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ACCUEILLI DANS L’AMITIÉ PAYSANNE DE “L’ÎLE AUX FOUGÈRES”

La véritable première partie de mon récit de voyage en Bretagne

à propos de la famille d’amis qui m’a accueillie sur leur ferme

J’entrerai dans le sujet du cidre et des pommes de Cornouaille

dès le chapitre suivant.

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J’ai fait connaissance de la famille Guillou et de leur ferme Enez Raden (“L’île aux fougères” en Breton), située sur le territoire de la commune de St-Evarzec, en pays Fouesnantais, pendant un stage agricole qui a duré 2 mois, à l’automne 2017. J’y allais alors afin de m’initier à l’élevage de bovins en régie biologique, voire en transition vers la biodynamie. Une franche amitié s’est nouée entre cette famille paysanne et moi, si bien que nous avions maintenu le lien par courriels au fil des ans. Ils m’ont de nouveau accueilli avec grande joie en ce mois de janvier jusqu’au début février 2024.

Enez Raden est située près de la ville de Quimper, cœur vibrant de la Cornouaille culturelle, à 15 km au nord-ouest et à moins de 15 km de la Côte, au sud. Pas plus loin du port de Concarneau que des plages de Fouesnant, face au Golfe de Gascogne qui s’ouvre sur l’Atlantique Nord.

Trois semaines durant, cette fois, j’ai bénéficié de la remarquable hospitalité d’Annie et Jean-Yves, dans leur nouvelle petite maison de pierre (elle a probablement deux siècles d’âge, mais a été rénovée et isolée de fond en comble), voisine de la ferme. Ils y ont aménagé depuis un peu plus d’un an, après leurs années de “mobile home”, suite à la cession de la maison ancestrale à leur fils François (Fañch) et son épouse Ashley, tout comme aux enfants nés de cette union, Lewis et Lenaïg. La retraite progressive, un lent recul, pas évidente pour qui a consacré sa vie à une ferme.

Retrouvailles dans la camaraderie de paysans critiques, le succès d’une amitié intergénérationnelle et internationale, basée je crois sur certaines valeurs communes, propres à la paysannerie. Une critique acerbe du monde dominant, une volonté pratique d’autonomie, d’équilibre et de justice. De nouveau, les Guillou m’ont impressionné par leur assiduité au travail (sur une ferme laitière, a-t’on vraiment le choix ?), leur perspicacité dans la diversification des activités (ou ateliers, comme ils disent) de la ferme, le choix répété de l’autonomie et de la convivialité, puis une philosophie de vie épicurienne, sans excès.

Sans faire tout l’historique de la ferme, disons qu’il y a d’abord et avant tout l’atelier laitier, au cœur des activités quotidiennes, avec ses quelques 85 vaches laitières (croisées de Brunes Suisses, Holstein, de Angus et d’un peu de Pie noir bretonnes) nourries essentiellement aux pâturages, à peu près 10 mois par année, le reste du temps (au creux de l’hiver) de foin et d’herbes ensilées, parfois de betteraves fourragères, et d’un peu de maïs ensilé.

Annie et Jean-Yves, en charge depuis plus de 20 ans de l’atelier laitier, sont en processus de prendre graduellement leur retraite, et de céder leurs parts de l’entreprise à leurs belles-filles. Leurs deux fils, Fañch et Julien sont déjà partenaires-associés dans le GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation Commune), qui est un peu comme une SENC (Société En Nom Collectif) ici. Fañch est le grand responsable des cultures fourragères et céréalières, du soin des vaches, des chantiers de construction et de la mécanique générale. Julien, depuis bientôt 10 ans, s’est établi en tant que maraîcher biologique, présent sur les marchés locaux, et participant, comme tous et toutes, à la traite des vaches.

Dans la dernière année, un nouveau atelier d’importance a été mis en place. En effet, les Guillou sont devenus paysans-boulangers. Produisant, sur quelques 12 hectares, blé panifiable et seigle, ils produisent à la ferme la farine, avec un moulin et tout l’attirail de silos et systèmes de conduits requis pour entreposer et transporter les grains. Un four à pains paysan fut construit et Camille, l’épouse de Julien, en est devenue, pour deux jours de fournée par semaine, l’opératrice attentive et dévouée.

Le prochain atelier qui verra le jour à Enez Raden au courant de cette année est celui du fromage, de la transformation à la ferme du lait du troupeau de vaches à cornes nourries à l’herbe. La fromagerie dont Ashley (épouse de Fañch) sera l’artisane en chef est en cours de construction, juste à côté de la laiterie. C’est la suite logique du projet de diversification et d’autonomisation de la ferme, en passant par la création de valeur ajoutée, la relative spécialisation de chacune des personnes impliquées et par l’usage des riches ferments présents dans cet environnement de biodiversité. #fromageaulaitcru #levuressauvages

J’ai aussi visité – ça allait de soi – le nouveau magasin de la ferme, qui est en plein work-in-progress. Les mardi et vendredi, la clientèle fait ses emplettes de légumes, fruits, jus, pains et pâtisseries de la ferme (et bientôt fromages !) ainsi que d’autres produits d’artisans alimentaires locaux.

Ce sont maintenant 11 personnes, 3 familles, 3 couples, et 5 enfants, qui vivent des activités de la ferme.

Le milieu de la journée, en partageant le premier repas commun avec le couple des aînés, était le moment de choix pour discuter, en feuilletant le journal quotidien, de l’actualité politique Bretonne et Française (incluant bien sûr, par la force des choses, les mobilisations agricoles en France comme celles en Bretagne, qui ont battu leur plein de manifestations, de blocages et de vandalisme durant mon séjour). Ah ces conversations avec J-Y – ce paysan philosophe, anar sans le paraître – pleines de questions, de doutes, de vérifications au dictionnaire ou via des recherches Google, avec Annie. On a bien rigolé aussi, pour ne pas tomber, ne pas sombrer, face à l’absurdité et l’horreur de cette civilisation industrielle urbaine coloniale extractiviste spectaculaire marchande pétro-masculine mafieuse productiviste avec son système technicien autonome, écocidaire et autoritaire …

Suivant leurs disponibilités, mes hôtes m’ont à quelques reprises (les week-ends en particulier) invité pour des ballades en dehors d’Enez Raden. Ainsi nous sommes allés marcher dans la Ville Close de Concarneau, son centre historique endormi sans son achalandage touristique, puis prendre un verre au bar-tabac Le Cabestan, en face de l’ancien port de pêche. On a fait des p’tits tours à Quimper pour bouquiner, prendre un gâteau et un café chez Philomène – pis visiter un jardin d’inspiration médiévale avec Annie, un après-midi sans pluie. Il y eut un samedi de roadtrip en virée dans les Monts d’Arrée, jusqu’à la chapelle St-Michel-de-Braspart, sur l’un des plus hauts sommets de Bretagne (381 mètres à peine, surpassé par le Roc’h Ruz qui culmine à 385 mètres), après avoir voulu parcourir, près là, un sentier traversant un chaos de pierres, malheureusement si inondé qu’inaccessible.

Accompagnés par un ami de mes hôtes, enseignant d’agriculture et bretonnant, chanteur-choriste, poète mécanicien et traducteur, j’ai nommé Charlez An Dreo, pour guide-interprète de nos visites du jour, en passant par le vieux corps de ferme repris par ses enfants. Paroles et pierres des siècles, socles de l’écoumène Breton, solides assises de communautés familiales à l’abri des vents du large, parfois tempêtes à coucher chênes et pommiers.

Enfin, je ne peux passer sous silence le bonheur de fouiner dans la formidable bibliothèque de Jean-Yves, laquelle compte quantités d’essais de sociologie critique, de traités de philosophie, ancienne mais aussi très contemporaine, d’Histoire, d’agronomie, des ouvrages des meilleurs penseur.e.s de l’écologie politique pour le siècle en cours, et plus encore. Une collection de rêve, où je me retrouvais, en escale sur de solidaires territoires de l’esprit.

Ferme-organisme inspirée par la biodynamie, forte de son ouverture sur le monde, Enez Raden est une communauté œcuménique spontanée et familiale où chrétiens protestants et catholiques, orthodoxes, musulmans, agnostiques, voire humanistes, bouddhistes et athées cohabitent et échangent en toute amitié. On y accueille d’ailleurs des wwoofeurs et woofeuses en saison, avis aux intéressé.e.s.

Mersi Bras (merci beaucoup) à toute la famille Guillou pour son hospitalité, sans laquelle mon séjour n’aurait pas eu la même teneur, la même profondeur. J’ai ben hâte de vous accueillir à mon tour dans Lanaudière, ma région d’enracinement ancestral, familial, agricole et pomologique dans ce vaste presque pays du Québec que vous aurez plaisir à découvrir à l’automne (ou en toute autre saison), j’en suis convaincu !

À r’voyure ! Kenavo les ami.e.s !

9-12 février 2024

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Bretagne Cidre Histoire Voyages

C’ÉTAIT UN QUÉBÉCOIS SUR LES ROUTES DU CIDRE DE CORNOUAILLE, M’SIEURS-DAMES !

De retour de voyage, un humble amoureux de cidres du terroir

vous raconte, en une série de chroniques thématiques, son séjour

de trois semaines à la rencontre de cidreries de Cornouaille

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Pour initier une série de chroniques offrant le récit de mon voyage Breton de cet hiver 2024, je m’amuse à faire un clin d’oeil au film “C’était un Québécois en Bretagne, Madame !” du réalisateur et poète Pierre Perrault, réalisé en 1977. On y suit feu Hauris Lalancette, paysan résistant et révolté du nord de l’Abitibi qui débarque en Bretagne avec son épouse et y trouve des analogies entre son Québec rural et les campagnes de ce coin de pays du bout du monde. Il y est notamment guidé par feu Glenmor, celui dont le nom d’artiste, poète-chansonnier folk, populiste et libertaire breton, signifie « terre » (glen) et « mer » (mor), et qui raconte à Lalancette les talus abattus dans le processus de remembrement agricole des années d’après-guerre.

Le film au complet : https://www.onf.ca/…/cetait_un_quebecois_en_bretagne…/

Un extrait croustillant :

https://www.facebook.com/watch/?v=687811551748491

Pour ma part, sans être filmé, j’ai exploré les cidres de Bretagne en suivant les meilleures pistes, guidé et accueilli à bras ouverts, tel un Ministre Paysan, en toute simplicité, convivialité et complicité, dans un art de vivre fait de conversations profondes et de partages chaleureux, d’aliments sains, locaux et saisonniers, d’un terroir bien particulier entre terre et mer, chanté jadis en toute indépendance par le barde Glenmor.

Je suis parti 3 semaines durant à la rencontre du riche terroir cidricole de cette partie de Bretagne (Breizh) nommée Cornouaille, au sud de la région du Finistère (signifiant tout bonnement “la fin des terres”), le bout de cette pointe occidentale de l’Hexagone. Breizh, territoire et peuple occupés par l’État-Nation Français depuis cinq siècles, là où le breuvage ancestral, mythique, fut chanté par le poète Frédéric Le Guyader, comme “le meilleur cidre du monde” (“La chanson du cidre”, 1900).

Profitant de la tranquillité de la saison morte pour voyager (tant pour mes activités agricoles que pour le tourisme en Bretagne), la plupart des jours, j’ai troqué mon chaud manteau de duvet conçu au Québec pour un coupe-vent imperméable, plus adéquat pour affronter le crachin (fine pluie) quotidien et la douceur tempérée des côtes finistériennes (entre 5 et 11 degrés en moyenne, avec au plus froid quelques nuits de gel à -2 ou -5, à la mi-janvier).

Êtes-vous prêt.e.s à me suivre dans mes pérégrinations cidrières ? La suite à lire ici, de jour en jour.

9 février 2024