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Cidre Rencontres

Rencontre entre artisans cidriers du terroir en devenir, chez Claude Jolicoeur à Québec – Janvier 2025

Votre humble serviteur et promoteur des friches et des pommeraies – mais aussi des pommes sauvages, et du bon cidre qui en est tiré – a récemment eu la chance, voire le privilège d’être invité à une rencontre informelle entre cidriers, chez l’expert international du cidre Claude Jolicoeur, en sa résidence de Québec. Installés au sous-sol de sa maison, nous étions près d’une quinzaine de comparses, en provenance de différentes régions du pays en devenir (Charlevoix, Côte de Beaupré, Québec, île d’Orléans, Gaspésie, Beauce, et moi-même pour Lanaudière). Nous espérions la présence de Gaston Picoulet de Les Pommes perdues, en Outaouais, qui était de la sélective invitation (espace limité pour accueillir), mais qui n’a malheureusement pu se joindre à nous.

Nos chaises et nos regards formaient un cercle – tout ouïs et palais curieux – ouverts à la rencontre avec d’autres petits cidriculteurs artisans dont les productions commerciales sont en démarrage. Depuis 5 ans, tout au plus, dans le cas de Jean-Sébastien Hébert de la Ferme de l’Alchimiste, à Maria, dans la Baie des Chaleurs. La plupart des autres ayant commencé leurs activités commerciales depuis un an ou deux seulement, ou venant tout juste de recevoir leur permis. Tous les invités de la Gaspésie ont fait acte de présence (et déplacements !), à la surprise de Claude. Le gars derrière le Ministère des Friches et des Pommeraies (moi-même) était l’exception, menant encore, à ce stade, ses expériences en amateur, pas prêt à commercialiser ses cidres.

Ça a eu lieu y a un mois déjà ! le samedi 25 janvier dernier, dans « une joyeuse anarchie » (dixit Claude), où se créait une petite communauté d’esprit autour de la fabrication de cidres utilisant des pommes sauvages, des cidres nature, puisant dans le terroir local. Nous n’étions que des hommes, et nous l’avons remarqué, outre Banou, conjointe de Claude, qui est restée à l’étage, occupée à de la poterie. L’un des disciples demande au gourou du cidre qui nous réunissait : « Y’en as-tu des femmes, au Québec, dans le domaine du cidre ? ». Sans mal, j’ai aidé Jolicoeur à retrouver le nom de la copropriétaire-fondatrice du verger-cidrerie Qui Sème Récolte à Saint-Jean-de-Matha, Nathalie Rainville. Il y en a certainement d’autres, qui sont plutôt dans l’ombre, ou qui font équipe avec leur conjoint dans une entreprise commune.

C’est grâce à Banou, peut-être bien, qu’a eu lieu cette enrichissante rencontre. Elle m’a dit avoir fait remarquer à Claude, grand voyageur et animateur d’ateliers un peu partout sur la Planète Cidre, qu’il n’avait jamais rien organisé de la sorte au Québec.

Toujours est-il qu’en ce beau samedi après-midi, après un petit tour de présentation de chacun, un premier tour de dégustations fut lancé pour les cidres que nous avions tous apporté, de nos propres cuvées. Petits verres d’une grosse vingtaine, sinon d’une trentaine de cidres différents, l’après-midi et la soirée durant. Dégustations entremêlées d’échanges spontanés et curieux : sur les techniques des uns et des autres (dont le dégorgeage et le moment parfait pour l’embouteillage), les variétés, les lieux de cueillette, la mise en marché, etc. Pour souper, nous avions opté pour la formule potluck, où chaque convive apporte un plat à partager.

On a goûté de bonnes choses là ! En entrée, un « cidre d’hiver », fabriqué par Jolicoeur avec des pommes « à croquer », principalement des variétés commerciales ou parfois avec pommes sauvages, mais toutes acidulées. Par l’effet du gel-dégel, les tanins de l’épiderme, dont les cellules sont brisées, migrent vers le jus. Le résultat est quelque chose à mi-chemin entre un cidre de glace et un cidre plus traditionnel, pas aussi concentré en sucre que le cidre de glace, donc plus « pintable » que ce dernier. Il a aussi plus de corps, plus de complexité aromatique (tanins) qu’un cidre fait avec les mêmes pommes acidulées qui n’ont pas subi l’effet du gel-dégel.

Ce fut l’occasion de rencontrer quelques personnes avec qui j’avais déjà eu des échanges téléphoniques, par écrit, ou dont nous suivons mutuellement nos pages publiques, sur le web. Des personnes dont j’apprécie depuis quelque temps les démarches et dont j’aimerais visiter les installations cidricoles cette année. Je pense à :

• Alain Beauséjour et son fils Simon, copropriétaires de la Cidrerie L’Enraciné, à La Guadeloupe, en Beauce. Le projet a ét initié par le père horticulteur afin de mettre en valeur les centaines de pommiers sauvages dégagés de la forêt sur le terrain familial, Projet auquel s’est greffé le fils, biologiste et musicien formé en agriculture biologique.

• Luis Gauthier et Joshua Burns, de Caplan, dans la Baie des Chaleurs, en Gaspésie, dont la cidrerie n’a pas encore de nom public établi. Ils mettent en valeur un vieux verger longtemps abandonné qu’ils ont restauré, tout en cueillant et sélectionnant aussi les pommes sauvages de leur futur terroir cidricole régional. Leur démarche Gaspésienne a d’ailleurs été mon inspiration pour entrer en contact avec Claude Jolicoeur, et comme eux organiser une première rencontre-dégustation régionale de pommes sauvages à potentiel pour la cidrerie dans Lanaudière, en 2023.

• Jonathan Cloutier et Raphaël de la Cidrerie Les Travaux & les Jours, basée aux Éboulements, dans Charlevoix. Je suis fort interpellé par leur démarche qui fait appel à l’implication et l’engagement de leur communauté dans le projet, tant pour des journées de cueillette et de presse des pommes que pour la mise en marché des cidres. C’est un autre projet autour des pommes sauvages, enraciné dans un terroir local, à petite échelle, qui ressemble à ce que j’aimerais développer dans Lanaudière.

Je suis très heureux également d’avoir fait la rencontre de tous les autres cidriers présents !

• Jean-Sébastien, l’autre Gaspésien, derrière la Ferme de l’Alchimiste qui est aussi un passionné de pommes sauvages locales, et l’auteur de cidres élaborés en toutes petites cuvées, privilégiant la qualité sur la quantité. C’est celui qui nous a interpellés à propos des enjeux liés à l’agriculture de proximité et la commercialisation des cidres des fabricants artisans, qui plus est en région éloignée au Québec.

• Daniel Blais, du Clos Shanouk à l’île d’Orléans, un spécialiste du dégorgement ! Un autre fervent du cidre nature !

• Le trio de Terre 50, qui a remis en état de culture de vieux vergers sur la Côte-de-Beaupé (Michel, Michael et Benoît), spécialisés dans les macérations carboniques et pelliculaires, qui produisent des cidres pétillants et mousseux. Ils produisent notamment un cidre à l’aronia et un assemblage pomme et poire.

• William Lafortune, le plus jeune de la bande, qui après quelques années de production de cidres, de vin et de piquette en « mode garage » (touries et dame-jeanne à l’échelle maison), s’est lancé l’automne dernier dans une production commerciale, en voie de fermentation. Il a eu une opportunité avec une cidrerie de son coin, en y agissant à titre de « cidrier invité », pour y réaliser une cuvée « sans domicile fixe ». Un modèle d’affaires inspiré par ce qui se fait dans le vin, comme avec Lieux communs.

Grands mercis encore à Claude d’avoir rendu possible cette rencontre, enrichissante pour tout le monde, j’en suis convaincu ! Nous espérons vivement qu’elle aura des suites.

En conclusion, attendez-vous à suivre le Ministère des Friches et des Pommeraies en visite sur les routes du cidre dans le Sud et l’Est du Québec en 2025 !

PS – Il n’est tristement resté aucune trace photographique de la rencontre, d’où la seule photo de Jolicoeur qui orne le texte.

24 février 2025

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Cidre Projets et collaborations

Cuvées de cidre 2023-2024

Le 19 octobre, soit il y a 2 mois et demi déjà, j’ai pressé une cinquantaine de litres de jus de pommes et de poires. Installé devant l’étable de la Ferme des Arpents roses à Ste-Mélanie, sur le plancher en béton de l’appentis construit par mon frère, dans mon setup modeste mais fonctionnel.

Les trois grandes touris de 2024, après leur premier soutirage, le 6 janvier 2025.
Trois teintes bien distinctes, du jaune paille à l’orangé.

🍎La pomme ‘Juge Bourduas’, une découverte de 2024, issues d’un vieil arbre faisant partie d’un petit verger à l’abandon, sur le chemin Laforest, à Saint-Alphonse-Rodriguez. Le voisin d’en face, chez qui je suis allé cogner, un jeune nonagénaire (90 ans à peine !) conduisant encore sa voiture, m’a informé que ces pommiers étaient ceux « du juge », me disait-il, un juge habitant « par-là, en haut », me pointait-il vaguement dehors… Ne répondant pas à ma demande de précision sur l’emplacement de la maison du juge, question que j’aille lui demander l’autorisation de cueillir, le vieil homme me dit plutôt que je pouvais très bien aller cueillir les fruits, car personne d’autre ne le faisait, jamais, à sa connaissance, depuis des années. Me contentant de l’autorisation du voisin d’en face, j’y ai grimpé, je l’ai secoué, à plusieurs reprises, et j’ai bénéficié d’une bonne quantité de ses petites pommes marbrées de rouge, sur fond vert.

Plus tard dans la semaine, j’ai appris que le juge en question, qui était un grand propriétaire terrien dans le secteur, est décédé il y a quelques années. Et non, ce n’est pas une bourde, le nom de famille dudit juge est bien « Bourduas » plutôt que Borduas. Selon la légende locale, feu le juge Jean-Pierre Bourduas (1939-2018) serait un descendant du même patriarche Borduas que le célèbre Paul-Émile, peintre et auteur en grande partie du Manifeste du Refus Global de 1948, et aurait fait changer son nom de famille auprès de l’État civil afin de prendre ses distances de l’agitateur Automatiste qu’avait été son illustre apparenté. Une rupture dans l’histoire de notre culture, de notre littérature, des ruptures aussi dans la famille Borduas.

De ces toutes petites pommes, en plus d’en fournir à Maltstrom dans le grand mixage des variétés pour en faire un cidre-bière, j’ai tiré un jus jaune et clair, bien sucré (1056 de densité relative, ou 16 brix dans la visière du réfractomètre), avec une petite amertume. Les quelques caisses de la ‘Juge Bourduas’ que je m’étais réservées contenaient de quoi remplir une petite touri, d’environ 18L. C’est pour moi une première cuvée de cidre monovariétale, sans pour autant avoir une candidate de variété de pomme idéale à mon goût (pas assez d’amertume), bien que bien sucrée et savoureuse, aromatique.

🍎 ‘Montées St-Jacques #5 et #6 (‘Béatrix’)

D’un verger de fond de rang perdu à la frontière de St-Alphonse-Rodriguez, chez Lise et Lia, autrefois chez Mme Perreault (plus de 95 ans, rencontrée chez elle en 2023), où subsistent 4 vieux pommiers. De ceux-là, une pomme en particulier a été remarquée et notée comme particulièrement intéressante, lors de la grande dégustation de pommes sauvages lanaudoises de 2023 présentant, aux yeux des cueilleurs qui partageaient des pommes qui leur sont chères, un potentiel de cidrerie. Avec des appréciations très positives de Claude Jolicoeur et Mark Gleonec qui étaient nos « invités de marque », nos convives.

Après avoir été dotée du nom de code « Montée St-Jacques #6 » depuis quelques années, je l’ai baptisée ‘Béatrix’, hommage au territoire municipal où l’arbre est enraciné. Je la vois un peu comme le pendant pomme d’Obélix, ayant grosso modo la forme de son corps, ses rondeurs, avec ses pantalons rayés, si ce n’est striés … Une douce amère très aromatique, à la forme unique de poire (sa base est bien plus étroite que son bassin), au fond de teint qui paraît jaune orangé, striée d’un rouge lavé. Sa cavité est très peu profonde, et son pédoncule, étroit. Sa chair est ferme et elle présente une assez bonne capacité de conservation. Quelque chose dans ses fragrances rappelle la poire et une astringence particulière se fait sentir en fin de bouche.

L’âbre-mère portait beaucoup de fruits cette année, suffisamment pour en fournir quelques caisses pour la qualité de leur jus à la brasserie Maltstrom, mais aussi pour m’en réserver et tenter de mon côté la fermentation alcoolique d’un cidre monovariétal. Toutefois, il s’en fallait de peu pour bien remplir la touri de 20 litres à partir du jus de ce seul arbre. Pour les 3-4 litres manquants, j’ai ajouté le jus de pommes du même verger, de l’arbre voisin en fait (la #5), une belle rouge très sucrée et parfumée, un brin acidulée. Au final, une belle densité de 1050 (potentiel d’alcool d’environ 6,5%).

🍎 Le même vieil arbre, pour l’heure surnommé ‘Montée St-Jacques #5’, m’a également donné une formidable manne de pommes, de quoi fournir la brasserie des camarades prairiquois et mes propres activités de micro-cidrerie expérimentale. J’en ai comblé deux petits cruchons de 4 litres, de ce jus trouble et purement monovariétal. De quoi éventuellement remplir de cidre une quinzaine de petites bouteilles de 500 ml, quand même !

🍐 Poire ‘Golden Spice’

Une caisse de petites poires ‘Golden Spice’, m’a été gracieusement offerte par l’ami horticulteur fruitier Jonathan Bordeleau, cueillies par lui-même de son arbre à St-Damien, son surplus d’abondance, pour que je réalise une première expérience de production de poiré, l’équivalent du cidre (lequel est toujours « de pommes » d’ailleurs), mais avec des poires … J’en ai tiré un bon six litres de jus bien sucré, avec une intéressante amertume (14 brix, belle densité de 1050). Avec l’équipement dont je disposais, je m’en suis tenu à un cruchon de 4 litres monovariétal, juste du poiré. C’est bien peu, mais tout de même, un premier test !

🍐🍎Deux autres litres de jus de ‘Golden Spice’, queue de la pressée, ont été assemblés avec les restants de jus de pommes des pressées de la journée. Les surplus de la ‘Juge Bourduas’ et de la ‘Montée St-Jacques #5’. Allez hop, j’ai viré ça dans un autre cruchon de 4L, bien rempli d’un jus qui sera dans quelques mois le produit d’une cofermentation, ni tout à fait cidre, ni tout à fait poiré. Un joyeux hybride funky issu aussi des levures sauvages qui s’y activent en ce moment, comme toutes les autres cuvées de l’année, à 12 degrés Celsius dans un bâtiment appartenant à des amies. Merci pour l’opportunité de local avec une température appropriée ! Hâte de vous faire goûter au jus qui va en résulter !

🍏 ‘Cléophas à splash russet doré’

L’arbre le plus productif que j’ai rencontré cette année, d’une petite talle de friches, à St-Cléophas-de-Brandon. Cet arbre est connu d’Alex Boisdequin-Lefort et moi depuis 10-15 ans maintenant, depuis nos premières explorations du pommage régional à des fins cidricoles.

De grosses pommes jaunes qui ont été conservées en chambre froide pendant un mois et demi (cueillies le 4 octobre), avant d’être pressées le 17 novembre, pour une ultime session d’extraction de jus de pommes sauvages de l’année. De ce bon jus, affichant 15 brix sur mon réfractomètre, et 1054 au densimètre, j’en ai bien rempli une touri de 21 litres. C’est l’ultime cuvée, monovariétale elle aussi, de l’année.

7 janvier 2025

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Bretagne Cidre Projets et collaborations Voyages

LA RÉGION DE LANAUDIÈRE REPRÉSENTÉE AU 111e CONCOURS DE CIDRE DE FOUESNANT, EN BRETAGNE

Il y a peu, je cherchais une personne pour livrer un précieux colis jusqu’à Québec… De quoi s’agissait-il donc ?

Eh bien, celles et ceux qui ont suivi mes publications printanières savent que j’ai séjourné quelques semaines en Bretagne cet hiver. L’objet de ma visite était notamment de visiter plusieurs cidreries, question de me laisser inspirer par les savoir-faire cidricoles de Cornouaille.

Mon guide dans ce pays de cidres, Mark Gleonec, m’avait mentionné la tenue du 111e concours de cidre de Fouesnant, à l’été 2024. Il s’agit du plus ancien concours de cidre au monde, lequel comporte chaque année deux catégories de participants, tous producteurs de cidres des terroirs du Finistère : professionnels et amateurs.

Cette année, exceptionnellement, une nouvelle catégorie s’ajoute au concours : des cidriers amateurs d’autres terroirs de la planète !

https://www.111econcoursdecidre.com

C’est ainsi qu’en mai j’ai reçu un courriel de Claude Jolicoeur, « notre » (il est québécois) expert international du cidre, m’invitant à faire parvenir des bouteilles lanaudoises à ce concours !

Jolicoeur y sera l’un des juges, et s’est offert pour transporter quelques bouteilles d’amateurs du Québec. J’étais prêt à contacter tous mes comparses cidriers amateurs de Lanaudière pour collecter des bouteilles de leurs meilleures cuvées. Toutefois, vu l’espace limité dans la soute à bagages, et lors du concours en tant que tel, j’ai dû restreindre la sélection à seulement deux bouteilles : l’une des miennes ainsi qu’une bouteille d’Éric Hébert. Ce dernier, cidrier amateur le plus expérimenté de Lanaudière (depuis plus de 35 ans !), était l’hôte de la « Grande dégustation de pommes sauvages à potentiel cidricole » que j’organisais l’automne dernier, chez lui à St-Jean-de-Matha. Notre rencontre avec Claude Jolicoeur et Mark Gleonec nous a ouvert cette formidable porte, ce privilège !

Bouteille d’Éric Hébert, artisan cidrier de Saint-Jean-de-Matha.

Du Québec, en plus des nôtres et de l’une de ses propres bouteilles, Jolicoeur s’est chargé de transporter une bouteille de Louis Gauthier, un cidrier gaspésien qui anime avec ses collègues une sérieuse démarche de sélection de pommes sauvages à fort potentiel cidricole.

Merci à l’amie Mylène Samson, mon ex belle-soeur, et ex belle-fille d’Éric Hébert (!) qui s’est chargée de transporter nos précieuses bouteilles « de compétition » jusqu’à Claude Jolicoeur, dans la ville de Québec. Claude et son épouse Banou ont pris l’avion en direction de Paris le 14 juillet avec les bouteilles dans leurs bagages, et les voilà sans doute aujourd’hui arrivés sur les rivages du cidre de Cornouaille, au bout de la pointe de Bretagne.

Le concours se tiendra dans quelques jours seulement : le week-end prochain (19 et 20 juillet). Bien que ma participation soit sans la moindre prétention, ni aucune attente, je vous tiendrai bien sûr au courant des résultats et impressions suscitées par nos cidres de pommes sauvages lanaudoises !

PS – Les photos ci-bas donnent à voir ma bouteille, ainsi que celle d’Éric Hébert.

16 juillet 2024

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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE #XVI

Mark Gleonec, Contes et histoires du pays du cidre,
éditions MacGleo, 2012, 127 pages

Janvier 2024

En mode promenades

physiques autant que littéraires

entre le Québec et la Bretagne

les rivages du cidre des vieux

aux jeunes pays, des terroirs

qui portent des noms,

des transmissions, des pratiques

et savoir-faire, gestes

accompagnés d’une panoplie riante

de contes et légendes, histoires

courtes ou complexes qui racontent

la culture, les valeurs d’un peuple

que le peuple se raconte lui-même

Comme chaque hiver,

faisant le plein de lectures

pour le reste de l’année,

d’ouvrages de référence

qui nourriront mes rêves

et mes projets concrets,

j’ai bien sûr mis la littérature

pomologique à l’honneur !

Pour préparer et initier,

en quelques pages tripatives

un voyage alors imminent,

je me suis procuré un exemplaire

du second livre de Mark Gleonec,

juste avant de le retrouver en personne

en plein cœur de son pays de contes

et légendes : la Cornouaille, au sud du Finistère

J’en retire un projet de plus :

collecter les histoires, récits,

même les anecdotes savoureuses

autour des pommes et du cidre,

à travers les vergers de la Québécoisie

Chaque année qui s’écoule de jus,

de cidre, chaque saison qui fleurit

apporte son lot d’histoires,

plus ou moins drôles ou poétiques

dans la vie du Grand Verger Québécois

Il semble que j’aime les quêtes de longue haleine,

les recherches approfondies

la collecte d’informations sur des temps

de patience, au gré des trouvailles

jusqu’à ce qu’une somme et une forme émerge,

donne corps à une fructifiante arborescence

Vaste potentiel imaginaire

à l’évocation du pommier,

ses vergers et fruits enracinés dans

la culture nôtre depuis la Nouvelle-France,

mais surtout depuis le 19e siècle. Chargé

de symboles et de vertus, d’innombrables possibilités.

5 avril 2024

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Bretagne Cidre Voyages

LA ROUTE DES CIDRES DE CORNOUAILLE ET CELLES À 3 GRAMMES …

Le mois dernier je faisais une tournée

de cidreries sur la côte sud du Finistère

en Cornouaille; virée dont voici un résumé !

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Logo de la Route du Cidre en Cornouaille, incluant son nom breton : « Hent ar sistr ».

Grâce à l’aide amicale et formidable des deux chauffeurs désignés qui m’ont accompagné et d’Annie qui m’a prêté sa voiture à l’occasion, en tout, j’ai mis les pieds dans les boutiques de huit cidreries de La Route du Cidre en Cornouaille, sur les quatorze que compte le circuit. Pas mal quand même ! J’ai eu la chance qu’on m’offre de petites visites guidées de plusieurs d’entre elles, ayant chaque fois le loisir de questionner l’un des propriétaires ou fondateur sur leurs pratiques, canaux de mise en marché, modes et enjeux de récolte, et d’autres préoccupations de cidrier amateur ou aspirant professionnel.

Voici quelques brèves descriptions et liens vers les vitrines web de chacune des cidreries de Cornouaille que j’ai eu le plaisir de visiter durant mon séjour, en janvier.

***

La première place où Mark Gleonec m’a amené, à bord de sa fidèle Megane, c’est la cidrerie Menez Brug, à Fouesnant. La seule cidrerie de la localité, qui est pourtant le cœur historique du cidre Fouesnantais. Nous avons été reçus par son vieux copain, Claude Goenvec, patriarche et fondateur de l’entreprise cidricole, en 1989. Il m’a montré les équipements de base de l’exploitation (récolteuse à pommes, remorque, broyeur, presse, cuves, etc.) en plus de la chaîne d’embouteillage, et m’a donné à voir un aperçu des vergers hautes-tiges, puis le petit troupeau de vaches pie-noir, race patrimoniale bretonne.

Nous avons évidemment pris le temps de déguster les produits finis, et maintes fois primés, au comptoir de la boutique. Petits verres où humer le nectar, tournoyer le breuvage, boire et apprécier, commenter. Les cuvées s’enchaînent dans les verres, mon palais, et m’immergent dans l’esprit des lieux : cidre fermier, cidre de Fouesnant fruité, Cidre AOP Cornouaille, le Lambig de Bretagne AOC (eau de vie de cidre vieillie en fût de chêne) et la Gwen, autre eau de vie de cidre, blanche celle-là. Enfin, du Pommeau de Bretagne (assemblage de Lambig et de jus de pommes à cidre, vieilli en fût de chêne), une autre fierté locale.

En plein jour de semaine, j’y ai croisé Stéven et Lénaïg, les deux enfants de Claude qui ont pris la relève. Tous deux occupés à diverses tâches relatives à la cidrerie familiale, ils ne semblaient pas avoir le temps de s’arrêter pour placoter avec un québécois de passage en janvier, sans qu’il se soit préalablement annoncé qui plus est.

https://www.cidrerie-de-menez-brug.com

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Quelques jours plus tard, partant toujours à 14h, du même lieu de rendez-vous sis où j’avais mon pied à terre, nous sommes allés virer à Elliant, que j’y découvre la cidrerie Melenig. En arrivant, Mark m’a fait remarquer la poésie des lieux (éléments quelque peu désordonnés, disparates), contrastant avec les installations visitées plus tôt dans la semaine. Christian Toullec, ancien ingénieur agronome spécialisé en pédologie, en est l’artisan cidrier depuis l’an 2000. On a parlé du climat qui s’emballe, des variétés qu’il cultive, des insectes, maladies et parasites qui s’attaquent aux vergers de nos pays respectifs, du prix du cidre en Bretagne versus au Québec, ou encore de la toiture de sa cidrerie qui, effondrée lors de la violente tempête qui a frappé les côtes bretonnes au début novembre 2023, devra être reconstruite.

Comme l’ami maraîcher Julien Guillou d’Enez Raden, il tient un kiosque de vente lors des journées de marché, l’été, devant la chapelle Notre-Dame de Kerdévot d’Ergué-Gabéric, tout près de chez lui. Les deux paysans, artisans du vivant et collègues de marché, se connaissent. Du coup, avec joie, j’ai été chargé de leur transmettre de mutuelles et fraternelles salutations. De Christian à Julien, et vice-versa. Par ailleurs, ils occupent tous deux la fonction de diacre; l’un étant catholique, l’autre orthodoxe !

On nous a servi, comme partout où nous sommes passés, de petits verres d’à peu près chaque breuvage de la maison. Systématiquement, je sortais avec une, deux, si ce n’est trois bouteilles.

Je n’ai d’ailleurs pas manqué de repasser chez Melenig (“Jaune” en breton) la veille de mon départ pour mettre la main sur une ultime bouteille de leur excellent cidre fermier ! Celui qui m’a donné des échos de nostalgie, rappelant à l’amie Annie, lorsqu’elle l’a goûté, le cidre des barriques de son enfance !

https://www.routeducidre-cornouaille.bzh/cidrerie-melenig…

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La semaine suivante, Mark et moi, dans l’espace-temps condensé et chargé de ses palabres, avons pris la route en direction de la cidrerie Goalabré aka “Au pressoir du Bélon”, à Riec sur Bélon, tiens donc ! Non sans être passés, car arrivant de l’ouest, à travers Pont-Aven, ville d’origine de Gauguin, haut lieu de la peinture à la fin du XIXe siècle, où l’on trouve aujourd’hui quantité phénoménale de galeries d’art.

Arrivés au Pressoir du Bélon, j’y ai rencontré le propriétaire, Gilles Goalabré, grand gaillard dans la jeune cinquantaine. Il est de ceux qui se sont lancés en cidrerie en laissant derrière eux une carrière (dans l’architecture navale dans son cas), en reprenant l’entreprise familiale. Leur verger, conduit en agriculture biologique (comme plusieurs des vergers-cidreries de la Route du Cidre de Cornouaille), fait quelques 8 hectares. Ils cultivent et utilisent une cinquantaine de variétés de pommes à cidre choisies. Toutes les cidreries visitées utilisent des dizaines de variétés différentes pour leurs assemblages, une quinzaine au bas mot.

Nous accordant presque deux heures de son temps, Gilles nous a fait visiter la cidrerie tout comme ses caves où vieillissent lambig et pommeau, sous le sceau de barriques de chêne, à l’obscurité. Passage obligé à la boutique, pour la dégustation bienvenue. Toujours cette trame amère des cidres de Cornouaille, tant dans les bruts, les demi-secs et les plus doux. De la maison Goalabré : brut, demi-sec, AOP Cornouaille, “cidre blanc” monovariétal avec la pomme ‘Guillevic’, un poiré; enfin Pommeau et Lambig.

Je demeure impressionné par les meubles bretons antiques qui ornent la grande pièce, et servent de présentoir pour les bouteilles et d’autres produits. De ces meubles sculptés et ornés, un lit-clos m’a le plus étonné; meuble traditionnel breton où des anciens dormaient, dans une sorte d’armoire fermée.

https://www.cidre-belon-bretagne.fr

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À la troisième et dernière semaine de mon voyage, en une dernière escapade avec l’ancien président du CIDREF, j’ai visité deux autres incontournables cidreries de Cornouaille. Mark Gleonec avait lâché un coup de fil aux propriétaires le matin même, sans succès, mais nous avons fait une autre sacrée belle virée quoi qu’il en soit.

Nous avons fait un premier arrêt à la Distillerie des Menhirs, chez la famille Le Lay, à Plomelin. Une famille de distillateurs depuis 5 générations, du temps des bouilleurs ambulants à aujourd’hui.

C’est une belle-fille des propriétaires, et employée, qui nous a reçu. Présenté de nouveau comme un “chasseur de pommes sauvages” par Gleonec, la dame derrière le comptoir a tôt fait de nous raconter l’amour de ses propres enfants pour les pommes sauvages locales. Ils en apprécient la petite taille, parfaite pour une collation de leur âge. Elle connaît quelques-uns de ces pommiers issus de semis hasardeux autour de sa commune, et s’y arrête fréquemment l’automne venu.

Elle m’a servi une dégustation de la spécialité de la place, une création originale de M. Guy Le Lay, mettant en vedette une plante cultivée emblématique du pays : EDDU, un whisky breton, fait à 100% de “blé noir” (sarrasin), offert en plusieurs déclinaisons, en plus de cidres, lambig et pommeau.

À l’extérieur des installations de la distillerie, juste de l’autre côté de la route, un emplacement cérémoniel antique, préhistorique, où tiennent encore debout deux menhirs. Un troisième est couché au sol depuis des temps immémoriaux. Datant du néolithique, ce trio de mégalithes, nommé “menhirs de Tingoff” ou “menhirs de Pont-Menhir”, est classé monument historique depuis 1978.

Pour finir la journée, nous avons traversé l’Odet par le pont de Benodet, rejoint sa rive est, et roulé en direction de Gouesnach, jusqu’à Les Vergers de Kermao. Sans nous attendre, dans une plate-bande, jardinait tranquillement Jacqueline, cofondatrice et veuve de feu Yves Saliou. Elle est la mère de Brieuc qui, avec sa conjointe Marine, a pris les rennes de l’entreprise cidricole en 2009. Marine est d’ailleurs devenue présidente du CIDREF en décembre 2022. Cette jeune génération, la 5e d’agriculteurs sur la ferme, que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de rencontrer lors de mon passage, et qui a su gagner la médaille “Best in class” (meilleur de sa catégorie) lors du concours international de Great Lakes en 2017.

Affiche à propos de variétés de pommes utilisées en cidrerie chez Kermao.

Cette fois, Jacqueline nous a offert une dégustation plus sobre, avec seulement deux des cidres, mais pas les moindres : Le Fouesnant (un demi-sec, AOP Cornouaille) et le Kermao (un brut). Coup de coeur pour Le Fouesnant, fruité et équilibré, typique du terroir du pays.

Construite à l’ancienne selon les méthodes locales, toute de pierres et à l’ombre d’un grand pommier, leur boutique m’a complètement charmé.

Boutique Les Vergers de Kermao à Gouesnach (prononcer « Gouènar »), lumineuse au tomber du jour.

https://www.cidre-bretagne.com

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Solo à bord de la p’tite VW UP d’Annie, je suis allé faire un tour à la boutique du Château Lézergué, à seulement 12 km de la ferme. Client unique en fin de journée, j’ai eu droit à la dégustation complète, offerte par Paula, employée de la maison. Quelques jours plus tôt, elle était avec Mark Gleonec, ainsi que la plupart des cidriers de Cornouaille, pour une rencontre professionnelle du CIDREF. Une boutique au design étudié, blanc épuré urbain et moderne, loin de la rusticité de celles visitées dans les autres cidreries du coin. Plus de 35 hectares de vergers en production.

Je suis reparti avec quelques bouteilles. Pour les avoir bues lors de mon séjour, avec l’ami Julien notamment, je dois dire qu’il s’agit de ma seule véritable déception. Ce sont les plus industriels des cidres que j’ai bu là-bas (la série “Les Trois Frères”), avec gaz carbonique injecté, des bulles qui n’ont pas la délicatesse de celles issues de prises de mousse naturelles, un goût prononcé de sulfites et une bouche sans longueur. Le type de produit plus stable qu’ils arrivent à exporter internationalement, incluant aux USA et Canada. Bref, pas de quoi rapporter dans mes bagages, ni un modèle d’affaires qui m’inspire.

https://www.chateau-lezergue.com/

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Enfin, j’ai retrouvé au bout des terres d’Europe un ancien comparse de luttes étudiantes à Victoriaville P.Q., contact Facebook lointain, expatrié en France depuis des années. Maintenant en Bretagne, sur Concarneau, Marc-Antoine LeBlanc a réagit à l’une de mes publications Facebook de début de séjour. Avec la bagnole de sa copine, il est venu me chercher à Enez Raden, et nous avons refait connaissance, en route vers d’autres cidreries du coin, le temps de quelques “Yec’hed mat !” bien sentis.

Pas encore tout à fait 30 ans, Marc-Antoine est un autoentrepreneur dont la “startup” est baptisée “Québécitude”. Bien que son accent québécois soit désormais presque complètement effacé, le sympathique québécois offre ses services d’accueil et intégration à d’autres expatriés de la Belle Province en France. Il projette également de se lancer dans l’importation de sirop d’érable d’une manière bien originale.

Par une toute fin d’après-midi, nous sommes allés faire un p’tit tour au Manoir du Kinkiz. Bertrand, le distillateur (Distillerie Artisanale du Plessis), fort sympathique beau-frère des trois copropriétaires de la cidrerie, s’est absenté de son alambic pendant trois quarts d’heure, et nous a offert une brève visite du chai et dégustation des cidres, pommeau et lambig du Manoir. Il était trop tard pour aller se balader dans le verger, et personne d’autre disponible pour une visite plus complète. Il aurait fallu y retourner.

Après quoi on a bougé sur Quimper, pris le temps de manger une poutine (et/ou un burger) au resto Ti-Québec (ça m’a bien fait rire, sans me dépayser), et prendre un verre à la cave à bière Only Bears.

Une autre journée, un jeudi en fait, avant que ses propriétaires ne partent pour un long week-end participer, avec leurs cidres, à un Salon des Vins Bio à Montpellier, Marc-Antoine et moi sommes allés virer jusqu’à Cidrerie de l’Apothicaire, à Clohars-Carnoët. Nous avons été reçus généreusement par le copropriétaire-fondateur Mathieu Huet, rencontré quelques jours plus tôt au Sistrot, à Quimper. La tournée des lieux (ancienne ferme laitière convertie en cidrerie) s’est allongée jusqu’à une nouvelle parcelle de verger, puis une dégustation improvisée des cuvées de l’année en processus de fermentation, direct des cuves, puis coup d’oeil sur l’ancien alambic mobile désormais immobilisé mais toujours fonctionnel. Enfin, à la boutique, l’inévitable et joyeuse dégustation suivie du passage obligé et bien mérité à la caisse enregistreuse.

https://www.cidrerie-distillerie.com

Il y a quelques autres cidreries que j’aurais aimé visiter en Cornouaille. Je pense à Cidrerie Paul Coïc, la Cidrerie de Rozavern, les vergers de Trévignon et Une bouteille à l’amère. Ce sera, j’espère, pour une autre fois ! Idem pour les Côtes d’Armor, et d’autres racoins de Bretagne que j’aimerais explorer, jusqu’au Mont Saint-Michel de la frontière et le Saint-Malo de Jacques Cartier.

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Et les “routes à 3 grammes” ? Qu’est-ce à dire ? C’est une expression populaire française pour désigner les petites routes de campagne empruntées par les chauffeurs un peu trop bourrés afin d’éviter de se faire choper par les gendarmes … Le taux limite d’alcool autorisé au volant en France n’est pourtant que de 50 milligrammes par litre de sang (contrairement à 80 au Québec) …

N’ayez crainte ! Nous avons tous été bien sages lors de ces petites virées de dégustations, sachant ne pas abuser, et quelles routes prendre pour le retour … Le vieux coquin des rivages de Cornouaille s’est amusé à me faire une sorte de clin d’oeil, en usant de cette expression. Si nous dépassions l’alcoolémie permise, ce n’était que par bien peu, et en respectant les normes québécoises, probablement.

22 février 2024

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Bretagne Cidre Histoire Pomologie Rencontres Voyages

EN VOITURE AVEC L’ULTIME ÉRUDIT DU CIDRE DE SON PAYS

Éléments d’une heureuse aventure

belle et cidricole virée Bretonne

qui, malgré l’hiver et sa froidure

n’avait vraiment rien d’monotone !

Vous verrez, j’y ai eu ben du fun 🙂

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Rencontré en personne lors de la “Grande dégustation de pommes sauvages” lanaudoises que j’organisais à Saint-Jean-de-Matha l’automne dernier et où j’avais invité l’expert Claude Jolicoeur,

son vieil ami Mark Gleonec – autre jeune septuagénaire retraité, passionné de pommes à cidre et auteur, grand connaisseur, communicateur passionné du cidre de Cornouaille lui –
m’avait signalé que si je retournais en Bretagne y visiter des cidreries,
il pourrait être mon guide dans son pays.

Vous comprendrez que je lui ai rapidement fait part de mon projet d’hiver, auquel il assura vite sa collaboration, à travers ses nombreux autres engagements et projets personnels.

À 71 ans, l’ancien président du CIDREFF (Comité cidricole de développement et de recherche fouesnantais et finistérien) – poste qu’il a occupé pendant huit ans, et dont la relève est bien assurée – offre toujours le “service après-vente”, comme il dit. Il demeure un proche conseiller du syndicat en plus de continuer à représenter le CIDREFF et l’AOP Cornouaille (seul cidre d’origine protégée en Bretagne) à l’international. Né au début des années 1950 à Fouesnant, Gleonec s’amure à dire qu’il a grandi entre deux barriques. En 1993, il publiait le “Guide du Cidre de Cornouaille – Histoire, Fabrication, Pommes, Dégustation”. Collecteur d’histoires sur le pommage de son pays et conteur, il anime diverses activités autour des traditions cidricoles et des variétés de pommes du Werje Bras (Grand Verger) Fouesnantais. En 2012, après des années d’enquête et de collecte, il publie à compte d’auteur un recueil d’histoires récoltées en Cornouaille et intitulé « Contes et histoires du pays du cidre ». De la même manière, son ouvrage réalisé de longue haleine et documentant les variétés de pommes à cidre de Cornouaille est publié en 2019, aux éditions Solus Locus, en Bretagne.

Sa notoriété est universelle dans le petit monde du cidre de cette région; en témoigne sa participation récente (pendant mon séjour) à l’enregistrement d’une court reportage télé destiné à une émission de France 3 Breizh, pour laquelle Mark a été chargé de trouver le cidrier participant, tout comme de parler en Breton pour en narrer des segments.

Le CIDREFF est un syndicat réunissant les 14 cidreries de la Route du cidre en Cornouaille. En plus de ces professionnels, dont la production de cidre (ainsi que la culture des pommes à cidre) est le métier, ce syndicat compte aussi parmi ses membres des amateurs, qui produisent du cidre à petite échelle, à des fins domestiques. Il y a, dans certains concours de cidres (en France comme aux USA), une catégorie « Amateurs » à laquelle ceux ou celles-ci peuvent participer. Certains amateurs pratiquent l’art du cidre depuis des années, sont appliqués dans leurs méthodes et produisent des résultats de grande qualité. Le concours de cidre de Fouesnant en sera à sa 111e édition en 2024 !

Véritable moulin à paroles, Mark a été d’une grande générosité, m’accordant quatre après-midi de son agenda débordé, question de me faire visiter ses meilleures adresses. Il m’a accompagné (que dis-je ! Il a été mon chauffeur-conteur particulier, venant me prendre et reconduire chaque fois à la porte de mes hôtes, les Guillou de St-Evarzec, à la limite de Saint-Yvi) pour la visite de cinq cidreries, dans lesquelles il a partout ses entrées. Faut dire qu’il habite à la Forêt Fouesnant, à seulement 5 ou 6 kilomètres d’Enez Raden.

En “invité de marque”, Mark m’a fait visiter les parcelles du verger conservatoire de Penfoulic, qui ne sont pas ouvertes au grand public, sinon que pendant la “Fête de la pomme”, une fois par année, à la fin d’octobre. Nous avons parcouru la parcelle d’une soixantaine de pommiers “à couteau” (de pommes à croquer, ou cuisiner) et celui comprenant une cinquantaine de variétés de pommes à cidre typiquement locales. Bon, la saison ne m’a pas permis de voir et goûter les pommes, mais le conteur a su me transmettre différentes histoires à propos de variétés du terroir finistérien. Arbres greffés à raison d’environ deux exemplaires par variété, dont l’entretien est assuré par des employés de la commune (ville) de Fouesnant. Il m’a montré les locaux dédiés à la jeune association pomologique de Penfoulic, prêtés par le Conservatoire du Littoral, organisme propriétaire du terrain où sont plantés les vergers conservatoires et où paissent également en toute tranquillité quelques poneys.

Il m’a expliqué la mise en place de l’Appellation d’Origine Contrôlée pour certains cidres de Cornouaille, concrétisée en 1996. Il s’agit de la seule AOP dans le cidre en Bretagne, tandis que la Normandie, région voisine, en compte deux (AOP Cidre Pays d’Auge et AOP Cotentin), en plus d’une autre pour le poiré Domfrontais. Reste qu’il n’y a rien d’aussi typique, unique, que les imparables cidres doux-amers de Cornouaille, issus d’un pommage et d’un terroir particuliers.

Mark m’a également conduit par des chemins de travers, en de petites excursions, question de me donner à voir, raconter et faire ressentir certains lieux enchanteurs, ballades parsemées d’anecdotes sur sa jeunesse dorée, l’Histoire bretonne ou ses contacts sur la Planète Cidre. Que demander de mieux ?

À l’est de Fouesnant, suivant le plus creux des chemins creux que j’aie connu, en roulant jusqu’au bout du chemin de la digue à Penfoulic, face à l’Anse du même nom, avec vue sur le Cap Coz, devant le Golfe de Gascogne. C’est là, juste avant la digue, poussant dans une zone enherbée et caillouteuse, que je l’ai reconnu, compagnon de mes voyageries : un petit pommier sauvage, tordu, à plusieurs troncs concurrents entortillés, avec ses éperons retors et nombreux. Gleonec a d’abord cru voir une aubépine, mais perspicace, je l’ai assuré qu’il s’agissait bien d’un Malus, pommier issu d’un semis de hasard. Mark a plus tard laissé entendre qu’il s’assurerait que l’arbre soit protégé, et qu’un jour peut-être ses fruits porteront mon nom (Beauregard), traduit en Breton par quelque chose comme “Selladenn kaer” (beau regard, ou belle vue/vision). Ça me serait bien entendu un grand honneur !

Entre deux visites de cidreries, on fait un p’tit détour par le Cale de Rosselien, à Plomelin, tout près du Château de Kerambleiz. Nous avons emprunté une descente vers la rivière l’Odet, où l’on a croisé, aux abords d’un ruisseau, un antique moulin à aube, de nouveau fonctionnel, car entièrement restauré en 2020 – bénéficiant de financements visant à assurer la souveraineté alimentaire du territoire.

Je me sentais drôlement privilégié d’être guidé et de me faire ouvrir de nombreuses portes par celui qui connaît tout le monde dans ce petit milieu du cidre en Cornouaille. En une fin d’après-midi, nous n’avons pas manqué de faire un arrêt chez lui, le temps d’un breuvage chaud et d’une viennoiserie en compagnie de son épouse, Elisabeth Le Bihan.

Par une autre fin de journée, nous sommes aussi passés, sur Concarneau, à la boutique-atelier de « Ô La butine”, l’entreprise hydromelière de son pote Sylvain Le Cras. Nous y avons eu droit à une fabuleuse dégustation de plus de 8 hydromels, sans avoir pour autant fait le tour de tous ses produits. Avec ce petit homme sympathique et convivial, l’un des champions reconnus de son art, de ceux qui excellent dans les concours internationaux, il est impossible de mettre les pieds dans son antre sans s’y accrocher les pieds pendant des heures tant il sait charmer par les descriptions de ses boissons à base de miel : simples, claires et délicates, généreuses et surprenantes.

Oh Cornouaille, tu savais boire bien avant de rencontrer Bacchus

Pays entre terre et mer, de chênes et de châtaignes, de lierres et de talus,

soufflé de vents à écorner les bœufs

Finistère, tes estrans se comptent en rias de salinité

et de remontées vers les alambics secrets et reculés,

sur des barques de nuit, à rouler des barriques

clandestines

Protégé par Morgane

terroir de bord de mer

aux pommes à cidre

douces-amères, voire

franchement amères,

à l’équilibre aromatique

inégalé, à savourer

Je repars la tête pleine d’images

de paysages de légères collines

encadrées de talus arborescents

de pommiers autrefois omniprésents

distillateurs ambulants, contrebandiers

familles paysannes qui à travers les âges

ont perpétué un héritage de savoirs-faire,

de lents et patients travaux et soins

agrémentant leur vie de cidres qui ont du corps

orangés, aussi tanniques que les labeurs de la terre

et d’une douce amertume, telle que l’est l’existence

elle-même, en ce pays de rivages et de vergers

PS – La suite très bientôt avec le détail des cidreries visitées ! 😉

15-16 février 2024

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Bretagne Cidre Histoire Voyages

C’ÉTAIT UN QUÉBÉCOIS SUR LES ROUTES DU CIDRE DE CORNOUAILLE, M’SIEURS-DAMES !

De retour de voyage, un humble amoureux de cidres du terroir

vous raconte, en une série de chroniques thématiques, son séjour

de trois semaines à la rencontre de cidreries de Cornouaille

***

Pour initier une série de chroniques offrant le récit de mon voyage Breton de cet hiver 2024, je m’amuse à faire un clin d’oeil au film “C’était un Québécois en Bretagne, Madame !” du réalisateur et poète Pierre Perrault, réalisé en 1977. On y suit feu Hauris Lalancette, paysan résistant et révolté du nord de l’Abitibi qui débarque en Bretagne avec son épouse et y trouve des analogies entre son Québec rural et les campagnes de ce coin de pays du bout du monde. Il y est notamment guidé par feu Glenmor, celui dont le nom d’artiste, poète-chansonnier folk, populiste et libertaire breton, signifie « terre » (glen) et « mer » (mor), et qui raconte à Lalancette les talus abattus dans le processus de remembrement agricole des années d’après-guerre.

Le film au complet : https://www.onf.ca/…/cetait_un_quebecois_en_bretagne…/

Un extrait croustillant :

https://www.facebook.com/watch/?v=687811551748491

Pour ma part, sans être filmé, j’ai exploré les cidres de Bretagne en suivant les meilleures pistes, guidé et accueilli à bras ouverts, tel un Ministre Paysan, en toute simplicité, convivialité et complicité, dans un art de vivre fait de conversations profondes et de partages chaleureux, d’aliments sains, locaux et saisonniers, d’un terroir bien particulier entre terre et mer, chanté jadis en toute indépendance par le barde Glenmor.

Je suis parti 3 semaines durant à la rencontre du riche terroir cidricole de cette partie de Bretagne (Breizh) nommée Cornouaille, au sud de la région du Finistère (signifiant tout bonnement “la fin des terres”), le bout de cette pointe occidentale de l’Hexagone. Breizh, territoire et peuple occupés par l’État-Nation Français depuis cinq siècles, là où le breuvage ancestral, mythique, fut chanté par le poète Frédéric Le Guyader, comme “le meilleur cidre du monde” (“La chanson du cidre”, 1900).

Profitant de la tranquillité de la saison morte pour voyager (tant pour mes activités agricoles que pour le tourisme en Bretagne), la plupart des jours, j’ai troqué mon chaud manteau de duvet conçu au Québec pour un coupe-vent imperméable, plus adéquat pour affronter le crachin (fine pluie) quotidien et la douceur tempérée des côtes finistériennes (entre 5 et 11 degrés en moyenne, avec au plus froid quelques nuits de gel à -2 ou -5, à la mi-janvier).

Êtes-vous prêt.e.s à me suivre dans mes pérégrinations cidrières ? La suite à lire ici, de jour en jour.

9 février 2024

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THOREAU SUR LES POMMES SAUVAGES – 2

Suivant sa nature paradoxale, Thoreau se fait le prophète de malheur des pommiers sauvages, annonçant leur disparition. Plus d’un siècle et demi plus tard, les ‘Malus domestica’ naturalisés en Amérique du Nord ne sont évidemment pas plus disparus des campagnes de la Nouvelle-Angleterre que de celles du Québec. Il est vrai que désormais, très rares sont ceux à planter des vergers de pommiers issus de pépins …

Voici quelques autres passages de son texte posthume « Wild apples« , publié d’abord en 1862; traduit en français et publié aux éditions Finitude (France) en 2009 :

« Il n’est pas étonnant que ces pommes, petites et hautes en couleur, soient réputées produire les meilleurs cidres. Loudon relève, dans son Herefordhisre Report que « les pommes de petite taille doivent toujours, à qualité égale, être préférées aux plus grandes, de telle sorte que la peau et le cœur équilibrent la pulpe en proportion et que les jus faibles et aqueux soient évités. »

« Il en est également qui sont parfois rouges à l’intérieur, comme imprégnées d’un beau feu, nourriture féerique, trop belles pour être mangées, pommes des Hespérides, pommes du soleil couchant!« 

« Ce serait un passe-temps plaisant que de trouver des noms appropriés aux centaines de variétés mélangées dans un simple tas à l’entrée d’un pressoir à cidre. […] Qui se proposera comme parrain au baptême des pommes sauvages ?« 

« Le temps de la Pomme Sauvage appartiendra bientôt au passé. Ce fruit disparaîtra probablement bientôt de la Nouvelle-Angleterre. Vous pouvez déjà vous promener dans de grands vergers de pommiers natifs qui, pour l’essentiel alimentaient les pressoirs à cidre et sont maintenant complètement en déclin. […] Depuis les lois de tempérance et la généralisation des arbres greffés, on ne plante plus aucun arbre natif, de ceux que je vois partout dans les pâturages abandonnés et là où les bois les ont emprisonnés. Je crains bien que celui qui marchera à travers ces champs dans un siècle d’ici ne pourra plus goûter le plaisir de faire tomber des pommes sauvages. Ah, le pauvre homme ! Il y a tant de plaisirs qu’il ne connaîtra jamais !« 

30 décembre 2023

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Cidre Littérature Pomologie Rencontres

UN BRETON À LA RENCONTRE DES POMMIERS SAUVAGES  DU QUÉBEC

Mark Gleonec est un « Breton de Cornouaille », illustrateur, conteur et historien du cidre et de la pomme du Sud de la Bretagne. Invité par son ami Claude Jolicoeur, il était en visite au Québec à la fin du mois de septembre dernier. Accompagnés de leurs épouses, les deux sommités de la pomme et du cidre ont visité plusieurs forêts de pommiers sauvages, de Charlevoix à la Beauce, en passant par Lanaudière jusqu’à la Petite Nation (Outaouais).

« Macgleo », auteur d’un blogue, vient de publier les trois premiers articles d’une série de textes et de photographies rapportant son voyage au Québec, à travers la sorte d' »été des Indiens » (même sans gel avant le redoux) qu’on a eu cet automne.

Sa troisième chronique rapporte d’abord ses impressions et souvenirs de passage à Saint-Jean-de-Matha, pour rencontrer notre groupe de compagnons cidriers de Lanaudière. Il enchaine avec le récit de leur journée du lendemain en Outaouais, dans la Petite Nation, où ils ont accompagné Marie-Anne Adam et Gaston Picoulet de la micro-cidrerie Les Pommes perdues pour une session de cueillette et dégustations.

Crédit photo : Claude Jolicoeur

Le séjour de Mark parmi nous fut trop bref pour approfondir à satiété les conversations, et j’espère avoir l’occasion de faire plus ample connaissance avant trop longtemps ! Oui, un rêve de voyage m’habite, celui de retourner visiter le pays Fouesnantais, mais du côté du cidre cette fois …

Plus près de chez nous et plus certainement, je m’organiserai une tournée de ces jeunes cidreries québécoises qui ont commencé à mettre en valeur la géopoétique des pommiers sauvages, leur terroir pomicole local ! À la rencontre du savoir-faire et de l’inspiration, en mode partage.

30 octobre 2023

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Dégustations Pomologie Projets et collaborations Rencontres

ACTIVITÉ DÉGUSTATION DE POMMES ET CIDRES SAUVAGES

AVEC CLAUDE JOLICOEUR DANS LANAUDIÈRE

Photo par/by Claude Jolicoeur

Samedi le 30 septembre dernier, à Saint-Jean-de-Matha, s’est tenue une rencontre d’artisans cidriers de Lanaudière, pour la plupart également cueilleurs et utilisateurs de pommes sauvages. À mon invitation, près d’une vingtaine de passionné.es se sont réunis dans le fond d’un ancien rang agricole, chez Éric Hébert, paysan amoureux des pommes sauvages et cidriculteur depuis plus de 30 ans, notre hôte pour la journée. Nul d’entre nous ne produit du cidre à l’échelle commerciale pour le moment. Nous sommes plus ou moins amateurs, mais tous avides d’améliorer la qualité de nos cidres fermiers, de confection artisanale, et d’y mettre le meilleur de notre pommage original, local ou régional.

Photo par/by Mark Gleonec

Les grands objectifs de cette première journée d’atelier et de partage étaient les suivants :

– Découvrir ou mieux connaître les classes de pommes à cidre (douces, douces amères, amères, astringentes, aigres-amères) avec des exemples concrets dans la bouche.

– Sélectionner un nombre raisonnable (pas trop) des pommes qui semblent les plus prometteuses pour la cidrerie. Ces sélections devront faire l’objet d’essais en situation de verger réel – les meilleures seront alors retenues.

– Ultimement, développer un pommage régional original que pourront se partager les producteurs de la région et ainsi donner une couleur locale aux cidres.

Chaque participant était donc invité à apporter des exemplaires de variétés de pommes sauvages qu’il cueille et aime particulièrement, des pommes soupçonnées d’être de bonnes candidates pour la cidrerie. Cette dégustation collective de pommes sauvages était guidée et animée par un invité spécial : le prof Claude Jolicoeur, expert du cidre, juge sur des concours de cidre à l’échelle internationale et auteur de 3 ouvrages de référence (The New Cidermaker’s handbook en 2013, Du pommier au cidre en 2016, Cider Planet en 2022), en plus de plusieurs articles et conférences à travers le monde du cidre.

Jolicoeur était accompagné de son épouse, Banou, originaire du Kazhakstan (de la région même qui est le berceau génitique des pommes cultivées dans le monde – Almaty) et elle même une fine goûteuse, ainsi que d’un couple amis, Mark Gleonec et son épouse Élisabeth, des visiteurs bien enracinés au sud de la Bretagne. M. Gleonec est également un expert en la matière, auteur, historien du cidre et des pommes de Cornouailles, conteur et fondateur d’un verger conservatoire des variétés de pommes patrimoniales de son coin de pays, à Penfoulig. Celui-là même dont je vous présentais aussi le livre ce printemps.

L’événement s’est poursuivi en soirée par une visite de la pommeraie sauvage de la famille Hébert-Ducoli, d’un souper potluck incluant le partage et la dégustation de nos cidres, œuvres de plusieurs des participants. Nous avons eu la chance de goûter à des bouteilles du cru de Jolicoeur, tout comme de recevoir les commentaires et appréciations des experts présents. Bienheureux moi-même que l’une des dernières bouteilles de ma cuvée 2022 soient unanimement appréciées par les fins connaisseurs avec qui j’ai dîné.

Après la dégustation commentée d’une quarantaine de variétés de pommes, la journée fut l’occasion de divers échanges entre cultivateurs et cueilleurs de pommes, amateurs de cidres, riche en échanges de trucs, conseils et connaissances. Plus globalement, il s’agissait d’une acitivité de réseautage entre des acteurs d’une nouvelle culture locale autour des pommiers sauvages. Nous en ressortons motivés et plus éclairés pour classer et reconnaître de bonnes pommes à cidre. Nous vivons le début d’un travail collectif d’élaboration d’un terroir cidricole Lanaudois.

Photo par/by Mark Gleonec
Photo par/by Mark Gleonec
Photo par/by Mark Gleonec

Comme nous le font remarquer Jolicoeur et Gleonec, le même type de travail s’est fait en Bretagne (et ailleurs) … il y a 300 ans ! Il est temps que nous développions notre culture du cidre à partir des fruits de notre terroir, les pommes issues de nos pommes sauvages locales. Les friches et pommeraies de Lanaudière ont tout ce qu’il faut de trésors aromatiques, de douceurs et d’amertumes, pour qu’on en tire de quoi produire de grands cidres ! Il s’agit d’y travailler, de développer le savoir-faire, dans une perspective à long terme. Le mouvement est lancé, avec seulement 3 siècles de retard sur nos cousins ou ancêtres Bretons et Normands!

Nos invités de marque sont repartis dimanche matin, en direction de la Petite Nation (Outaouais), pour y rencontrer Gaston Picoulet et Marie-Anne Adam de la micro-cidrerie Les Pommes Perdues.

L’humble serviteur des pommes sauvages qui se cache derrière cette page se réjouit de contribuer à la connaissance pomologique et au développement de la cidriculture dans Lanaudière. Ce Ministère, au sens de « responsabilité » ou « mission », ne démord pas de la pomme sauvage, même si les nouvelles publiques se font parfois rares. Les actions concrètes sur le terrain ont une valeur impérissable, et les pommes cueillies s’accumulent et se préservent actuellement dans la chambre froide. Le premier jour de presse arrive très bientôt; ce qui libérera des contenants pour continuer la cueillette jusqu’à la fin du mois.

Photo par/by Mark Gleonec

PS – Un reportage de l’émission La Semaine Verte sur l’utilisation de pommes sauvages en cidrerie, et mettant en vedette Claude Jolicoeur et Gaston Picoulet (cidrerie Les Pommes Perdues en Outaouais) sera diffusé au cours des prochains mois.

Crédits photos : Mark Gleonec et Claude Jolicoeur

13 octobre 2023