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SERVICE DE TAILLE DE POMMIERS (& AUTRES FRUITIERS) DANS LANAUDIÈRE EN 2025

Peut être une image de 1 personne et arbre

Sur l’autre versant de l’hiver, lumineux

bientôt viendra la fin des grands froids

(les -15 et -20°C on évite) pour entamer

la saison de taille des arbres, puis arbustes fruitiers :

pommiers, poiriers, vignes, groseilliers, amélanchiers, etc.

Parmi diverses bonnes raisons de tailler, mentionnons :

• améliorer la circulation d’air et la lumière dans les arbres

(réduisant ainsi les risques de maladies fongiques)

• augmenter la vigueur de certaines parties d’un vieil arbre

• améliorer la qualité des fruits par un meilleur équilibre

• faciliter la récolte des fruits par un accès plus facile

À leurs propriétaires, dans Lanaudière

à partir de mars et en avril – mais peut-être

aussi dès la fin février (selon la température)

j’offre mes services

de tailleur fruitier professionnel, bien équipé

De bons sécateurs, des scies d’élagage manuelles, une scie

mécanique au besoin, l’échelle arboricole de 10 pieds

et le savoir-faire nécessaire pour éviter les gâchis

(il me fait aussi plaisir de transmettre les rudiments,

les bases, aux propriétaires des arbres fruitiers)

Peut être une image de arbre

Formé en productions maraîchères et fruitières bio

à l’Institut National d’Agriculture Biologique (Victoriaville),

j’ai plusieurs années d’expérience en horticulture et arboriculture

fruitière sur différentes fermes et dans mes propres projets.


Mon tarif est de 40$/h + 0,50$/km parcouru.

Je suis à Sainte-Mélanie et les premiers 25 km

sont compris dans le taux horaire


N’hésitez pas à me contacter

(Courriel, Messenger ou téléphone)

pour toute question !

Emmanuel Beauregard

info@ministerepommeraies.com

Cellulaire : 579-337-7633

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Cidre Projets et collaborations

Cuvées de cidre 2023-2024

Le 19 octobre, soit il y a 2 mois et demi déjà, j’ai pressé une cinquantaine de litres de jus de pommes et de poires. Installé devant l’étable de la Ferme des Arpents roses à Ste-Mélanie, sur le plancher en béton de l’appentis construit par mon frère, dans mon setup modeste mais fonctionnel.

Les trois grandes touris de 2024, après leur premier soutirage, le 6 janvier 2025.
Trois teintes bien distinctes, du jaune paille à l’orangé.

🍎La pomme ‘Juge Bourduas’, une découverte de 2024, issues d’un vieil arbre faisant partie d’un petit verger à l’abandon, sur le chemin Laforest, à Saint-Alphonse-Rodriguez. Le voisin d’en face, chez qui je suis allé cogner, un jeune nonagénaire (90 ans à peine !) conduisant encore sa voiture, m’a informé que ces pommiers étaient ceux « du juge », me disait-il, un juge habitant « par-là, en haut », me pointait-il vaguement dehors… Ne répondant pas à ma demande de précision sur l’emplacement de la maison du juge, question que j’aille lui demander l’autorisation de cueillir, le vieil homme me dit plutôt que je pouvais très bien aller cueillir les fruits, car personne d’autre ne le faisait, jamais, à sa connaissance, depuis des années. Me contentant de l’autorisation du voisin d’en face, j’y ai grimpé, je l’ai secoué, à plusieurs reprises, et j’ai bénéficié d’une bonne quantité de ses petites pommes marbrées de rouge, sur fond vert.

Plus tard dans la semaine, j’ai appris que le juge en question, qui était un grand propriétaire terrien dans le secteur, est décédé il y a quelques années. Et non, ce n’est pas une bourde, le nom de famille dudit juge est bien « Bourduas » plutôt que Borduas. Selon la légende locale, feu le juge Jean-Pierre Bourduas (1939-2018) serait un descendant du même patriarche Borduas que le célèbre Paul-Émile, peintre et auteur en grande partie du Manifeste du Refus Global de 1948, et aurait fait changer son nom de famille auprès de l’État civil afin de prendre ses distances de l’agitateur Automatiste qu’avait été son illustre apparenté. Une rupture dans l’histoire de notre culture, de notre littérature, des ruptures aussi dans la famille Borduas.

De ces toutes petites pommes, en plus d’en fournir à Maltstrom dans le grand mixage des variétés pour en faire un cidre-bière, j’ai tiré un jus jaune et clair, bien sucré (1056 de densité relative, ou 16 brix dans la visière du réfractomètre), avec une petite amertume. Les quelques caisses de la ‘Juge Bourduas’ que je m’étais réservées contenaient de quoi remplir une petite touri, d’environ 18L. C’est pour moi une première cuvée de cidre monovariétale, sans pour autant avoir une candidate de variété de pomme idéale à mon goût (pas assez d’amertume), bien que bien sucrée et savoureuse, aromatique.

🍎 ‘Montées St-Jacques #5 et #6 (‘Béatrix’)

D’un verger de fond de rang perdu à la frontière de St-Alphonse-Rodriguez, chez Lise et Lia, autrefois chez Mme Perreault (plus de 95 ans, rencontrée chez elle en 2023), où subsistent 4 vieux pommiers. De ceux-là, une pomme en particulier a été remarquée et notée comme particulièrement intéressante, lors de la grande dégustation de pommes sauvages lanaudoises de 2023 présentant, aux yeux des cueilleurs qui partageaient des pommes qui leur sont chères, un potentiel de cidrerie. Avec des appréciations très positives de Claude Jolicoeur et Mark Gleonec qui étaient nos « invités de marque », nos convives.

Après avoir été dotée du nom de code « Montée St-Jacques #6 » depuis quelques années, je l’ai baptisée ‘Béatrix’, hommage au territoire municipal où l’arbre est enraciné. Je la vois un peu comme le pendant pomme d’Obélix, ayant grosso modo la forme de son corps, ses rondeurs, avec ses pantalons rayés, si ce n’est striés … Une douce amère très aromatique, à la forme unique de poire (sa base est bien plus étroite que son bassin), au fond de teint qui paraît jaune orangé, striée d’un rouge lavé. Sa cavité est très peu profonde, et son pédoncule, étroit. Sa chair est ferme et elle présente une assez bonne capacité de conservation. Quelque chose dans ses fragrances rappelle la poire et une astringence particulière se fait sentir en fin de bouche.

L’âbre-mère portait beaucoup de fruits cette année, suffisamment pour en fournir quelques caisses pour la qualité de leur jus à la brasserie Maltstrom, mais aussi pour m’en réserver et tenter de mon côté la fermentation alcoolique d’un cidre monovariétal. Toutefois, il s’en fallait de peu pour bien remplir la touri de 20 litres à partir du jus de ce seul arbre. Pour les 3-4 litres manquants, j’ai ajouté le jus de pommes du même verger, de l’arbre voisin en fait (la #5), une belle rouge très sucrée et parfumée, un brin acidulée. Au final, une belle densité de 1050 (potentiel d’alcool d’environ 6,5%).

🍎 Le même vieil arbre, pour l’heure surnommé ‘Montée St-Jacques #5’, m’a également donné une formidable manne de pommes, de quoi fournir la brasserie des camarades prairiquois et mes propres activités de micro-cidrerie expérimentale. J’en ai comblé deux petits cruchons de 4 litres, de ce jus trouble et purement monovariétal. De quoi éventuellement remplir de cidre une quinzaine de petites bouteilles de 500 ml, quand même !

🍐 Poire ‘Golden Spice’

Une caisse de petites poires ‘Golden Spice’, m’a été gracieusement offerte par l’ami horticulteur fruitier Jonathan Bordeleau, cueillies par lui-même de son arbre à St-Damien, son surplus d’abondance, pour que je réalise une première expérience de production de poiré, l’équivalent du cidre (lequel est toujours « de pommes » d’ailleurs), mais avec des poires … J’en ai tiré un bon six litres de jus bien sucré, avec une intéressante amertume (14 brix, belle densité de 1050). Avec l’équipement dont je disposais, je m’en suis tenu à un cruchon de 4 litres monovariétal, juste du poiré. C’est bien peu, mais tout de même, un premier test !

🍐🍎Deux autres litres de jus de ‘Golden Spice’, queue de la pressée, ont été assemblés avec les restants de jus de pommes des pressées de la journée. Les surplus de la ‘Juge Bourduas’ et de la ‘Montée St-Jacques #5’. Allez hop, j’ai viré ça dans un autre cruchon de 4L, bien rempli d’un jus qui sera dans quelques mois le produit d’une cofermentation, ni tout à fait cidre, ni tout à fait poiré. Un joyeux hybride funky issu aussi des levures sauvages qui s’y activent en ce moment, comme toutes les autres cuvées de l’année, à 12 degrés Celsius dans un bâtiment appartenant à des amies. Merci pour l’opportunité de local avec une température appropriée ! Hâte de vous faire goûter au jus qui va en résulter !

🍏 ‘Cléophas à splash russet doré’

L’arbre le plus productif que j’ai rencontré cette année, d’une petite talle de friches, à St-Cléophas-de-Brandon. Cet arbre est connu d’Alex Boisdequin-Lefort et moi depuis 10-15 ans maintenant, depuis nos premières explorations du pommage régional à des fins cidricoles.

De grosses pommes jaunes qui ont été conservées en chambre froide pendant un mois et demi (cueillies le 4 octobre), avant d’être pressées le 17 novembre, pour une ultime session d’extraction de jus de pommes sauvages de l’année. De ce bon jus, affichant 15 brix sur mon réfractomètre, et 1054 au densimètre, j’en ai bien rempli une touri de 21 litres. C’est l’ultime cuvée, monovariétale elle aussi, de l’année.

7 janvier 2025

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Cueillette Rencontres

Saison de cueillette de pommes 2024

J’exerce ma passion pomologique à temps partiel, à travers les moments libres, hors du travail salarié qui rémunère sur une base régulière, mais qui pas nécessairement ne libère.

En marge des routes, le long des rangs de Mattawinie, de Brandonie ou d’ailleurs, en explorant le pommage du piémont Lanaudois, prêt à cueillir en masse.

Les activités que je mène en lien avec les pommiers de la région me sont sources de rencontres (et de joies), bien plus encore que de revenus. Chaque année il y a des surprises, de nouvelles personnes qui se trouvent sur le chemin, qui m’en apprennent, m’accueillent, m’ouvrent leurs portes et leurs pommiers, petits vergers ou parcelles en friches où ont proliféré les sauvageons de l’espèce Malus. Des pommes aussi toujours que je rencontre pour la première fois, et pour lesquelles j’ai un coup de cœur.

Rencontre de nouveaux coins de pays également, de bouts de rangs, racoins de paroisses, qui m’étaient inconnus, ou pas si familiers. Découverte de ce qui se passe, se vit, ce qui pousse autour, quelle variétés d’hommes, de femmes et de pommes donne le territoire rural de ma région. C’est de la recherche sur l’histoire locale, la pomiculture domestique des ancêtres colons, sur la culture et la mémoire vivante, de l’anthropologie sociale et culturelle et de la géographie sociale, humaine, par le biais du pommier, de sa généalogie, de son bagage génétique inusité, inextinguible, si on le laisse s’exprimer.

Parmi différentes personnes rencontrées au fil de la saison, j’ai pu croquer le portrait de Mme Françoise Desrosiers au pied de l’arbre qu’elle a planté il y a 70 ans, et de Jocelyn Grégoire croquant la pomme issue d’un arbre qu’il a involontairement semé, dans un ancien pacage à vaches, il y a quelques cinquante ans.

C’est près d’une centaine d’arbres (et de variétés différentes, pour la plupart uniques) dont j’ai cueilli les fruits cette année. Au moins deux tonnes de fruits ont transité dans mes mains et les caisses, et près de 700 litres de jus extraits de mes récoltes.

Voici, un peu pêle-mêles, en vrac quoi, des dizaines de photos de ma saison de cueillette, à travers des dizaines de talles, d’arbres solitaires ou de groupements de pommiers, sauvages ou plantés de longue date, à travers le territoire et ses paysages, longeant ou prenant pied fermement dans le piémont lanaudois, partant de Sainte-Mélanie pour me rendre à St-Jacques-de-Montcalm ou Sainte-Émélie-de-l’Énergie, jusqu’à Joliette et Saint-Didace, en passant par Sainte-Béatrix, St-Jean-de-Matha, St-Alphonse-Rodriguez, Rawdon, Saint-Ambroise & Sainte-Marcelline de Kildare, Saint-Gabriel-de-Brandon, Saint-Cléophas, sans oublier Saint-Félix-de-Valois.

Dans la remorque, sous l’échelle, les récoltes quotidiennes s’empilaient. Bien identifiées.

28 novembre 2024

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Album photos Cueillette

Quelques pommes cueillies en 2024

Un aperçu des pommes cueillies par mes soins durant cette saison 2024, dont je n’ai à ce jour donné que peu de nouvelles.

D’autres albums suivront pour couvrir en images les tâches de mon automne pomologique. Des photos des pommiers, de mes jours de cueillette, de la chambre froide où les fruits furent entreposés, d’heures de presse et d’extraction de jus, tout comme de production de cidre et d’une visite d’experts à Montréal …

27 novembre 2024

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Dégustations Projets et collaborations

Marché public La Récolte de Rawdon – presse publique de pommes

Samedi prochain, le 14 septembre, en remplacement de l’ami Fred Brabant du Jardin des passionnées, je serai au Dernier Marché public La Récolte | Atelier pressage de pommes à Rawdon. J’aurai la chance et le plaisir d’y animer l’atelier de presse de pommes, en public, et d’offrir du jus frais à la clientèle et aux exposants du marché !

Les pommes pressées (sauvages, non traitées) seront issues de mes récoltes de la semaine, à travers les pommeraies de Lanaudière !

Venez y faire un tour, entre 10h et 14h; on pressera du bon jus 100% local, offert gratuitement !

12 septembre 2024

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Bretagne Cidre Projets et collaborations Voyages

LA RÉGION DE LANAUDIÈRE REPRÉSENTÉE AU 111e CONCOURS DE CIDRE DE FOUESNANT, EN BRETAGNE

Il y a peu, je cherchais une personne pour livrer un précieux colis jusqu’à Québec… De quoi s’agissait-il donc ?

Eh bien, celles et ceux qui ont suivi mes publications printanières savent que j’ai séjourné quelques semaines en Bretagne cet hiver. L’objet de ma visite était notamment de visiter plusieurs cidreries, question de me laisser inspirer par les savoir-faire cidricoles de Cornouaille.

Mon guide dans ce pays de cidres, Mark Gleonec, m’avait mentionné la tenue du 111e concours de cidre de Fouesnant, à l’été 2024. Il s’agit du plus ancien concours de cidre au monde, lequel comporte chaque année deux catégories de participants, tous producteurs de cidres des terroirs du Finistère : professionnels et amateurs.

Cette année, exceptionnellement, une nouvelle catégorie s’ajoute au concours : des cidriers amateurs d’autres terroirs de la planète !

https://www.111econcoursdecidre.com

C’est ainsi qu’en mai j’ai reçu un courriel de Claude Jolicoeur, « notre » (il est québécois) expert international du cidre, m’invitant à faire parvenir des bouteilles lanaudoises à ce concours !

Jolicoeur y sera l’un des juges, et s’est offert pour transporter quelques bouteilles d’amateurs du Québec. J’étais prêt à contacter tous mes comparses cidriers amateurs de Lanaudière pour collecter des bouteilles de leurs meilleures cuvées. Toutefois, vu l’espace limité dans la soute à bagages, et lors du concours en tant que tel, j’ai dû restreindre la sélection à seulement deux bouteilles : l’une des miennes ainsi qu’une bouteille d’Éric Hébert. Ce dernier, cidrier amateur le plus expérimenté de Lanaudière (depuis plus de 35 ans !), était l’hôte de la « Grande dégustation de pommes sauvages à potentiel cidricole » que j’organisais l’automne dernier, chez lui à St-Jean-de-Matha. Notre rencontre avec Claude Jolicoeur et Mark Gleonec nous a ouvert cette formidable porte, ce privilège !

Bouteille d’Éric Hébert, artisan cidrier de Saint-Jean-de-Matha.

Du Québec, en plus des nôtres et de l’une de ses propres bouteilles, Jolicoeur s’est chargé de transporter une bouteille de Louis Gauthier, un cidrier gaspésien qui anime avec ses collègues une sérieuse démarche de sélection de pommes sauvages à fort potentiel cidricole.

Merci à l’amie Mylène Samson, mon ex belle-soeur, et ex belle-fille d’Éric Hébert (!) qui s’est chargée de transporter nos précieuses bouteilles « de compétition » jusqu’à Claude Jolicoeur, dans la ville de Québec. Claude et son épouse Banou ont pris l’avion en direction de Paris le 14 juillet avec les bouteilles dans leurs bagages, et les voilà sans doute aujourd’hui arrivés sur les rivages du cidre de Cornouaille, au bout de la pointe de Bretagne.

Le concours se tiendra dans quelques jours seulement : le week-end prochain (19 et 20 juillet). Bien que ma participation soit sans la moindre prétention, ni aucune attente, je vous tiendrai bien sûr au courant des résultats et impressions suscitées par nos cidres de pommes sauvages lanaudoises !

PS – Les photos ci-bas donnent à voir ma bouteille, ainsi que celle d’Éric Hébert.

16 juillet 2024

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Histoire Projets et collaborations

LES POMMIERS DES MOINES TRAPPISTES #5

L’histoire inédite d’un ancien verger et d’une pommeraie sauvage au pied de la Montagne Coupée

La zone entourée de rouge, à l’arrière, représente l’emplacement approximatif de l’ancien verger d’Albert Desrosiers, sur la pente qui mène au Magasin de l’Abbaye 
(en jaune).

La grande section entourée de rouge, dans le bas de la photo aérienne, indique l’emplacement de la vaste pommeraie sauvage.

Dans le précédent texte de cette série, je concluais en appelant à l’aide pour élucider l’histoire de la pommeraie sauvage sur les terres de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Où était le verger d’origine, qui l’avait cultivé, à quelle époque, et quelles variétés ?

François Desrosiers, citoyen de Saint-Jean-de-Matha, et d’une vieille famille de la place, m’est venu en renfort. Grâce à ses connexions familiales (en particulier son oncle Marcel Desrosiers, passionné d’histoire et de généalogie), nous avons appris les grandes lignes de l’histoire de ces pommiers, leur origine enracinée dans leur famille.

Solidaire de la démarche, le Père Abbé, André Barbeau, m’a de son côté partagé les coordonnées de Martine Gadoury et Denis Vincent, propriétaires du centre de ski de fond de la Montagne Coupée entre 1987 et 2009. J’ai pu m’entretenir avec Mme Gadoury, ravie par mes démarches historiennes autour de ces pommiers et de ce lieu chargé d’événements, de patrimoine et cher à son coeur. Elle appelle de ses vœux de plus vastes recherches à propos de toute l’histoire de la Montagne Coupée.

Martine m’a mis en lien avec son cousin Pierre-Michel Gadoury, un historien amateur local, habitant la plus vieille maison de St-Jean-de-Matha. Passionné de patrimoine, il est l’un des fondateurs des « Compagnons de Louis Cyr », l’OBNL qui a mis sur pied et qui administre le musée de la Maison Louis Cyr, au centre du village. Nous avons regardé ensemble de vieilles cartes qu’il possède, représentant l’ancien cadastre du territoire de Saint-Jean-de-Matha. Il m’a indiqué un endroit sur le rang (sur le dernier faux plat de la descente avant d’arriver à l’Abbaye), un lot d’un arpent et demi de large, où a déjà existé une maison, sans doute toute une ferme, aujourd’hui disparue du paysage.

J’ai fouillé le Registre Foncier du Québec pour découvrir les chaînes de titres (listes des propriétaires qui se sont succédé) pour certains lots du chemin de la Montagne Coupée (qui était anciennement la section Ouest du rang St-Léon).

Ce fut une palpitante petite enquête, menée sur quelques mois.

Sans plus tarder, à la lumière des informations cumulées à ce jour, voici révélée la petite histoire des pommiers qui furent implantés au pied de la Montagne Coupée au siècle dernier jusqu’à ceux existant aujourd’hui. Toutes nouvelles informations, détails ou précisions sont toujours bienvenus !

***

Quelque part entre son établissement en 1917 et son décès en 1937, le cultivateur Albert Desrosiers (arrière-arrière-grand-père de François, qui a mené les recherches initiales) et son épouse Maria (Marie Anne) St-Georges implantent un verger de pommiers sur leur ferme. Ferme située sur ce rang alors baptisé St-Léon Ouest, de la Paroisse de St-Jean-de-Matha, au pied du « Mont Coupé » (selon la vieille appellation). Cette famille paysanne canadienne-française est établie sur un lot de terre (le no 17) déjà partiellement défrichée et rendue cultivable par les premiers colons, ceux de la seconde moitié du XIXe siècle, des Charbonneau et Durand qui les ont précédés.

La maison ancestrale Desrosiers est toujours là, au 200 Chemin de la Montagne Coupée. Elle est devenue depuis quelques années la «Maison des Forestibles de l’Abbaye», lieu de conditionnement de plantes et champignons sauvages comestibles cueillis sur le domaine appartenant aux moines Trappistes depuis 2009.

Suivant le décès d’Albert Desrosiers en 1937, vers l’âge de 56 ans, c’est son gendre Donat Gadoury, marié à sa fille Léona en 1930, qui reprend les rênes de la ferme. La famille de Donat, autre célèbre homme fort Mathalois, y demeure jusqu’en 1944. La terre familiale est alors vendue à Ange Albert Gravel, qui l’exploite jusqu’en 1958. La terre passe ensuite entre les mains de Louis Paul Nadeau, qui en est le propriétaire entre 1959 et 1972. Cette année-là, le fonds de terre revient en possession d’une lignée de Gadoury, quand Réjean et son épouse Simone Laporte en font l’acquisition. Durant la décennie 1970, ils mettent en place et opèrent un centre de ski de fond, une auberge, une boîte à chanson, (à l’existence brève, le temps de deux saisons 1972-1973), des écuries, etc. La Montagne Coupée devient à cette époque un haut lieu du tourisme, mais aussi de rassemblement culturel, dans Lanaudière. Félix Leclerc y est passé, et c’est là notamment que La Bottine Souriante a offert son premier spectacle. Y paraît que les environs, à cette époque, sentaient parfois très fort la «bourrure de boggey» (une vieille expression locale pour parler du cannabis) !

Tout ce temps, les pommiers d’Albert et Maria ont grandi, partie intégrante du décor. Ces arbres ont, des décennies durant, chaque année, rempli les corbeilles de fruits, nourri des générations de Mathalois.e.s. Sur la légère pente qui part désormais d’un stationnement et qui monte jusqu’au Magasin de l’Abbaye, il étaient encore fièrement debout en décembre 1978, lorsqu’un photographe de La Presse, Paul-Henri Talbot, passe par là pour un reportage sur le centre de ski et en croque le souvenir pour la postérité. Les derniers vénérables survivants auraient été abattus durant les années 1980, possiblement par Armand Gadoury, frère de Réjean. Pierre-Michel Gadoury pense que son père Armand, plus manuel que Réjean, a pu manier la scie mécanique pour commettre ces destructions du patrimoine pomicole, rasant les derniers pommiers plantés par les aïeux. Il dit que c’était son style, malheureusement insensible à la préservation du patrimoine.

Pistes de ski de fond de la Montagne Coupée, à travers les pommiers.

La Presse, 27 décembre 1978.
Photographe : Paul-Henri Talbot

***

Or, la pommeraie actuelle du domaine de l’Abbaye Val-Notre-Dame, avec une population dense de centaines de pommiers, est à environ 700 mètres de là. Entre l’emplacement du verger historique d’Albert Desrosiers et la « forêt de pommiers sauvages », on doit aujourd’hui traverser une plantation de conifères ainsi qu’une section de forêt mixte et déboucher sur un majestueux vallon au pied de la Montagne Coupée.

À première vue, il était difficile d’imaginer qu’elle puisse provenir de l’ancien verger d’Albert.

La pommeraie sauvage se trouve vers le centre de la photo.
Crédit photo : Emmanuel Beauregard, mars 2024

L’endroit où ont poussé des centaines de pommiers sauvages correspond plutôt aux anciens lots 9 et 10. Pierre-Michel s’est fait raconter qu’il y avait autrefois une famille établie, une demeure aujourd’hui disparue. L’hypothèse a germé que ce puisse être un ancien verger également disparu, planté par une famille ayant habité ces parcelles vers le milieu du XXe siècle, qui soit l’ancêtre de l’actuelle pommeraie sauvage. Pommeraie dont l’apparition progressive doit dater des années 1960-1970, l’âge estimé des plus vieux pommiers étant de 50-60 ans.

Toutefois, c’est la rencontre de Mme Linda Desrosiers (arrière-petite-fille d’Albert), laquelle habite depuis toujours dans le voisinage de l’Abbaye, qui fut déterminante afin de découvrir l’origine de la pommeraie.

En effet, en lui décrivant l’emplacement, parcouru par un ruisseau, Linda se souvient que dans son enfance (dans les années 1960 et début 70), avec toute la bande de joyeux « mayais » (jeunes), cousins et cousines pour la plupart, des Desrosiers et Gadoury, ils s’y rendaient pour pêcher de la «petite truite », qui remontait alors de la rivière l’Assomption, en aval, jusque dans ce petit affluent. Ils partaient des habitations cordées le long du rang, pour se rendre en gang jusqu’au bout des terres familiales, non sans passer à travers le verger d’Albert et Maria et s’y chaparder quelques bonnes pommes en guise de collation pour les heures à venir. Linda Desrosiers se souvient très bien de cela, des détails de leurs cannes à pêche rustiques, tout comme d’avoir lancé nombre de trognons de pommes à bout de bras dans ce secteur, après les avoir croquées. La marmaille était nombreuse et les excursions de pêche dans le ruisseau furent nombreuses, des années durant. À ses dires, à l’époque, il n’y avait pas un pommier là, voire presque pas un arbre, les foins étant fauchés jusqu’aux abords du ruisseau. Au fil des décennies, la superficie de la prairie a rétréci. Des zones au dénivelé plus important furent laissées en friches, tels les rives de ruisseaux, les coulées. Des pépins ont germé, de ces pommes transportées par les jeunes pêcheurs de naguère, aidés ensuite d’une panoplie d’animaux sauvages friands de ces fruits juteux et généralement sucrés.

Aperçu d’une section de la pommeraie sauvage de l’Abbaye, mars 2024.

Quel bonheur de découvrir de nos jours ces centaines d’arbres matures, laissés à eux-mêmes pendant des décennies, sans autre intervention humaine, portant des variétés uniques de pommes qui n’ont pas encore été baptisées. Les explorateurs fruitiers qui ont investi le site ne manquent pas d’idées pour mettre en valeur la «Pommeraie du ruisseau» ou le «Verger de la P’tite Truite» (je rigole, le nom officiel n’est pas encore arrêté). Sans blague, parmi les pommes championnes, il devrait selon nous y avoir, parmi d’autres, une «Gadoury», une «Albert Desrosiers» et une «Douce-amère de l’Abbaye».

Opération de taille des pommiers sauvages, mars 2024.

Souhaitons que l’histoire des pommes d’Albert continue à s’écrire, poétique, étonnante et savoureuse !

Grande reconnaissance à tous mes informateurs et informatrices !

Emmanuel Beauregard

technicien agricole, pomologiste chercheur
cueilleur de pommes sauvages et de variétés anciennes
historien amateur de la pomiculture dans Lanaudière

27 avril 2024

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Projets et collaborations Publicité Taille

SERVICE DE TAILLE DE POMMIERS (& AUTRES FRUITIERS) DANS LANAUDIÈRE

Avec la fin des grands froids arrivée

c’est la saison de la taille des arbres

et des arbustes fruitiers – pommiers,

poiriers, pruniers, cerisiers, vignes,

groseilliers, amélanchiers, etc.

Parmi diverses raisons de tailler, mentionnons :

– améliorer la circulation d’air et la lumière dans les arbres

(réduisant ainsi les risques de maladies fongiques)

– augmenter la vigueur de certaines parties d’un vieil arbre

– améliorer la qualité des fruits par un meilleur équilibre

– faciliter la récolte des fruits par un accès plus facile

À leurs propriétaires, dans Lanaudière

en cette fin mars et en avril – j’offre mes services

de tailleur fruitier professionnel, bien équipé

De bons sécateurs, des scies d’élagage manuelles, une scie

mécanique au besoin, l’échelle arboricole de 10 pieds

et le savoir-faire nécessaire pour éviter les gâchis

(il me fait aussi plaisir de transmettre les rudiments,

les bases, aux propriétaires des arbres fruitiers)


Formé en productions maraîchères et fruitières bio

à l’Institut National d’Agriculture Biologique (Victoriaville),

j’ai plusieurs années d’expérience en horticulture et arboriculture

fruitière sur différentes fermes et dans mes propres projets.


Mon tarif est de 35$/h + 0,50$/km parcouru.

Je suis à Sainte-Mélanie et les premiers 25 km

sont compris dans le taux horaire


N’hésitez pas à me contacter

(Messenger ou téléphone)

pour toute question !

Emmanuel Beauregard

Cellulaire : 579-337-7633

20 mars 2024

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Projets et collaborations

UN MALTSTROM DE MOÛTS DE POMMES

Le 7 octobre, après avoir accumulé pendant un mois

dans la chambre froide de la ferme une collection de

pommes finement choisies, la plupart sauvages, glanées

de dizaines d’arbres solitaires ou de vergers d’autrefois,

dans Lanaudière – en des talles connues depuis longtemps,

découvertes cette année ou encore référées amicalement –

cueillies d’un bord à l’autre du piémont de notre région,

cette bande de transition écologique favorable aux Malus

a eu lieu le premier rendez-vous saisonnier avec Michaël,

copropriétaire et artisan brasseur en chef d’une véritable

micro-brasserie, sans intention de proportions industrielles :

Malstrom, sise à Notre-Dame-des-Prairies, avec qui j’ai collaboré

pour une troisième année consécutive.

Avec le broyeur à pommes dont il s’est équipé y a deux ans

et la presse hydraulique et polyvalente de nouveau prêtée

par l’ami et vigneron Jean-François Chaussé, et des barils,

nous avions tout ce qu’il faut pour extraire le jus des fruits.

Mon matériel malique (pommes) de 2023 provient

des territoires de municipalités sous la bénédiction

de douze Saint.e.s : Mélanie, Marcelline-de-Kildare,

Ambroise-de-Kildare, Béatrix, Liguori, Félix-de-Valois,

Émélie-de-l’Énergie, Alphonse-Rodriguez, Jean-de-Matha,

Gabriel de Brandon, Didace et Jacques-de-Montcalm

ainsi qu’un arbre d’origine inconnue, aux pommes sucrées

dans un 13e village répondant au nom plus laïc de Crabtree

(faut savoir que « crabapple » = pommette, en anglais) !

Toujours dans le développement d’un pommage

et de la connaissance pomologique associée

en mode recherche et création de produits,

une caisse à la fois, en prenant le temps de goûter,

de mesurer le taux de sucre grâce à un réfractomètre

et prendre en notes les arômes et classes de pommes à cidre

de chacune des cinquante-trois variétés pressées ce jour-là.

Au bout de dix heures de travail, nous avons extrait, en jus

quelques centaines de litres, bien sucré, plein de tanins

et de levures sauvages !

Une deuxième journée de presse a eu lieu vers la mi-novembre,

pour en arriver à un total de plus de 600 litres, qui sont en fermentation

dans des barils de chêne. De nouvelles bières aux pommes y seront donc élaborées

par le Maestro de Malstrom et dévoilées en 2024 ! 🙂

28 novembre 2023

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 4

L’exploration et la libération d’une pommeraie sauvage

Le 17 août dernier, François Patenaude (responsable des forestibles de l’Abbaye), Mylène Samson (horticultrice stagiaire), Jonathan Bordeleau et moi-même nous sommes retrouvés pour une première exploration du pommage sauvage autour de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Nous avons goûté des dizaines de variétés de pommes uniques, noté quelques-unes de leurs caractéristiques et géolocalisé l’emplacement des arbres aux fruits les plus intéressants. Quelques jours plus tard, Jonathan et moi avons poursuivi le même exercice de découverte, d’observation et de dégustation des pommes.

Les moines ont résolument choisi de soutenir notre projet, cette démarche de libération de la pommeraie sauvage dont ils sont les gardiens. Des centaines de pommiers d’au moins quarante ans, en moyenne, qui étaient sur le point de disparaitre, étouffés par la compétition des érables, frênes, aubépines, ou épinettes …

À partir de la fin août, à raison d’une ou deux journées par semaine, Jonathan et moi nous sommes rejoints à la « Maison des Forestibles », quelques centaines de mètres avant d’arriver au magasin de l’Abbaye, sur le chemin de la Montagne Coupée. Jon, travailleur forestier expérimenté, de longue date, a assuré la job de débroussaillage. Pour ma part, j’ai tâché de rassembler les branches et troncs des arbres arbustes en tas, en dégageant des espaces. Cette précieuse matière organique accumulée est destinée à être broyée et redonnée au sol, sous une forme plus facilement digestible. Frère Bruno-Marie, avec le broyeur appartenant à sa communauté, a d’ailleurs commencé à accomplir cette tâche,

Chanceux, Jonathan et moi fûmes rémunérés pour ces heures de travail qui, tout l’automne durant, nous auront permis de dégager une aire d’entre un et deux hectares, où les pommiers sont désormais privilégiés. Les photos ci-bas témoignent de l’état des lieux à la mi-octobre. Nous l’avons fait « apparaître », rendue visible, accessible aux promeneurs, aux explorateurs fruitiers. La voici libérée de la féroce compétition des espèces indigènes, jeune forêt environnante que nous avons éclaircie.

Le printemps prochain, nous y retrouverons les pommiers marqués de rubans colorés, soit ceux dont les fruits présentent des caractéristiques que l’on a jugé plus intéressantes. Ces arbres dont les pommes ont reçu les commentaires les plus positifs lors de nos dégustations et prises de notes automnales sont ceux qui seront taillés en priorité, en mars 2024. Les observations se poursuivront évidemment la saison prochaine.

Nous sommes persuadés que cette pommeraie nouvellement mise en valeur sera si belle, toute en fleurs, en mai, que des gens voudront y prendre des photos de mariage ! Dans les sentiers qui viennent d’être créés, passant sous les arches formées par les branches tordues de ces sauvages pommiers.

Des recherches sur l’histoire des lieux sont également en cours, afin de mieux connaitre l’origine de ces arbres fruitiers, les noms de ceux qui naguère en ont cultivé.

Toute piste est la bienvenue, n’hésitez pas à me contacter !

Enfin, je vous invite aussi, si vous ne l’avez déjà fait, à prendre connaissance des précédents textes de cette série autour du pommage associé aux moines trappistes, d’Oka jusqu’à l’Abbaye Val-Notre-Dame de St-Jean-de-Matha :

1 – Ce que la pomiculture québécoise doit à l’Institut Agricole d’Oka

2 – Retour vers le futur des pommes à cidre

3 – Des vergers d’Oka aux friches et pommeraies de Jean de Matha

14 novembre 2023