J’exerce ma passion pomologique à temps partiel, à travers les moments libres, hors du travail salarié qui rémunère sur une base régulière, mais qui pas nécessairement ne libère.
En marge des routes, le long des rangs de Mattawinie, de Brandonie ou d’ailleurs, en explorant le pommage du piémont Lanaudois, prêt à cueillir en masse.
Les activités que je mène en lien avec les pommiers de la région me sont sources de rencontres (et de joies), bien plus encore que de revenus. Chaque année il y a des surprises, de nouvelles personnes qui se trouvent sur le chemin, qui m’en apprennent, m’accueillent, m’ouvrent leurs portes et leurs pommiers, petits vergers ou parcelles en friches où ont proliféré les sauvageons de l’espèce Malus. Des pommes aussi toujours que je rencontre pour la première fois, et pour lesquelles j’ai un coup de cœur.
Le cueilleur en pleine action, œuvrant avec des fruits choisis, de première qualité, aidé par son amoureuse à plusieurs reprises, cette année.Chemin du Portage, St-Didace, les fruits d’une récolte de pommes sauvages hors du commun.
Rencontre de nouveaux coins de pays également, de bouts de rangs, racoins de paroisses, qui m’étaient inconnus, ou pas si familiers. Découverte de ce qui se passe, se vit, ce qui pousse autour, quelle variétés d’hommes, de femmes et de pommes donne le territoire rural de ma région. C’est de la recherche sur l’histoire locale, la pomiculture domestique des ancêtres colons, sur la culture et la mémoire vivante, de l’anthropologie sociale et culturelle et de la géographie sociale, humaine, par le biais du pommier, de sa généalogie, de son bagage génétique inusité, inextinguible, si on le laisse s’exprimer.
Parmi différentes personnes rencontrées au fil de la saison, j’ai pu croquer le portrait de Mme Françoise Desrosiers au pied de l’arbre qu’elle a planté il y a 70 ans, et de Jocelyn Grégoire croquant la pomme issue d’un arbre qu’il a involontairement semé, dans un ancien pacage à vaches, il y a quelques cinquante ans.
La si gentille et formidable Mme Françoise Desrosiers, 93 ans, aux côtés du pommier (de variété encore indéterminée) qu’elle a planté il y a 70 ans, l’année de son mariage, en 1954. Sur le 2e rang Ramezay de St-Félix-de-Valois.
Il devrait y avoir éventuellement une historiette de ma plume, plus détaillée, à propos de mes rencontres avec cette dame.Jocelyn Grégoire, fils d’habitants du coin (9e rang de Ste-Marcelline), semeur de pommiers sauvages du temps qu’il était mayais et vacher, gardant le troupeau familial, dans les années ’70.
Petit homme et voisin de ces quelques talles où je reviens depuis des années avec l’autorisation du propriétaire, il tient à la main une pomme géante issue d’un arbre qu’il a semé, sans le vouloir, dans sa jeunesse sur la ferme laitière de ses parents. Arbre baptisé ‘Wilbrod’, dont j’avais cueilli les fruits quelques minutes plus tôt, avant qu’il ne surgisse à mes côtés et m’accompagne pendant un moment, tout en conversations et en connaissance de l’histoire des lieux. Il m’a même aidé à cueillir quelques pommes de la lisière du fossé voisin.
Une sacrée belle rencontre.
Merci Jocelyn !
C’est près d’une centaine d’arbres (et de variétés différentes, pour la plupart uniques) dont j’ai cueilli les fruits cette année. Au moins deux tonnes de fruits ont transité dans mes mains et les caisses, et près de 700 litres de jus extraits de mes récoltes.
Voici, un peu pêle-mêles, en vrac quoi, des dizaines de photos de ma saison de cueillette, à travers des dizaines de talles, d’arbres solitaires ou de groupements de pommiers, sauvages ou plantés de longue date, à travers le territoire et ses paysages, longeant ou prenant pied fermement dans le piémont lanaudois, partant de Sainte-Mélanie pour me rendre à St-Jacques-de-Montcalm ou Sainte-Émélie-de-l’Énergie, jusqu’à Joliette et Saint-Didace, en passant par Sainte-Béatrix, St-Jean-de-Matha, St-Alphonse-Rodriguez, Rawdon, Saint-Ambroise & Sainte-Marcelline de Kildare, Saint-Gabriel-de-Brandon, Saint-Cléophas, sans oublier Saint-Félix-de-Valois.
Dans la remorque, sous l’échelle, les récoltes quotidiennes s’empilaient. Bien identifiées.Sol de sous-bois, de sous talle de sauvages pommiers.Petits grelots jaunes à travers les verges d’or séchées.Pommes tachées de la « suie », fruits murs à pointDevant la maison, dans un village près de chez nous, le propriétaire parti à la chasse, et le chasseur de pommes entre-temps est passé par-là … À la chasse comme à la chasse …
Des pommes à croquer, sucrées, juteuses, un brin acidulées, assez saines, et non traitées.De belles grappes orangées, des branches à brasser.Pommier ancien au tronc immense et tortueux, dont j’ai nommé les fruits ‘Béatrix’.Un sauvageon de bord de route, le long d’un vieux rang agricole à St-Jean-de-Matha. Rouge et bleu, cimes et ciel, fruits sauvages et gratuits.‘Sacré-Coeur de St-Guillaume’, son nom, contre son électrique poteau.Le grand et vénérable ‘Béatrix’, chargé de fruits cette année, entouré de quelques autres vieux pommiers bien garnis.L’affaire est dans le sac ! Chemin du Portage, St-Didace, les fruits d’une récolte de pommes sauvages hors du commun.
Marcher longtemps jusqu’à la voiture, à travers les herbes hautes et le ruisseau à traverser, de larges enjambées.Chemin du Portage, St-Didace, une talle éparse de pommiers sauvages hors du commun dans une vieille prairie en friches.« Gnarly pippins » comme disent les camarades aux USARamper entre les branches basses et glaner les fruits dont le sol est jonché.Branches qui ploient bien sucrées les petites jaunes, ni trop acides.Pépites d’amertume au bout des branches d’un pommier pleureur, au pays d’Ailleboust.J’y grimpai cette année encore, pour secouer quelques branches en hauteur.Luxuriant verger de ce fonds d’ancien rang de colonisation reliant autrefois deux paroisses, maintenant rompu.
Deux dames vieillissantes m’en accordent les droits de cueillette, et le devoir de l’entretien.Un mix de techniques de récolte : une pomme à la fois, à la main, grimpé dans l’échelle, mais aussi du brassage et de la récolte au sol, sur des bâches autant que possible).Au pied de sa majesté fruitière, dont les fruits feront cidre. C’est du tronc de pommier vigoureux et âgé ça !
Son voisin de pommier tout aussi garni de fruits, ayant autant d’airs de centenaire, encore solide et fier.La ‘Grosse Bienvenue’, probablement une ‘Duchesse’, ou d’une variété apparentée.En lisière de prairie, à Val-Notre-Dame, l’Abbaye.Dans la lumièreComme l’arbre, les caisses de récolte sur le bord de la route, une image vibrante de ma saison. Ciel qu’elles sont bonnes, ces pommes ! Chemin du Portage, St-Didace, une talle éparse de pommiers sauvages hors du commun dans une vieille prairie en friches.En cueillir au sol aussi, beaucoup, en les choisissant, une à une, d’un coup d’oeil et d’un roulement dans la main, tâtonnant les fruits méthodiquement.À l’orée du bois, des fruits d’exceptionCueillette hors piste, sans raquettes, de sauvages pommes russetsBeaux jours d’automne Dans les friches, marcher longtemps sous le poids des pommes.La petite Russet de l’Abbaye. Dans l’entre deux-mondes, des herbacées vers la strate arbustive. ‘Sacré-Coeur de St-Guillaume’, de plus loin, faisant face ou dos, aux rues, à leur coin.Splendeur des fruits qui m’attendent.Un autre arbre de 70 ans, aux fruits malheureusement très attaqués par les coccinelles asiatiques. À St-Alphonse-Rodriguez.Sous le pommier de Bernardo, un vieil italien de 94 ans, établi à St-Jean-de-Matha depuis des décennies, désormais inapte à récolter ses fruits et à en presser le cidre. Pour m’épauler, de rose et de rouge, une douce amie, renarde à ses heures, glaneuse, amatrice de douceurs entre le sauvage et le cultivé.
J’ai hâte de revenir partager une bonne bouteille de cidre avec Bernardo, comme il m’y invitait !Toujours Mme Desrosiers, auprès de son grand pommier, généreuse de ses fruits, et des anecdotes et détails sur son histoire familiale.