Yvan Perreault, ou le terroir nordique à redécouvrir et réinventer
Bien connu dans le milieu de la cueillette sauvage, dans Lanaudière, en Mauricie (régions dont il préside le cercle des mycologues) et bien au-delà, Yvan Perreault est un formateur réputé en matière de « produits forestiers non-ligneux » (PFNL) au Québec. Créateur de fermes forestières, fondateur et copropriétaire du verger Au Jardin des Noix de Saint-Ambroise-de-Kildare, il est aussi conférencier et guide de cueillette professionnel.
Surprenamment, ce n’est que sur le tard qu’il a découvert, parmi toutes les ressources fruitières nordiques, l’intérêt que représentent les pommes sauvages et leur infinie diversité de types. Il a fallu qu’il tombe sur les publications de l’humble serviteurs des Malus (nom latin des pommiers) que je suis pour prendre conscience de cette richesse insoupçonnée. Il est vite devenu l’un des plus enthousiastes supporteurs des démarches pomologiques entreprises par le Ministère des Friches et Pommeraies.
Nous nous sommes rencontrés chez lui, au Jardin des Noix, en août dernier, le temps d’une excursion à travers bois et prés, jusqu’aux terres de quelques voisins plus loin, dans les hauts du rang Kildare. Il m’a conduit, dans son petit kart de golf, jusqu’à de grands îlots de friches (zones au sol non propice à l’agriculture), au milieu de prairies cultivées. Le pourtour de ces friches regorge de pommiers sauvages, qui se comptent par dizaines. Nous en avons goûté autant, échangeant avec joie nos impressions et appréciations, tout comme nos élans d’inspiration. Grande gueule professant à tous vents, Yvan a l’amabilité de m’écouter aussi, et je lui ai partagé quelques-unes de mes connaissances pomologiques. Quelques jours plus tard, il en a fait une publication sur sa page Facebook personnelle, incluant des photos de nos belles découvertes et ses commentaires. Il n’a pas manqué de souligner ma présence et mon sérieux dans cette passion des pommes sauvages, laissant même entendre que j’avais quelque chose d’un Johnny Appleseed (héros folkorique américain qui aurait disséminé des pommiers à travers de nombreux États) québécois!
C’est grâce à lui, cette balade et ses contacts que j’ai par la suite rencontré Roland Joannin, grand connaisseur des pommes au Québec.
En septembre, Yvan a organisé une activité de dégustation des pommes sauvages, dans ces îlots de biodiversité, près de chez lui. Je lui ai fourni plusieurs modèles de fiches descriptives de variétés de pommes, dont il s’est librement inspiré pour préparer une fiche adaptée à son activité. Neuf pommiers porteurs de fruits avaient été identifés par Yvan, qui a créé un petit parcours de dégustation. Les personnes présentes pour l’activité, gratuite et ouverte à tous et toutes, étaient ensuite invitées à remplir la fiche pour chaque variété. Je n’ai malheureusement pas pu y être, mais j’ai su que cela avait été un franc succès, avec des dizaines de participant.e.s ravi.e.s.
En me confiant ses hypothèses concernant la propagation des pommiers dans la vallée de Kildare, il m’a référé à une ferme se trouvant à proximité, pas loin du coin du Kildare et de la 343. Deux rangées de pommiers ancestraux bordent le chemin d’entrée vers la vieille maison de ferme. Je m’y suis rendu au courant du mois d’août afin de rencontrer les propriétaires et découvrir les arbres et leurs fruits. Ce sera d’ailleurs l’objet d’une prochaine publication du Ministère.
Yvan offre son soutien indéfectible pour la préservation et la revalorisation des pommiers anciens présents sur le territoire de St-Ambroise-de-Kildare, tout comme des sauvageons dans Lanaudière. Présent et très motivé lors de la journée de corvée organisée à la fin septembre dernier, il m’a, plus récemment, prêté main forte pour dresser un argumentaire en vue de convaincre le Conseil de la Fabrique de la paroisse de préserver les vestiges d’un ancien verger sur un terrain en friches qui leur appartient. D’autres nouvelles de ce projet de revalorisation viendront aussi au cours des prochaines semaines et mois!
Vivement que se poursuive le réseautage et le maillage entre pomologues, arboriculteurs, propriétaires de terrains comptant des pommiers négligés et des artisans du renouveau du terroir régional !
Emmanuel Beauregard, au service des Malus en liberté et délaissés dans Lanaudière
Un Johnny Appleseed moderne ratisse les chemins éloignés du pays pour des pommes d’autrefois qui disparaissent des tables du Québec.
13 septembre 2008 – MARIAN SCOTT – THE GAZETTE
INVERNESS – Yves Auger fait son chemin à travers un dense fourré. « Regarde » dit-il. « C’était un verger ». Un pommier tordu s’élève parmi les ronces, ses branches chargées de fruits rosés.
Plus de pommes tapissent le sol sous nos pieds.
Auger cueille un spécimen veiné de rose et tranche un morceau du fruit doux et croustillant avec son couteau de poche.
« Juste un soupçon de salinité », commente-t-il, comme un goûteur de vin testant le Beaujolais nouveau de l’année. La pomme, une Melba Rose, est une variété locale. Auger, 54 ans, est un Johnny Appleseed des temps modernes. Sa mission : sauver les variétés de pommes que nos grands-parents croquaient quand ils étaient petits.
Pendant 25 ans, le professeur d’arboriculture au Cégep de Victoriaville a ratissé les arrières rangs du piémont Appalachien, 2 heures au sud-est de Montréal, près de Thetford Mines, sauvant les pommes ancestrales de l’oubli.
Il y a un siècle, chaque ferme sur ces vastes hautes-terres avait son propre verger. Il y avait des pommes pour croquer et d’autres pour cuisiner; des pommes d’été et des variétés à mûrissement tardif qui duraient à travers l’hiver.
Mais au fil des ans, les familles Irlandaises, Écossaises, Françaises et Anglaises qui ont colonisé la région au début du 19e siècle se sont éloignées. Des noms de lieux comme Inverness, Ireland et Dublin Road attestent de leur présence.
Maintenant, les broussailles récupèrent des fermes abandonnées que ces pionniers ont laborieusement défrichées. Et les variétés de pommes qui naguère poussaient ici – comme les Alexandre, Duchesse, Wealthy, Pommes Pêche, Fameuse, Jaune Transparente, Strawberry, Red Atrachan et Wolf River – disparaissent.
Les pommes sont un microcosme de la rapetissante biodiversité de l’agriculture.
Les trois-quarts des variétés des produits agricoles ont été perdues au cours du dernier siècle, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Seulement 12 cultures et cinq espèces animales fournissent maintenant plus de 70 pourcent de l’alimentation humaine.
La diversité agricole est essentielle, soutient la FAO, afin que les humains survivent aux changements climatiques. Les variétés régionales offrent aux scientifiques du matériel génétique pour développer des cultures plus résilientes. Les variétés traditionnelles que les fermes ont adaptées aux conditions locales résistent souvent mieux aux ravageurs et maladies que les monocultures qui requièrent un usage extensif de pesticides et fertilisants.
Des tomates ancestrales au melon de Montréal, les jardiniers et agriculteurs biologiques font revivre des variétés anciennes mises de côté dans la poursuite impitoyable de la plus grande efficacité du commerce alimentaire mondial.
En février, la Norvège a ouvert une « voûte de l’apocalypse » dans l’Arctique pour préserver les semences de millions de variétés de produits alimentaires. La Fondation pour la Biodiversité de Slow Food appelle aussi à la préservation de spécialités régionales. L’an dernier, la fondation internationale a ajouté la variété de pomme Gravenstein de Nouvelle Écosse à son Arche du Goût, une liste globale de l’aliments menacés.
Quelques douzaines de variétés de pommes à succès commercial ont remplacé les milliers qui poussaient jadis dans les vergers d’Amérique du Nord.
« Les chaines de supermarchés veulent de gros volumes », dit Marc Girard, 48 ans, un pomiculteur de 7e génération à Saint-Joseph-du-Lac qui a un étal au Marché Jean Talon.
Pour être viable commercialement, les pommes doivent être uniformes, attirantes et résister au transport et à l’entreposage.
C’est pourquoi vous trouverez des pommes McIntosh, Spartan, Cortland et Empire du Québec, Gala et Braeburn de Nouvelle-Zélande et Rouge Délicieuse de l’État de Washington au supermarché – mais pas de variétés moins communes des vergers du Québec.
Même dans les marchés fermiers, dit Girard, il n’y a pas de demande pour les pommes de l’ancien temps avec lesquels il a grandit. « Tout le monde veut de nouveaux produits ».
Girard conserve encore quelques-uns de ses arbres ancestraux favoris, incluant un qui produit de juteuses et rouges pommes Wealthy. « Ça me rappelle des souvenirs. »
Jean-Pierre Lemasson, un professeur de sociologie de l’alimentation à l’Université du Québec à Montréal, dit que la perte de vieilles variétés n’est pas nécessairement la cause de préoccupations.
« C’est vrai que l’on a perdu quelques espèces, mais nous en avons obtenu d’autres », dit-il.
« L’héritage alimentaire ne devrait pas être préservé comme un monument ».
Les pommes ne sont pas indigènes d’Amérique du Nord. Le premier fermier de Nouvelle-France, Louis Hébert, a planté des pommiers de Normandie lorsqu’il s’est établi à Québec en 1617.
Au 18e et 19e siècles, une multitude de nouvelles lignées furent introduites des Îles Britanniques par les colons, et importées de Russie, des États-Unis et d’Europe.
John McIntosh du Comté de Dundas, au Haut-Canada, a développé le fruit le plus célèbre du Canada en 1836, probablement à partir d’une vieille variété du Québec, la Fameuse ou la St-Laurent.
Conserver les vieilles variétés de pommes est plus compliqué que de conserver les pépins.
Contrairement, disons, aux tomates, haricots et poivrons verts, les semences d’une variété comme la McIntosh ne produiront pas un arbre de McIntosh, mais bien une entièrement nouvelle variété.
C’est parce qu’un semis de pommier – comme les humains – combine l’ADN du parent femelle (l’arbre sur lequel la pomme a poussé) et le parent mâle (l’arbre qui a fourni le pollen, disséminé par les abeilles, d’autres insectes ou le vent).
Pour reproduire une variété particulière de pomme, vous devez greffé la partie d’une branche, appelée scion, sur un porte-greffe. Chaque arbre de McIntosh jamais cultivé a ét greffé d’un descendant de l’arbre originel. Tous les pommiers cultivés commercialement sont greffés sur différents porte-greffes.
En plus d’enseigner le greffage d’arbres au Cégep de Victoriaville, Auger vend des arbres de variétés ancestrales via sa page web, pepiniereancestrale.net. Il a réduit cette entreprise récemment parce qu’il a déménagé et a un horaire chargé d’enseignant.
À La Pocatière, à 140 kilomètres au nord-est de la ville de Québec, le groupe de patrimoine rural Ruralys a créé un verger patrimonial afin de préserver les variétés locales de pommes, poires et prunes. Le groupe vent aussi des arbres aux jardiniers à travers le Québec. Il tient une dégustation publique à la fin septembre où les visiteurs peuvent tester les fruits ancestraux.
« C’est un patrimoine de goûts qui est tombé dans l’oubli », dit Catherine Plante, une agente de développement avec cette organisation.
La dégustation de l’an dernier a fait revivre de précieux souvenirs pour plusieurs visiteurs aînés, dit-elle.
Leurs yeux sont devenus gros comme des pièces d’une piastre et ils ont dit, « Oh – ça goûte comme les pommes que je mangeais quand j’était petit ! »
La passion d’Auger pour les pommes ancestrales date de son enfance à la ferme près de St-Ferdinand.
« Mon père me disait le nom de chaque variété. », se souvient-il. L’une était la pomme de Montréal, un petit fruit âpre utilisé surtout pour de la gelée de la compote. « Elle n’existe plus, malheureusement. »
Auger dresse la carte des anciens vergers le long de voies publiques comme le Chemin Craig, construit en 1810 de la Ville de Québec aux Cantons-de-l’Est pour ouvrir la frontière aux colons Britanniques.
Il demande aux propriétaires des terrains de signer un formulaire lui accordant la permission de prendre des photographies et des échantillons.
Auger dit qu’il peut souvent reconnaître une ancienne ferme même lorsque la maison et les bâtiments sont depuis longtemps disparus. Quand je vois un bel emplacement, je sais qu’il devait y avoir une ferme là. » Souvent, tout ce qui reste d’une ancienne maison de ferme est une fondation de pierres.
Des entrevues avec les résidents locaux – spécialement les agriculteurs aînés – aident à remplir les vides à propos des fruits oubliés. Quand Auger découvre une variété qu’il ne peut identifier, il la nomme selon la ferme ou la route où il l’a trouvée. Une trouvaille récente fut la pomme McKillop, un fruit courtaud de la couleur d’une Granny Smith. Elle prend son nom d’une route qui rappelle les pionniers d’origine du secteur.
Quelques uns des pommiers ancestraux qu’il découvre poussant sauvagement sont surprenamment libres d’insectes, notes Auger, qui utilise des méthodes biologiques. En contraste, dit-il, les pommes McIntosh sont extrêmement susceptibles aux maladies.
Jeanne d’Arc Beaulieu, 72 ans, cultive plus d’une douzaine de variétés sur sa ferme de 135 ans à Inverness.
Chaque pomme a une utilité, dit-elle : la Duchesse est bonne pour le ketchup alors que la douce comme du miel Pomme Pêche, avec sa peau teintée d’orangé et sa chaire jaune, est bonne pour faire des gelées.
Mais les plus jeunes générations ne sont pas intéressées par les vieilles variétés, dit Beaulieu.
« Les grands-parents sont décédés. Les jeunes n’ont pas le temps de faire de la compote de pommes. Ils l’achètent au magasin. »
Juste avant de partir pour ma saison de cueillette à l’automne 2019, je suis allé marcher à travers les pâturages et vieilles prairies de la ferme, à l’abandon depuis quelques années, espaces laissés à eux-mêmes, sans animaux d’élevage pour y brouter. La friche s’installe, la forêt reprenant tranquillement ses droits. Aux endroits où dans le passé j’avais repéré des sauvageons du genre Malus je suis retourné. Ravi de nouveau y découvrir une fantastique diversité de variétés, de couleurs, formes, tailles, arômes et saveurs, textures, et j’en passe … Qui plus est, des arbres et des fruits que je n’avais jamais vus auparavant ! Je les ai bien sûr toutes goûtées. Heureux de marcher hors des sentiers humains, de retrouver ma relation intime avec ces pommiers naturalisés, ces échappés de culture qui s’épanouissent librement sans le moindre entretien.
Bien que je ne maîtrise toujours pas parfaitement la langue anglaise, je m’y suis plongé avec bonheur, suivant le récit de ce New-Yorkais « arbori-cueilleur » (comment traduire son concept de « forcharding », mixant le butinage et la cueillette de denrées alimentaires sauvages des abeilles et autres animaux (foraging) et l’arboriculture, ou la « tenure » de verger (orcharding)?) et cidriculteur passionné par les pommiers sauvages de la Nouvelle-Angleterre. Un inspiré drôlement inspirant pour une sorte d’inspecteur agraire anarcho-terroiriste comme je voudrais être, rêvant de quelque chose d’enraciné dans l’histoire et le terroir local, plus proche de l’agroécologie paysanne que d’une entreprise nourrissant le capital étranger…
Chômeur au milieu de l’hiver, s’ensuivirent des mois de recherches, de lectures, de découvertes en apprentissages, d’ouvrages de références en bibliothèques, autour de la pomme, de son histoire, des sauvages et innombrables variétés cultivées, du cidre et des vergers-conservatoires du monde entier …
C’est animé par la volonté de faire œuvre utile en contribuant à la connaissance pomologique et cidricole lanaudoise qu’a germé durant l’hiver 2020 l’idée d’un blogue intitulé « Pommage Lanaudière ». J’ai rédigé quelques chroniques sur une page WordPress que je n’ai jamais rendue publique, ne me sentant pas tout à fait mûr pour cela. Je récupère actuellement certains bouts de textes, actualisés, pour les fins du Ministère.
Au printemps 2020, j’ai commencé à m’équiper de certains outils de base pour entreprendre des activités arboricoles : coupe-branches, scie d’élagage, scie mécanique, greffoir, ruban de parafilm, etc.
En mars et avril, j’ai eu envie de commencer des expériences en semant quelques pépins de pommiers (quelques uns de Honeycrisp qui étaient conservées en chambre froide et d’autres de pommetiers) en pots. Installés sur le bord d’une fenêtre, un certain nombre a germé et j’ai eu soin de les arroser tout l’été. En octobre, je les ai transplantés sur l’une de mes planches de jardin, après que les plants de melons en aient été retirés. En pépinière, ils y sont pour une année ou deux.
Tout l’été, j’ai systématiquement arpenté le fonds de terre de la ferme afin d’y repérer tous les Malus. Des plus petites et récentes pousses jusqu’aux plus matures reproducteurs.
J »ai installé une application GPS sur mon téléphone et géolocalisé plus de 400 pommiers sauvages. Tous photographiés : leurs troncs, leur port général, et leurs fruits s’ils en avaient. J’ai divisé le territoire habité par des pommiers en différentes parcelles, chacune ayant son code. Puis, suivant mes parcours improvisés, je les ai numérotés l’un après l’autre. Dans GaiaGPS s’est créée une base de données où je peux ajouter des notes ou d’autres photos au fil du temps.
En 2020 déjà j’ai élargi l’horizon de mon investigation pomologique en incorporant quelques arbres alors chargés de fruits qui se trouvent plus loin sur le rang, ou le long d’autres chemins de campagne à proximité.
Se dessine maintenant un projet d’ethnobotanique appliquée, de recherches sur le terrain, enraciné dans la région de Lanaudière. Un projet de recherche et développement de produits du terroir, au coeur duquel se trouvent les pommiers des marges de nos rangs, de nos bois, de nos champs. Tant les sauvages que ceux des vergers anciens abandonnés. Combien de variétés ancestrales qui furent ici cultivées à identifier, à préserver ? Et tellement de nouvelles à découvrir, à sélectionner !
PS – Ce ministère utopique, sans dessus dessous, cherche plutôt des collaborateurs/collaboratrices, des camarades, des confrères et consoeurs, des amoureux/amoureuses de la multiplicité variétale des Malus…
Mais oui, le Ministère se veut pédagogique, favorisera le partage et le transfert de connaissances et prendra des mesures afin de former des cueilleurs/cueilleuses, aider les gens qui le veulent à référencer leurs pommiers et ceux de leur connaissance, etc …
Sur la photo ci-haut donne un aperçu de ma géolocalisation des pommiers (en jaune : ceux qui ont des pommes cette année) d’une partie de la terre des Vallons d’en Haut.
Il s’agit d’un point de départ, qui pourrait s’élargir à l’ensemble de la région !
Le référencement et la cartographie des pommiers sauvages et anciens apparaît comme une première étape afin d’en étudier ensuite les caractéristiques variétales. Des sujets méritent certainement d’être préservés et protégés, voire même d’être reproduits.
Récente rencontre exploratoire avec un autre pomologue local, Yvan Perreault, qui partage l’enthousiasme du Ministère pour les pommes sauvages et variétés anciennes.
Ce n’est que le début !
À LA DÉCOUVERTE DU MONDE MERVEILLEUX DES POMMES SAUVAGES.
« Je crois bien que je n’aurai jamais vu d’automne s’annonçant aussi prometteur que celui de 2021 pour la quantité de pommes sauvages que TOUS les pommiers oubliés dans une friche voisine de chez nous s’apprêtent à produire, il y en aura vraiment pour tous les goûts! Je viens de m’en rendre compte il y a une semaine en allant m’y promener avec Emmanuel Beauregard, qui travaille fort pour les remettre bientôt en valeur sur le plan patrimonial au coeur du village de Saint-Ambroise-de-Kildare. On en a croqué une bonne douzaine de variétés différentes, je vous glisse un mot sur nos découvertes souvent étonnantes… »
Cet hiver … c’est à travers des recherches généalogiques autour de mes arrière-grand-pères Beauregard de Saint-Ambroise-de-Kildare que j’ai commencé à réaliser un rêve. Celui de dénicher de vieux vergers à l’abandon, ou des traces de ceux-ci, dans Lanaudière.
Il se trouve que derrière l’ancien couvent des Soeurs de Ste-Anne (démoli en 1970), il y avait un verger. J’en ai appris l’historique existence via le livret « La mémoire des rangs » réalisé par le comité sur la conservation du patrimoine de Saint-Ambroise-de-Kildare.
Je suis rapidement allé voir sur les lieux. Une petite marche sur l’avenue Sicard, derrière l’hôtel de ville, tout près du cimetière, à l’ouest de celui-ci.
Ébahi, j’ai constaté la présence d’un peu plus d’une dizaine de grands pommiers, au milieu de cette zone depuis longtemps reprise en friches. Un boisé au sein duquel survivent quelques vénérables Malus étiolés, cherchant en hauteur la lumière. Quels soins ont-ils reçus au cours des 50 dernières années ? Visiblement bien peu, si ce n’est aucun.
Mes recherches se sont alors tournées vers l’identification des propriétaires du terrain. J’ai contacté l’un des co-auteurs de l’ouvrage « La mémoire des rangs », qui en venait à la même évidence que moi : ou bien le terrain appartient à la municipalité, ou alors il s’agit d’une propriété de la Fabrique de la Paroisse.
J’ai donc adressé des courriels aux deux institutions, leur expliquant ma trouvaille et l’intérêt de préserver ces arbres qui relèvent, à mon sens, du patrimoine horticole et agroalimentaire de la paroisse, voire même de la région.
Ainsi, j’ai informé l’inspectrice municipale de l’existence de ces vieux arbres fruitiers, situés à quelques dizaines de mètres seulement des édifices municipaux. Elle s’est montrée bien intéressée à en savoir plus et m’a signalé que c’est bien la « Fabrique » qui est propriétaire des lieux.
Quelques jours plus tard m’arriva une réponse provenant du curé lui-même de la paroisse Sainte-Anne (Ste-Mélanie, St-Ambroise et Sainte-Marcelline-de-Kildare). Il m’affirmait trouver cela très intéressant, et me proposait qu’on aille marcher ensemble pour voir les pommiers de plus près.
Cela fut fait il y a deux semaines. J’ai rencontré l’abbé Nicolas Tremblay sur place. Nous avons pu admirer la quinzaine de pommiers et discuter de nos visions quant à l’avenir de ce terrain.
En bref : nous imaginons un espace public appartenant à la communauté, où chacun.e serait libre de venir y cueillir les fruits.
À l’approche de Pâques, il aime bien l’idée qu’on puisse leur donner une seconde vie …
Suite à une récente rencontre du comité de la Fabrique, M. le curé m’a accordé l’autorisation de commencer à prendre soin des pommiers (dégagement, taille). Je serai bientôt mis en contact avec la personne responsable de l’aménagement du pourtour du cimetière.
Lorsque j’ai rappelé à l’abbé la manière dont j’ai découvert l’existence de cet ancien verger (par l’intermédiaire de mes recherches généalogiques), il m’a fait rire avec sa blague :
– Si tu continues comme ça, tu vas te rendre jusqu’à Adam et Ève ! »
Vive l’Arbre de la Connaissance (par-delà bien et mal, par contre) !!!
D’ailleurs, mon enquête pomologique n’en est qu’à ses balbutiements… Arrivera-t-on à identifier d’anciennes variétés de pommes, tombées dans l’oubli depuis des décennies ? Il s’agit peut-être aussi de « seedlings » ou « pippins » (des arbres partis de semis quoi) comme y disent aux États-Unis. Soit des pommiers aux variétés uniques, qui n’ont pas été greffées …
Une histoire à suivre … en particulier à l’automne !