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RAMAILLAGES – ÉPISODE 5 – RÉCOLTES

 » Les pommes sont incroyables, tu vas planter 100 pépins d’un même arbre, tu vas avoir 100 sortes de pommes différentes. Le pommier, c’est la variété ! […] La stratégie de la diversité. C’est le contraire de l’industrie. L’industrie, c’est les choses toutes semblables, toutes pareilles.
Et c’est pas une stratégie gagnante. »

Il faut voir et entendre Rose-Hélène Tremblay parler des pommes sauvages en cueillant dans une haie entre deux champs gaspésiens !

L’extrait d’un peu plus de 3 minutes se trouve entre 13:35 et 16:46, mais tant qu’à y être, pourquoi ne pas écouter la série au complet (6 épisodes d’environ 30 minutes) ?

Il y a là plein d’inspirations, car il est question de « développer des initiatives pour une agriculture communautaire durable et valorisante ».

https://www.onf.ca/film/ramaillages-episode-5-recoltes/…

22 janvier 2022

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LA BIBLIOTHÈQUE DU MINISTÈRE # 2

Uncultivated – Wild apples, real cider and the complicated art
of making a living de Andy Brennan

Titre que je traduirais par : « Non-cultivées – Les pommes sauvages,
le vrai cidre et l’art compliqué de faire sa vie »

Acheté et lu à l’automne 2019, alors que j’étais de retour sur le rang Saint-Albert, dans la maison familiale de la ferme, après ma run de jobines d’ouvrier dans des vergers, du Québec à la Colombie-Britannique, avec les prolétaires, d’un bout à l’autre bout de la colonie. Après les mois de cueillette de pommes, de la rive sud de Québec Cité aux Cantons-de-l’Est.

Le vendredi 13 septembre, j’ai quitté l’emploi que je reprenais chaque automne depuis 5 ans dans un verger-cidrerie, parce que je ne m’y sentais pas respecté. On m’imposait de faire des heures de service à la clientèle au kiosque – avec un certain entregent, j’en avais bien la capacité – mais pour un salaire moindre, alors que mon désir le plus sincère était d’être avec mon sac grimpé sur une échelle, dans les arbres, à en retirer les fruits et payé au rendement … Non pas d’être représentant de ventes pour une entreprise à laquelle je ne croyais pas tant que ça … Mais j’y ai appris, ça oui; découvert et cueilli des variétés anciennes, sur un lieu de culture pomicole des plus vieux de la province.

Grâce à l’aide d’une amie, j’ai sans mal trouvé une place ailleurs, pour exercer ce métier saisonnier dans lequel je trouvais mon compte. Chez Claude Tougas, à Dunham, où j’ai pu saisir le jour bien plus agréablement avec une communauté de cueilleurs et cueilleuses. Les feux de camp régulièrement, discussions et échanges avec les camarades, la cuisinette partagée et parfois les partys. Le plaisir de pratiquer et parfaire ma maîtrise de l’espagnol avec les travailleurs saisonniers mexicains, toujours aussi généreux avec qui s’intéresse sincèrement à eux.

Entre les deux jobs, passant une semaine à Sainte-Mélanie – sur le territoire de cette ferme où j’ai grandi, et que je chéris – j’avais fait la tournée des pommiers sauvages de ma connaissance. J’en avais pas vraiment eu l’occasion depuis des années, tandis que j’étais aux études ou à travailler dans des régions plus ou moins éloignées. Et j’ai alors, en quelques jours, récolté tout ce que je pouvais, qui était mûr à souhait. De quoi remplir, de caisses et de sacs chargés des fruits gratuits et aux variétés nombreuses et sans noms, tout l’arrière de la fourgonnette Toyota Sienna que je m’étais ramenée de l’Ouest Canadien. J’ai transporté ce trésor de récoltes de pommes sauvages, en variations de tailles, de formes, de jaunes, rouges, verts, orangés, rosés – avec toute la joie des découvertes – , chez l’ami de longue date, avec qui nous avions déjà fait du cidre. Ayant en tête des projets de transformation alimentaire, il m’a offert ce qu’il pouvait en contrepartie de ces centaines de kilos de pommes. Quelque chose de modique, comme 150 $, que j’ai tôt fait de convertir en essence et épicerie pour ma première semaine de travail dans un autre verger.

C’est un soir, là-bas, de l’autre bord du fleuve, pendant cet autre mois de cueillette salariée, logé dans une cabane partagée avec un comparse, qu’à la recherche de nouvelles lectures inspirantes, je suis allé voir ce qu’il y avait de neuf sur le site de Chelsea Green Publishing, maison d’édition écologiste du Vermont.

Coup de cœur immédiat, juste à lire la description et la table des matières du bouquin : aussitôt commandé.

Une lecture déterminante, inspirante, me donnant confiance. Une grande porte ouverte pour animer mon hiver de chômeur en recherches passionnées sur la pomme et le cidre, tout comme de relire (à la source, et autour de lui et de son œuvre) Thoreau.

Brennan fait quelques références intéressantes à Thoreau, dont celle-ci :

« En reconsidérant le progrès de Malus domestica (le pommier commun), nous découvrons comment la forêt de pippin chez Bill (pippin est l’un de ces excellents vieux mots démodés référant à un pommier surprise né d’un pépin) révèle un autre récit pour les pommes en Amérique. Cette histoire fait contrepoids aux suppositions voulant que l’arbre ait été sur une voie linéaire, contrôlée, vers une efficacité de plus en plus grande. L’une des dernières choses que Thoreau a écrit en 1862 était qu’il se sentait désolé pour les gens dans 100 ans, parce qu’ils n’auraient plus de pommes sauvages à cueillir. Et encore même avec plus de 50 ans au-delà de sa date prédite de disparition finale, les pommes sauvages survivent toujours.

Elles prouvent que la somme est plus grande que les parties, ayant du succès sans tout l’attirail agricole donné à leurs cousins cultivés. Cela défie les scientifiques qui affirment que leur succès dépend de l’intervention humaine, et cela enrage même plusieurs propriétaires de vergers commerciaux qui ont tenté d’éradiquer les wildlings (aussi un mot pour un arbre provenant de la semence, avec pippin et volontaire) de peur d’une influence contaminante. Mais comme Noël pour le Grinch, ils continuent à trouver une façon d’arriver.

L’histoire de Malus domestica en Amérique est, en fait, plus complexe que les explications offertes par la modernité. Mais il fut un temps dans l’histoire Américaine où l’âme de l’arbre, sa nature inquisitrice et indépendante, était mieux comprise et chérie comme presque divine. Cela demande un état d’esprit différent pour voir cela. Johnny Appleseed est célèbre pour faire la lumière sur ce sujet, mais nous minimisons l’importance de son service et focalisons plutôt sur ses étrangetés triviales. Il était, en fait, excentrique, mais son service en tant qu’ambassadeur pour le pommier capture simplement la révérence commune en Amérique pendant les 150 années précédant son époque. Sa dévotion spirituelle pour le pommier n’était pas bizarre et elle est toujours justifiée aujourd’hui.

Les occurrences de chance dans la nature se sont superposées dans le temps et entrelacées avec d’innombrables variables non-considérées pour résulter les sauvageons de bords de routes, de lisières de pâturages et parmi les boisés comme chez Bill. Ces arbres existent en étant reliés à l’ensemble du système forestier, incluant la géologie, la vie sauvage et le climat. Ils ont été ajustés à notre progrès humain. Les variables sont si infinies, si merveilleuses, que même à des lieux spécifiques comme chez Bill c’est impossible d’expliquer comment ils en sont arrivés là. Ce serait démesuré même d’essayer. Toujours est-il, aimer les arbres c’est vouloir en savoir plus à leur sujet.
»

[Ma traduction]

21 août 2021