Bien que je ne saurais trop en recommander la lecture entière, voici quelques passages de « Les pommes sauvages » (Wild Apples) d’Henry David Thoreau (1817-1862), traduit de l’anglais par Philippe Jamet, et publié aux éditions Finitude (France) en 2009.

Les premières pages sont en lecture libre sur le site de l’éditeur :
http://www.finitude.fr/…/Thoreau-Les-pommes-sauvages.pdf
Le poète de tout ce qui est terrestre en a beaucoup à nous remontrer en matière de radicalisme. Celui par la grâce de qui j’ai en premier lieu ressenti pour ces pommiers l’amour, et pesé tout leur symbolisme, leur intemporelle valeur.
« Quittons là les pommiers domestiques (les urbaniores, comme Pline les appelle). En toute saison, je préfère de loin me promener à travers les vieux vergers de pommiers non greffés. Ils sont plantés irrégulièrement et il arrive parfois que deux arbres se touchent. Quand aux allées, elles sont si tortueuses qu’on dirait qu’elles ont été tracées pendant le sommeil de leur propriétaires, voire même qu’il les a dessinées lors d’une crise de somnambulisme. Jamais les alignements des variétés greffées ne m’inviteront pareillement à la ballade. »
« À l’approche de mai, nous voyons apparaître de petits fourrés de pommiers tout juste éclos dans les pâturages que les troupeaux viennent de quitter […]. Un, peut-être deux, survivront à la sécheresse et autres accidents, protégés de l’envahissement de l’herbe et de certains autres dangers par le lieu même de leur naissance. »
« Selon une idée reçue, ces arbres sauvages, s’ils ne produisent pas d’eux-mêmes un fruit de valeur, sont parmi les meilleurs porte-greffes par lesquels se transmettent à la postérité les qualités les plus prisées des pommiers cultivés. Pour ce qui me concerne, je ne suis pas à la recherche de porte-greffes, mais du fruit sauvage pour ce qu’il est, celui dont la puissance féroce n’a subi aucun attendrissement. »
« Un vieux fermier de mon voisinage, qui toujours choisit le mot juste, dit que « leur goût acidulé est tendu comme une flèche sur l’arc ».
« Et si certaines de ces sauvageonnes sont âcres et nous front froncer les lèvres, n’appartiennent-elles pas malgré tout à la gent Pomaceae, éternellement sans malice et bienveillante envers notre race ? Tous mes voeux les accompagnent jusqu’au pressoir à cidre. Peut-être ne sont-elles tout simplement pas assez mûres. »

15 décembre 2023