’a accompagné (que dis-je ! Il a été mon chauffeur-conteur particulier, venant me prendre et reconduire chaque fois à la porte de mes hôtes, les Guillou de St-Evarzec, à la limite de Saint-Yvi) pour la visite de cinq cidreries, dans lesquelles il a partout ses entrées. Faut dire qu’il habite à la Forêt Fouesnant, à seulement 5 ou 6 kilomètres d’Enez Raden.

En “invité de marque”, Mark m’a fait visiter les parcelles du verger conservatoire de Penfoulic, qui ne sont pas ouvertes au grand public, sinon que pendant la “Fête de la pomme”, une fois par année, à la fin d’octobre. Nous avons parcouru la parcelle d’une soixantaine de pommiers “à couteau” (de pommes à croquer, ou cuisiner) et celui comprenant une cinquantaine de variétés de pommes à cidre typiquement locales. Bon, la saison ne m’a pas permis de voir et goûter les pommes, mais le conteur a su me transmettre différentes histoires à propos de variétés du terroir finistérien. Arbres greffés à raison d’environ deux exemplaires par variété, dont l’entretien est assuré par des employés de la commune (ville) de Fouesnant. Il m’a montré les locaux dédiés à la jeune association pomologique de Penfoulic, prêtés par le Conservatoire du Littoral, organisme propriétaire du terrain où sont plantés les vergers conservatoires et où paissent également en toute tranquillité quelques poneys.

Il m’a expliqué la mise en place de l’Appellation d’Origine Contrôlée pour certains cidres de Cornouaille, concrétisée en 1996. Il s’agit de la seule AOP dans le cidre en Bretagne, tandis que la Normandie, région voisine, en compte deux (AOP Cidre Pays d’Auge et AOP Cotentin), en plus d’une autre pour le poiré Domfrontais. Reste qu’il n’y a rien d’aussi typique, unique, que les imparables cidres doux-amers de Cornouaille, issus d’un pommage et d’un terroir particuliers.

Mark m’a également conduit par des chemins de travers, en de petites excursions, question de me donner à voir, raconter et faire ressentir certains lieux enchanteurs, ballades parsemées d’anecdotes sur sa jeunesse dorée, l’Histoire bretonne ou ses contacts sur la Planète Cidre. Que demander de mieux ?

À l’est de Fouesnant, suivant le plus creux des chemins creux que j’aie connu, en roulant jusqu’au bout du chemin de la digue à Penfoulic, face à l’Anse du même nom, avec vue sur le Cap Coz, devant le Golfe de Gascogne. C’est là, juste avant la digue, poussant dans une zone enherbée et caillouteuse, que je l’ai reconnu, compagnon de mes voyageries : un petit pommier sauvage, tordu, à plusieurs troncs concurrents entortillés, avec ses éperons retors et nombreux. Gleonec a d’abord cru voir une aubépine, mais perspicace, je l’ai assuré qu’il s’agissait bien d’un Malus, pommier issu d’un semis de hasard. Mark a plus tard laissé entendre qu’il s’assurerait que l’arbre soit protégé, et qu’un jour peut-être ses fruits porteront mon nom (Beauregard), traduit en Breton par quelque chose comme “Selladenn kaer” (beau regard, ou belle vue/vision). Ça me serait bien entendu un grand honneur !

Entre deux visites de cidreries, on fait un p’tit détour par le Cale de Rosselien, à Plomelin, tout près du Château de Kerambleiz. Nous avons emprunté une descente vers la rivière l’Odet, où l’on a croisé, aux abords d’un ruisseau, un antique moulin à aube, de nouveau fonctionnel, car entièrement restauré en 2020 – bénéficiant de financements visant à assurer la souveraineté alimentaire du territoire.

Je me sentais drôlement privilégié d’être guidé et de me faire ouvrir de nombreuses portes par celui qui connaît tout le monde dans ce petit milieu du cidre en Cornouaille. En une fin d’après-midi, nous n’avons pas manqué de faire un arrêt chez lui, le temps d’un breuvage chaud et d’une viennoiserie en compagnie de son épouse, Elisabeth Le Bihan.

Par une autre fin de journée, nous sommes aussi passés, sur Concarneau, à la boutique-atelier de « Ô La butine”, l’entreprise hydromelière de son pote Sylvain Le Cras. Nous y avons eu droit à une fabuleuse dégustation de plus de 8 hydromels, sans avoir pour autant fait le tour de tous ses produits. Avec ce petit homme sympathique et convivial, l’un des champions reconnus de son art, de ceux qui excellent dans les concours internationaux, il est impossible de mettre les pieds dans son antre sans s’y accrocher les pieds pendant des heures tant il sait charmer par les descriptions de ses boissons à base de miel : simples, claires et délicates, généreuses et surprenantes.

Oh Cornouaille, tu savais boire bien avant de rencontrer Bacchus

Pays entre terre et mer, de chênes et de châtaignes, de lierres et de talus,

soufflé de vents à écorner les bœufs

Finistère, tes estrans se comptent en rias de salinité

et de remontées vers les alambics secrets et reculés,

sur des barques de nuit, à rouler des barriques

clandestines

Protégé par Morgane

terroir de bord de mer

aux pommes à cidre

douces-amères, voire

franchement amères,

à l’équilibre aromatique

inégalé, à savourer

Je repars la tête pleine d’images

de paysages de légères collines

encadrées de talus arborescents

de pommiers autrefois omniprésents

distillateurs ambulants, contrebandiers

familles paysannes qui à travers les âges

ont perpétué un héritage de savoirs-faire,

de lents et patients travaux et soins

agrémentant leur vie de cidres qui ont du corps

orangés, aussi tanniques que les labeurs de la terre

et d’une douce amertume, telle que l’est l’existence

elle-même, en ce pays de rivages et de vergers

PS – La suite très bientôt avec le détail des cidreries visitées ! 😉

15-16 février 2024

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Explorations

Sous la douche extérieure

Sous la douche extérieure

aperçu ceci, non loin

à travers le fouillis

des branchages

de pommiers

sauvages

des réserves d’écureux !

(comme m’a dit un vieux)

comportement curieux

de frugivores arboricoles

grimpeurs et prévoyants

corroboré par des observateurs

ailleurs, rencontré.e.s récemment

pour leurs pommiers chéris

qui les ont vus remonter les fruits

parfois jusque dans les branches hautes

à peu près d’où ils étaient tombés !

6 septembre 2022

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Album photos

PHÉNOMÉNALE DIVERSITÉ DES POMMES AU NATUREL

Le libre cours de la génétique malique

donne lieu à une grande variabilité de phénotypes,

de spécimens uniques

En dehors des vergers, l’espèce prolifère

S’offrant aux plus aventureux des goûteurs

Jaunes aux joues roses aux fruits amers

Ou rouges incendiaires toutes en douceur

Pommes férales, affranchies de la greffe

S’étalant sous des arbres aux dingues ramures

qui se moquent éperdument de symétrie

Des métisses aux origines floues, pleines de surprises

(Aperçu des trouvailles et dégustations sauvages

de la saison de cueillette et découvertes en cours)

7 septembre 2021

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Littérature

Gary Snyder, la pratique du sauvage et les forêts anciennes

« Non-aménagée, de tous âges » – c’est une communauté naturelle, humaine ou autre. L’industrie prise les arbres jeunes et d’âge moyen qui gardent leur symétrie, gardent leurs branches d’angles et longueurs égales. Mais qu’il y aie aussi de vraiment vieux arbres qui peuvent laisser tomber tout sens de la propriété et commencer à lancer leurs troncs dans d’extravagantes gestures, comme des pauses de danse, affichant leur insouciance face à la mortalité, se tenant disponibles à quoique ce soit que le monde et la météo puissent offrir. Je les regarde : ils sont comme les Immortels Chinois, ils sont des personnages du type de Han-shan et Shi-de – d’avoir vécu si longtemps est d’avoir la permission d’être excentrique, d’être les poètes et peintres parmi les arbres, riant, en lambeaux, sans peur.

« Les vieux peuplements d’arbres cendrés […] sont les grands-parents et détenteurs d’informations de leurs communautés. Une communauté a besoin de ses anciens pour continuer. Tout comme vous ne pourriez pas édifier une culture à partir d’une population d’enfants de la maternelle, une forêt ne peut réaliser son propre potentiel naturel sans les réservoirs de semences, les filaments fongiques racinaires, les chants d’oiseaux, les dépôts magiques de minuscules excréments qui sont le cadeau des vieux aux jeunes »

– Gary Snyder, The practice of the wild, « Ancien forests of the Far West », p.148-149

[Ma traduction]

12 août 2021

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Explorations Littérature

Je rêve d’un Ministère

Je rêve d’un Ministère

aux anarchistes fondements

tel une coopérative

solidaire et égalitaire

Qui n’aurait que faire d’un

ministre et de sous-ministres,

de hauts et bas fonctionnaires,

bureaucrates et technocrates

Il s’agirait d’une entreprise à vocation

personnelle, inter-personnelle, citoyenne

communautaire, paysanne, historienne,

alimentaire, culturelle, libertaire,

territoriale et terroiriste

Un collectif autogéré

Qui prendrait soin

de sauvegarder des pommiers

leur étonnante biodiversité

Favorisant activement

la régénération de l’espèce

par sa libre expression

Surgissement de

pommeraies issues

des vergers de nos ancêtres

Tout en soignant les vieux

témoins des âges et générations

Apprendre d’eux les histoires et les noms

de variétés aux racines inséparables des lieux

Un entrelacement de recherches pomologiques

Qui mettrait de l’avant leur rustique géopoétique

Un ensemble d’hommages

Au pommage

du riche terroir sauvage

Lanaudois

10 août 2021