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Pommeraie de l’Abbaye Val-Notre-Dame 2024

Le sol dégagé du bois de coupe, du mois mort, un sol plus propice à la circulation, à la cueillette. Crédit photo : Emmanuel Beauregard

Rappel des démarches

Plus près de chez nous, il y a cette vaste pommeraie sauvage, depuis peu et doucement mise en valeur par une congrégation religieuse, soit l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance, mieux connue sous le nom de « Trappistes ». Des centaines de pommiers matures et bizarrement tordus, portant bon an mal an des fruits bigarrés et pleins de surprises, sur un flanc de colline du domaine de l’Abbaye Val Notre-Dame, au pied de la Montagne Coupée. Une pommeraie apparue sur ce qui fut longtemps le fonds de terre d’une succession de générations dans les familles Desrosiers-Gadoury, à Saint-Jean-de-Matha, et dont j’ai raconté l’histoire le printemps dernier.

En 2023, j’ai aussi fait état de quelques recherches et documents existants concernant les activités des moines Trappistes en lien avec les pommes, des fruits qui les suivent, depuis leur ancien domaine à Oka, jusqu’à St-Jean-de-Matha, suivant les chemins de la féralité : retour à la nature, au sauvage, pour une espèce (végétale ou animale), après une période passée en conditions de culture, ou d’élevage, donc dans la voie de sortie de la domestication.

Cet automne

En 2024, j’ai eu l’autorisation du nouveau Père abbé (coordonnateur de la communauté, si on veut) pour continuer d’accéder à la pommeraie et y mener des cueillettes de pommes d’automne, plus tardives, à la fin septembre et en octobre. Rêvant d’un éventuel véhicule tout terrain (un quatre-roues) pour transporter les caisses de pommes cueillies loin des chemins carrossables, j’en ai tiré quelques dizaines de kg, portés à bout de bras, une caisse à la fois, sur des centaines de mètres de terrain pentu, pour les rapporter jusqu’à la remorque tirée par ma voiture. Elles ont fait partie du lot de pommes pressées en novembre en vue de produire une bière aux pommes par la brasserie Maltstrom. La cuvée de cidre tirée des pommes de l’Abbaye ne sera pas pour cette année, mais le projet me tient à cœur et verra le jour en temps et lieu.

Voici tout de même quelques photos croquées lors de mes passages dans la pommeraie de l’abbaye cet automne.

16 décembre 2024

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Explorations Pomologie Projets et collaborations Rencontres

« Pommenades » dans deux vergers anciens de communautés religieuses à Montréal – 16 septembre 2024

De gauche à droite : Richard Archambault, Simone Chen, Emmanuel Beauregard, Sandrine Joannin, Yvan Perreault, Vincent Renaud

Petit groupe de passionnés de pomologie, nous avions été conviés, le 16 septembre dernier, à la visite de deux vergers établis par des communautés religieuses, il y a plus d’un siècle, sur l’île de Montréal. En amont de cette journée se trouvait l’initiative de Simone Chen, coordonatrice de l’organisme montréalais Les Fruits Défendus, un collectif de glaneurs qui récupère et partage les fruits délaissés ou en surplus chez des particuliers, cueillis par des bénévoles d’un bout à l’autre de la métropole.

En fait, il s’agissait d’un appel à nos expertises (sans grande prétention de notre part toutefois) afin d’aider à l’identification des variétés de pommes qui s’y trouvent, depuis longtemps tombées dans l’oubli. C’est en toute humilité tout de même que nous avons d’abord foulé le sol du verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, derrière l’Hôtel-Dieu de Montréal. Je fut conduit par Yvan Perreault, passager captif de son humour parfois délirant, sur la route entre Lanaudière et la grande ville. Yvan, champion de tous les PFNL, des noix nordiques aux champignons sauvages comestibles, avide d’apprendre, mais qui n’a pas encore acquis la même profondeur de connaissances concernant les variétés de pommes. Nous y avons retrouvé Vincent Renaud, passionné de variétés anciennes de pommes, animateur de différents groupes Facebook, dont « Arbres Fruitiers Québec », « La Société de Pomologie de la Province de Québec » et « Montre moi ta pomme»; Roland Joannin, conseiller en pomiculture, hybrideur et créateur de variétés de pommes québécoises; Sandrine Contant-Joanin, la fille de Roland, ethnologue qui a participé à une étude sur le patrimoine immatériel des Soeurs Hospitalières de St-Joseph; Richard Archambault, horticulteur ayant soin de ces jardins et des pommiers restants et enfin Simone Chen, qui elle aussi connaissait déjà un peu les lieux. Ce site de l’Hôtel-Dieu-de-Montréal, dit « ensemble conventuel des Hospitalières », sur lequel il y aurait long à raconter, a été cédé à la Ville de Montréal en 2017 et a été classé patrimonial par le Ministère de la Culture du Québec tout récemment, en 2024.

https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do…

En pleine action ! En train de savourer, de trancher, d’observer des pommes, un arbre à la fois.

De gauche à droite : Emmanuel, Vincent, Yvan, Roland Joannin

En petite bande, nous nous sommes donc « pommenés », à travers ces arbres qui, pour certains, dépassent possiblement la centaine d’années. La saison 2024 ayant été particulièrement hâtive pour plusieurs espèces fruitières, dont les pommes, il n’y en avait ainsi déjà presque plus dans les arbres en ce jour de la mi-septembre. Nous avons dû nous contenter de celles tombées au sol, et parfois de la seule encore accrochée à une branche du pommier, partagée en quartiers entre chacun.e pour les fins de dégustation. On en a goûté un bon nombre quand même, les avons toutes prises en photo, tant de leur apparence extérieure, sous différents angles, que de l’intérieur, tranchées en leur centre, pour bien observer les formes de leur coeurs, les lignes du coeur, la chair, les pépins, la profondeur de la cavité, etc. Beaucoup de moyennes-grosses pommes rouges à croquer, assez similaires d’un arbre à l’autre. Nous avions tous l’impression que la trentaine d’arbres toujours vivants en ces lieux sont sans doute en bonne partie des ‘McIntosh’ ainsi que des ‘Cortland’. Toutefois, Roland a souligné que certaines pommes avaient de fortes similarités avec la ‘Lobo’ (couleur d’un rouge cramoisi, forme arrondie conique) – une variété qui, après vérification, n’a été commercialisée qu’à partir des années 1930. Nous avons lancé la suggestion au seul employé des lieux parmi notre groupe, Richard, que des analyses génétiques pourraient être réalisées pour identifier avec précision les variétés présentes dans ce verger patrimonial. Il en a pris bonne note, mais la décision revient à un comité de la Ville de Montréal, qui dispose des cordons de la bourse. Il doit leur avoir relayé l’information.

Des apparences de Lobo !
Roland Joannin venait de nous distribuer quelques spécimens de variétés de pommes dont il est l’artisan créateur, la ‘Rosinette’ et la ‘Eureka’ !

Sur la photo : Vincent, Sandrine, Richard, Emmanuel et Roland

***

Dans un second temps, une partie du groupe (Roland, Sandrine et Richard le jardinier) nous a quitté, pour d’autres obligations. Vincent, Yvan, Simone et moi avons repris la route vers le sud, en direction de Lachine, pour y gagner le verger des Soeurs de Sainte-Anne, derrière leur maison mère. Nous y avons été accueillis par Éléonore Escobar, chargée de projets en biodiversité urbaine pour le GRAME, organisme ayant soin de l’entretien minimal du verger. J’ai fait part à mes comparses des pensées qui me traversaient pour mon arrière-arrière-grand-oncle Hildège Beauregard, qui fut à l’emploi des Soeurs de Sainte-Anne à cet endroit même. Mon esprit envisageait une sorte de spectre bienveillant en notre présence, à tout le moins des traces laissées par celui que j’imagine en vieux jardinier des Soeurs, y ayant planté, greffé ou taillé leurs pommiers. Un arbre en particulier, dont les branches d’un côté portent une pommette, et l’autre moitié porte une plus grosse pomme, vraiment deux variétés distinctes. Et si Hildège était le greffeur à l’oeuvre, il y a plusieurs décennies ? Peut-être que des recherches, à mener dans les archives des sœurs de Sainte-Anne, révéleront plus de détails sur le rôle qu’il a joué, au service de cette congrégation religieuse. À défaut de quoi pour l’instant je m’amuse à lui inventer des tâches qui correspondent à mes propres passions et envies!

Toujours est-il que de la quarantaine de pommiers des lieux, la plupart avaient des fruits là aussi tombés au sol prématurément, des pommes qui avaient pas mal toutes des allures de ‘Cortland’ à nos yeux. Dans le lot toutefois, Vincent et moi avons identifié avec une grande certitude deux arbres aux pommes de type Russet, dont l’une au moins est sans doute une ‘Golden Russet’, peut-être les deux. D’autres fruits striés de vert sur fond rouge, d’un pommier enraciné quelques mètres plus loin, avaient les traits d’une ‘St-Laurent’. Il faudrait revenir étudier tout cela plus tôt, la saison prochaine, voire y retourner pendant quelques années, question d’avoir la chance de bien observer les caractéristiques de toutes les variétés, et d’en identifier un maximum avec certitude. L’avenue des tests génétiques n’est pas non plus à écarter, mais elle demande un budget conséquent.

Aperçu des vestiges du verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. 16 septembre 2024.

Ce fut une magnifique journée, à investiguer des vergers patrimoniaux peu fréquentés. Je savoure encore la chance d’avoir visité ces lieux désormais négligés, minimalement entretenus qui étaient autrefois richesse et nourriture d’une communauté. Le Ministère des Friches et des Pommeraies appelle de ses vœux la mise en valeur, par des résidents locaux, de ces fruits du patrimoine Montréalais.

11 décembre 2024

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 4

L’exploration et la libération d’une pommeraie sauvage

Le 17 août dernier, François Patenaude (responsable des forestibles de l’Abbaye), Mylène Samson (horticultrice stagiaire), Jonathan Bordeleau et moi-même nous sommes retrouvés pour une première exploration du pommage sauvage autour de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Nous avons goûté des dizaines de variétés de pommes uniques, noté quelques-unes de leurs caractéristiques et géolocalisé l’emplacement des arbres aux fruits les plus intéressants. Quelques jours plus tard, Jonathan et moi avons poursuivi le même exercice de découverte, d’observation et de dégustation des pommes.

Les moines ont résolument choisi de soutenir notre projet, cette démarche de libération de la pommeraie sauvage dont ils sont les gardiens. Des centaines de pommiers d’au moins quarante ans, en moyenne, qui étaient sur le point de disparaitre, étouffés par la compétition des érables, frênes, aubépines, ou épinettes …

À partir de la fin août, à raison d’une ou deux journées par semaine, Jonathan et moi nous sommes rejoints à la « Maison des Forestibles », quelques centaines de mètres avant d’arriver au magasin de l’Abbaye, sur le chemin de la Montagne Coupée. Jon, travailleur forestier expérimenté, de longue date, a assuré la job de débroussaillage. Pour ma part, j’ai tâché de rassembler les branches et troncs des arbres arbustes en tas, en dégageant des espaces. Cette précieuse matière organique accumulée est destinée à être broyée et redonnée au sol, sous une forme plus facilement digestible. Frère Bruno-Marie, avec le broyeur appartenant à sa communauté, a d’ailleurs commencé à accomplir cette tâche,

Chanceux, Jonathan et moi fûmes rémunérés pour ces heures de travail qui, tout l’automne durant, nous auront permis de dégager une aire d’entre un et deux hectares, où les pommiers sont désormais privilégiés. Les photos ci-bas témoignent de l’état des lieux à la mi-octobre. Nous l’avons fait « apparaître », rendue visible, accessible aux promeneurs, aux explorateurs fruitiers. La voici libérée de la féroce compétition des espèces indigènes, jeune forêt environnante que nous avons éclaircie.

Le printemps prochain, nous y retrouverons les pommiers marqués de rubans colorés, soit ceux dont les fruits présentent des caractéristiques que l’on a jugé plus intéressantes. Ces arbres dont les pommes ont reçu les commentaires les plus positifs lors de nos dégustations et prises de notes automnales sont ceux qui seront taillés en priorité, en mars 2024. Les observations se poursuivront évidemment la saison prochaine.

Nous sommes persuadés que cette pommeraie nouvellement mise en valeur sera si belle, toute en fleurs, en mai, que des gens voudront y prendre des photos de mariage ! Dans les sentiers qui viennent d’être créés, passant sous les arches formées par les branches tordues de ces sauvages pommiers.

Des recherches sur l’histoire des lieux sont également en cours, afin de mieux connaitre l’origine de ces arbres fruitiers, les noms de ceux qui naguère en ont cultivé.

Toute piste est la bienvenue, n’hésitez pas à me contacter !

Enfin, je vous invite aussi, si vous ne l’avez déjà fait, à prendre connaissance des précédents textes de cette série autour du pommage associé aux moines trappistes, d’Oka jusqu’à l’Abbaye Val-Notre-Dame de St-Jean-de-Matha :

1 – Ce que la pomiculture québécoise doit à l’Institut Agricole d’Oka

2 – Retour vers le futur des pommes à cidre

3 – Des vergers d’Oka aux friches et pommeraies de Jean de Matha

14 novembre 2023

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 3

Des vergers d’Oka aux friches et pommeraies de St-Jean-de-Matha

À propos de cidre, dont la commercialisation était interdite il y a 80 ans de cela au Québec, le Père Louis-Marie, dans son histoire de l’Institut agricole d’Oka (1) écrivait ceci :

« Un membre du parlement ayant manifesté le désir qu’un père Trappiste aille à Sherbrooke faire une causerie sur la fabrication du cidre, on avait décidé qu’un élève sénior, Alphonse Lachance, irait plutôt et traiterait du choix des pommes à cidre et du mérite relatif des espèces cultivées; il exposerait les secrets de la fabrication d’un cidre et de sa conservation. « Il essaiera, dit le bouillant monsieur Boron, de convaincre ses auditeurs que la fabrication du cidre, facile pour tout le monde, devrait se généraliser en Canada (on refait ce rêve encore de nos jours!), parce qu’elle procurerait à la masse de la population une boisson saine, tonique, peu coûteuse, et qu’elle assurerait en même temps au cultivateur, un écoulement sûr et rémunérateur des produits du verger. »

Le glorieux passé pomicole des Trappistes remonte peut-être au siècle dernier, mais le fruit défendu du Jardin d’Eden semble vouloir suivre de près les communautés religieuses, où qu’elles soient… les vestiges du verger des Soeurs de Sainte-Anne à Saint-Ambroise-de-Kildare en sont un autre exemple …

En construisant l’Abbaye Val-Notre-Dame où elle s’est établie en 2009, la communauté de moines cisterciens est devenue (en faisant fi des frontières municipales) voisine de la ferme de ma famille. Leur monastère se trouve à quelques centaines de mètres au bout du fonds de terre des Vallons d’en Haut, de l’autre côté de la rivière l’Assomption, en cette verte vallée défrichée dans le dernier quart du XIXe siècle. Un magnifique coin de ruralité où, comme ailleurs au Québec depuis 50 ans, d’anciens champs et pâturages à l’abandon ont connu la succession des espèces de la végétation spontanée qui, d’herbacées en arbustes et en arbres enchevêtrées, redeviennent forêt.

Depuis près de 10 ans, les Trappistes établis à Saint-Jean-de-Matha sont devenus d’irréductibles promoteurs des forestibles (tant de produits sauvages comestibles à mettre en valeur !). L’année dernière, dans le cadre de mon emploi au CDBL Conseil de développement bioalimentaire de Lanaudière, j’ai justement eu la chance de me faire connaitre et de nouer des liens cordiaux avec une partie de l’équipe du Magasin de l’Abbaye et de la La Forêt de l’Abbaye.

Entre les branches, j’avais appris que le vaste domaine (187 ha) appartenant à la communauté religieuse était l’hôte de nombreux pommiers sauvages …

Une fois mon emploi du temps allégé, dès le mois de mars, j’ai offert à François Patenaude (employé par les moines pour le développement des forestibles, et mon ancien comparse du Comité PFNL Lanaudière) mes services pour entreprendre la taille de ces pommiers sauvages que je brûlais de découvrir … Il a fait part de ce projet à Jonathan, le sympathique horticulteur et pépiniériste (Pépinière Bordeleau) qui y travaille depuis plusieurs années. « Jon » était convaincu d’avance; il les invitait même déjà depuis un bon bout de temps à valoriser ces arbres fruitiers rustiques aux généreuses fructifications.

Nous avons rapidement reçu la bénédiction enthousiaste du Père Abbé, André Barbeau, pour entreprendre l’exploration des pommiers sauvages de leur territoire, ainsi que de la taille d’éclaircie dans ces arbres.

Jonathan et moi nous sommes retrouvés le 30 mars dernier, avec nos raquettes, sécateurs et scies d’élagage, pour un premier tour d’horizon. En plus de tous les Malus éparpillés, longeant les coulées d’un ruisseau, nous sommes rapidement tombés sur une épatante pommeraie qui doit couvrir plus d’un demi hectare, où des dizaines ou centaines de pommiers forment la canopée. Ils y sont les arbres dominant la zone, en nombre et en hauteur. Ce n’est pas un verger rectiligne planté de mains humaines, mais un fouillis naturel sans ordre apparent à nos yeux de civilisés (pas assez « sylvilisés » quoi) !

Nous y avons constaté le potentiel et proposé l’aménagement de sentiers. Non seulement la taille de nettoyage des pommiers (enlever le bois mort), mais aussi un peu de conduite des arbres pour en favoriser la fructification. À ce moment, nous avons reçu l’autorisation de venir en explorer les fruits l’automne venu, pour en caractériser et sélectionner des variétés, voire en cueillir une partie.

C’est donc une nouvelle et très réjouissante collaboration qui s’est amorcée ce printemps ! Le gars du coin amoureux des pommiers en liberté qui en habitent comme lui les vallons, est vraiment ravi de faire renouer les Trappistes, par la voie des friches et des pépins, avec leur passé pomicole et pomologique (oui oui, ces mots ne prennent qu’un seul « m ») !

Si Dieu le veut (et je ne vois pas pourquoi il voudrait pas!) nous ferons là de belles trouvailles et cueillettes cet automne, et les suivants! Possiblement même de bonnes variétés douces et amères pour en faire de bonnes cuvées de cidres fermiers …

La suite dans les prochains jours, car il s’en est passé des choses depuis 6 mois!

(1) Père Louis-Marie Lalonde , « L’Institut d’Oka : cinquantenaire, 1893-1943, École agricole, Institut agronomique, École de médecine vétérinaire », 1944, chapitre 2 « L’École d’Oka, à l’âge de bois », p.37

25 octobre 2023

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Explorations

RUBRIQUE DE POMMIERS EN VRAC

Photos éparses des tournées du « pré-printemps »
(l’une des 6 saisons judicieusement identifiées de longue date
par les Atikamekws)

Récolte de scions, taille de sauvageons, incessant repérage

On trouve parfois des pommes desséchées (dont je récolte les pépins) posées sur des branches par ce que je présume être des écureuils. Corrigez-moi si je me trompe.

Dans un secteur, chez moi, l’animal qui pense se faire des réserves probablement, mais sans y revenir, en plus d’en coincer à la jonction de 3 branches, en une sorte d’encoignure, a empalé des pommes sur des éperons de pommiers. J’en ai vu une, petite pomme sauvage, ainsi posée-transpercée sur l’épine d’une aubépine, sacrifiée.

18 avril 2023

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Cueillette Explorations Pomologie Projets et collaborations

Podcast de la FUPAL sur la pomologie

On m’a invité à participer au Podcast « Les Prods » de la fédération régionale de l’Union des Producteurs Agricoles de Lanaudière (FUPAL) pour un épisode hors-série à propos de la pomologie.

https://www.facebook.com/UPA.Lanaudiere/posts/659855406152304

J’ai accepté, en faisant des clins d’œil à mes parents, et affirmé mes convictions, par le choix du mot « paysan » pour parler de mes origines, de la ferme où j’ai grandi et où je m’établi.

Ce fut une première expérience d’entrevue de type « radiophonique », avec micro et casque d’écoute. Une autre occasion inespérée de parler de mes activités pomologiques, de ma vision des pommes sauvages en cidrerie, dans Lanaudière.

Étourdi par tout ce que je voulais dire en peu de temps, j’en perdais mes mots … La réalisatrice s’est bien débrouillée pour faire tenir le tout ensemble, grâce à la magie du montage.

J’ai oublié de parler du rôle fondamental que joue la faune (sauvages, mammifères comme oiseaux, et ceux de ferme aussi, tels vaches et chevaux) dans la dissémination des pépins de pommes, qui s’ensauvagent sur le territoire. Ce qu’on appelle la féralité : le propre des échappé.es de culture ou d’élevage, plantes ou animaux qui s’affranchissent de la domestication humaine.

Je n’ai pas non plus souligné l’importance des espaces non-cultivés, telles les friches, havres de biodiversité ou la nature reprend ses droits. Rien dit non plus de l’aspect primordial des corridors écologiques ou la faune peut circuler, vivre tout simplement; ces habitats qui ont été détruits par les réaménagements du territoire au bénéfice de l’industrialisation de l’agriculture.

Je plaide qu’il faut d’urgence laisser place au non aménagé, au sauvage, pour sauver la biodiversité dont nous faisons partie !

Il y a indéniablement quelque chose qui se passe dans la région autour de cette ressource fantastique trop longtemps négligée, sauf par quelques rares paysans avant-gardistes, voire anarcho-terroiristes !

15 avril 2023

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Explorations Pomologie Projets et collaborations Rencontres

RÉCOLTE ET GREFFE DE SCIONS DES FRICHES ET POMMERAIES LANAUDOISES 2023

À la fin mars, je suis retourné voir des pommiers dont j’ai découvert les fruits l’automne dernier, et pour lesquels j’ai eu des coup de cœur. Soit j’ai apprécié leurs arômes agréables ou saveurs complexes, taux de sucre, de tanins ou d’autres caractéristiques hors de l’ordinaire.

En ce pré-printemps, des heures de plaisir à parcourir de nouveau les rangs, le long du piémont Lanaudois et retourner voir ces sauvageons aux variétés nouvelles, uniques, disséminés par les pommiers de nos aïeux à travers les marges du paysage agricole, par milliers.

Couper des scions, des petites « branchettes », ou pousses de l’année, à conserver jusqu’au moment de greffer, ce jour où des segments de scions (avec quelques bourgeons) deviendront greffons.

J’ai récolté des scions d’une trentaine de variétés qui n’ont encore que des noms de codes, incluant huit pommetiers, sauvages, fruits d’une hybridation naturelle, de parentés inconnues.

À l’ouest comme à l’est, des anciens cantons de Rawdon et Kildare et de Brandon – jusqu’au beau chemin du Portage à Saint-Didace.

Les pommeraies du piémont sont également abondantes en passant par les vieux chemins des seigneuries abolies de Ramezay et d’Ailleboust et plus au nord aussi, à Saint-Alphonse-Rodriguez et Sainte-Émélie-de-l’Énergie.

Le génial hybrideur de pommes Roland Joannin – qui trippe sur mon exploration des variations naturelles des pommes de notre terroir – m’a de nouveau, comme l’an dernier, très généreusement offert 100 porte-greffes pour m’aider dans la réalisation de mes projets. J’ai choisi de nouveau des M111 – vigoureux, presque pleine grandeur (75-80%).

Au tout début de la semaine dernière, nous nous sommes retrouvés dans le garage d’un pomiculteur à St-Joseph-du-Lac, où il a opéré, tel le maître qu’il est, la machiner à greffer.

La plantation aura lieu en mai, dans ma petite pépinière initiée en 2021, qui comptera alors 200 pommiers greffés, de plus de 70 variétés, pour la plupart issues de sauvageons ou de pommiers anciens, aux variétés plus ou moins identifiées.

13 avril 2023

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Explorations

Sous la douche extérieure

Sous la douche extérieure

aperçu ceci, non loin

à travers le fouillis

des branchages

de pommiers

sauvages

des réserves d’écureux !

(comme m’a dit un vieux)

comportement curieux

de frugivores arboricoles

grimpeurs et prévoyants

corroboré par des observateurs

ailleurs, rencontré.e.s récemment

pour leurs pommiers chéris

qui les ont vus remonter les fruits

parfois jusque dans les branches hautes

à peu près d’où ils étaient tombés !

6 septembre 2022

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Cueillette Explorations Pomologie Projets et collaborations

Saison 2022

Le Ministère des Friches et des Pommeraies s’est fait discret sur les médias sociaux mais n’en est pas moins actif sur le terrain, en mode repérage et exploration de saison depuis la mi-août, à goûter les plus hâtives de nos pommes, déjà tombées au sol

Passent les pommes d’été, dont les « pommes blanches » sont les plus connues, qui s’abîment à la moindre pression, s’oxydent en un rien de temps, fragiles

Vite « farineuses », souvent bien acides, dont on peut tirer de bonnes compotes

***

Suite à l’article en première page du journal l’Action, en avril dernier, j’ai été contacté par une cinquantaine de personnes qui m’ont invitées à rencontrer leurs arbres; parfois un seul, des fois des talles

Ces derniers week-ends, et parfois en soirées, j’ai commencé ma tournée de reconnaissance des lieux et des gens, en de toujours belles rencontres autour de cette espèce légendaire : Malus

À basse vitesse, scrutant les fossés, lisières et fonds de cours je visite aussi ces rangs de campagnes entiers où à ma connaissance de nombreux pommiers poussent, anarchiquement, hors rangs.

C’est du temps de recherche (et développement), une obsession visuelle, par passion, la volonté de ne pas en manquer un, les chercher ou simplement les trouver partout où ils sont, noueux et tordus, indépendants et libres, en marge du système de culture conventionnel-industriel

J’m’arrête dans les entrées de maison ou sur le bord de la route et cogne aux portes, me présente, demande la permission pour explorer les arbres fruitiers, et pour cueillir

Rares sont ceux qui refusent; au contraire : on me raconte plutôt d’étonnantes histoires, m’offre un verre, de revenir pour prélever des greffons au printemps, souvent de cueillir tout ce que je veux, sinon avec quelques réserves pour les proprios, dont certains, enthousiastes, me présentent aussi des pruniers, poiriers et autres merveilles fruitières de leurs jardins

J’explique que toutes les pommes m’intéressent, pas seulement les grosses et sucrées. Celles qui sont acides, amères ou astringentes (qui assèchent la bouche) tout autant ! La finalité que je leur réserve est la fermentation alcoolique en vue de produire des cidres composés de fins assemblages de variétés, qui avec le temps et l’expérience, seront de délicieux breuvages issus du terroir local.

En échantillons ou en grandes quantités, petites pommettes ou piquées, difformes ou tachetées de tavelure, elles méritent également d’être découvertes, référencées, goûtées, testées.

À l’état naturel, sans le moindre traitement, avec un maximum de levures sauvages, elles sont parfaites ainsi pour la fermentation spontanée !

Emmanuel Beauregard

1er septembre 2022

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Explorations Projets et collaborations

LES POMMES SAUVAGES EN TANT QUE PFNL

Les engagements passés et présents de l’humble serviteur des pommiers insoumis que je suis l’ont amené, tout récemment, à être engagé par le Conseil de développement bioalimentaire de Lanaudière (CDBL). J’y suis désormais coordonnateur d’un projet de soutien au développement et à la commercialisation des produits forestiers non ligneux (PFNL) dans la région.

Au service des entreprises lanaudoises qui œuvrent à nous nourrir et nous soigner, avec ces champignons, fruits, noix, et diverses plantes sauvages comestibles et médicinales issus de nos forêts.

Les pommes sauvages répondent très bien à la définition large des PFNL, comprenant des produits « récoltés dans la nature, que ce soit dans les forêts, les friches, le littoral ou des terres destinées ou non à la production de bois d’oeuvre (par ex. les champignons). »

En cohérence avec les affaires de ce ministère qui rêve de revitaliser les friches (anciens pâturages, terres marginales, bords de routes) en y semant plus encore de pommiers sauvages. Des idées innovantes en matière d’agroforesterie ? Ils s’y trouvent déjà, dispersés, solitaires, en petites talles ou en pommeraies aux riches trésors, non cultivés et pleins de promesses dans la diversité de leurs formes, de leurs fruits.

Le défrichage des archives de la pomme semée au Québec et dans Lanaudière se poursuivra ici. Il y aura d’autres belles histoires et maillages pour la préservation du patrimoine arboricole et la valorisation de la diversité variétale des pommes (pomologie); je puis vous assurer ! J’en ai en réserve à raconter !

Emmanuel Beauregard, ouvrier artisan cueilleur, amateur observateur, chercheur géolocalisateur, amoureux et explorateur des pommiers naturalisés sur le territoire régional comme ailleurs.

7 avril 2022