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Pommeraie de l’Abbaye Val-Notre-Dame 2024

Le sol dégagé du bois de coupe, du mois mort, un sol plus propice à la circulation, à la cueillette. Crédit photo : Emmanuel Beauregard

Rappel des démarches

Plus près de chez nous, il y a cette vaste pommeraie sauvage, depuis peu et doucement mise en valeur par une congrégation religieuse, soit l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance, mieux connue sous le nom de « Trappistes ». Des centaines de pommiers matures et bizarrement tordus, portant bon an mal an des fruits bigarrés et pleins de surprises, sur un flanc de colline du domaine de l’Abbaye Val Notre-Dame, au pied de la Montagne Coupée. Une pommeraie apparue sur ce qui fut longtemps le fonds de terre d’une succession de générations dans les familles Desrosiers-Gadoury, à Saint-Jean-de-Matha, et dont j’ai raconté l’histoire le printemps dernier.

En 2023, j’ai aussi fait état de quelques recherches et documents existants concernant les activités des moines Trappistes en lien avec les pommes, des fruits qui les suivent, depuis leur ancien domaine à Oka, jusqu’à St-Jean-de-Matha, suivant les chemins de la féralité : retour à la nature, au sauvage, pour une espèce (végétale ou animale), après une période passée en conditions de culture, ou d’élevage, donc dans la voie de sortie de la domestication.

Cet automne

En 2024, j’ai eu l’autorisation du nouveau Père abbé (coordonnateur de la communauté, si on veut) pour continuer d’accéder à la pommeraie et y mener des cueillettes de pommes d’automne, plus tardives, à la fin septembre et en octobre. Rêvant d’un éventuel véhicule tout terrain (un quatre-roues) pour transporter les caisses de pommes cueillies loin des chemins carrossables, j’en ai tiré quelques dizaines de kg, portés à bout de bras, une caisse à la fois, sur des centaines de mètres de terrain pentu, pour les rapporter jusqu’à la remorque tirée par ma voiture. Elles ont fait partie du lot de pommes pressées en novembre en vue de produire une bière aux pommes par la brasserie Maltstrom. La cuvée de cidre tirée des pommes de l’Abbaye ne sera pas pour cette année, mais le projet me tient à cœur et verra le jour en temps et lieu.

Voici tout de même quelques photos croquées lors de mes passages dans la pommeraie de l’abbaye cet automne.

16 décembre 2024

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 4

L’exploration et la libération d’une pommeraie sauvage

Le 17 août dernier, François Patenaude (responsable des forestibles de l’Abbaye), Mylène Samson (horticultrice stagiaire), Jonathan Bordeleau et moi-même nous sommes retrouvés pour une première exploration du pommage sauvage autour de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Nous avons goûté des dizaines de variétés de pommes uniques, noté quelques-unes de leurs caractéristiques et géolocalisé l’emplacement des arbres aux fruits les plus intéressants. Quelques jours plus tard, Jonathan et moi avons poursuivi le même exercice de découverte, d’observation et de dégustation des pommes.

Les moines ont résolument choisi de soutenir notre projet, cette démarche de libération de la pommeraie sauvage dont ils sont les gardiens. Des centaines de pommiers d’au moins quarante ans, en moyenne, qui étaient sur le point de disparaitre, étouffés par la compétition des érables, frênes, aubépines, ou épinettes …

À partir de la fin août, à raison d’une ou deux journées par semaine, Jonathan et moi nous sommes rejoints à la « Maison des Forestibles », quelques centaines de mètres avant d’arriver au magasin de l’Abbaye, sur le chemin de la Montagne Coupée. Jon, travailleur forestier expérimenté, de longue date, a assuré la job de débroussaillage. Pour ma part, j’ai tâché de rassembler les branches et troncs des arbres arbustes en tas, en dégageant des espaces. Cette précieuse matière organique accumulée est destinée à être broyée et redonnée au sol, sous une forme plus facilement digestible. Frère Bruno-Marie, avec le broyeur appartenant à sa communauté, a d’ailleurs commencé à accomplir cette tâche,

Chanceux, Jonathan et moi fûmes rémunérés pour ces heures de travail qui, tout l’automne durant, nous auront permis de dégager une aire d’entre un et deux hectares, où les pommiers sont désormais privilégiés. Les photos ci-bas témoignent de l’état des lieux à la mi-octobre. Nous l’avons fait « apparaître », rendue visible, accessible aux promeneurs, aux explorateurs fruitiers. La voici libérée de la féroce compétition des espèces indigènes, jeune forêt environnante que nous avons éclaircie.

Le printemps prochain, nous y retrouverons les pommiers marqués de rubans colorés, soit ceux dont les fruits présentent des caractéristiques que l’on a jugé plus intéressantes. Ces arbres dont les pommes ont reçu les commentaires les plus positifs lors de nos dégustations et prises de notes automnales sont ceux qui seront taillés en priorité, en mars 2024. Les observations se poursuivront évidemment la saison prochaine.

Nous sommes persuadés que cette pommeraie nouvellement mise en valeur sera si belle, toute en fleurs, en mai, que des gens voudront y prendre des photos de mariage ! Dans les sentiers qui viennent d’être créés, passant sous les arches formées par les branches tordues de ces sauvages pommiers.

Des recherches sur l’histoire des lieux sont également en cours, afin de mieux connaitre l’origine de ces arbres fruitiers, les noms de ceux qui naguère en ont cultivé.

Toute piste est la bienvenue, n’hésitez pas à me contacter !

Enfin, je vous invite aussi, si vous ne l’avez déjà fait, à prendre connaissance des précédents textes de cette série autour du pommage associé aux moines trappistes, d’Oka jusqu’à l’Abbaye Val-Notre-Dame de St-Jean-de-Matha :

1 – Ce que la pomiculture québécoise doit à l’Institut Agricole d’Oka

2 – Retour vers le futur des pommes à cidre

3 – Des vergers d’Oka aux friches et pommeraies de Jean de Matha

14 novembre 2023

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 3

Des vergers d’Oka aux friches et pommeraies de St-Jean-de-Matha

À propos de cidre, dont la commercialisation était interdite il y a 80 ans de cela au Québec, le Père Louis-Marie, dans son histoire de l’Institut agricole d’Oka (1) écrivait ceci :

« Un membre du parlement ayant manifesté le désir qu’un père Trappiste aille à Sherbrooke faire une causerie sur la fabrication du cidre, on avait décidé qu’un élève sénior, Alphonse Lachance, irait plutôt et traiterait du choix des pommes à cidre et du mérite relatif des espèces cultivées; il exposerait les secrets de la fabrication d’un cidre et de sa conservation. « Il essaiera, dit le bouillant monsieur Boron, de convaincre ses auditeurs que la fabrication du cidre, facile pour tout le monde, devrait se généraliser en Canada (on refait ce rêve encore de nos jours!), parce qu’elle procurerait à la masse de la population une boisson saine, tonique, peu coûteuse, et qu’elle assurerait en même temps au cultivateur, un écoulement sûr et rémunérateur des produits du verger. »

Le glorieux passé pomicole des Trappistes remonte peut-être au siècle dernier, mais le fruit défendu du Jardin d’Eden semble vouloir suivre de près les communautés religieuses, où qu’elles soient… les vestiges du verger des Soeurs de Sainte-Anne à Saint-Ambroise-de-Kildare en sont un autre exemple …

En construisant l’Abbaye Val-Notre-Dame où elle s’est établie en 2009, la communauté de moines cisterciens est devenue (en faisant fi des frontières municipales) voisine de la ferme de ma famille. Leur monastère se trouve à quelques centaines de mètres au bout du fonds de terre des Vallons d’en Haut, de l’autre côté de la rivière l’Assomption, en cette verte vallée défrichée dans le dernier quart du XIXe siècle. Un magnifique coin de ruralité où, comme ailleurs au Québec depuis 50 ans, d’anciens champs et pâturages à l’abandon ont connu la succession des espèces de la végétation spontanée qui, d’herbacées en arbustes et en arbres enchevêtrées, redeviennent forêt.

Depuis près de 10 ans, les Trappistes établis à Saint-Jean-de-Matha sont devenus d’irréductibles promoteurs des forestibles (tant de produits sauvages comestibles à mettre en valeur !). L’année dernière, dans le cadre de mon emploi au CDBL Conseil de développement bioalimentaire de Lanaudière, j’ai justement eu la chance de me faire connaitre et de nouer des liens cordiaux avec une partie de l’équipe du Magasin de l’Abbaye et de la La Forêt de l’Abbaye.

Entre les branches, j’avais appris que le vaste domaine (187 ha) appartenant à la communauté religieuse était l’hôte de nombreux pommiers sauvages …

Une fois mon emploi du temps allégé, dès le mois de mars, j’ai offert à François Patenaude (employé par les moines pour le développement des forestibles, et mon ancien comparse du Comité PFNL Lanaudière) mes services pour entreprendre la taille de ces pommiers sauvages que je brûlais de découvrir … Il a fait part de ce projet à Jonathan, le sympathique horticulteur et pépiniériste (Pépinière Bordeleau) qui y travaille depuis plusieurs années. « Jon » était convaincu d’avance; il les invitait même déjà depuis un bon bout de temps à valoriser ces arbres fruitiers rustiques aux généreuses fructifications.

Nous avons rapidement reçu la bénédiction enthousiaste du Père Abbé, André Barbeau, pour entreprendre l’exploration des pommiers sauvages de leur territoire, ainsi que de la taille d’éclaircie dans ces arbres.

Jonathan et moi nous sommes retrouvés le 30 mars dernier, avec nos raquettes, sécateurs et scies d’élagage, pour un premier tour d’horizon. En plus de tous les Malus éparpillés, longeant les coulées d’un ruisseau, nous sommes rapidement tombés sur une épatante pommeraie qui doit couvrir plus d’un demi hectare, où des dizaines ou centaines de pommiers forment la canopée. Ils y sont les arbres dominant la zone, en nombre et en hauteur. Ce n’est pas un verger rectiligne planté de mains humaines, mais un fouillis naturel sans ordre apparent à nos yeux de civilisés (pas assez « sylvilisés » quoi) !

Nous y avons constaté le potentiel et proposé l’aménagement de sentiers. Non seulement la taille de nettoyage des pommiers (enlever le bois mort), mais aussi un peu de conduite des arbres pour en favoriser la fructification. À ce moment, nous avons reçu l’autorisation de venir en explorer les fruits l’automne venu, pour en caractériser et sélectionner des variétés, voire en cueillir une partie.

C’est donc une nouvelle et très réjouissante collaboration qui s’est amorcée ce printemps ! Le gars du coin amoureux des pommiers en liberté qui en habitent comme lui les vallons, est vraiment ravi de faire renouer les Trappistes, par la voie des friches et des pépins, avec leur passé pomicole et pomologique (oui oui, ces mots ne prennent qu’un seul « m ») !

Si Dieu le veut (et je ne vois pas pourquoi il voudrait pas!) nous ferons là de belles trouvailles et cueillettes cet automne, et les suivants! Possiblement même de bonnes variétés douces et amères pour en faire de bonnes cuvées de cidres fermiers …

La suite dans les prochains jours, car il s’en est passé des choses depuis 6 mois!

(1) Père Louis-Marie Lalonde , « L’Institut d’Oka : cinquantenaire, 1893-1943, École agricole, Institut agronomique, École de médecine vétérinaire », 1944, chapitre 2 « L’École d’Oka, à l’âge de bois », p.37

25 octobre 2023