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Rencontre entre artisans cidriers du terroir en devenir, chez Claude Jolicoeur à Québec – Janvier 2025

Votre humble serviteur et promoteur des friches et des pommeraies – mais aussi des pommes sauvages, et du bon cidre qui en est tiré – a récemment eu la chance, voire le privilège d’être invité à une rencontre informelle entre cidriers, chez l’expert international du cidre Claude Jolicoeur, en sa résidence de Québec. Installés au sous-sol de sa maison, nous étions près d’une quinzaine de comparses, en provenance de différentes régions du pays en devenir (Charlevoix, Côte de Beaupré, Québec, île d’Orléans, Gaspésie, Beauce, et moi-même pour Lanaudière). Nous espérions la présence de Gaston Picoulet de Les Pommes perdues, en Outaouais, qui était de la sélective invitation (espace limité pour accueillir), mais qui n’a malheureusement pu se joindre à nous.

Nos chaises et nos regards formaient un cercle – tout ouïs et palais curieux – ouverts à la rencontre avec d’autres petits cidriculteurs artisans dont les productions commerciales sont en démarrage. Depuis 5 ans, tout au plus, dans le cas de Jean-Sébastien Hébert de la Ferme de l’Alchimiste, à Maria, dans la Baie des Chaleurs. La plupart des autres ayant commencé leurs activités commerciales depuis un an ou deux seulement, ou venant tout juste de recevoir leur permis. Tous les invités de la Gaspésie ont fait acte de présence (et déplacements !), à la surprise de Claude. Le gars derrière le Ministère des Friches et des Pommeraies (moi-même) était l’exception, menant encore, à ce stade, ses expériences en amateur, pas prêt à commercialiser ses cidres.

Ça a eu lieu y a un mois déjà ! le samedi 25 janvier dernier, dans « une joyeuse anarchie » (dixit Claude), où se créait une petite communauté d’esprit autour de la fabrication de cidres utilisant des pommes sauvages, des cidres nature, puisant dans le terroir local. Nous n’étions que des hommes, et nous l’avons remarqué, outre Banou, conjointe de Claude, qui est restée à l’étage, occupée à de la poterie. L’un des disciples demande au gourou du cidre qui nous réunissait : « Y’en as-tu des femmes, au Québec, dans le domaine du cidre ? ». Sans mal, j’ai aidé Jolicoeur à retrouver le nom de la copropriétaire-fondatrice du verger-cidrerie Qui Sème Récolte à Saint-Jean-de-Matha, Nathalie Rainville. Il y en a certainement d’autres, qui sont plutôt dans l’ombre, ou qui font équipe avec leur conjoint dans une entreprise commune.

C’est grâce à Banou, peut-être bien, qu’a eu lieu cette enrichissante rencontre. Elle m’a dit avoir fait remarquer à Claude, grand voyageur et animateur d’ateliers un peu partout sur la Planète Cidre, qu’il n’avait jamais rien organisé de la sorte au Québec.

Toujours est-il qu’en ce beau samedi après-midi, après un petit tour de présentation de chacun, un premier tour de dégustations fut lancé pour les cidres que nous avions tous apporté, de nos propres cuvées. Petits verres d’une grosse vingtaine, sinon d’une trentaine de cidres différents, l’après-midi et la soirée durant. Dégustations entremêlées d’échanges spontanés et curieux : sur les techniques des uns et des autres (dont le dégorgeage et le moment parfait pour l’embouteillage), les variétés, les lieux de cueillette, la mise en marché, etc. Pour souper, nous avions opté pour la formule potluck, où chaque convive apporte un plat à partager.

On a goûté de bonnes choses là ! En entrée, un « cidre d’hiver », fabriqué par Jolicoeur avec des pommes « à croquer », principalement des variétés commerciales ou parfois avec pommes sauvages, mais toutes acidulées. Par l’effet du gel-dégel, les tanins de l’épiderme, dont les cellules sont brisées, migrent vers le jus. Le résultat est quelque chose à mi-chemin entre un cidre de glace et un cidre plus traditionnel, pas aussi concentré en sucre que le cidre de glace, donc plus « pintable » que ce dernier. Il a aussi plus de corps, plus de complexité aromatique (tanins) qu’un cidre fait avec les mêmes pommes acidulées qui n’ont pas subi l’effet du gel-dégel.

Ce fut l’occasion de rencontrer quelques personnes avec qui j’avais déjà eu des échanges téléphoniques, par écrit, ou dont nous suivons mutuellement nos pages publiques, sur le web. Des personnes dont j’apprécie depuis quelque temps les démarches et dont j’aimerais visiter les installations cidricoles cette année. Je pense à :

• Alain Beauséjour et son fils Simon, copropriétaires de la Cidrerie L’Enraciné, à La Guadeloupe, en Beauce. Le projet a ét initié par le père horticulteur afin de mettre en valeur les centaines de pommiers sauvages dégagés de la forêt sur le terrain familial, Projet auquel s’est greffé le fils, biologiste et musicien formé en agriculture biologique.

• Luis Gauthier et Joshua Burns, de Caplan, dans la Baie des Chaleurs, en Gaspésie, dont la cidrerie n’a pas encore de nom public établi. Ils mettent en valeur un vieux verger longtemps abandonné qu’ils ont restauré, tout en cueillant et sélectionnant aussi les pommes sauvages de leur futur terroir cidricole régional. Leur démarche Gaspésienne a d’ailleurs été mon inspiration pour entrer en contact avec Claude Jolicoeur, et comme eux organiser une première rencontre-dégustation régionale de pommes sauvages à potentiel pour la cidrerie dans Lanaudière, en 2023.

• Jonathan Cloutier et Raphaël de la Cidrerie Les Travaux & les Jours, basée aux Éboulements, dans Charlevoix. Je suis fort interpellé par leur démarche qui fait appel à l’implication et l’engagement de leur communauté dans le projet, tant pour des journées de cueillette et de presse des pommes que pour la mise en marché des cidres. C’est un autre projet autour des pommes sauvages, enraciné dans un terroir local, à petite échelle, qui ressemble à ce que j’aimerais développer dans Lanaudière.

Je suis très heureux également d’avoir fait la rencontre de tous les autres cidriers présents !

• Jean-Sébastien, l’autre Gaspésien, derrière la Ferme de l’Alchimiste qui est aussi un passionné de pommes sauvages locales, et l’auteur de cidres élaborés en toutes petites cuvées, privilégiant la qualité sur la quantité. C’est celui qui nous a interpellés à propos des enjeux liés à l’agriculture de proximité et la commercialisation des cidres des fabricants artisans, qui plus est en région éloignée au Québec.

• Daniel Blais, du Clos Shanouk à l’île d’Orléans, un spécialiste du dégorgement ! Un autre fervent du cidre nature !

• Le trio de Terre 50, qui a remis en état de culture de vieux vergers sur la Côte-de-Beaupé (Michel, Michael et Benoît), spécialisés dans les macérations carboniques et pelliculaires, qui produisent des cidres pétillants et mousseux. Ils produisent notamment un cidre à l’aronia et un assemblage pomme et poire.

• William Lafortune, le plus jeune de la bande, qui après quelques années de production de cidres, de vin et de piquette en « mode garage » (touries et dame-jeanne à l’échelle maison), s’est lancé l’automne dernier dans une production commerciale, en voie de fermentation. Il a eu une opportunité avec une cidrerie de son coin, en y agissant à titre de « cidrier invité », pour y réaliser une cuvée « sans domicile fixe ». Un modèle d’affaires inspiré par ce qui se fait dans le vin, comme avec Lieux communs.

Grands mercis encore à Claude d’avoir rendu possible cette rencontre, enrichissante pour tout le monde, j’en suis convaincu ! Nous espérons vivement qu’elle aura des suites.

En conclusion, attendez-vous à suivre le Ministère des Friches et des Pommeraies en visite sur les routes du cidre dans le Sud et l’Est du Québec en 2025 !

PS – Il n’est tristement resté aucune trace photographique de la rencontre, d’où la seule photo de Jolicoeur qui orne le texte.

24 février 2025

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Bretagne Cidre Voyages

LA ROUTE DES CIDRES DE CORNOUAILLE ET CELLES À 3 GRAMMES …

Le mois dernier je faisais une tournée

de cidreries sur la côte sud du Finistère

en Cornouaille; virée dont voici un résumé !

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Logo de la Route du Cidre en Cornouaille, incluant son nom breton : « Hent ar sistr ».

Grâce à l’aide amicale et formidable des deux chauffeurs désignés qui m’ont accompagné et d’Annie qui m’a prêté sa voiture à l’occasion, en tout, j’ai mis les pieds dans les boutiques de huit cidreries de La Route du Cidre en Cornouaille, sur les quatorze que compte le circuit. Pas mal quand même ! J’ai eu la chance qu’on m’offre de petites visites guidées de plusieurs d’entre elles, ayant chaque fois le loisir de questionner l’un des propriétaires ou fondateur sur leurs pratiques, canaux de mise en marché, modes et enjeux de récolte, et d’autres préoccupations de cidrier amateur ou aspirant professionnel.

Voici quelques brèves descriptions et liens vers les vitrines web de chacune des cidreries de Cornouaille que j’ai eu le plaisir de visiter durant mon séjour, en janvier.

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La première place où Mark Gleonec m’a amené, à bord de sa fidèle Megane, c’est la cidrerie Menez Brug, à Fouesnant. La seule cidrerie de la localité, qui est pourtant le cœur historique du cidre Fouesnantais. Nous avons été reçus par son vieux copain, Claude Goenvec, patriarche et fondateur de l’entreprise cidricole, en 1989. Il m’a montré les équipements de base de l’exploitation (récolteuse à pommes, remorque, broyeur, presse, cuves, etc.) en plus de la chaîne d’embouteillage, et m’a donné à voir un aperçu des vergers hautes-tiges, puis le petit troupeau de vaches pie-noir, race patrimoniale bretonne.

Nous avons évidemment pris le temps de déguster les produits finis, et maintes fois primés, au comptoir de la boutique. Petits verres où humer le nectar, tournoyer le breuvage, boire et apprécier, commenter. Les cuvées s’enchaînent dans les verres, mon palais, et m’immergent dans l’esprit des lieux : cidre fermier, cidre de Fouesnant fruité, Cidre AOP Cornouaille, le Lambig de Bretagne AOC (eau de vie de cidre vieillie en fût de chêne) et la Gwen, autre eau de vie de cidre, blanche celle-là. Enfin, du Pommeau de Bretagne (assemblage de Lambig et de jus de pommes à cidre, vieilli en fût de chêne), une autre fierté locale.

En plein jour de semaine, j’y ai croisé Stéven et Lénaïg, les deux enfants de Claude qui ont pris la relève. Tous deux occupés à diverses tâches relatives à la cidrerie familiale, ils ne semblaient pas avoir le temps de s’arrêter pour placoter avec un québécois de passage en janvier, sans qu’il se soit préalablement annoncé qui plus est.

https://www.cidrerie-de-menez-brug.com

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Quelques jours plus tard, partant toujours à 14h, du même lieu de rendez-vous sis où j’avais mon pied à terre, nous sommes allés virer à Elliant, que j’y découvre la cidrerie Melenig. En arrivant, Mark m’a fait remarquer la poésie des lieux (éléments quelque peu désordonnés, disparates), contrastant avec les installations visitées plus tôt dans la semaine. Christian Toullec, ancien ingénieur agronome spécialisé en pédologie, en est l’artisan cidrier depuis l’an 2000. On a parlé du climat qui s’emballe, des variétés qu’il cultive, des insectes, maladies et parasites qui s’attaquent aux vergers de nos pays respectifs, du prix du cidre en Bretagne versus au Québec, ou encore de la toiture de sa cidrerie qui, effondrée lors de la violente tempête qui a frappé les côtes bretonnes au début novembre 2023, devra être reconstruite.

Comme l’ami maraîcher Julien Guillou d’Enez Raden, il tient un kiosque de vente lors des journées de marché, l’été, devant la chapelle Notre-Dame de Kerdévot d’Ergué-Gabéric, tout près de chez lui. Les deux paysans, artisans du vivant et collègues de marché, se connaissent. Du coup, avec joie, j’ai été chargé de leur transmettre de mutuelles et fraternelles salutations. De Christian à Julien, et vice-versa. Par ailleurs, ils occupent tous deux la fonction de diacre; l’un étant catholique, l’autre orthodoxe !

On nous a servi, comme partout où nous sommes passés, de petits verres d’à peu près chaque breuvage de la maison. Systématiquement, je sortais avec une, deux, si ce n’est trois bouteilles.

Je n’ai d’ailleurs pas manqué de repasser chez Melenig (“Jaune” en breton) la veille de mon départ pour mettre la main sur une ultime bouteille de leur excellent cidre fermier ! Celui qui m’a donné des échos de nostalgie, rappelant à l’amie Annie, lorsqu’elle l’a goûté, le cidre des barriques de son enfance !

https://www.routeducidre-cornouaille.bzh/cidrerie-melenig…

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La semaine suivante, Mark et moi, dans l’espace-temps condensé et chargé de ses palabres, avons pris la route en direction de la cidrerie Goalabré aka “Au pressoir du Bélon”, à Riec sur Bélon, tiens donc ! Non sans être passés, car arrivant de l’ouest, à travers Pont-Aven, ville d’origine de Gauguin, haut lieu de la peinture à la fin du XIXe siècle, où l’on trouve aujourd’hui quantité phénoménale de galeries d’art.

Arrivés au Pressoir du Bélon, j’y ai rencontré le propriétaire, Gilles Goalabré, grand gaillard dans la jeune cinquantaine. Il est de ceux qui se sont lancés en cidrerie en laissant derrière eux une carrière (dans l’architecture navale dans son cas), en reprenant l’entreprise familiale. Leur verger, conduit en agriculture biologique (comme plusieurs des vergers-cidreries de la Route du Cidre de Cornouaille), fait quelques 8 hectares. Ils cultivent et utilisent une cinquantaine de variétés de pommes à cidre choisies. Toutes les cidreries visitées utilisent des dizaines de variétés différentes pour leurs assemblages, une quinzaine au bas mot.

Nous accordant presque deux heures de son temps, Gilles nous a fait visiter la cidrerie tout comme ses caves où vieillissent lambig et pommeau, sous le sceau de barriques de chêne, à l’obscurité. Passage obligé à la boutique, pour la dégustation bienvenue. Toujours cette trame amère des cidres de Cornouaille, tant dans les bruts, les demi-secs et les plus doux. De la maison Goalabré : brut, demi-sec, AOP Cornouaille, “cidre blanc” monovariétal avec la pomme ‘Guillevic’, un poiré; enfin Pommeau et Lambig.

Je demeure impressionné par les meubles bretons antiques qui ornent la grande pièce, et servent de présentoir pour les bouteilles et d’autres produits. De ces meubles sculptés et ornés, un lit-clos m’a le plus étonné; meuble traditionnel breton où des anciens dormaient, dans une sorte d’armoire fermée.

https://www.cidre-belon-bretagne.fr

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À la troisième et dernière semaine de mon voyage, en une dernière escapade avec l’ancien président du CIDREF, j’ai visité deux autres incontournables cidreries de Cornouaille. Mark Gleonec avait lâché un coup de fil aux propriétaires le matin même, sans succès, mais nous avons fait une autre sacrée belle virée quoi qu’il en soit.

Nous avons fait un premier arrêt à la Distillerie des Menhirs, chez la famille Le Lay, à Plomelin. Une famille de distillateurs depuis 5 générations, du temps des bouilleurs ambulants à aujourd’hui.

C’est une belle-fille des propriétaires, et employée, qui nous a reçu. Présenté de nouveau comme un “chasseur de pommes sauvages” par Gleonec, la dame derrière le comptoir a tôt fait de nous raconter l’amour de ses propres enfants pour les pommes sauvages locales. Ils en apprécient la petite taille, parfaite pour une collation de leur âge. Elle connaît quelques-uns de ces pommiers issus de semis hasardeux autour de sa commune, et s’y arrête fréquemment l’automne venu.

Elle m’a servi une dégustation de la spécialité de la place, une création originale de M. Guy Le Lay, mettant en vedette une plante cultivée emblématique du pays : EDDU, un whisky breton, fait à 100% de “blé noir” (sarrasin), offert en plusieurs déclinaisons, en plus de cidres, lambig et pommeau.

À l’extérieur des installations de la distillerie, juste de l’autre côté de la route, un emplacement cérémoniel antique, préhistorique, où tiennent encore debout deux menhirs. Un troisième est couché au sol depuis des temps immémoriaux. Datant du néolithique, ce trio de mégalithes, nommé “menhirs de Tingoff” ou “menhirs de Pont-Menhir”, est classé monument historique depuis 1978.

Pour finir la journée, nous avons traversé l’Odet par le pont de Benodet, rejoint sa rive est, et roulé en direction de Gouesnach, jusqu’à Les Vergers de Kermao. Sans nous attendre, dans une plate-bande, jardinait tranquillement Jacqueline, cofondatrice et veuve de feu Yves Saliou. Elle est la mère de Brieuc qui, avec sa conjointe Marine, a pris les rennes de l’entreprise cidricole en 2009. Marine est d’ailleurs devenue présidente du CIDREF en décembre 2022. Cette jeune génération, la 5e d’agriculteurs sur la ferme, que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de rencontrer lors de mon passage, et qui a su gagner la médaille “Best in class” (meilleur de sa catégorie) lors du concours international de Great Lakes en 2017.

Affiche à propos de variétés de pommes utilisées en cidrerie chez Kermao.

Cette fois, Jacqueline nous a offert une dégustation plus sobre, avec seulement deux des cidres, mais pas les moindres : Le Fouesnant (un demi-sec, AOP Cornouaille) et le Kermao (un brut). Coup de coeur pour Le Fouesnant, fruité et équilibré, typique du terroir du pays.

Construite à l’ancienne selon les méthodes locales, toute de pierres et à l’ombre d’un grand pommier, leur boutique m’a complètement charmé.

Boutique Les Vergers de Kermao à Gouesnach (prononcer « Gouènar »), lumineuse au tomber du jour.

https://www.cidre-bretagne.com

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Solo à bord de la p’tite VW UP d’Annie, je suis allé faire un tour à la boutique du Château Lézergué, à seulement 12 km de la ferme. Client unique en fin de journée, j’ai eu droit à la dégustation complète, offerte par Paula, employée de la maison. Quelques jours plus tôt, elle était avec Mark Gleonec, ainsi que la plupart des cidriers de Cornouaille, pour une rencontre professionnelle du CIDREF. Une boutique au design étudié, blanc épuré urbain et moderne, loin de la rusticité de celles visitées dans les autres cidreries du coin. Plus de 35 hectares de vergers en production.

Je suis reparti avec quelques bouteilles. Pour les avoir bues lors de mon séjour, avec l’ami Julien notamment, je dois dire qu’il s’agit de ma seule véritable déception. Ce sont les plus industriels des cidres que j’ai bu là-bas (la série “Les Trois Frères”), avec gaz carbonique injecté, des bulles qui n’ont pas la délicatesse de celles issues de prises de mousse naturelles, un goût prononcé de sulfites et une bouche sans longueur. Le type de produit plus stable qu’ils arrivent à exporter internationalement, incluant aux USA et Canada. Bref, pas de quoi rapporter dans mes bagages, ni un modèle d’affaires qui m’inspire.

https://www.chateau-lezergue.com/

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Enfin, j’ai retrouvé au bout des terres d’Europe un ancien comparse de luttes étudiantes à Victoriaville P.Q., contact Facebook lointain, expatrié en France depuis des années. Maintenant en Bretagne, sur Concarneau, Marc-Antoine LeBlanc a réagit à l’une de mes publications Facebook de début de séjour. Avec la bagnole de sa copine, il est venu me chercher à Enez Raden, et nous avons refait connaissance, en route vers d’autres cidreries du coin, le temps de quelques “Yec’hed mat !” bien sentis.

Pas encore tout à fait 30 ans, Marc-Antoine est un autoentrepreneur dont la “startup” est baptisée “Québécitude”. Bien que son accent québécois soit désormais presque complètement effacé, le sympathique québécois offre ses services d’accueil et intégration à d’autres expatriés de la Belle Province en France. Il projette également de se lancer dans l’importation de sirop d’érable d’une manière bien originale.

Par une toute fin d’après-midi, nous sommes allés faire un p’tit tour au Manoir du Kinkiz. Bertrand, le distillateur (Distillerie Artisanale du Plessis), fort sympathique beau-frère des trois copropriétaires de la cidrerie, s’est absenté de son alambic pendant trois quarts d’heure, et nous a offert une brève visite du chai et dégustation des cidres, pommeau et lambig du Manoir. Il était trop tard pour aller se balader dans le verger, et personne d’autre disponible pour une visite plus complète. Il aurait fallu y retourner.

Après quoi on a bougé sur Quimper, pris le temps de manger une poutine (et/ou un burger) au resto Ti-Québec (ça m’a bien fait rire, sans me dépayser), et prendre un verre à la cave à bière Only Bears.

Une autre journée, un jeudi en fait, avant que ses propriétaires ne partent pour un long week-end participer, avec leurs cidres, à un Salon des Vins Bio à Montpellier, Marc-Antoine et moi sommes allés virer jusqu’à Cidrerie de l’Apothicaire, à Clohars-Carnoët. Nous avons été reçus généreusement par le copropriétaire-fondateur Mathieu Huet, rencontré quelques jours plus tôt au Sistrot, à Quimper. La tournée des lieux (ancienne ferme laitière convertie en cidrerie) s’est allongée jusqu’à une nouvelle parcelle de verger, puis une dégustation improvisée des cuvées de l’année en processus de fermentation, direct des cuves, puis coup d’oeil sur l’ancien alambic mobile désormais immobilisé mais toujours fonctionnel. Enfin, à la boutique, l’inévitable et joyeuse dégustation suivie du passage obligé et bien mérité à la caisse enregistreuse.

https://www.cidrerie-distillerie.com

Il y a quelques autres cidreries que j’aurais aimé visiter en Cornouaille. Je pense à Cidrerie Paul Coïc, la Cidrerie de Rozavern, les vergers de Trévignon et Une bouteille à l’amère. Ce sera, j’espère, pour une autre fois ! Idem pour les Côtes d’Armor, et d’autres racoins de Bretagne que j’aimerais explorer, jusqu’au Mont Saint-Michel de la frontière et le Saint-Malo de Jacques Cartier.

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Et les “routes à 3 grammes” ? Qu’est-ce à dire ? C’est une expression populaire française pour désigner les petites routes de campagne empruntées par les chauffeurs un peu trop bourrés afin d’éviter de se faire choper par les gendarmes … Le taux limite d’alcool autorisé au volant en France n’est pourtant que de 50 milligrammes par litre de sang (contrairement à 80 au Québec) …

N’ayez crainte ! Nous avons tous été bien sages lors de ces petites virées de dégustations, sachant ne pas abuser, et quelles routes prendre pour le retour … Le vieux coquin des rivages de Cornouaille s’est amusé à me faire une sorte de clin d’oeil, en usant de cette expression. Si nous dépassions l’alcoolémie permise, ce n’était que par bien peu, et en respectant les normes québécoises, probablement.

22 février 2024

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UN BRETON À LA RENCONTRE DES POMMIERS SAUVAGES  DU QUÉBEC

Mark Gleonec est un « Breton de Cornouaille », illustrateur, conteur et historien du cidre et de la pomme du Sud de la Bretagne. Invité par son ami Claude Jolicoeur, il était en visite au Québec à la fin du mois de septembre dernier. Accompagnés de leurs épouses, les deux sommités de la pomme et du cidre ont visité plusieurs forêts de pommiers sauvages, de Charlevoix à la Beauce, en passant par Lanaudière jusqu’à la Petite Nation (Outaouais).

« Macgleo », auteur d’un blogue, vient de publier les trois premiers articles d’une série de textes et de photographies rapportant son voyage au Québec, à travers la sorte d' »été des Indiens » (même sans gel avant le redoux) qu’on a eu cet automne.

Sa troisième chronique rapporte d’abord ses impressions et souvenirs de passage à Saint-Jean-de-Matha, pour rencontrer notre groupe de compagnons cidriers de Lanaudière. Il enchaine avec le récit de leur journée du lendemain en Outaouais, dans la Petite Nation, où ils ont accompagné Marie-Anne Adam et Gaston Picoulet de la micro-cidrerie Les Pommes perdues pour une session de cueillette et dégustations.

Crédit photo : Claude Jolicoeur

Le séjour de Mark parmi nous fut trop bref pour approfondir à satiété les conversations, et j’espère avoir l’occasion de faire plus ample connaissance avant trop longtemps ! Oui, un rêve de voyage m’habite, celui de retourner visiter le pays Fouesnantais, mais du côté du cidre cette fois …

Plus près de chez nous et plus certainement, je m’organiserai une tournée de ces jeunes cidreries québécoises qui ont commencé à mettre en valeur la géopoétique des pommiers sauvages, leur terroir pomicole local ! À la rencontre du savoir-faire et de l’inspiration, en mode partage.

30 octobre 2023

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Cidre Littérature Pomologie

LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #5

Malus, No. 2 à 13

On a osé prendre le nom scientifique de l’espèce

pour baptiser une publication !

Depuis 2018, des contributrices et contributeurs

des 4 coins des U.S.A (mais aussi d’ailleurs)

collaborent à ce zine, sur papier uniquement

qui est l’œuvre de passionné.e.s et d’artisan.e.s

de la pomme et du cidre.

Magnifiquement illustrée, on y trouve des articles

abordant divers enjeux du milieu,

ses grandes questions de fond,

de l’histoire et de l’actualité,

mais aussi place à la poésie.

J’ai acquis et lu, depuis l’hiver 2020, tous les numéros encore disponibles (les #1 et 6 sont tous écoulés) dont je tire une plus profonde connaissance de l’univers du cidre en Amérique, et beaucoup d’inspiration.

24 août 2021