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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #XVII

Enfin un guide de terrain pratique pour la pomologie !

Sean Turley, Practical Pomology – A field guide – With an Emphasis on Apples Historically Grown in New England, Pome Reader Press, 2024, 135 pages

Suite à une campagne de sociofinancement de quelques mois en 2024, un petit ouvrage très important pour le domaine de la pomologie vient d’être publié, à Portland, dans le Maine, à la fin de l’hiver. Intitulé Practical Pomology – A field guide (Pomologie Pratique – Un guide de terrain), c’est une œuvre collective, dont l’auteur est Sean Turley, historien de la pomme, photographe, cidrier et cueilleur. Son « nom de pomme » sur Instagram est The Righeous Russet, où il a créé un immense catalogue de photographies de pommes.

Il m’a fallu de nouveau débourser une petite fortune (un peu plus de 100 $ CA) pour obtenir ma précieuse copie de ce livre de confection artisanale, publié à petit tirage (1200 exemplaires imprimés). C’est auprès d’une librairie spécialisée de Portland, MA, offrant le service d’expédition au Canada, que j’ai pu mettre la main sur un exemplaire, pendant qu’il était encore temps ! En moins d’une semaine, il m’est arrivé à la ferme.

Le magnifique petit livre est préfacé par Matt Kaminsky (a.k.a Gnarly Pippins), pomiculteur, auteur, formateur, conférencier, et grand chevalier des pommes sauvages, basé dans le Maine également. Un autre éminent spécialiste des pommes (établi dans le Maine lui itou !), a grandement contribué à l’ouvrage : l’historien, écrivain, pomiculteur et fermier John Bunker, qui a dédié sa vie à trouver et préserver les variétés de pommes disparues.

La littérature pomologique, qui a des siècles et des milliers de pages à son actif, ne comptait pas encore le moindre ouvrage de ce type, conçu à des fins pratiques,

Practical Pomology contient plus de 100 illustrations originales et 34 photographies pleine couleur. Le design graphique, un croisement entre rétro (gravures, typographie des titres) et moderne, est superbe.

Le bouquin, d’un format pratique pour le trimbaler lors d’expéditions vers des pommeraies de toutes sortes, est divisé en trois sections, dont voici les grands lignes.

Section I : Pommiers Greffés & issus de Semis

Comment distinguer les pommiers greffés, donc de variétés nommées et connues, des pommiers sauvages, autrement dit ceux issus de semis ? Cette première section, agrémentée d’illustrations de John Bunker, aide à s’y retrouver.

Section II : Taxonomie des pommes


Les différents éléments de l’anatomie d’une pomme sont présentés dans leurs termes scientifiques avec nombre d’illustrations et de schémas. Tous les aspects permettant de décrire une pomme sont passés en revue : peau, forme, pédoncule, cavité, calice, sépales, bassin, cellules des pépins, lignes du coeur, carpelles, semences, étamines, chair, saveur, texture, etc.

Ce sont toutes des clefs d’identification essentielles afin de distinguer une variété de pomme des autres, de quoi acquérir les bases d’une réelle connaissance pomologique.

Section III – Fruits communs

Cette section présente 34 fiches de deux pages sur autant de variétés de pommes cultivées historiquement dans les vergers de la Nouvelle-Angleterre, et dont on retrouve encore aujourd’hui couramment des spécimens.

Dans tous les cas, la page de gauche contient une photographie pleine page de la pomme, et celle de droite les descriptions taxonomiques et photos d’un fruit typique de la variété, vue de haut, vue de bas, tranchée, et photo des carpelles).

Annexes

En annexes, on trouve un glossaire, une riche nomenclature (caractéristiques observables des fruits, superlatifs, termes relatifs aux arbres), un modèle de feuille de travail pour identifier des variétés de pommes ainsi que les références utilisées (médiagraphie).

En somme

C’est un ouvrage formidable, indispensable pour tout pomologue en devenir qui maîtrise suffisamment la langue anglaise. On ne peut imaginer meilleur outil afin de démocratiser la science pomologique, celle qui étudie les variétés fruitières, en particulier pour les pommes du Nord-Est de l’Amérique.

Il ne nous manque désormais qu’une traduction française de l’ouvrage, adaptée pour le Québec ! Qui pourrait bien avoir envie de se lancer là-dedans ? 😉 Il y a certainement au moins un Ministère qui se croit bien capable d’adresser une cordiale missive à M. Turley, et advienne que pourra !

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THOREAU SUR LES POMMES SAUVAGES -1

Les premières pages sont en lecture libre sur le site de l’éditeur :

http://www.finitude.fr/…/Thoreau-Les-pommes-sauvages.pdf

Le poète de tout ce qui est terrestre en a beaucoup à nous remontrer en matière de radicalisme. Celui par la grâce de qui j’ai en premier lieu ressenti pour ces pommiers l’amour, et pesé tout leur symbolisme, leur intemporelle valeur.

« Quittons là les pommiers domestiques (les urbaniores, comme Pline les appelle). En toute saison, je préfère de loin me promener à travers les vieux vergers de pommiers non greffés. Ils sont plantés irrégulièrement et il arrive parfois que deux arbres se touchent. Quand aux allées, elles sont si tortueuses qu’on dirait qu’elles ont été tracées pendant le sommeil de leur propriétaires, voire même qu’il les a dessinées lors d’une crise de somnambulisme. Jamais les alignements des variétés greffées ne m’inviteront pareillement à la ballade. »

« À l’approche de mai, nous voyons apparaître de petits fourrés de pommiers tout juste éclos dans les pâturages que les troupeaux viennent de quitter […]. Un, peut-être deux, survivront à la sécheresse et autres accidents, protégés de l’envahissement de l’herbe et de certains autres dangers par le lieu même de leur naissance. »

« Selon une idée reçue, ces arbres sauvages, s’ils ne produisent pas d’eux-mêmes un fruit de valeur, sont parmi les meilleurs porte-greffes par lesquels se transmettent à la postérité les qualités les plus prisées des pommiers cultivés. Pour ce qui me concerne, je ne suis pas à la recherche de porte-greffes, mais du fruit sauvage pour ce qu’il est, celui dont la puissance féroce n’a subi aucun attendrissement. »

« Un vieux fermier de mon voisinage, qui toujours choisit le mot juste, dit que « leur goût acidulé est tendu comme une flèche sur l’arc ».

« Et si certaines de ces sauvageonnes sont âcres et nous front froncer les lèvres, n’appartiennent-elles pas malgré tout à la gent Pomaceae, éternellement sans malice et bienveillante envers notre race ? Tous mes voeux les accompagnent jusqu’au pressoir à cidre. Peut-être ne sont-elles tout simplement pas assez mûres. »

15 décembre 2023