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Pommeraie de l’Abbaye Val-Notre-Dame 2024

Le sol dégagé du bois de coupe, du mois mort, un sol plus propice à la circulation, à la cueillette. Crédit photo : Emmanuel Beauregard

Rappel des démarches

Plus près de chez nous, il y a cette vaste pommeraie sauvage, depuis peu et doucement mise en valeur par une congrégation religieuse, soit l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance, mieux connue sous le nom de « Trappistes ». Des centaines de pommiers matures et bizarrement tordus, portant bon an mal an des fruits bigarrés et pleins de surprises, sur un flanc de colline du domaine de l’Abbaye Val Notre-Dame, au pied de la Montagne Coupée. Une pommeraie apparue sur ce qui fut longtemps le fonds de terre d’une succession de générations dans les familles Desrosiers-Gadoury, à Saint-Jean-de-Matha, et dont j’ai raconté l’histoire le printemps dernier.

En 2023, j’ai aussi fait état de quelques recherches et documents existants concernant les activités des moines Trappistes en lien avec les pommes, des fruits qui les suivent, depuis leur ancien domaine à Oka, jusqu’à St-Jean-de-Matha, suivant les chemins de la féralité : retour à la nature, au sauvage, pour une espèce (végétale ou animale), après une période passée en conditions de culture, ou d’élevage, donc dans la voie de sortie de la domestication.

Cet automne

En 2024, j’ai eu l’autorisation du nouveau Père abbé (coordonnateur de la communauté, si on veut) pour continuer d’accéder à la pommeraie et y mener des cueillettes de pommes d’automne, plus tardives, à la fin septembre et en octobre. Rêvant d’un éventuel véhicule tout terrain (un quatre-roues) pour transporter les caisses de pommes cueillies loin des chemins carrossables, j’en ai tiré quelques dizaines de kg, portés à bout de bras, une caisse à la fois, sur des centaines de mètres de terrain pentu, pour les rapporter jusqu’à la remorque tirée par ma voiture. Elles ont fait partie du lot de pommes pressées en novembre en vue de produire une bière aux pommes par la brasserie Maltstrom. La cuvée de cidre tirée des pommes de l’Abbaye ne sera pas pour cette année, mais le projet me tient à cœur et verra le jour en temps et lieu.

Voici tout de même quelques photos croquées lors de mes passages dans la pommeraie de l’abbaye cet automne.

16 décembre 2024

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Explorations Pomologie Projets et collaborations Rencontres

« Pommenades » dans deux vergers anciens de communautés religieuses à Montréal – 16 septembre 2024

De gauche à droite : Richard Archambault, Simone Chen, Emmanuel Beauregard, Sandrine Joannin, Yvan Perreault, Vincent Renaud

Petit groupe de passionnés de pomologie, nous avions été conviés, le 16 septembre dernier, à la visite de deux vergers établis par des communautés religieuses, il y a plus d’un siècle, sur l’île de Montréal. En amont de cette journée se trouvait l’initiative de Simone Chen, coordonatrice de l’organisme montréalais Les Fruits Défendus, un collectif de glaneurs qui récupère et partage les fruits délaissés ou en surplus chez des particuliers, cueillis par des bénévoles d’un bout à l’autre de la métropole.

En fait, il s’agissait d’un appel à nos expertises (sans grande prétention de notre part toutefois) afin d’aider à l’identification des variétés de pommes qui s’y trouvent, depuis longtemps tombées dans l’oubli. C’est en toute humilité tout de même que nous avons d’abord foulé le sol du verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, derrière l’Hôtel-Dieu de Montréal. Je fut conduit par Yvan Perreault, passager captif de son humour parfois délirant, sur la route entre Lanaudière et la grande ville. Yvan, champion de tous les PFNL, des noix nordiques aux champignons sauvages comestibles, avide d’apprendre, mais qui n’a pas encore acquis la même profondeur de connaissances concernant les variétés de pommes. Nous y avons retrouvé Vincent Renaud, passionné de variétés anciennes de pommes, animateur de différents groupes Facebook, dont « Arbres Fruitiers Québec », « La Société de Pomologie de la Province de Québec » et « Montre moi ta pomme»; Roland Joannin, conseiller en pomiculture, hybrideur et créateur de variétés de pommes québécoises; Sandrine Contant-Joanin, la fille de Roland, ethnologue qui a participé à une étude sur le patrimoine immatériel des Soeurs Hospitalières de St-Joseph; Richard Archambault, horticulteur ayant soin de ces jardins et des pommiers restants et enfin Simone Chen, qui elle aussi connaissait déjà un peu les lieux. Ce site de l’Hôtel-Dieu-de-Montréal, dit « ensemble conventuel des Hospitalières », sur lequel il y aurait long à raconter, a été cédé à la Ville de Montréal en 2017 et a été classé patrimonial par le Ministère de la Culture du Québec tout récemment, en 2024.

https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do…

En pleine action ! En train de savourer, de trancher, d’observer des pommes, un arbre à la fois.

De gauche à droite : Emmanuel, Vincent, Yvan, Roland Joannin

En petite bande, nous nous sommes donc « pommenés », à travers ces arbres qui, pour certains, dépassent possiblement la centaine d’années. La saison 2024 ayant été particulièrement hâtive pour plusieurs espèces fruitières, dont les pommes, il n’y en avait ainsi déjà presque plus dans les arbres en ce jour de la mi-septembre. Nous avons dû nous contenter de celles tombées au sol, et parfois de la seule encore accrochée à une branche du pommier, partagée en quartiers entre chacun.e pour les fins de dégustation. On en a goûté un bon nombre quand même, les avons toutes prises en photo, tant de leur apparence extérieure, sous différents angles, que de l’intérieur, tranchées en leur centre, pour bien observer les formes de leur coeurs, les lignes du coeur, la chair, les pépins, la profondeur de la cavité, etc. Beaucoup de moyennes-grosses pommes rouges à croquer, assez similaires d’un arbre à l’autre. Nous avions tous l’impression que la trentaine d’arbres toujours vivants en ces lieux sont sans doute en bonne partie des ‘McIntosh’ ainsi que des ‘Cortland’. Toutefois, Roland a souligné que certaines pommes avaient de fortes similarités avec la ‘Lobo’ (couleur d’un rouge cramoisi, forme arrondie conique) – une variété qui, après vérification, n’a été commercialisée qu’à partir des années 1930. Nous avons lancé la suggestion au seul employé des lieux parmi notre groupe, Richard, que des analyses génétiques pourraient être réalisées pour identifier avec précision les variétés présentes dans ce verger patrimonial. Il en a pris bonne note, mais la décision revient à un comité de la Ville de Montréal, qui dispose des cordons de la bourse. Il doit leur avoir relayé l’information.

Des apparences de Lobo !
Roland Joannin venait de nous distribuer quelques spécimens de variétés de pommes dont il est l’artisan créateur, la ‘Rosinette’ et la ‘Eureka’ !

Sur la photo : Vincent, Sandrine, Richard, Emmanuel et Roland

***

Dans un second temps, une partie du groupe (Roland, Sandrine et Richard le jardinier) nous a quitté, pour d’autres obligations. Vincent, Yvan, Simone et moi avons repris la route vers le sud, en direction de Lachine, pour y gagner le verger des Soeurs de Sainte-Anne, derrière leur maison mère. Nous y avons été accueillis par Éléonore Escobar, chargée de projets en biodiversité urbaine pour le GRAME, organisme ayant soin de l’entretien minimal du verger. J’ai fait part à mes comparses des pensées qui me traversaient pour mon arrière-arrière-grand-oncle Hildège Beauregard, qui fut à l’emploi des Soeurs de Sainte-Anne à cet endroit même. Mon esprit envisageait une sorte de spectre bienveillant en notre présence, à tout le moins des traces laissées par celui que j’imagine en vieux jardinier des Soeurs, y ayant planté, greffé ou taillé leurs pommiers. Un arbre en particulier, dont les branches d’un côté portent une pommette, et l’autre moitié porte une plus grosse pomme, vraiment deux variétés distinctes. Et si Hildège était le greffeur à l’oeuvre, il y a plusieurs décennies ? Peut-être que des recherches, à mener dans les archives des sœurs de Sainte-Anne, révéleront plus de détails sur le rôle qu’il a joué, au service de cette congrégation religieuse. À défaut de quoi pour l’instant je m’amuse à lui inventer des tâches qui correspondent à mes propres passions et envies!

Toujours est-il que de la quarantaine de pommiers des lieux, la plupart avaient des fruits là aussi tombés au sol prématurément, des pommes qui avaient pas mal toutes des allures de ‘Cortland’ à nos yeux. Dans le lot toutefois, Vincent et moi avons identifié avec une grande certitude deux arbres aux pommes de type Russet, dont l’une au moins est sans doute une ‘Golden Russet’, peut-être les deux. D’autres fruits striés de vert sur fond rouge, d’un pommier enraciné quelques mètres plus loin, avaient les traits d’une ‘St-Laurent’. Il faudrait revenir étudier tout cela plus tôt, la saison prochaine, voire y retourner pendant quelques années, question d’avoir la chance de bien observer les caractéristiques de toutes les variétés, et d’en identifier un maximum avec certitude. L’avenue des tests génétiques n’est pas non plus à écarter, mais elle demande un budget conséquent.

Aperçu des vestiges du verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. 16 septembre 2024.

Ce fut une magnifique journée, à investiguer des vergers patrimoniaux peu fréquentés. Je savoure encore la chance d’avoir visité ces lieux désormais négligés, minimalement entretenus qui étaient autrefois richesse et nourriture d’une communauté. Le Ministère des Friches et des Pommeraies appelle de ses vœux la mise en valeur, par des résidents locaux, de ces fruits du patrimoine Montréalais.

11 décembre 2024

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Cueillette Rencontres

Saison de cueillette de pommes 2024

J’exerce ma passion pomologique à temps partiel, à travers les moments libres, hors du travail salarié qui rémunère sur une base régulière, mais qui pas nécessairement ne libère.

En marge des routes, le long des rangs de Mattawinie, de Brandonie ou d’ailleurs, en explorant le pommage du piémont Lanaudois, prêt à cueillir en masse.

Les activités que je mène en lien avec les pommiers de la région me sont sources de rencontres (et de joies), bien plus encore que de revenus. Chaque année il y a des surprises, de nouvelles personnes qui se trouvent sur le chemin, qui m’en apprennent, m’accueillent, m’ouvrent leurs portes et leurs pommiers, petits vergers ou parcelles en friches où ont proliféré les sauvageons de l’espèce Malus. Des pommes aussi toujours que je rencontre pour la première fois, et pour lesquelles j’ai un coup de cœur.

Rencontre de nouveaux coins de pays également, de bouts de rangs, racoins de paroisses, qui m’étaient inconnus, ou pas si familiers. Découverte de ce qui se passe, se vit, ce qui pousse autour, quelle variétés d’hommes, de femmes et de pommes donne le territoire rural de ma région. C’est de la recherche sur l’histoire locale, la pomiculture domestique des ancêtres colons, sur la culture et la mémoire vivante, de l’anthropologie sociale et culturelle et de la géographie sociale, humaine, par le biais du pommier, de sa généalogie, de son bagage génétique inusité, inextinguible, si on le laisse s’exprimer.

Parmi différentes personnes rencontrées au fil de la saison, j’ai pu croquer le portrait de Mme Françoise Desrosiers au pied de l’arbre qu’elle a planté il y a 70 ans, et de Jocelyn Grégoire croquant la pomme issue d’un arbre qu’il a involontairement semé, dans un ancien pacage à vaches, il y a quelques cinquante ans.

C’est près d’une centaine d’arbres (et de variétés différentes, pour la plupart uniques) dont j’ai cueilli les fruits cette année. Au moins deux tonnes de fruits ont transité dans mes mains et les caisses, et près de 700 litres de jus extraits de mes récoltes.

Voici, un peu pêle-mêles, en vrac quoi, des dizaines de photos de ma saison de cueillette, à travers des dizaines de talles, d’arbres solitaires ou de groupements de pommiers, sauvages ou plantés de longue date, à travers le territoire et ses paysages, longeant ou prenant pied fermement dans le piémont lanaudois, partant de Sainte-Mélanie pour me rendre à St-Jacques-de-Montcalm ou Sainte-Émélie-de-l’Énergie, jusqu’à Joliette et Saint-Didace, en passant par Sainte-Béatrix, St-Jean-de-Matha, St-Alphonse-Rodriguez, Rawdon, Saint-Ambroise & Sainte-Marcelline de Kildare, Saint-Gabriel-de-Brandon, Saint-Cléophas, sans oublier Saint-Félix-de-Valois.

Dans la remorque, sous l’échelle, les récoltes quotidiennes s’empilaient. Bien identifiées.

28 novembre 2024

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Histoire Projets et collaborations

LES POMMIERS DES MOINES TRAPPISTES #5

L’histoire inédite d’un ancien verger et d’une pommeraie sauvage au pied de la Montagne Coupée

La zone entourée de rouge, à l’arrière, représente l’emplacement approximatif de l’ancien verger d’Albert Desrosiers, sur la pente qui mène au Magasin de l’Abbaye 
(en jaune).

La grande section entourée de rouge, dans le bas de la photo aérienne, indique l’emplacement de la vaste pommeraie sauvage.

Dans le précédent texte de cette série, je concluais en appelant à l’aide pour élucider l’histoire de la pommeraie sauvage sur les terres de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Où était le verger d’origine, qui l’avait cultivé, à quelle époque, et quelles variétés ?

François Desrosiers, citoyen de Saint-Jean-de-Matha, et d’une vieille famille de la place, m’est venu en renfort. Grâce à ses connexions familiales (en particulier son oncle Marcel Desrosiers, passionné d’histoire et de généalogie), nous avons appris les grandes lignes de l’histoire de ces pommiers, leur origine enracinée dans leur famille.

Solidaire de la démarche, le Père Abbé, André Barbeau, m’a de son côté partagé les coordonnées de Martine Gadoury et Denis Vincent, propriétaires du centre de ski de fond de la Montagne Coupée entre 1987 et 2009. J’ai pu m’entretenir avec Mme Gadoury, ravie par mes démarches historiennes autour de ces pommiers et de ce lieu chargé d’événements, de patrimoine et cher à son coeur. Elle appelle de ses vœux de plus vastes recherches à propos de toute l’histoire de la Montagne Coupée.

Martine m’a mis en lien avec son cousin Pierre-Michel Gadoury, un historien amateur local, habitant la plus vieille maison de St-Jean-de-Matha. Passionné de patrimoine, il est l’un des fondateurs des « Compagnons de Louis Cyr », l’OBNL qui a mis sur pied et qui administre le musée de la Maison Louis Cyr, au centre du village. Nous avons regardé ensemble de vieilles cartes qu’il possède, représentant l’ancien cadastre du territoire de Saint-Jean-de-Matha. Il m’a indiqué un endroit sur le rang (sur le dernier faux plat de la descente avant d’arriver à l’Abbaye), un lot d’un arpent et demi de large, où a déjà existé une maison, sans doute toute une ferme, aujourd’hui disparue du paysage.

J’ai fouillé le Registre Foncier du Québec pour découvrir les chaînes de titres (listes des propriétaires qui se sont succédé) pour certains lots du chemin de la Montagne Coupée (qui était anciennement la section Ouest du rang St-Léon).

Ce fut une palpitante petite enquête, menée sur quelques mois.

Sans plus tarder, à la lumière des informations cumulées à ce jour, voici révélée la petite histoire des pommiers qui furent implantés au pied de la Montagne Coupée au siècle dernier jusqu’à ceux existant aujourd’hui. Toutes nouvelles informations, détails ou précisions sont toujours bienvenus !

***

Quelque part entre son établissement en 1917 et son décès en 1937, le cultivateur Albert Desrosiers (arrière-arrière-grand-père de François, qui a mené les recherches initiales) et son épouse Maria (Marie Anne) St-Georges implantent un verger de pommiers sur leur ferme. Ferme située sur ce rang alors baptisé St-Léon Ouest, de la Paroisse de St-Jean-de-Matha, au pied du « Mont Coupé » (selon la vieille appellation). Cette famille paysanne canadienne-française est établie sur un lot de terre (le no 17) déjà partiellement défrichée et rendue cultivable par les premiers colons, ceux de la seconde moitié du XIXe siècle, des Charbonneau et Durand qui les ont précédés.

La maison ancestrale Desrosiers est toujours là, au 200 Chemin de la Montagne Coupée. Elle est devenue depuis quelques années la «Maison des Forestibles de l’Abbaye», lieu de conditionnement de plantes et champignons sauvages comestibles cueillis sur le domaine appartenant aux moines Trappistes depuis 2009.

Suivant le décès d’Albert Desrosiers en 1937, vers l’âge de 56 ans, c’est son gendre Donat Gadoury, marié à sa fille Léona en 1930, qui reprend les rênes de la ferme. La famille de Donat, autre célèbre homme fort Mathalois, y demeure jusqu’en 1944. La terre familiale est alors vendue à Ange Albert Gravel, qui l’exploite jusqu’en 1958. La terre passe ensuite entre les mains de Louis Paul Nadeau, qui en est le propriétaire entre 1959 et 1972. Cette année-là, le fonds de terre revient en possession d’une lignée de Gadoury, quand Réjean et son épouse Simone Laporte en font l’acquisition. Durant la décennie 1970, ils mettent en place et opèrent un centre de ski de fond, une auberge, une boîte à chanson, (à l’existence brève, le temps de deux saisons 1972-1973), des écuries, etc. La Montagne Coupée devient à cette époque un haut lieu du tourisme, mais aussi de rassemblement culturel, dans Lanaudière. Félix Leclerc y est passé, et c’est là notamment que La Bottine Souriante a offert son premier spectacle. Y paraît que les environs, à cette époque, sentaient parfois très fort la «bourrure de boggey» (une vieille expression locale pour parler du cannabis) !

Tout ce temps, les pommiers d’Albert et Maria ont grandi, partie intégrante du décor. Ces arbres ont, des décennies durant, chaque année, rempli les corbeilles de fruits, nourri des générations de Mathalois.e.s. Sur la légère pente qui part désormais d’un stationnement et qui monte jusqu’au Magasin de l’Abbaye, il étaient encore fièrement debout en décembre 1978, lorsqu’un photographe de La Presse, Paul-Henri Talbot, passe par là pour un reportage sur le centre de ski et en croque le souvenir pour la postérité. Les derniers vénérables survivants auraient été abattus durant les années 1980, possiblement par Armand Gadoury, frère de Réjean. Pierre-Michel Gadoury pense que son père Armand, plus manuel que Réjean, a pu manier la scie mécanique pour commettre ces destructions du patrimoine pomicole, rasant les derniers pommiers plantés par les aïeux. Il dit que c’était son style, malheureusement insensible à la préservation du patrimoine.

Pistes de ski de fond de la Montagne Coupée, à travers les pommiers.

La Presse, 27 décembre 1978.
Photographe : Paul-Henri Talbot

***

Or, la pommeraie actuelle du domaine de l’Abbaye Val-Notre-Dame, avec une population dense de centaines de pommiers, est à environ 700 mètres de là. Entre l’emplacement du verger historique d’Albert Desrosiers et la « forêt de pommiers sauvages », on doit aujourd’hui traverser une plantation de conifères ainsi qu’une section de forêt mixte et déboucher sur un majestueux vallon au pied de la Montagne Coupée.

À première vue, il était difficile d’imaginer qu’elle puisse provenir de l’ancien verger d’Albert.

La pommeraie sauvage se trouve vers le centre de la photo.
Crédit photo : Emmanuel Beauregard, mars 2024

L’endroit où ont poussé des centaines de pommiers sauvages correspond plutôt aux anciens lots 9 et 10. Pierre-Michel s’est fait raconter qu’il y avait autrefois une famille établie, une demeure aujourd’hui disparue. L’hypothèse a germé que ce puisse être un ancien verger également disparu, planté par une famille ayant habité ces parcelles vers le milieu du XXe siècle, qui soit l’ancêtre de l’actuelle pommeraie sauvage. Pommeraie dont l’apparition progressive doit dater des années 1960-1970, l’âge estimé des plus vieux pommiers étant de 50-60 ans.

Toutefois, c’est la rencontre de Mme Linda Desrosiers (arrière-petite-fille d’Albert), laquelle habite depuis toujours dans le voisinage de l’Abbaye, qui fut déterminante afin de découvrir l’origine de la pommeraie.

En effet, en lui décrivant l’emplacement, parcouru par un ruisseau, Linda se souvient que dans son enfance (dans les années 1960 et début 70), avec toute la bande de joyeux « mayais » (jeunes), cousins et cousines pour la plupart, des Desrosiers et Gadoury, ils s’y rendaient pour pêcher de la «petite truite », qui remontait alors de la rivière l’Assomption, en aval, jusque dans ce petit affluent. Ils partaient des habitations cordées le long du rang, pour se rendre en gang jusqu’au bout des terres familiales, non sans passer à travers le verger d’Albert et Maria et s’y chaparder quelques bonnes pommes en guise de collation pour les heures à venir. Linda Desrosiers se souvient très bien de cela, des détails de leurs cannes à pêche rustiques, tout comme d’avoir lancé nombre de trognons de pommes à bout de bras dans ce secteur, après les avoir croquées. La marmaille était nombreuse et les excursions de pêche dans le ruisseau furent nombreuses, des années durant. À ses dires, à l’époque, il n’y avait pas un pommier là, voire presque pas un arbre, les foins étant fauchés jusqu’aux abords du ruisseau. Au fil des décennies, la superficie de la prairie a rétréci. Des zones au dénivelé plus important furent laissées en friches, tels les rives de ruisseaux, les coulées. Des pépins ont germé, de ces pommes transportées par les jeunes pêcheurs de naguère, aidés ensuite d’une panoplie d’animaux sauvages friands de ces fruits juteux et généralement sucrés.

Aperçu d’une section de la pommeraie sauvage de l’Abbaye, mars 2024.

Quel bonheur de découvrir de nos jours ces centaines d’arbres matures, laissés à eux-mêmes pendant des décennies, sans autre intervention humaine, portant des variétés uniques de pommes qui n’ont pas encore été baptisées. Les explorateurs fruitiers qui ont investi le site ne manquent pas d’idées pour mettre en valeur la «Pommeraie du ruisseau» ou le «Verger de la P’tite Truite» (je rigole, le nom officiel n’est pas encore arrêté). Sans blague, parmi les pommes championnes, il devrait selon nous y avoir, parmi d’autres, une «Gadoury», une «Albert Desrosiers» et une «Douce-amère de l’Abbaye».

Opération de taille des pommiers sauvages, mars 2024.

Souhaitons que l’histoire des pommes d’Albert continue à s’écrire, poétique, étonnante et savoureuse !

Grande reconnaissance à tous mes informateurs et informatrices !

Emmanuel Beauregard

technicien agricole, pomologiste chercheur
cueilleur de pommes sauvages et de variétés anciennes
historien amateur de la pomiculture dans Lanaudière

27 avril 2024

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Bretagne Cidre Littérature Voyages

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #XVI

Mark Gleonec, Contes et histoires du pays du cidre,
éditions MacGleo, 2012, 127 pages

Janvier 2024

En mode promenades

physiques autant que littéraires

entre le Québec et la Bretagne

les rivages du cidre des vieux

aux jeunes pays, des terroirs

qui portent des noms,

des transmissions, des pratiques

et savoir-faire, gestes

accompagnés d’une panoplie riante

de contes et légendes, histoires

courtes ou complexes qui racontent

la culture, les valeurs d’un peuple

que le peuple se raconte lui-même

Comme chaque hiver,

faisant le plein de lectures

pour le reste de l’année,

d’ouvrages de référence

qui nourriront mes rêves

et mes projets concrets,

j’ai bien sûr mis la littérature

pomologique à l’honneur !

Pour préparer et initier,

en quelques pages tripatives

un voyage alors imminent,

je me suis procuré un exemplaire

du second livre de Mark Gleonec,

juste avant de le retrouver en personne

en plein cœur de son pays de contes

et légendes : la Cornouaille, au sud du Finistère

J’en retire un projet de plus :

collecter les histoires, récits,

même les anecdotes savoureuses

autour des pommes et du cidre,

à travers les vergers de la Québécoisie

Chaque année qui s’écoule de jus,

de cidre, chaque saison qui fleurit

apporte son lot d’histoires,

plus ou moins drôles ou poétiques

dans la vie du Grand Verger Québécois

Il semble que j’aime les quêtes de longue haleine,

les recherches approfondies

la collecte d’informations sur des temps

de patience, au gré des trouvailles

jusqu’à ce qu’une somme et une forme émerge,

donne corps à une fructifiante arborescence

Vaste potentiel imaginaire

à l’évocation du pommier,

ses vergers et fruits enracinés dans

la culture nôtre depuis la Nouvelle-France,

mais surtout depuis le 19e siècle. Chargé

de symboles et de vertus, d’innombrables possibilités.

5 avril 2024

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Cidre Littérature Pomologie Rencontres

UN BRETON À LA RENCONTRE DES POMMIERS SAUVAGES  DU QUÉBEC

Mark Gleonec est un « Breton de Cornouaille », illustrateur, conteur et historien du cidre et de la pomme du Sud de la Bretagne. Invité par son ami Claude Jolicoeur, il était en visite au Québec à la fin du mois de septembre dernier. Accompagnés de leurs épouses, les deux sommités de la pomme et du cidre ont visité plusieurs forêts de pommiers sauvages, de Charlevoix à la Beauce, en passant par Lanaudière jusqu’à la Petite Nation (Outaouais).

« Macgleo », auteur d’un blogue, vient de publier les trois premiers articles d’une série de textes et de photographies rapportant son voyage au Québec, à travers la sorte d' »été des Indiens » (même sans gel avant le redoux) qu’on a eu cet automne.

Sa troisième chronique rapporte d’abord ses impressions et souvenirs de passage à Saint-Jean-de-Matha, pour rencontrer notre groupe de compagnons cidriers de Lanaudière. Il enchaine avec le récit de leur journée du lendemain en Outaouais, dans la Petite Nation, où ils ont accompagné Marie-Anne Adam et Gaston Picoulet de la micro-cidrerie Les Pommes perdues pour une session de cueillette et dégustations.

Crédit photo : Claude Jolicoeur

Le séjour de Mark parmi nous fut trop bref pour approfondir à satiété les conversations, et j’espère avoir l’occasion de faire plus ample connaissance avant trop longtemps ! Oui, un rêve de voyage m’habite, celui de retourner visiter le pays Fouesnantais, mais du côté du cidre cette fois …

Plus près de chez nous et plus certainement, je m’organiserai une tournée de ces jeunes cidreries québécoises qui ont commencé à mettre en valeur la géopoétique des pommiers sauvages, leur terroir pomicole local ! À la rencontre du savoir-faire et de l’inspiration, en mode partage.

30 octobre 2023

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Cidre Cueillette Histoire Littérature Pomologie Projets et collaborations

CÉLÉBRITÉS ISSUES DE PÉPINS – 1

Le Ministère lance aujourd’hui une série de chroniques à propos de célèbres variétés de pommes qui sont issues de pépins
(ou encore de drageons).

L’idée était en suspens depuis longtemps, et c’est une récente opportunité de cueillette hivernale de pommes ‘Golden Délicieuse’
(en vue d’en faire du cidre de glace), qui a réveillé le projet de faire connaître l’histoire de variétés connues et populaires qui sont nées de « semis de hasard ». La ‘Golden Délicieuse’ est l’une d’entre elles,
et d’une renommée internationale, qui plus est.

Le texte ci-bas est une traduction des pages 58 à 61 du fantastique livre « Apples of uncommon character : 123 heirlooms, modern classics, & little-known wonders » de Rowan Jacobsen, publié en 2014.

***

Alias : Mullins Yellow Seedling

Origine : Clay County, Virginie Occidentale, 1890.

Apparences : Devrait être large et modestement conique, avec des épaules rondes et une joyeuse peau jaune pointillée de taches de rousseur brunes. Trop souvent, elle est plutôt d’un vert pistache, cueillie tôt pour améliorer sa durée de vie en étalages. Le roussissement est un bon signe, comme l’est une touche de rose sur une joue.

Saveur: Pas tout à fait complexe, mais sacrément bonne, à la façon d’une pomme. Surtout sucrée, elle est à peu près aussi acide que du jus de pomme, mais il y a là une touche d’intrigue, un chuchotement de complexité melonnée qui a été trouvé dans les nombreux illustres descendants de la Golden Délicieuse.

Texture : Fraîchement cueillie, une Golden Délicieuse adéquatement cultivée a de charmantes qualités. Chaque morceau se sépare impatiemment du navire-mère et se précipite dans votre bouche, où vos dents trouvent leur mot à dire.

Saison : De septembre à octobre. Si elle n’est pas jaune, ne l’achetez pas. Se conserve bien jusqu’au printemps.

Utilisation : Consommées fraîches; tient bien en tarte (bien que nécessite du jus de citron).

Région : À la grandeur des États-Unis, bien que les meilleures soient cultivées dans les zones plus chaudes. Omniprésente dans les supermarchés aux USA et en Europe.

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« La saga de la Golden Délicieuse a débuté en 1891 dans le Comté de Clay, en Virginie Occidentale, sur la ferme de L.L. Mullins. Ce fut lorsque Mullins envoya son fils de 15 ans, J.M., pour faucher les champs. En 1962, J.M. Mullins, alors âgé de 87 ans, raconta au Charleston Daily Mail ce qui est arrivé ce jour-là : « Je balançais la faux d’un côté et de l’autre lorsque je suis tombé sur un petit pommier qui avait atteint environ 20 pouces de hauteur. Ce n’était qu’un nouveau petit pommier qui s’était porté volontaire à cet endroit. Il n’y avait pas le moindre autre pommier à proximité. Je me suis dit « Eh bien mon gars, je vais juste te laisser là », et c’est ce que j’ai fait. J’ai fauché autour, et à d’autres occasions j’ai fauché autour, encore et encore, et il s’est transformé en un petit pommier de belle apparence et devint éventuellement un grand arbre et a porté des fruits. »

L’oncle de J.M., Anderson Mullins, devint plus tard propriétaire de la ferme, et vers 1905 commença à remarquer l’arbre extraordinaire. La seule pomme jaune populaire dans le Sud à cette époque était la Grimes Golden, dont Mullins en avait plusieurs en culture dans le voisinage (l’un desquels en était probablement le parent). Mais ce n’était pas de la Grimes. Elle était bien plus large, plus croquante et sa saveur plus épicée. L’arbre dépassait en productivité tous les autres arbres de la ferme, et les pommes se conservaient magnifiquement jusqu’au printemps.

En 1913, Mullins jugeait qu’il avait quelque chose d’extraordinaire entre les mains, et décida ainsi de poster quelques exemplaires de la Mullins Yellow Seedling, comme il l’appelait, à Stark Bro’s, la pépinière de commandes postales du Missouri qui dominait le marché de la pomme à l’époque (et continue de prospérer aujourd’hui). Stark Bro’s avait rencontré un énorme succès avec leur pomme Délicieuse en 1895, et Mullins pensa qu’ils pourraient faire quelque chose avec sa pomme. En avril 1914, il leur envoya 3 pommes de plus, un geste sournois de sa part, parce qu’à cette saison les louables capacités de conservation des fruits étaient évidentes. Les frères Paul et Lloyd Stark étaient plus intéressés par les pommes rouges, qui avaient plus d’attrait commercial, mais ils eurent une épiphanie lorsqu’ils ont goûté la pomme de Mullin. « Nous n’avions jamais expérimenté une telle saveur épicée avant, particulièrement dans une pomme jaune », écrivit plus tard Paul Stark. La principale pomme jaune à l’époque était la Grimes Golden, mais la petite taille de cette pomme avait toujours limité sa popularité. Stark décida qu’une grosse pomme jaune croquante pour complémenter leur Rouge Délicieuse serait une excellente idée, alors il voyagea un millier de miles en train, et les derniers 25 miles à dos de cheval, pour atteindre la ferme des Mullins. Il n’y avait personne à la maison, mais Stark put voir le verger sur le versant derrière la maison, et il commença à fouiner. La plupart des arbres qu’il vit étaient en mauvais état, et il dut commencer à douter qu’il était au bon endroit. Alors, se remémora-t-il plus tard, quelque chose attira son attention. « Là, se dessinant au milieu de petits arbres sans feuilles, se trouvait un arbre doté d’un feuillage vert intense, comme s’il avait été transplanté du Jardin d’Éden. Les rameaux de cet arbre pliaient au sol sous une prodigieuse production d’excellentes, glorieuses et luisantes pommes dorées. Tandis que je m’en approchais, une crainte me dérangeait. Et si ce n’était qu’un pommier de Grimes Golden, après tout ? Je me suis approché et vit que les pommes étaient 50 pourcent plus larges que des Grimes Golden. J’en ai cueilli une et croquai dans sa chaire croquante, tendre et chargée de jus. Eureka ! Je l’avais trouvé ! »

Starks paya 5000 $ à Mullins pour les droits de propagation de l’arbre et pour les 900 pieds carrés de sol autour de celui-ci. Il bâtit une cage de bois et de fil de fer autour de l’arbre, pour décourager les greffeurs nocturnes, complétée avec une alarme électrique. En 1916, il présenta au monde en tant que Golden Délicieuse, qui est allée vers la célébrité et la fortune, aussi bien qu’une carrière au Secrétariat du monde des pommes, créant les Jonagold, Ozark Gold, GoldRush, Mutsu, Arlet, Elstar, Pinova, Gala, Pink Lady et plusieurs autres. En fait, la prévalence de ses gènes dans l’univers de l’approvisionnement en pommes a contribué à ce qu’elle soit choisie comme pomme à décoder pour le Apple Genome Project, qui a publié en 2010 la séquence génomique complète de la Golden Délicieuse.

Durant des décennies, la Golden Délicieuse se situait au second rang dans la production de pommes aux USA, plusieurs longueurs derrière la Rouge Délicieuse, maintenant un respectable 15 à 20%. Mais en 2016 la Gala, son propre enfant, l’a poussé au 3e rang, et aujourd’hui la Golden Délicieuse maintient environ 10% du marché. (En Europe, toutefois, la Golden Délicieuse est la pomme au sommet depuis 1945, lorsqu’elle arrivée comme élément du Plan Marshall pour relancer l’agriculture Française, et elle continue d’occuper environ 25% du marché, plus du double que n’importe quelle autre variété). Qu’est-ce qui explique une telle popularité ? Personne d’autre que Paul Stark, en complet mode « P.T. Barnum », n’a jamais affirmé qu’il s’agissait d’un coup de grâce gustatif. La Golden Délicieuse est plutôt la pomme qui fait tout assez bien, en étant un rêve de cultivateur. C’est une pomme sympa, grosse, plaisante, assez croquante et très sucrée, avec un profil aromatique grand public et une bonne fraîcheur, qui convient aux tartes, et peut durer longtemps entreposée. Pour les producteurs, elle génère chaque année des récoltes exceptionnelles avec peu de drame. Ce n’était pas une pomme difficile.

C’était une excellente formule pour le succès dans les années 1950. Même dans la décennie 1990, le supermarché américain typique avait trois variétés de pommes : la verte Granny Smith, la jaune Golden Délicieuse et la Rouge Délicieuse. L’une pour la cuisson, l’une pour la consommation fraîche et l’autre à regarder de loin. Mais les meilleurs jours de la Golden Délicieuse sont probablement derrière elle. C’est toujours la pomme de choix pour la nourriture de bébés (où la clientèle ne semble pas se plaindre de la saveur moyenne et faiblement acide), et une bien mûre directement tirée d’un arbre Appalachien peut toujours avoir ses charmes, mais si ce sont les pommes sucrées que vous aimez, il y a de plus aromatiques options.

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

17 février 2022

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Le pommier, une histoire d’amour

Un très bon article de l’historien Jean-François Nadeau, publié dans Le Devoir le 31 août 2020, où la question des variétés anciennes est cependant traitée trop courtement.

Le Ministère des pommeraies voit clairement un intérêt pour les variétés ancestrales qui poussent encore ici et là dans nos campagnes, et le besoin de mener des recherches pour les retrouver et préserver.

***

LE POMMIER, UNE HISTOIRE D’AMOUR

Sur plus de 200 variétés de pommes susceptibles de croître sur les rives du Saint-Laurent, nous n’en connaissons plus, au mieux, que quelques-unes, à peu près toujours les mêmes.

Depuis toujours, ils servent à bâtir autant qu’à rêver… Dans cette série estivale, Le Devoir tente de cerner de quel bois sont faits les arbres qui nous entourent. Aujourd’hui : le pommier.

« Chaque pomme est une fleur qui a connu l’amour », écrivait Félix Leclerc dans un de ces carnets d’écrivain où il jouait, en grand lièvre sage qu’il était, à philosopher aux pourtours d’une nature à laquelle il accrochait ses pensées. Il n’empêche qu’au pays des hommes, les histoires d’amour, y compris celles des arbres, finissent mal en général. En sera-t-il différemment, au fil du temps, pour cet arbre nourricier qu’est le pommier ?

Au Québec, chez les 463 producteurs de pommes officiellement répertoriés, on récolte environ 5,3 millions de minots chaque année. Un minot ? L’équivalent de 19 kilos de pommes. Faites le calcul : ce sont plus de 100 millions de kilos de pommes qui sont engendrés par ces vergers, sans compter les variétés sauvages, cueillies encore ici et là, en bordure des champs, et les vergers privés qui ne sont pas comptabilisés.

À l’automne, la cueillette des pommes conduit aux effluves en cuisine des compotes, des tartes, des croustades et autres délices, sans oublier les jus frais, les cidres, les brandys. La pomme représente, depuis fort longtemps, une idée forte de ce qu’est l’Amérique, même si le pommier n’est pas autochtone. Les pommiers tels que nous les connaissons n’existaient pas avant la colonisation du continent.

L’éclatant New York n’est-il pas représenté aujourd’hui sous la forme d’une grosse pomme ? Les Beatles, après avoir conquis l’Amérique, et à leur suite une des marques les plus célèbres de micro-ordinateurs n’ont-ils pas adopté la pomme comme symbole commercial transnational ? Sans doute n’est-ce pas par hasard que le narrateur-écrivain de bien des romans de l’Amérique de Victor-Lévy Beaulieu souligne toujours qu’il se penche sur une table « en bois de pommier » lorsque vient le temps de se délivrer par l’écriture des histoires qui le hantent.

Venus à l’origine d’Asie, les premiers pommiers à avoir été plantés en Amérique furent arrachés à la Normandie pour être mis en sol du côté de Québec et de Port Royal, en Acadie, au début du XVIIe siècle. Les Sulpiciens, seigneurs de Montréal, en plantent parmi les premiers dans leurs jardins. Les Jésuites, pour leur part, en font pousser sur le mont Royal, plus ou moins à compter de 1670.

Des pommiers furent cultivés avec attention à Montréal, puis dans ses environs. Le chef du Parti patriote, le distingué Louis-Joseph Papineau, leur vouait une affection passionnée. Dans son journal, son fils Amédée raconte que le grand orateur possédait à Montréal « un grand jardin et verger sur la rue Saint-Denis, occupant tout l’espace entre les rues De La Gauchetière et Dorchester [boulevard René-Lévesque], et se prolongeant en arrière, presque à la rue Sanguinet ». Aussi bien dire que sur les terrains où se trouve désormais l’UQAM, les principaux fruits produits à cette époque n’étaient pas ceux de l’esprit, mais bien ceux des pommiers.

Dans le fief familial de Montebello, à la seigneurie de la Petite-Nation en Outaouais, Louis-Joseph Papineau ne cesse de commander des pommiers de différentes variétés, ce qui favorise comme on le sait une meilleure pollinisation. En 1855, le tribun écrit : « J’ai fait planter cent cinquante pommiers et un plus grand nombre d’arbres d’ornement. »

En marge de ses pommiers adorés, Papineau évoque volontiers la beauté du printemps, ce temps où la nature lui semble particulièrement riche et belle, la floraison des arbres fruitiers en particulier produisant un effet inégalé au milieu des campagnes.

Depuis, le pommier n’a cessé d’être hybridé pour s’adapter aux besoins des cultures autant que pour résister aux maladies qui l’assaillent. « Les variétés anciennes ont été remplacées par des variétés que l’on découvrait pour leurs qualités gustatives supérieures », explique l’agronome Monique Audette des Vergers du Lac, entreprise située à Dunham, dans les Cantons-de-l’Est.

La pomme est attaquée par différentes manifestations de la tavelure, cette brûlure causée par un champignon. « Cela peut mettre en danger le commerce, mais pas le pommier », explique Monique Audette. « Par contre, le feu bactérien, pour les pommiers cultivés, peut être un vrai problème. Mais je ne connais pas pour l’instant une menace globale qui pèse sur les pommiers. Cependant, avec les changements climatiques, on ne sait pas du tout ce qui peut arriver. »

On a réussi, jusqu’ici, à développer, soit par hybridation classique, soit par mutations génétiques, des variétés de pommiers qui sont plus résistantes à des affections qui menacent la commercialisation. La Liberty, la Redfree, la Freedom et la Jonafree sont au nombre des variétés qui laissent croire que la croissance de pommes saines est à placer d’emblée du côté d’une manifestation de la liberté…

La pomme est un miracle de l’entêtement des hommes. Le pommier risque-t-il de connaître un jour le triste sort que plusieurs autres arbres splendides ont connu au cours du siècle dernier ?

Quatre milliards de châtaigniers nourriciers peuplaient l’Amérique du Nord. Ces géants se sont d’abord évanouis sous les pressions des coupes forestières des colonisateurs européens, puis sont disparus du paysage, en quelques décennies du début du XXe siècle, à cause d’une maladie. Il y en avait alors jusqu’à la pointe sud du Québec. Vers 1904, on observa pour la première fois son dépérissement à New York, à la suite de l’importation de quelques plants d’une variété asiatique de la même espèce. Quand on en trouve encore, ils ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils ont été, décimés, en voie d’extinction complète. Ce sont pratiquement 99 % des arbres de cette espèce qui ont été tués dans le premier tiers du XXe siècle. Le chancre destructeur, Cryphonectria parasitica, avait été importé d’Asie.

Disparus, eux aussi, en quelques dizaines d’années, les ormes d’Amérique, majestueux parapluies qui ombrageaient le paysage des campagnes québécoises, lui donnant souvent tout son romantisme. L’arbre fut ravagé par la graphiose, une infection produite par un mycoparasite arrivé au début du XXe siècle. À lui aussi, les spécialistes prédisent une disparition quasi complète. Il en va de même pour les frênes, avalés à toute vitesse pas l’agrile, un insecte venu lui aussi d’Asie, dont l’existence, malgré la vaccination de nombreux arbres, ne pourrait bientôt être qu’un souvenir. Les avis d’interdiction de déplacement du bois de frêne ou de mise en quarantaine des propriétés les plus touchées n’ont jusqu’ici rien donné.

Condamnés à mort

Qui sait si le pommier ne connaîtra pas un jour, à son tour, une attaque destructrice ? En attendant, il faut bien l’observer, nombreuses variétés anciennes auxquelles nos aïeux étaient habitués ont déjà à peu près disparu. Mais pas à cause de maladies. Elles ont été plus ou moins condamnées à mort, au nom de la toute-puissance du marché. Ces vieilles variétés, souvent très bonnes, étaient coupables de ne pas se conserver aussi bien dans les transports. Elles obéissent moins bien à la réfrigération et se meurtrissent davantage que les variétés les plus commerciales qui ont pris le dessus dans les étals des marchés. Qui connaît encore la Duchesse, la Macoun, l’Alexandre, la Calville, la Fameuse, la Reinette, la Melba ? L’agronome Monique Audette estime qu’on a tendance à embellir les souvenirs de ces fruits. « Je mets parfois au défi les gens de goûter à l’aveugle des pommes. Ce ne sont pas ces variétés anciennes, si valorisées dans les souvenirs de notre enfance, qui sont les préférées ! »

Pendant longtemps, le souci de la qualité des fruits n’était pas très présent. Les pommes étaient désirées beaucoup pour fabriquer du cidre. À l’heure de la prohibition, le cidre est interdit. Il va le rester jusqu’en 1970, pour favoriser les intérêts commerciaux de la puissante industrie de la bière. Le cidre ne va revivre que petit à petit, après cinquante ans d’interdiction, alors qu’il avait constitué une des principales boissons populaires auparavant.

Sur plus de 200 variétés de pommes susceptibles de croître sur les rives du Saint-Laurent, nous n’en connaissons plus, au mieux, que quelques-unes, à peu près toujours les mêmes : McIntosh, Empire, Cortland, Lobo, Paulared, Spartan et autres Honeycrisp. « Des programmes d’amélioration génétique font que même plusieurs de ces variétés, comme la McIntosh, sont appelées éventuellement à être remplacées. »

22 janvier 2022

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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #11

Les Fruits du Québec – Histoire et traditions des douceurs de la table

Cet ouvrage de l’historien et ethnologue Paul-Louis Martin, publié
chez Septentrion en 2002, est une autre référence incontournable
pour qui s’intéresse aux variétés anciennes de fruits au Québec.

https://www.septentrion.qc.ca/catalogue/fruits-du-quebec-les

Selon les compilations de l’auteur, les variétés de pommes qui ont été présentes au Québec pourraient atteindre 400, si l’on se fie aux mentions et aux traces écrites.

Il y avance ceci : « Quant à savoir les distinguer avec certitude et pouvoir les repérer dans les vergers ou ailleurs dans les paysages de nos campagnes, il s’agit là d’une démarche ardue, longue et systématique, qui devrait pourtant être entreprise par des autorités responsables : le Québec pourrait ainsi s’inspirer de l’exemple de la Belgique, petit pays qui n’a pas hésité à mettre sur pied une équipe de recherches et à créer un conservatoire des ressources génétiques fruitières (CRA de Gembloux) qui distribue dans le grand public ces trésors du patrimoine végétal national. »

Parmi les variétés ancestrales de pommes les plus anciennes et répandues au Québec, l’historien décrit celles-ci (avec leurs autres appellations entre parenthèses) :

• Fameuse (Pomme de neige, Fameuse rouge, La Belle Fameuse, du Maréchal. En anglais : Chimney Apple, Sanguineous, Snow, Royal Snow)

• Saint-Laurent d’hiver (Winter Saint-Lawrence, Montreal)

• Saint-Laurent d’été (Rambour barrée, Summer Saint Lawrence)

• La Bourassa

• La Pomme Grise de Montréal (Reinette grise, Pomme de cuir, Grise, French Pippin, French Reinette, Gray Apple)

• Les Calville rouges et Calville blanches

• L’Alexandre (Empereur Alexandre, Russian Emperor, Aport Alexander, Aporta)

• La Duchesse (Dutchess of Oldenburg, Borowitsky, New Brunswick, Charlamowsky)

• La McIntosh (Mac, McIntosh Red)

• La Jaune Transparente (Pomme blanche, Blanche d’été)

• Les pommettes : Belle de Montréal, Cirée de Montréal, Rouge transcendante, Jaune de Sibérie, Dolgo

19 septembre 2021

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L’HISTOIRE POUSSE DANS NOS ARBRES

Un Johnny Appleseed moderne ratisse les chemins éloignés du pays pour des pommes d’autrefois qui disparaissent des tables du Québec.

13 septembre 2008 – MARIAN SCOTT – THE GAZETTE

INVERNESS – Yves Auger fait son chemin à travers un dense fourré. « Regarde » dit-il. « C’était un verger ». Un pommier tordu s’élève parmi les ronces, ses branches chargées de fruits rosés.

Plus de pommes tapissent le sol sous nos pieds.

Auger cueille un spécimen veiné de rose et tranche un morceau du fruit doux et croustillant avec son couteau de poche.

« Juste un soupçon de salinité », commente-t-il, comme un goûteur de vin testant le Beaujolais nouveau de l’année. La pomme, une Melba Rose, est une variété locale. Auger, 54 ans, est un Johnny Appleseed des temps modernes. Sa mission : sauver les variétés de pommes que nos grands-parents croquaient quand ils étaient petits.

Pendant 25 ans, le professeur d’arboriculture au Cégep de Victoriaville a ratissé les arrières rangs du piémont Appalachien, 2 heures au sud-est de Montréal, près de Thetford Mines, sauvant les pommes ancestrales de l’oubli.

Il y a un siècle, chaque ferme sur ces vastes hautes-terres avait son propre verger. Il y avait des pommes pour croquer et d’autres pour cuisiner; des pommes d’été et des variétés à mûrissement tardif qui duraient à travers l’hiver.

Mais au fil des ans, les familles Irlandaises, Écossaises, Françaises et Anglaises qui ont colonisé la région au début du 19e siècle se sont éloignées. Des noms de lieux comme Inverness, Ireland et Dublin Road attestent de leur présence.

Maintenant, les broussailles récupèrent des fermes abandonnées que ces pionniers ont laborieusement défrichées. Et les variétés de pommes qui naguère poussaient ici – comme les Alexandre, Duchesse, Wealthy, Pommes Pêche, Fameuse, Jaune Transparente, Strawberry, Red Atrachan et Wolf River – disparaissent.

Les pommes sont un microcosme de la rapetissante biodiversité de l’agriculture.

Les trois-quarts des variétés des produits agricoles ont été perdues au cours du dernier siècle, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Seulement 12 cultures et cinq espèces animales fournissent maintenant plus de 70 pourcent de l’alimentation humaine.

La diversité agricole est essentielle, soutient la FAO, afin que les humains survivent aux changements climatiques. Les variétés régionales offrent aux scientifiques du matériel génétique pour développer des cultures plus résilientes. Les variétés traditionnelles que les fermes ont adaptées aux conditions locales résistent souvent mieux aux ravageurs et maladies que les monocultures qui requièrent un usage extensif de pesticides et fertilisants.

Des tomates ancestrales au melon de Montréal, les jardiniers et agriculteurs biologiques font revivre des variétés anciennes mises de côté dans la poursuite impitoyable de la plus grande efficacité du commerce alimentaire mondial.

En février, la Norvège a ouvert une « voûte de l’apocalypse » dans l’Arctique pour préserver les semences de millions de variétés de produits alimentaires. La Fondation pour la Biodiversité de Slow Food appelle aussi à la préservation de spécialités régionales. L’an dernier, la fondation internationale a ajouté la variété de pomme Gravenstein de Nouvelle Écosse à son Arche du Goût, une liste globale de l’aliments menacés.

Quelques douzaines de variétés de pommes à succès commercial ont remplacé les milliers qui poussaient jadis dans les vergers d’Amérique du Nord.

« Les chaines de supermarchés veulent de gros volumes », dit Marc Girard, 48 ans, un pomiculteur de 7e génération à Saint-Joseph-du-Lac qui a un étal au Marché Jean Talon.

Pour être viable commercialement, les pommes doivent être uniformes, attirantes et résister au transport et à l’entreposage.

C’est pourquoi vous trouverez des pommes McIntosh, Spartan, Cortland et Empire du Québec, Gala et Braeburn de Nouvelle-Zélande et Rouge Délicieuse de l’État de Washington au supermarché – mais pas de variétés moins communes des vergers du Québec.

Même dans les marchés fermiers, dit Girard, il n’y a pas de demande pour les pommes de l’ancien temps avec lesquels il a grandit. « Tout le monde veut de nouveaux produits ».

Girard conserve encore quelques-uns de ses arbres ancestraux favoris, incluant un qui produit de juteuses et rouges pommes Wealthy. « Ça me rappelle des souvenirs. »

Jean-Pierre Lemasson, un professeur de sociologie de l’alimentation à l’Université du Québec à Montréal, dit que la perte de vieilles variétés n’est pas nécessairement la cause de préoccupations.

« C’est vrai que l’on a perdu quelques espèces, mais nous en avons obtenu d’autres », dit-il.

« L’héritage alimentaire ne devrait pas être préservé comme un monument ».

Les pommes ne sont pas indigènes d’Amérique du Nord. Le premier fermier de Nouvelle-France, Louis Hébert, a planté des pommiers de Normandie lorsqu’il s’est établi à Québec en 1617.

Au 18e et 19e siècles, une multitude de nouvelles lignées furent introduites des Îles Britanniques par les colons, et importées de Russie, des États-Unis et d’Europe.

John McIntosh du Comté de Dundas, au Haut-Canada, a développé le fruit le plus célèbre du Canada en 1836, probablement à partir d’une vieille variété du Québec, la Fameuse ou la St-Laurent.

Conserver les vieilles variétés de pommes est plus compliqué que de conserver les pépins.

Contrairement, disons, aux tomates, haricots et poivrons verts, les semences d’une variété comme la McIntosh ne produiront pas un arbre de McIntosh, mais bien une entièrement nouvelle variété.

C’est parce qu’un semis de pommier – comme les humains – combine l’ADN du parent femelle (l’arbre sur lequel la pomme a poussé) et le parent mâle (l’arbre qui a fourni le pollen, disséminé par les abeilles, d’autres insectes ou le vent).

Pour reproduire une variété particulière de pomme, vous devez greffé la partie d’une branche, appelée scion, sur un porte-greffe. Chaque arbre de McIntosh jamais cultivé a ét greffé d’un descendant de l’arbre originel. Tous les pommiers cultivés commercialement sont greffés sur différents porte-greffes.

En plus d’enseigner le greffage d’arbres au Cégep de Victoriaville, Auger vend des arbres de variétés ancestrales via sa page web, pepiniereancestrale.net. Il a réduit cette entreprise récemment parce qu’il a déménagé et a un horaire chargé d’enseignant.

À La Pocatière, à 140 kilomètres au nord-est de la ville de Québec, le groupe de patrimoine rural Ruralys a créé un verger patrimonial afin de préserver les variétés locales de pommes, poires et prunes. Le groupe vent aussi des arbres aux jardiniers à travers le Québec. Il tient une dégustation publique à la fin septembre où les visiteurs peuvent tester les fruits ancestraux.

« C’est un patrimoine de goûts qui est tombé dans l’oubli », dit Catherine Plante, une agente de développement avec cette organisation.

La dégustation de l’an dernier a fait revivre de précieux souvenirs pour plusieurs visiteurs aînés, dit-elle.

Leurs yeux sont devenus gros comme des pièces d’une piastre et ils ont dit, « Oh – ça goûte comme les pommes que je mangeais quand j’était petit ! »

La passion d’Auger pour les pommes ancestrales date de son enfance à la ferme près de St-Ferdinand.

« Mon père me disait le nom de chaque variété. », se souvient-il. L’une était la pomme de Montréal, un petit fruit âpre utilisé surtout pour de la gelée de la compote. « Elle n’existe plus, malheureusement. »

Auger dresse la carte des anciens vergers le long de voies publiques comme le Chemin Craig, construit en 1810 de la Ville de Québec aux Cantons-de-l’Est pour ouvrir la frontière aux colons Britanniques.

Il demande aux propriétaires des terrains de signer un formulaire lui accordant la permission de prendre des photographies et des échantillons.

Auger dit qu’il peut souvent reconnaître une ancienne ferme même lorsque la maison et les bâtiments sont depuis longtemps disparus. Quand je vois un bel emplacement, je sais qu’il devait y avoir une ferme là. » Souvent, tout ce qui reste d’une ancienne maison de ferme est une fondation de pierres.

Des entrevues avec les résidents locaux – spécialement les agriculteurs aînés – aident à remplir les vides à propos des fruits oubliés. Quand Auger découvre une variété qu’il ne peut identifier, il la nomme selon la ferme ou la route où il l’a trouvée. Une trouvaille récente fut la pomme McKillop, un fruit courtaud de la couleur d’une Granny Smith. Elle prend son nom d’une route qui rappelle les pionniers d’origine du secteur.

Quelques uns des pommiers ancestraux qu’il découvre poussant sauvagement sont surprenamment libres d’insectes, notes Auger, qui utilise des méthodes biologiques. En contraste, dit-il, les pommes McIntosh sont extrêmement susceptibles aux maladies.

Jeanne d’Arc Beaulieu, 72 ans, cultive plus d’une douzaine de variétés sur sa ferme de 135 ans à Inverness.

Chaque pomme a une utilité, dit-elle : la Duchesse est bonne pour le ketchup alors que la douce comme du miel Pomme Pêche, avec sa peau teintée d’orangé et sa chaire jaune, est bonne pour faire des gelées.

Mais les plus jeunes générations ne sont pas intéressées par les vieilles variétés, dit Beaulieu.

« Les grands-parents sont décédés. Les jeunes n’ont pas le temps de faire de la compote de pommes. Ils l’achètent au magasin. »

Source : https://www.pressreader.com/…/20080913/282720517767688

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

16 septembre 2021