L’exploration et la libération d’une pommeraie sauvage
Le 17 août dernier, François Patenaude (responsable des forestibles de l’Abbaye), Mylène Samson (horticultrice stagiaire), Jonathan Bordeleau et moi-même nous sommes retrouvés pour une première exploration du pommage sauvage autour de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Nous avons goûté des dizaines de variétés de pommes uniques, noté quelques-unes de leurs caractéristiques et géolocalisé l’emplacement des arbres aux fruits les plus intéressants. Quelques jours plus tard, Jonathan et moi avons poursuivi le même exercice de découverte, d’observation et de dégustation des pommes.
Les moines ont résolument choisi de soutenir notre projet, cette démarche de libération de la pommeraie sauvage dont ils sont les gardiens. Des centaines de pommiers d’au moins quarante ans, en moyenne, qui étaient sur le point de disparaitre, étouffés par la compétition des érables, frênes, aubépines, ou épinettes …
À partir de la fin août, à raison d’une ou deux journées par semaine, Jonathan et moi nous sommes rejoints à la « Maison des Forestibles », quelques centaines de mètres avant d’arriver au magasin de l’Abbaye, sur le chemin de la Montagne Coupée. Jon, travailleur forestier expérimenté, de longue date, a assuré la job de débroussaillage. Pour ma part, j’ai tâché de rassembler les branches et troncs des arbres arbustes en tas, en dégageant des espaces. Cette précieuse matière organique accumulée est destinée à être broyée et redonnée au sol, sous une forme plus facilement digestible. Frère Bruno-Marie, avec le broyeur appartenant à sa communauté, a d’ailleurs commencé à accomplir cette tâche,
Chanceux, Jonathan et moi fûmes rémunérés pour ces heures de travail qui, tout l’automne durant, nous auront permis de dégager une aire d’entre un et deux hectares, où les pommiers sont désormais privilégiés. Les photos ci-bas témoignent de l’état des lieux à la mi-octobre. Nous l’avons fait « apparaître », rendue visible, accessible aux promeneurs, aux explorateurs fruitiers. La voici libérée de la féroce compétition des espèces indigènes, jeune forêt environnante que nous avons éclaircie.
Le printemps prochain, nous y retrouverons les pommiers marqués de rubans colorés, soit ceux dont les fruits présentent des caractéristiques que l’on a jugé plus intéressantes. Ces arbres dont les pommes ont reçu les commentaires les plus positifs lors de nos dégustations et prises de notes automnales sont ceux qui seront taillés en priorité, en mars 2024. Les observations se poursuivront évidemment la saison prochaine.
Nous sommes persuadés que cette pommeraie nouvellement mise en valeur sera si belle, toute en fleurs, en mai, que des gens voudront y prendre des photos de mariage ! Dans les sentiers qui viennent d’être créés, passant sous les arches formées par les branches tordues de ces sauvages pommiers.
Des recherches sur l’histoire des lieux sont également en cours, afin de mieux connaitre l’origine de ces arbres fruitiers, les noms de ceux qui naguère en ont cultivé.
Toute piste est la bienvenue, n’hésitez pas à me contacter !
Enfin, je vous invite aussi, si vous ne l’avez déjà fait, à prendre connaissance des précédents textes de cette série autour du pommage associé aux moines trappistes, d’Oka jusqu’à l’Abbaye Val-Notre-Dame de St-Jean-de-Matha :
Un petit groupe de volontaires s’est réuni, par cet après-midi ensoleillé, pour travailler à l’ombre de vénérables pommiers au centre du village de Saint-Ambroise-de-Kildare.
Sous les bénédictions du curé de la paroisse, c’est près d’une douzaine de personnes qui ont investi bénévolement le site de l’ancien verger du Couvent des Soeurs de Sainte-Anne. Quelques 50 ans après la démolition de l’établissement d’enseignement, les arbres fruitiers depuis lors abandonnés à la reprise en friches du terrain ont commencé à retrouver la lumière qu’ils méritent.
Équipés de sacs à ordures, de sécateurs et de quelques débroussailleuses et scies mécaniques, les citoyen.ne.s (en majorité des résident.e.s de Saint-Ambroise) ont entrepris de dégager les pommiers ancestraux et les quelques autres nés des pépins des plus anciens et disséminés par la faune. Sur cette bande de terrain, qui se trouve à l’ouest du cimetière, croissent une quinzaine de pommiers, en plus de noyers noirs et de talles de groseilliers et pruniers sauvages, lesquels devraient tous êtres préservés.
S’animèrent de nombreuses conversations inspirées par le souhait de voir cet espace transformé en un parc, un lieu convivial accessible à tout le monde où serait non seulement valorisée la pommeraie en place, mais également implantés d’autres espèces fruitières comestibles. Des noyers, d’autres pommiers ou poiriers où seraient avant tout valorisées des variétés locales. L’idée partagée d’installer un écriteau où soit présentée l’histoire du verger, dont les vestiges pourraient très bien devenir, un demi-siècle plus tard, le « Jardin de Sainte-Anne ». On y imagine très bien des sentiers qui soient reliés à ceux déjà existants à proximité et entretenus par la municipalité.
Ce n’était qu’un premier rendez-vous, un avant-goût de ce que l’avenir pourrait réserver à ce terrain riche de sa biodiversité, de son patrimoine alimentaire et de son emplacement dans le cœur historique de la municipalité ! Il n’en tient, comme souvent, qu’à la mobilisation du plus grand nombre pour sauvegarder de tels trésors, porteurs de sens pour la communauté.
Une autre activité similaire devrait se tenir d’ici la fin du mois d’octobre afin de poursuivre les travaux entamés aujourd’hui. Le Ministère des Friches et des Pommeraies vous en tiendra informé.e.s !
Un terrain derrière l’hôtel de ville, en diagonale du cimetière,
sur l’avenue Sicard, compte une quinzaine de pommiers,
dont quelques-uns sont les vestiges d’un verger
qui se trouvait jusqu’en 1970 derrière le couvent
des Soeurs de Sainte-Anne
Quelques mois après la redécouverte enthousiaste
de ces arbres probablement centenaires, abandonnés
des citoyen.ne.s de la municipalité se mobilisent
pour faire sortir de l’ombre les pommiers ancestraux,
tout un pan de l’histoire locale, au coeur du village
Une corvée de nettoyage s’organise
pour commencer à dégager le terrain
ramasser les déchets et du bois mort au sol,
afin d’y effectuer un premier débroussaillage.
Rendez-vous au stationnement municipal,
à côté de l’hôtel de ville, le samedi 25 septembre
(remis au dimanche 26 en cas de pluie) à 13h30 !
PS – Quelques personnes sur place seront équipées de scies et débroussailleuses. Pas besoin d’autres machines. Apportez vos bottes, gants et autres vêtements de travail de circonstances. Surtout, n’oubliez pas votre bonne humeur!
Vieilles brochures du MAPAQ et d’Agriculture Canada
Au printemps 2020, j’ai commencé à divulguer certains résultats de mes recherches pomologiques à mon proche entourage.
Voyant l’enthousiasme et la passion avec lesquels je m’y investissais, ma mère m’a gracieusement offert quelques documents que mon père et elle avaient fait venir par la poste, dans les années 80, en provenance des ministères concernés par l’arboriculture fruitière. Un petit trésor à mes yeux.
En plus d’y trouver des informations encore pertinentes aujourd’hui, il s’agit de pièces d’archives des plus intéressantes. Coup de coeur particulier pour « L’Histoire de la pomologie au Québec », rédigée par l’agronome Jean-Baptiste Roy pour le compte du MAPAQ en 1978. Avec une couverture comme il ne s’en fait plus : rouge et or, incluant des fioritures au H majuscule de l’Histoire.
On peut y lire :
« En 1694, le Père Chauchetière, de Ville-Marie, rapporte :
《 Les pommiers sauvages et de pépins portent de fort bonnes pommes… On a vu cette année un pommier chargé de grosses pommes en juin et qui avait une de ses branches tout en fleurs 》
« En 1925, le professeur T.G. Burlington, du Collège Macdonald, affirme :
《 Dans cette province, il n’y a pas bien longtemps, il y avait des pommiers de variété Fameuse dépassant notablement la centaine d’années et qui, malheureusement, succombèrent pendant le rigoureux hiver 1917-1918 》
Il disait détenir la preuve que certains pommiers avaient vécu plusieurs siècles. Selon lui, il existait en Nouvelle-Écosse un arbre d’environ 150 ans qui, en 1925, était encore en bonne santé et produisait abondamment. Aux États-Unis, on aurait eu des pommiers de 200 ans d’âge. »
La petite collection ministérielle compte aussi « Le verger domestique », de l’agronome Gilles Lasnier, publié par ce Ministère qui, en 1971, s’appellait encore « de l’Agriculture et de la Colonisation du Québec » !