Il y a peu, je cherchais une personne pour livrer un précieux colis jusqu’à Québec… De quoi s’agissait-il donc ?
Eh bien, celles et ceux qui ont suivi mes publications printanières savent que j’ai séjourné quelques semaines en Bretagne cet hiver. L’objet de ma visite était notamment de visiter plusieurs cidreries, question de me laisser inspirer par les savoir-faire cidricoles de Cornouaille.
Mon guide dans ce pays de cidres, Mark Gleonec, m’avait mentionné la tenue du 111e concours de cidre de Fouesnant, à l’été 2024. Il s’agit du plus ancien concours de cidre au monde, lequel comporte chaque année deux catégories de participants, tous producteurs de cidres des terroirs du Finistère : professionnels et amateurs.
Cette année, exceptionnellement, une nouvelle catégorie s’ajoute au concours : des cidriers amateurs d’autres terroirs de la planète !
C’est ainsi qu’en mai j’ai reçu un courriel de Claude Jolicoeur, « notre » (il est québécois) expert international du cidre, m’invitant à faire parvenir des bouteilles lanaudoises à ce concours !
Jolicoeur y sera l’un des juges, et s’est offert pour transporter quelques bouteilles d’amateurs du Québec. J’étais prêt à contacter tous mes comparses cidriers amateurs de Lanaudière pour collecter des bouteilles de leurs meilleures cuvées. Toutefois, vu l’espace limité dans la soute à bagages, et lors du concours en tant que tel, j’ai dû restreindre la sélection à seulement deux bouteilles : l’une des miennes ainsi qu’une bouteille d’Éric Hébert. Ce dernier, cidrier amateur le plus expérimenté de Lanaudière (depuis plus de 35 ans !), était l’hôte de la « Grande dégustation de pommes sauvages à potentiel cidricole » que j’organisais l’automne dernier, chez lui à St-Jean-de-Matha. Notre rencontre avec Claude Jolicoeur et Mark Gleonec nous a ouvert cette formidable porte, ce privilège !
Bouteille d’Éric Hébert, artisan cidrier de Saint-Jean-de-Matha.Bouteille d’Emmanuel Beauregard, cuvée intitulée « Perland doux-amer du rang St-Albert »Bouteille d’Emmanuel Beauregard, cuvée intitulée « Perland doux-amer du rang St-Albert »
Du Québec, en plus des nôtres et de l’une de ses propres bouteilles, Jolicoeur s’est chargé de transporter une bouteille de Louis Gauthier, un cidrier gaspésien qui anime avec ses collègues une sérieuse démarche de sélection de pommes sauvages à fort potentiel cidricole.
Merci à l’amie Mylène Samson, mon ex belle-soeur, et ex belle-fille d’Éric Hébert (!) qui s’est chargée de transporter nos précieuses bouteilles « de compétition » jusqu’à Claude Jolicoeur, dans la ville de Québec. Claude et son épouse Banou ont pris l’avion en direction de Paris le 14 juillet avec les bouteilles dans leurs bagages, et les voilà sans doute aujourd’hui arrivés sur les rivages du cidre de Cornouaille, au bout de la pointe de Bretagne.
Le concours se tiendra dans quelques jours seulement : le week-end prochain (19 et 20 juillet). Bien que ma participation soit sans la moindre prétention, ni aucune attente, je vous tiendrai bien sûr au courant des résultats et impressions suscitées par nos cidres de pommes sauvages lanaudoises !
PS – Les photos ci-bas donnent à voir ma bouteille, ainsi que celle d’Éric Hébert.
Logo de la Route du Cidre en Cornouaille, incluant son nom breton : « Hent ar sistr ».
Grâce à l’aide amicale et formidable des deux chauffeurs désignés qui m’ont accompagné et d’Annie qui m’a prêté sa voiture à l’occasion, en tout, j’ai mis les pieds dans les boutiques de huit cidreries de La Route du Cidre en Cornouaille, sur les quatorze que compte le circuit. Pas mal quand même ! J’ai eu la chance qu’on m’offre de petites visites guidées de plusieurs d’entre elles, ayant chaque fois le loisir de questionner l’un des propriétaires ou fondateur sur leurs pratiques, canaux de mise en marché, modes et enjeux de récolte, et d’autres préoccupations de cidrier amateur ou aspirant professionnel.
Voici quelques brèves descriptions et liens vers les vitrines web de chacune des cidreries de Cornouaille que j’ai eu le plaisir de visiter durant mon séjour, en janvier.
***
La première place où Mark Gleonec m’a amené, à bord de sa fidèle Megane, c’est la cidrerie Menez Brug, à Fouesnant. La seule cidrerie de la localité, qui est pourtant le cœur historique du cidre Fouesnantais. Nous avons été reçus par son vieux copain, Claude Goenvec, patriarche et fondateur de l’entreprise cidricole, en 1989. Il m’a montré les équipements de base de l’exploitation (récolteuse à pommes, remorque, broyeur, presse, cuves, etc.) en plus de la chaîne d’embouteillage, et m’a donné à voir un aperçu des vergers hautes-tiges, puis le petit troupeau de vaches pie-noir, race patrimoniale bretonne.
Nous avons évidemment pris le temps de déguster les produits finis, et maintes fois primés, au comptoir de la boutique. Petits verres où humer le nectar, tournoyer le breuvage, boire et apprécier, commenter. Les cuvées s’enchaînent dans les verres, mon palais, et m’immergent dans l’esprit des lieux : cidre fermier, cidre de Fouesnant fruité, Cidre AOP Cornouaille, le Lambig de Bretagne AOC (eau de vie de cidre vieillie en fût de chêne) et la Gwen, autre eau de vie de cidre, blanche celle-là. Enfin, du Pommeau de Bretagne (assemblage de Lambig et de jus de pommes à cidre, vieilli en fût de chêne), une autre fierté locale.
En plein jour de semaine, j’y ai croisé Stéven et Lénaïg, les deux enfants de Claude qui ont pris la relève. Tous deux occupés à diverses tâches relatives à la cidrerie familiale, ils ne semblaient pas avoir le temps de s’arrêter pour placoter avec un québécois de passage en janvier, sans qu’il se soit préalablement annoncé qui plus est.
Quelques jours plus tard, partant toujours à 14h, du même lieu de rendez-vous sis où j’avais mon pied à terre, nous sommes allés virer à Elliant, que j’y découvre la cidrerie Melenig. En arrivant, Mark m’a fait remarquer la poésie des lieux (éléments quelque peu désordonnés, disparates), contrastant avec les installations visitées plus tôt dans la semaine. Christian Toullec, ancien ingénieur agronome spécialisé en pédologie, en est l’artisan cidrier depuis l’an 2000. On a parlé du climat qui s’emballe, des variétés qu’il cultive, des insectes, maladies et parasites qui s’attaquent aux vergers de nos pays respectifs, du prix du cidre en Bretagne versus au Québec, ou encore de la toiture de sa cidrerie qui, effondrée lors de la violente tempête qui a frappé les côtes bretonnes au début novembre 2023, devra être reconstruite.
Comme l’ami maraîcher Julien Guillou d’Enez Raden, il tient un kiosque de vente lors des journées de marché, l’été, devant la chapelle Notre-Dame de Kerdévot d’Ergué-Gabéric, tout près de chez lui. Les deux paysans, artisans du vivant et collègues de marché, se connaissent. Du coup, avec joie, j’ai été chargé de leur transmettre de mutuelles et fraternelles salutations. De Christian à Julien, et vice-versa. Par ailleurs, ils occupent tous deux la fonction de diacre; l’un étant catholique, l’autre orthodoxe !
On nous a servi, comme partout où nous sommes passés, de petits verres d’à peu près chaque breuvage de la maison. Systématiquement, je sortais avec une, deux, si ce n’est trois bouteilles.
Je n’ai d’ailleurs pas manqué de repasser chez Melenig (“Jaune” en breton) la veille de mon départ pour mettre la main sur une ultime bouteille de leur excellent cidre fermier ! Celui qui m’a donné des échos de nostalgie, rappelant à l’amie Annie, lorsqu’elle l’a goûté, le cidre des barriques de son enfance !
La semaine suivante, Mark et moi, dans l’espace-temps condensé et chargé de ses palabres, avons pris la route en direction de la cidrerie Goalabré aka “Au pressoir du Bélon”, à Riec sur Bélon, tiens donc ! Non sans être passés, car arrivant de l’ouest, à travers Pont-Aven, ville d’origine de Gauguin, haut lieu de la peinture à la fin du XIXe siècle, où l’on trouve aujourd’hui quantité phénoménale de galeries d’art.
Arrivés au Pressoir du Bélon, j’y ai rencontré le propriétaire, Gilles Goalabré, grand gaillard dans la jeune cinquantaine. Il est de ceux qui se sont lancés en cidrerie en laissant derrière eux une carrière (dans l’architecture navale dans son cas), en reprenant l’entreprise familiale. Leur verger, conduit en agriculture biologique (comme plusieurs des vergers-cidreries de la Route du Cidre de Cornouaille), fait quelques 8 hectares. Ils cultivent et utilisent une cinquantaine de variétés de pommes à cidre choisies. Toutes les cidreries visitées utilisent des dizaines de variétés différentes pour leurs assemblages, une quinzaine au bas mot.
Nous accordant presque deux heures de son temps, Gilles nous a fait visiter la cidrerie tout comme ses caves où vieillissent lambig et pommeau, sous le sceau de barriques de chêne, à l’obscurité. Passage obligé à la boutique, pour la dégustation bienvenue. Toujours cette trame amère des cidres de Cornouaille, tant dans les bruts, les demi-secs et les plus doux. De la maison Goalabré : brut, demi-sec, AOP Cornouaille, “cidre blanc” monovariétal avec la pomme ‘Guillevic’, un poiré; enfin Pommeau et Lambig.
Je demeure impressionné par les meubles bretons antiques qui ornent la grande pièce, et servent de présentoir pour les bouteilles et d’autres produits. De ces meubles sculptés et ornés, un lit-clos m’a le plus étonné; meuble traditionnel breton où des anciens dormaient, dans une sorte d’armoire fermée.
À la troisième et dernière semaine de mon voyage, en une dernière escapade avec l’ancien président du CIDREF, j’ai visité deux autres incontournables cidreries de Cornouaille. Mark Gleonec avait lâché un coup de fil aux propriétaires le matin même, sans succès, mais nous avons fait une autre sacrée belle virée quoi qu’il en soit.
Nous avons fait un premier arrêt à la Distillerie des Menhirs, chez la famille Le Lay, à Plomelin. Une famille de distillateurs depuis 5 générations, du temps des bouilleurs ambulants à aujourd’hui.
C’est une belle-fille des propriétaires, et employée, qui nous a reçu. Présenté de nouveau comme un “chasseur de pommes sauvages” par Gleonec, la dame derrière le comptoir a tôt fait de nous raconter l’amour de ses propres enfants pour les pommes sauvages locales. Ils en apprécient la petite taille, parfaite pour une collation de leur âge. Elle connaît quelques-uns de ces pommiers issus de semis hasardeux autour de sa commune, et s’y arrête fréquemment l’automne venu.
Elle m’a servi une dégustation de la spécialité de la place, une création originale de M. Guy Le Lay, mettant en vedette une plante cultivée emblématique du pays : EDDU, un whisky breton, fait à 100% de “blé noir” (sarrasin), offert en plusieurs déclinaisons, en plus de cidres, lambig et pommeau.
À l’extérieur des installations de la distillerie, juste de l’autre côté de la route, un emplacement cérémoniel antique, préhistorique, où tiennent encore debout deux menhirs. Un troisième est couché au sol depuis des temps immémoriaux. Datant du néolithique, ce trio de mégalithes, nommé “menhirs de Tingoff” ou “menhirs de Pont-Menhir”, est classé monument historique depuis 1978.
Pour finir la journée, nous avons traversé l’Odet par le pont de Benodet, rejoint sa rive est, et roulé en direction de Gouesnach, jusqu’à Les Vergers de Kermao. Sans nous attendre, dans une plate-bande, jardinait tranquillement Jacqueline, cofondatrice et veuve de feu Yves Saliou. Elle est la mère de Brieuc qui, avec sa conjointe Marine, a pris les rennes de l’entreprise cidricole en 2009. Marine est d’ailleurs devenue présidente du CIDREF en décembre 2022. Cette jeune génération, la 5e d’agriculteurs sur la ferme, que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de rencontrer lors de mon passage, et qui a su gagner la médaille “Best in class” (meilleur de sa catégorie) lors du concours international de Great Lakes en 2017.
Affiche à propos de variétés de pommes utilisées en cidrerie chez Kermao.
Cette fois, Jacqueline nous a offert une dégustation plus sobre, avec seulement deux des cidres, mais pas les moindres : Le Fouesnant (un demi-sec, AOP Cornouaille) et le Kermao (un brut). Coup de coeur pour Le Fouesnant, fruité et équilibré, typique du terroir du pays.
Construite à l’ancienne selon les méthodes locales, toute de pierres et à l’ombre d’un grand pommier, leur boutique m’a complètement charmé.
Boutique Les Vergers de Kermao à Gouesnach (prononcer « Gouènar »), lumineuse au tomber du jour.
Solo à bord de la p’tite VW UP d’Annie, je suis allé faire un tour à la boutique du Château Lézergué, à seulement 12 km de la ferme. Client unique en fin de journée, j’ai eu droit à la dégustation complète, offerte par Paula, employée de la maison. Quelques jours plus tôt, elle était avec Mark Gleonec, ainsi que la plupart des cidriers de Cornouaille, pour une rencontre professionnelle du CIDREF. Une boutique au design étudié, blanc épuré urbain et moderne, loin de la rusticité de celles visitées dans les autres cidreries du coin. Plus de 35 hectares de vergers en production.
Je suis reparti avec quelques bouteilles. Pour les avoir bues lors de mon séjour, avec l’ami Julien notamment, je dois dire qu’il s’agit de ma seule véritable déception. Ce sont les plus industriels des cidres que j’ai bu là-bas (la série “Les Trois Frères”), avec gaz carbonique injecté, des bulles qui n’ont pas la délicatesse de celles issues de prises de mousse naturelles, un goût prononcé de sulfites et une bouche sans longueur. Le type de produit plus stable qu’ils arrivent à exporter internationalement, incluant aux USA et Canada. Bref, pas de quoi rapporter dans mes bagages, ni un modèle d’affaires qui m’inspire.
Enfin, j’ai retrouvé au bout des terres d’Europe un ancien comparse de luttes étudiantes à Victoriaville P.Q., contact Facebook lointain, expatrié en France depuis des années. Maintenant en Bretagne, sur Concarneau, Marc-Antoine LeBlanc a réagit à l’une de mes publications Facebook de début de séjour. Avec la bagnole de sa copine, il est venu me chercher à Enez Raden, et nous avons refait connaissance, en route vers d’autres cidreries du coin, le temps de quelques “Yec’hed mat !” bien sentis.
Pas encore tout à fait 30 ans, Marc-Antoine est un autoentrepreneur dont la “startup” est baptisée “Québécitude”. Bien que son accent québécois soit désormais presque complètement effacé, le sympathique québécois offre ses services d’accueil et intégration à d’autres expatriés de la Belle Province en France. Il projette également de se lancer dans l’importation de sirop d’érable d’une manière bien originale.
Par une toute fin d’après-midi, nous sommes allés faire un p’tit tour au Manoir du Kinkiz. Bertrand, le distillateur (Distillerie Artisanale du Plessis), fort sympathique beau-frère des trois copropriétaires de la cidrerie, s’est absenté de son alambic pendant trois quarts d’heure, et nous a offert une brève visite du chai et dégustation des cidres, pommeau et lambig du Manoir. Il était trop tard pour aller se balader dans le verger, et personne d’autre disponible pour une visite plus complète. Il aurait fallu y retourner.
Après quoi on a bougé sur Quimper, pris le temps de manger une poutine (et/ou un burger) au resto Ti-Québec (ça m’a bien fait rire, sans me dépayser), et prendre un verre à la cave à bière Only Bears.
Une autre journée, un jeudi en fait, avant que ses propriétaires ne partent pour un long week-end participer, avec leurs cidres, à un Salon des Vins Bio à Montpellier, Marc-Antoine et moi sommes allés virer jusqu’à Cidrerie de l’Apothicaire, à Clohars-Carnoët. Nous avons été reçus généreusement par le copropriétaire-fondateur Mathieu Huet, rencontré quelques jours plus tôt au Sistrot, à Quimper. La tournée des lieux (ancienne ferme laitière convertie en cidrerie) s’est allongée jusqu’à une nouvelle parcelle de verger, puis une dégustation improvisée des cuvées de l’année en processus de fermentation, direct des cuves, puis coup d’oeil sur l’ancien alambic mobile désormais immobilisé mais toujours fonctionnel. Enfin, à la boutique, l’inévitable et joyeuse dégustation suivie du passage obligé et bien mérité à la caisse enregistreuse.
Il y a quelques autres cidreries que j’aurais aimé visiter en Cornouaille. Je pense à Cidrerie Paul Coïc, la Cidrerie de Rozavern, les vergers de Trévignon et Une bouteille à l’amère. Ce sera, j’espère, pour une autre fois ! Idem pour les Côtes d’Armor, et d’autres racoins de Bretagne que j’aimerais explorer, jusqu’au Mont Saint-Michel de la frontière et le Saint-Malo de Jacques Cartier.
***
Et les “routes à 3 grammes” ? Qu’est-ce à dire ? C’est une expression populaire française pour désigner les petites routes de campagne empruntées par les chauffeurs un peu trop bourrés afin d’éviter de se faire choper par les gendarmes … Le taux limite d’alcool autorisé au volant en France n’est pourtant que de 50 milligrammes par litre de sang (contrairement à 80 au Québec) …
N’ayez crainte ! Nous avons tous été bien sages lors de ces petites virées de dégustations, sachant ne pas abuser, et quelles routes prendre pour le retour … Le vieux coquin des rivages de Cornouaille s’est amusé à me faire une sorte de clin d’oeil, en usant de cette expression. Si nous dépassions l’alcoolémie permise, ce n’était que par bien peu, et en respectant les normes québécoises, probablement.
Rencontré en personne lors de la “Grande dégustation de pommes sauvages” lanaudoises que j’organisais à Saint-Jean-de-Matha l’automne dernier et où j’avais invité l’expert Claude Jolicoeur,
son vieil ami Mark Gleonec – autre jeune septuagénaire retraité, passionné de pommes à cidre et auteur, grand connaisseur, communicateur passionné du cidre de Cornouaille lui – m’avait signalé que si je retournais en Bretagne y visiter des cidreries, il pourrait être mon guide dans son pays.
Vous comprendrez que je lui ai rapidement fait part de mon projet d’hiver, auquel il assura vite sa collaboration, à travers ses nombreux autres engagements et projets personnels.
À 71 ans, l’ancien président du CIDREFF (Comité cidricole de développement et de recherche fouesnantais et finistérien) – poste qu’il a occupé pendant huit ans, et dont la relève est bien assurée – offre toujours le “service après-vente”, comme il dit. Il demeure un proche conseiller du syndicat en plus de continuer à représenter le CIDREFF et l’AOP Cornouaille (seul cidre d’origine protégée en Bretagne) à l’international. Né au début des années 1950 à Fouesnant, Gleonec s’amure à dire qu’il a grandi entre deux barriques. En 1993, il publiait le “Guide du Cidre de Cornouaille – Histoire, Fabrication, Pommes, Dégustation”. Collecteur d’histoires sur le pommage de son pays et conteur, il anime diverses activités autour des traditions cidricoles et des variétés de pommes du Werje Bras (Grand Verger) Fouesnantais. En 2012, après des années d’enquête et de collecte, il publie à compte d’auteur un recueil d’histoires récoltées en Cornouaille et intitulé « Contes et histoires du pays du cidre ». De la même manière, son ouvrage réalisé de longue haleine et documentant les variétés de pommes à cidre de Cornouaille est publié en 2019, aux éditions Solus Locus, en Bretagne.
Sa notoriété est universelle dans le petit monde du cidre de cette région; en témoigne sa participation récente (pendant mon séjour) à l’enregistrement d’une court reportage télé destiné à une émission de France 3 Breizh, pour laquelle Mark a été chargé de trouver le cidrier participant, tout comme de parler en Breton pour en narrer des segments.
Le CIDREFF est un syndicat réunissant les 14 cidreries de la Route du cidre en Cornouaille. En plus de ces professionnels, dont la production de cidre (ainsi que la culture des pommes à cidre) est le métier, ce syndicat compte aussi parmi ses membres des amateurs, qui produisent du cidre à petite échelle, à des fins domestiques. Il y a, dans certains concours de cidres (en France comme aux USA), une catégorie « Amateurs » à laquelle ceux ou celles-ci peuvent participer. Certains amateurs pratiquent l’art du cidre depuis des années, sont appliqués dans leurs méthodes et produisent des résultats de grande qualité. Le concours de cidre de Fouesnant en sera à sa 111e édition en 2024 !
Véritable moulin à paroles, Mark a été d’une grande générosité, m’accordant quatre après-midi de son agenda débordé, question de me faire visiter ses meilleures adresses. Il m’a accompagné (que dis-je ! Il a été mon chauffeur-conteur particulier, venant me prendre et reconduire chaque fois à la porte de mes hôtes, les Guillou de St-Evarzec, à la limite de Saint-Yvi) pour la visite de cinq cidreries, dans lesquelles il a partout ses entrées. Faut dire qu’il habite à la Forêt Fouesnant, à seulement 5 ou 6 kilomètres d’Enez Raden.
En “invité de marque”, Mark m’a fait visiter les parcelles du verger conservatoire de Penfoulic, qui ne sont pas ouvertes au grand public, sinon que pendant la “Fête de la pomme”, une fois par année, à la fin d’octobre. Nous avons parcouru la parcelle d’une soixantaine de pommiers “à couteau” (de pommes à croquer, ou cuisiner) et celui comprenant une cinquantaine de variétés de pommes à cidre typiquement locales. Bon, la saison ne m’a pas permis de voir et goûter les pommes, mais le conteur a su me transmettre différentes histoires à propos de variétés du terroir finistérien. Arbres greffés à raison d’environ deux exemplaires par variété, dont l’entretien est assuré par des employés de la commune (ville) de Fouesnant. Il m’a montré les locaux dédiés à la jeune association pomologique de Penfoulic, prêtés par le Conservatoire du Littoral, organisme propriétaire du terrain où sont plantés les vergers conservatoires et où paissent également en toute tranquillité quelques poneys.
Il m’a expliqué la mise en place de l’Appellation d’Origine Contrôlée pour certains cidres de Cornouaille, concrétisée en 1996. Il s’agit de la seule AOP dans le cidre en Bretagne, tandis que la Normandie, région voisine, en compte deux (AOP Cidre Pays d’Auge et AOP Cotentin), en plus d’une autre pour le poiré Domfrontais. Reste qu’il n’y a rien d’aussi typique, unique, que les imparables cidres doux-amers de Cornouaille, issus d’un pommage et d’un terroir particuliers.
Mark m’a également conduit par des chemins de travers, en de petites excursions, question de me donner à voir, raconter et faire ressentir certains lieux enchanteurs, ballades parsemées d’anecdotes sur sa jeunesse dorée, l’Histoire bretonne ou ses contacts sur la Planète Cidre. Que demander de mieux ?
À l’est de Fouesnant, suivant le plus creux des chemins creux que j’aie connu, en roulant jusqu’au bout du chemin de la digue à Penfoulic, face à l’Anse du même nom, avec vue sur le Cap Coz, devant le Golfe de Gascogne. C’est là, juste avant la digue, poussant dans une zone enherbée et caillouteuse, que je l’ai reconnu, compagnon de mes voyageries : un petit pommier sauvage, tordu, à plusieurs troncs concurrents entortillés, avec ses éperons retors et nombreux. Gleonec a d’abord cru voir une aubépine, mais perspicace, je l’ai assuré qu’il s’agissait bien d’un Malus, pommier issu d’un semis de hasard. Mark a plus tard laissé entendre qu’il s’assurerait que l’arbre soit protégé, et qu’un jour peut-être ses fruits porteront mon nom (Beauregard), traduit en Breton par quelque chose comme “Selladenn kaer” (beau regard, ou belle vue/vision). Ça me serait bien entendu un grand honneur !
Entre deux visites de cidreries, on fait un p’tit détour par le Cale de Rosselien, à Plomelin, tout près du Château de Kerambleiz. Nous avons emprunté une descente vers la rivière l’Odet, où l’on a croisé, aux abords d’un ruisseau, un antique moulin à aube, de nouveau fonctionnel, car entièrement restauré en 2020 – bénéficiant de financements visant à assurer la souveraineté alimentaire du territoire.
Je me sentais drôlement privilégié d’être guidé et de me faire ouvrir de nombreuses portes par celui qui connaît tout le monde dans ce petit milieu du cidre en Cornouaille. En une fin d’après-midi, nous n’avons pas manqué de faire un arrêt chez lui, le temps d’un breuvage chaud et d’une viennoiserie en compagnie de son épouse, Elisabeth Le Bihan.
Par une autre fin de journée, nous sommes aussi passés, sur Concarneau, à la boutique-atelier de « Ô La butine”, l’entreprise hydromelière de son pote Sylvain Le Cras. Nous y avons eu droit à une fabuleuse dégustation de plus de 8 hydromels, sans avoir pour autant fait le tour de tous ses produits. Avec ce petit homme sympathique et convivial, l’un des champions reconnus de son art, de ceux qui excellent dans les concours internationaux, il est impossible de mettre les pieds dans son antre sans s’y accrocher les pieds pendant des heures tant il sait charmer par les descriptions de ses boissons à base de miel : simples, claires et délicates, généreuses et surprenantes.
Oh Cornouaille, tu savais boire bien avant de rencontrer Bacchus
Pays entre terre et mer, de chênes et de châtaignes, de lierres et de talus,
soufflé de vents à écorner les bœufs
Finistère, tes estrans se comptent en rias de salinité
et de remontées vers les alambics secrets et reculés,
sur des barques de nuit, à rouler des barriques
clandestines
Protégé par Morgane
terroir de bord de mer
aux pommes à cidre
douces-amères, voire
franchement amères,
à l’équilibre aromatique
inégalé, à savourer
Je repars la tête pleine d’images
de paysages de légères collines
encadrées de talus arborescents
de pommiers autrefois omniprésents
distillateurs ambulants, contrebandiers
familles paysannes qui à travers les âges
ont perpétué un héritage de savoirs-faire,
de lents et patients travaux et soins
agrémentant leur vie de cidres qui ont du corps
orangés, aussi tanniques que les labeurs de la terre
et d’une douce amertume, telle que l’est l’existence
elle-même, en ce pays de rivages et de vergers
PS – La suite très bientôt avec le détail des cidreries visitées !
La véritable première partie de mon récit de voyage en Bretagne
à propos de la famille d’amis qui m’a accueillie sur leur ferme
J’entrerai dans le sujet du cidre et des pommes de Cornouaille
dès le chapitre suivant.
***
J’ai fait connaissance de la famille Guillou et de leur ferme Enez Raden (“L’île aux fougères” en Breton), située sur le territoire de la commune de St-Evarzec, en pays Fouesnantais, pendant un stage agricole qui a duré 2 mois, à l’automne 2017. J’y allais alors afin de m’initier à l’élevage de bovins en régie biologique, voire en transition vers la biodynamie. Une franche amitié s’est nouée entre cette famille paysanne et moi, si bien que nous avions maintenu le lien par courriels au fil des ans. Ils m’ont de nouveau accueilli avec grande joie en ce mois de janvier jusqu’au début février 2024.
Enez Raden est située près de la ville de Quimper, cœur vibrant de la Cornouaille culturelle, à 15 km au nord-ouest et à moins de 15 km de la Côte, au sud. Pas plus loin du port de Concarneau que des plages de Fouesnant, face au Golfe de Gascogne qui s’ouvre sur l’Atlantique Nord.
Trois semaines durant, cette fois, j’ai bénéficié de la remarquable hospitalité d’Annie et Jean-Yves, dans leur nouvelle petite maison de pierre (elle a probablement deux siècles d’âge, mais a été rénovée et isolée de fond en comble), voisine de la ferme. Ils y ont aménagé depuis un peu plus d’un an, après leurs années de “mobile home”, suite à la cession de la maison ancestrale à leur fils François (Fañch) et son épouse Ashley, tout comme aux enfants nés de cette union, Lewis et Lenaïg. La retraite progressive, un lent recul, pas évidente pour qui a consacré sa vie à une ferme.
Retrouvailles dans la camaraderie de paysans critiques, le succès d’une amitié intergénérationnelle et internationale, basée je crois sur certaines valeurs communes, propres à la paysannerie. Une critique acerbe du monde dominant, une volonté pratique d’autonomie, d’équilibre et de justice. De nouveau, les Guillou m’ont impressionné par leur assiduité au travail (sur une ferme laitière, a-t’on vraiment le choix ?), leur perspicacité dans la diversification des activités (ou ateliers, comme ils disent) de la ferme, le choix répété de l’autonomie et de la convivialité, puis une philosophie de vie épicurienne, sans excès.
Sans faire tout l’historique de la ferme, disons qu’il y a d’abord et avant tout l’atelier laitier, au cœur des activités quotidiennes, avec ses quelques 85 vaches laitières (croisées de Brunes Suisses, Holstein, de Angus et d’un peu de Pie noir bretonnes) nourries essentiellement aux pâturages, à peu près 10 mois par année, le reste du temps (au creux de l’hiver) de foin et d’herbes ensilées, parfois de betteraves fourragères, et d’un peu de maïs ensilé.
Annie et Jean-Yves, en charge depuis plus de 20 ans de l’atelier laitier, sont en processus de prendre graduellement leur retraite, et de céder leurs parts de l’entreprise à leurs belles-filles. Leurs deux fils, Fañch et Julien sont déjà partenaires-associés dans le GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation Commune), qui est un peu comme une SENC (Société En Nom Collectif) ici. Fañch est le grand responsable des cultures fourragères et céréalières, du soin des vaches, des chantiers de construction et de la mécanique générale. Julien, depuis bientôt 10 ans, s’est établi en tant que maraîcher biologique, présent sur les marchés locaux, et participant, comme tous et toutes, à la traite des vaches.
Dans la dernière année, un nouveau atelier d’importance a été mis en place. En effet, les Guillou sont devenus paysans-boulangers. Produisant, sur quelques 12 hectares, blé panifiable et seigle, ils produisent à la ferme la farine, avec un moulin et tout l’attirail de silos et systèmes de conduits requis pour entreposer et transporter les grains. Un four à pains paysan fut construit et Camille, l’épouse de Julien, en est devenue, pour deux jours de fournée par semaine, l’opératrice attentive et dévouée.
Le prochain atelier qui verra le jour à Enez Raden au courant de cette année est celui du fromage, de la transformation à la ferme du lait du troupeau de vaches à cornes nourries à l’herbe. La fromagerie dont Ashley (épouse de Fañch) sera l’artisane en chef est en cours de construction, juste à côté de la laiterie. C’est la suite logique du projet de diversification et d’autonomisation de la ferme, en passant par la création de valeur ajoutée, la relative spécialisation de chacune des personnes impliquées et par l’usage des riches ferments présents dans cet environnement de biodiversité. #fromageaulaitcru #levuressauvages
J’ai aussi visité – ça allait de soi – le nouveau magasin de la ferme, qui est en plein work-in-progress. Les mardi et vendredi, la clientèle fait ses emplettes de légumes, fruits, jus, pains et pâtisseries de la ferme (et bientôt fromages !) ainsi que d’autres produits d’artisans alimentaires locaux.
Ce sont maintenant 11 personnes, 3 familles, 3 couples, et 5 enfants, qui vivent des activités de la ferme.
Le milieu de la journée, en partageant le premier repas commun avec le couple des aînés, était le moment de choix pour discuter, en feuilletant le journal quotidien, de l’actualité politique Bretonne et Française (incluant bien sûr, par la force des choses, les mobilisations agricoles en France comme celles en Bretagne, qui ont battu leur plein de manifestations, de blocages et de vandalisme durant mon séjour). Ah ces conversations avec J-Y – ce paysan philosophe, anar sans le paraître – pleines de questions, de doutes, de vérifications au dictionnaire ou via des recherches Google, avec Annie. On a bien rigolé aussi, pour ne pas tomber, ne pas sombrer, face à l’absurdité et l’horreur de cette civilisation industrielle urbaine coloniale extractiviste spectaculaire marchande pétro-masculine mafieuse productiviste avec son système technicien autonome, écocidaire et autoritaire …
Suivant leurs disponibilités, mes hôtes m’ont à quelques reprises (les week-ends en particulier) invité pour des ballades en dehors d’Enez Raden. Ainsi nous sommes allés marcher dans la Ville Close de Concarneau, son centre historique endormi sans son achalandage touristique, puis prendre un verre au bar-tabac Le Cabestan, en face de l’ancien port de pêche. On a fait des p’tits tours à Quimper pour bouquiner, prendre un gâteau et un café chez Philomène – pis visiter un jardin d’inspiration médiévale avec Annie, un après-midi sans pluie. Il y eut un samedi de roadtrip en virée dans les Monts d’Arrée, jusqu’à la chapelle St-Michel-de-Braspart, sur l’un des plus hauts sommets de Bretagne (381 mètres à peine, surpassé par le Roc’h Ruz qui culmine à 385 mètres), après avoir voulu parcourir, près là, un sentier traversant un chaos de pierres, malheureusement si inondé qu’inaccessible.
Accompagnés par un ami de mes hôtes, enseignant d’agriculture et bretonnant, chanteur-choriste, poète mécanicien et traducteur, j’ai nommé Charlez An Dreo, pour guide-interprète de nos visites du jour, en passant par le vieux corps de ferme repris par ses enfants. Paroles et pierres des siècles, socles de l’écoumène Breton, solides assises de communautés familiales à l’abri des vents du large, parfois tempêtes à coucher chênes et pommiers.
Enfin, je ne peux passer sous silence le bonheur de fouiner dans la formidable bibliothèque de Jean-Yves, laquelle compte quantités d’essais de sociologie critique, de traités de philosophie, ancienne mais aussi très contemporaine, d’Histoire, d’agronomie, des ouvrages des meilleurs penseur.e.s de l’écologie politique pour le siècle en cours, et plus encore. Une collection de rêve, où je me retrouvais, en escale sur de solidaires territoires de l’esprit.
Ferme-organisme inspirée par la biodynamie, forte de son ouverture sur le monde, Enez Raden est une communauté œcuménique spontanée et familiale où chrétiens protestants et catholiques, orthodoxes, musulmans, agnostiques, voire humanistes, bouddhistes et athées cohabitent et échangent en toute amitié. On y accueille d’ailleurs des wwoofeurs et woofeuses en saison, avis aux intéressé.e.s.
Mersi Bras (merci beaucoup) à toute la famille Guillou pour son hospitalité, sans laquelle mon séjour n’aurait pas eu la même teneur, la même profondeur. J’ai ben hâte de vous accueillir à mon tour dans Lanaudière, ma région d’enracinement ancestral, familial, agricole et pomologique dans ce vaste presque pays du Québec que vous aurez plaisir à découvrir à l’automne (ou en toute autre saison), j’en suis convaincu !
De retour de voyage, un humble amoureux de cidres du terroir
vous raconte, en une série de chroniques thématiques, son séjour
de trois semaines à la rencontre de cidreries de Cornouaille
***
Pour initier une série de chroniques offrant le récit de mon voyage Breton de cet hiver 2024, je m’amuse à faire un clin d’oeil au film “C’était un Québécois en Bretagne, Madame !” du réalisateur et poète Pierre Perrault, réalisé en 1977. On y suit feu Hauris Lalancette, paysan résistant et révolté du nord de l’Abitibi qui débarque en Bretagne avec son épouse et y trouve des analogies entre son Québec rural et les campagnes de ce coin de pays du bout du monde. Il y est notamment guidé par feu Glenmor, celui dont le nom d’artiste, poète-chansonnier folk, populiste et libertaire breton, signifie « terre » (glen) et « mer » (mor), et qui raconte à Lalancette les talus abattus dans le processus de remembrement agricole des années d’après-guerre.
Pour ma part, sans être filmé, j’ai exploré les cidres de Bretagne en suivant les meilleures pistes, guidé et accueilli à bras ouverts, tel un Ministre Paysan, en toute simplicité, convivialité et complicité, dans un art de vivre fait de conversations profondes et de partages chaleureux, d’aliments sains, locaux et saisonniers, d’un terroir bien particulier entre terre et mer, chanté jadis en toute indépendance par le barde Glenmor.
Je suis parti 3 semaines durant à la rencontre du riche terroir cidricole de cette partie de Bretagne (Breizh) nommée Cornouaille, au sud de la région du Finistère (signifiant tout bonnement “la fin des terres”), le bout de cette pointe occidentale de l’Hexagone. Breizh, territoire et peuple occupés par l’État-Nation Français depuis cinq siècles, là où le breuvage ancestral, mythique, fut chanté par le poète Frédéric Le Guyader, comme “le meilleur cidre du monde” (“La chanson du cidre”, 1900).
Profitant de la tranquillité de la saison morte pour voyager (tant pour mes activités agricoles que pour le tourisme en Bretagne), la plupart des jours, j’ai troqué mon chaud manteau de duvet conçu au Québec pour un coupe-vent imperméable, plus adéquat pour affronter le crachin (fine pluie) quotidien et la douceur tempérée des côtes finistériennes (entre 5 et 11 degrés en moyenne, avec au plus froid quelques nuits de gel à -2 ou -5, à la mi-janvier).
Êtes-vous prêt.e.s à me suivre dans mes pérégrinations cidrières ? La suite à lire ici, de jour en jour.
Mark Gleonec est un « Breton de Cornouaille », illustrateur, conteur et historien du cidre et de la pomme du Sud de la Bretagne. Invité par son ami Claude Jolicoeur, il était en visite au Québec à la fin du mois de septembre dernier. Accompagnés de leurs épouses, les deux sommités de la pomme et du cidre ont visité plusieurs forêts de pommiers sauvages, de Charlevoix à la Beauce, en passant par Lanaudière jusqu’à la Petite Nation (Outaouais).
« Macgleo », auteur d’un blogue, vient de publier les trois premiers articles d’une série de textes et de photographies rapportant son voyage au Québec, à travers la sorte d' »été des Indiens » (même sans gel avant le redoux) qu’on a eu cet automne.
Sa troisième chronique rapporte d’abord ses impressions et souvenirs de passage à Saint-Jean-de-Matha, pour rencontrer notre groupe de compagnons cidriers de Lanaudière. Il enchaine avec le récit de leur journée du lendemain en Outaouais, dans la Petite Nation, où ils ont accompagné Marie-Anne Adam et Gaston Picoulet de la micro-cidrerie Les Pommes perdues pour une session de cueillette et dégustations.
Crédit photo : Claude Jolicoeur
Le séjour de Mark parmi nous fut trop bref pour approfondir à satiété les conversations, et j’espère avoir l’occasion de faire plus ample connaissance avant trop longtemps ! Oui, un rêve de voyage m’habite, celui de retourner visiter le pays Fouesnantais, mais du côté du cidre cette fois …
Plus près de chez nous et plus certainement, je m’organiserai une tournée de ces jeunes cidreries québécoises qui ont commencé à mettre en valeur la géopoétique des pommiers sauvages, leur terroir pomicole local ! À la rencontre du savoir-faire et de l’inspiration, en mode partage.
En janvier, de mon divan j’ai voyagé autour de la Planète Cidre grâce au plus récent bouquin du québécois expert en jus de pommes bien fermentés, Claude Jolicoeur, sorti des presses en septembre dernier aux USA. Écrit de main de maître, c’est la somme fascinante de recherches approfondies depuis des années et de nombreux voyages autour du cidre fermier, ou artisanal (le vrai cidre quoi!), ainsi que du poiré.
Après un survol des méthodes de production, on y découvre les histoires des régions où la fabrique du cidre et du poiré sont de tradition ancienne (France, Angleterre, Espagne, Allemagne et Autriche).
Il offre ensuite un tour d’horizon des lieux où se vit un renouveau ou les débuts d’une cidriculture artisanale (Nouvelle-Zélande et Australie, USA et Canada, Irlande, Italie, Amérique Latine, etc.), où s’inventent de nouvelles manières de faire, souvent inspirées des traditions d’ailleurs.
Jolicoeur y décrit les pratiques en vergers et les variétés de pommes de différents terroirs cidricoles, les profils de différents styles de cidres et des rituels associés.
« Tout comme il y a de nombreux volumes dédiés aux grandes régions viticoles du monde, nous avons maintenant, avec Cider Planet, un manuel « d’appréciation du cidre » pour comprendre pleinement la riche culture du cidre et du poiré. »
En entamant cet hiver une correspondance avec l’auteur (je lui ai écrit tout un épître, comme il m’a dit), celui-ci m’a fait référence à son ami Mark Gleonec, un autre éminent spécialiste du cidre, artiste enraciné dans le terroir du pays Fouesnantais, qui a une longue et riche tradition cidricole. Incidemment, c’est le secteur de la Bretagne, au sud du Finistère, où j’ai passé deux mois à l’automne 2017; là où en stage sur une ferme paysanne j’ai eu la chance de participer à la cueillette et la presse de variétés de pommes à cidre locales, de leurs vergers. Où j’ai eu également le plaisir de boire quelques verres de leur typique cidre doux-amer, au pétillant naturel produit suivant la méthode traditionnelle.
Je me suis empressé de me procurer, et de lire avec grand intérêt, le bel ouvrage de Gleonec, magnifiquement illustré. De quoi rêver d’un nouveau voyage chez les amis Bretons, mais aussi, surtout, qu’à plus long terme se développent des pommages régionaux pour le cidre, dans les régions du Québec qui y sont propices. Que l’on sélectionne et multiplie nos propres variétés de pommes douces-amères, aigres-amères, amères, etc. Des pommes classées comme pommes à cidre, qui n’ont pas grand chose à voir avec les pommes à croquer (bien que certaines y soient plus propices que d’autres).
Ici, en « pays jeune », nous avons la chance de pouvoir encore inventer notre terroir cidricole, avec un climat, un ensemble de variétés adaptées (un pommage) à déterminer ainsi que des assemblages ou des techniques qui nous sont propres.
Trinquons aux pommiers de Bretagne, du Québec et d’ailleurs ! Yec’hed mat ! Santé !
Cueilleur de pommes de métier (saisonnier), je le suis devenu dans la dernière décennie, en particulier les 5 derniers automne. Dans des vergers commerciaux de la Montérégie, du Centre-du-Québec et de la région de la capitale nationale. Pour assurer ma subsistance pendant mes années d’études en agriculture bio, sur des productions pomicoles paradoxalement la plupart du temps conventionnelles (qui domine le terrain, le marché ?), utilisant tout l’arsenal de lutte chimique afin de répondre aux standards esthétiques attendus de leurs fruits sur le marché de la pomme à dessert, même à jus. J’ai passé quelques saisons à cueillir les fruits des Vergers et Cidrerie Saint-Nicolas, puis travaillé aussi quelques mois sur la chaîne d’embouteillage de cette entreprise beaucoup plus industrielle qu’artisanale.
En 2017, j’ai eu l’occasion de planter quelques dizaines de poiriers et pommiers sur une nouvelle parcelle du verger de recherche bio du CETAB+ à Victoriaville. Parmi d’autres travaux pratiques pour lesquels j’ai eu la chance d’être employé. Quelques heures également de recherche, lecture et traduction d’extraits d’articles scientifiques traitant de couvre-sols en arboriculture fruitière.
***
À l’automne 2017, j’ai vécu deux mois en stage sur une ferme paysanne bio diversifiée (élevage bovin laitier, maraîchage et petit pré-verger) en Bretagne, accueilli par la famille Guillou de Saint-Evarzec, dans une région ou la culture de la pomme fait partie intégrante du terroir et des traditions locales.
À Enez Raden (« L’île aux fougères », en Breton), la ferme où j’étais, et ses environs, j’ai eu l’occasion de récolter des pommes de variétés à cidre et de les presser avec un équipement antique, pour en extraire le jus, lors d’une très longue soirée avec les deux frères Guillou, Fanch et Julien.
Au cours des derniers jours, avant de quitter pour la suite de mon voyage en France, j’ai aussi eu le plaisir de me joindre à toute la famille Guillou pour la plantation d’une nouvelle parcelle de pré-verger (forme d’agroforesterie associant pâturage de ruminants – vaches ou moutons – et verger), officiant notamment à titre de photographe.
***
Mes emplois d’été 2017 et 2018 furent accomplis sur des fermes fruitières biologiques du Québec, sélectionnées pour m’inspirer dans mes projets, alors en conception, de productions fruitières diversifiées. J’ai rédigé un plan d’affaires en polycultures fruitières (fruits bio, petits et gros, incluant des melons) en guise de conclusion de mes études, remis au printemps 2019. Dans l’idée de miser sur des cultures qui produisent des fruits (donc des revenus) à plus court terme, les seuls arbres, parmi les presque dix espèces du projet, sont des amélanchiers, lesquels sont déjà présents sur la ferme. Les pommes, cultivées ou sauvages, étaient restées en suspens …