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Cidre Rencontres

Rencontre entre artisans cidriers du terroir en devenir, chez Claude Jolicoeur à Québec – Janvier 2025

Votre humble serviteur et promoteur des friches et des pommeraies – mais aussi des pommes sauvages, et du bon cidre qui en est tiré – a récemment eu la chance, voire le privilège d’être invité à une rencontre informelle entre cidriers, chez l’expert international du cidre Claude Jolicoeur, en sa résidence de Québec. Installés au sous-sol de sa maison, nous étions près d’une quinzaine de comparses, en provenance de différentes régions du pays en devenir (Charlevoix, Côte de Beaupré, Québec, île d’Orléans, Gaspésie, Beauce, et moi-même pour Lanaudière). Nous espérions la présence de Gaston Picoulet de Les Pommes perdues, en Outaouais, qui était de la sélective invitation (espace limité pour accueillir), mais qui n’a malheureusement pu se joindre à nous.

Nos chaises et nos regards formaient un cercle – tout ouïs et palais curieux – ouverts à la rencontre avec d’autres petits cidriculteurs artisans dont les productions commerciales sont en démarrage. Depuis 5 ans, tout au plus, dans le cas de Jean-Sébastien Hébert de la Ferme de l’Alchimiste, à Maria, dans la Baie des Chaleurs. La plupart des autres ayant commencé leurs activités commerciales depuis un an ou deux seulement, ou venant tout juste de recevoir leur permis. Tous les invités de la Gaspésie ont fait acte de présence (et déplacements !), à la surprise de Claude. Le gars derrière le Ministère des Friches et des Pommeraies (moi-même) était l’exception, menant encore, à ce stade, ses expériences en amateur, pas prêt à commercialiser ses cidres.

Ça a eu lieu y a un mois déjà ! le samedi 25 janvier dernier, dans « une joyeuse anarchie » (dixit Claude), où se créait une petite communauté d’esprit autour de la fabrication de cidres utilisant des pommes sauvages, des cidres nature, puisant dans le terroir local. Nous n’étions que des hommes, et nous l’avons remarqué, outre Banou, conjointe de Claude, qui est restée à l’étage, occupée à de la poterie. L’un des disciples demande au gourou du cidre qui nous réunissait : « Y’en as-tu des femmes, au Québec, dans le domaine du cidre ? ». Sans mal, j’ai aidé Jolicoeur à retrouver le nom de la copropriétaire-fondatrice du verger-cidrerie Qui Sème Récolte à Saint-Jean-de-Matha, Nathalie Rainville. Il y en a certainement d’autres, qui sont plutôt dans l’ombre, ou qui font équipe avec leur conjoint dans une entreprise commune.

C’est grâce à Banou, peut-être bien, qu’a eu lieu cette enrichissante rencontre. Elle m’a dit avoir fait remarquer à Claude, grand voyageur et animateur d’ateliers un peu partout sur la Planète Cidre, qu’il n’avait jamais rien organisé de la sorte au Québec.

Toujours est-il qu’en ce beau samedi après-midi, après un petit tour de présentation de chacun, un premier tour de dégustations fut lancé pour les cidres que nous avions tous apporté, de nos propres cuvées. Petits verres d’une grosse vingtaine, sinon d’une trentaine de cidres différents, l’après-midi et la soirée durant. Dégustations entremêlées d’échanges spontanés et curieux : sur les techniques des uns et des autres (dont le dégorgeage et le moment parfait pour l’embouteillage), les variétés, les lieux de cueillette, la mise en marché, etc. Pour souper, nous avions opté pour la formule potluck, où chaque convive apporte un plat à partager.

On a goûté de bonnes choses là ! En entrée, un « cidre d’hiver », fabriqué par Jolicoeur avec des pommes « à croquer », principalement des variétés commerciales ou parfois avec pommes sauvages, mais toutes acidulées. Par l’effet du gel-dégel, les tanins de l’épiderme, dont les cellules sont brisées, migrent vers le jus. Le résultat est quelque chose à mi-chemin entre un cidre de glace et un cidre plus traditionnel, pas aussi concentré en sucre que le cidre de glace, donc plus « pintable » que ce dernier. Il a aussi plus de corps, plus de complexité aromatique (tanins) qu’un cidre fait avec les mêmes pommes acidulées qui n’ont pas subi l’effet du gel-dégel.

Ce fut l’occasion de rencontrer quelques personnes avec qui j’avais déjà eu des échanges téléphoniques, par écrit, ou dont nous suivons mutuellement nos pages publiques, sur le web. Des personnes dont j’apprécie depuis quelque temps les démarches et dont j’aimerais visiter les installations cidricoles cette année. Je pense à :

• Alain Beauséjour et son fils Simon, copropriétaires de la Cidrerie L’Enraciné, à La Guadeloupe, en Beauce. Le projet a ét initié par le père horticulteur afin de mettre en valeur les centaines de pommiers sauvages dégagés de la forêt sur le terrain familial, Projet auquel s’est greffé le fils, biologiste et musicien formé en agriculture biologique.

• Luis Gauthier et Joshua Burns, de Caplan, dans la Baie des Chaleurs, en Gaspésie, dont la cidrerie n’a pas encore de nom public établi. Ils mettent en valeur un vieux verger longtemps abandonné qu’ils ont restauré, tout en cueillant et sélectionnant aussi les pommes sauvages de leur futur terroir cidricole régional. Leur démarche Gaspésienne a d’ailleurs été mon inspiration pour entrer en contact avec Claude Jolicoeur, et comme eux organiser une première rencontre-dégustation régionale de pommes sauvages à potentiel pour la cidrerie dans Lanaudière, en 2023.

• Jonathan Cloutier et Raphaël de la Cidrerie Les Travaux & les Jours, basée aux Éboulements, dans Charlevoix. Je suis fort interpellé par leur démarche qui fait appel à l’implication et l’engagement de leur communauté dans le projet, tant pour des journées de cueillette et de presse des pommes que pour la mise en marché des cidres. C’est un autre projet autour des pommes sauvages, enraciné dans un terroir local, à petite échelle, qui ressemble à ce que j’aimerais développer dans Lanaudière.

Je suis très heureux également d’avoir fait la rencontre de tous les autres cidriers présents !

• Jean-Sébastien, l’autre Gaspésien, derrière la Ferme de l’Alchimiste qui est aussi un passionné de pommes sauvages locales, et l’auteur de cidres élaborés en toutes petites cuvées, privilégiant la qualité sur la quantité. C’est celui qui nous a interpellés à propos des enjeux liés à l’agriculture de proximité et la commercialisation des cidres des fabricants artisans, qui plus est en région éloignée au Québec.

• Daniel Blais, du Clos Shanouk à l’île d’Orléans, un spécialiste du dégorgement ! Un autre fervent du cidre nature !

• Le trio de Terre 50, qui a remis en état de culture de vieux vergers sur la Côte-de-Beaupé (Michel, Michael et Benoît), spécialisés dans les macérations carboniques et pelliculaires, qui produisent des cidres pétillants et mousseux. Ils produisent notamment un cidre à l’aronia et un assemblage pomme et poire.

• William Lafortune, le plus jeune de la bande, qui après quelques années de production de cidres, de vin et de piquette en « mode garage » (touries et dame-jeanne à l’échelle maison), s’est lancé l’automne dernier dans une production commerciale, en voie de fermentation. Il a eu une opportunité avec une cidrerie de son coin, en y agissant à titre de « cidrier invité », pour y réaliser une cuvée « sans domicile fixe ». Un modèle d’affaires inspiré par ce qui se fait dans le vin, comme avec Lieux communs.

Grands mercis encore à Claude d’avoir rendu possible cette rencontre, enrichissante pour tout le monde, j’en suis convaincu ! Nous espérons vivement qu’elle aura des suites.

En conclusion, attendez-vous à suivre le Ministère des Friches et des Pommeraies en visite sur les routes du cidre dans le Sud et l’Est du Québec en 2025 !

PS – Il n’est tristement resté aucune trace photographique de la rencontre, d’où la seule photo de Jolicoeur qui orne le texte.

24 février 2025

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SERVICE DE TAILLE DE POMMIERS (& AUTRES FRUITIERS) DANS LANAUDIÈRE EN 2025

Peut être une image de 1 personne et arbre

Sur l’autre versant de l’hiver, lumineux

bientôt viendra la fin des grands froids

(les -15 et -20°C on évite) pour entamer

la saison de taille des arbres, puis arbustes fruitiers :

pommiers, poiriers, vignes, groseilliers, amélanchiers, etc.

Parmi diverses bonnes raisons de tailler, mentionnons :

• améliorer la circulation d’air et la lumière dans les arbres

(réduisant ainsi les risques de maladies fongiques)

• augmenter la vigueur de certaines parties d’un vieil arbre

• améliorer la qualité des fruits par un meilleur équilibre

• faciliter la récolte des fruits par un accès plus facile

À leurs propriétaires, dans Lanaudière

à partir de mars et en avril – mais peut-être

aussi dès la fin février (selon la température)

j’offre mes services

de tailleur fruitier professionnel, bien équipé

De bons sécateurs, des scies d’élagage manuelles, une scie

mécanique au besoin, l’échelle arboricole de 10 pieds

et le savoir-faire nécessaire pour éviter les gâchis

(il me fait aussi plaisir de transmettre les rudiments,

les bases, aux propriétaires des arbres fruitiers)

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Formé en productions maraîchères et fruitières bio

à l’Institut National d’Agriculture Biologique (Victoriaville),

j’ai plusieurs années d’expérience en horticulture et arboriculture

fruitière sur différentes fermes et dans mes propres projets.


Mon tarif est de 40$/h + 0,50$/km parcouru.

Je suis à Sainte-Mélanie et les premiers 25 km

sont compris dans le taux horaire


N’hésitez pas à me contacter

(Courriel, Messenger ou téléphone)

pour toute question !

Emmanuel Beauregard

info@ministerepommeraies.com

Cellulaire : 579-337-7633

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Cidre Projets et collaborations

Cuvées de cidre 2023-2024

Le 19 octobre, soit il y a 2 mois et demi déjà, j’ai pressé une cinquantaine de litres de jus de pommes et de poires. Installé devant l’étable de la Ferme des Arpents roses à Ste-Mélanie, sur le plancher en béton de l’appentis construit par mon frère, dans mon setup modeste mais fonctionnel.

Les trois grandes touris de 2024, après leur premier soutirage, le 6 janvier 2025.
Trois teintes bien distinctes, du jaune paille à l’orangé.

🍎La pomme ‘Juge Bourduas’, une découverte de 2024, issues d’un vieil arbre faisant partie d’un petit verger à l’abandon, sur le chemin Laforest, à Saint-Alphonse-Rodriguez. Le voisin d’en face, chez qui je suis allé cogner, un jeune nonagénaire (90 ans à peine !) conduisant encore sa voiture, m’a informé que ces pommiers étaient ceux « du juge », me disait-il, un juge habitant « par-là, en haut », me pointait-il vaguement dehors… Ne répondant pas à ma demande de précision sur l’emplacement de la maison du juge, question que j’aille lui demander l’autorisation de cueillir, le vieil homme me dit plutôt que je pouvais très bien aller cueillir les fruits, car personne d’autre ne le faisait, jamais, à sa connaissance, depuis des années. Me contentant de l’autorisation du voisin d’en face, j’y ai grimpé, je l’ai secoué, à plusieurs reprises, et j’ai bénéficié d’une bonne quantité de ses petites pommes marbrées de rouge, sur fond vert.

Plus tard dans la semaine, j’ai appris que le juge en question, qui était un grand propriétaire terrien dans le secteur, est décédé il y a quelques années. Et non, ce n’est pas une bourde, le nom de famille dudit juge est bien « Bourduas » plutôt que Borduas. Selon la légende locale, feu le juge Jean-Pierre Bourduas (1939-2018) serait un descendant du même patriarche Borduas que le célèbre Paul-Émile, peintre et auteur en grande partie du Manifeste du Refus Global de 1948, et aurait fait changer son nom de famille auprès de l’État civil afin de prendre ses distances de l’agitateur Automatiste qu’avait été son illustre apparenté. Une rupture dans l’histoire de notre culture, de notre littérature, des ruptures aussi dans la famille Borduas.

De ces toutes petites pommes, en plus d’en fournir à Maltstrom dans le grand mixage des variétés pour en faire un cidre-bière, j’ai tiré un jus jaune et clair, bien sucré (1056 de densité relative, ou 16 brix dans la visière du réfractomètre), avec une petite amertume. Les quelques caisses de la ‘Juge Bourduas’ que je m’étais réservées contenaient de quoi remplir une petite touri, d’environ 18L. C’est pour moi une première cuvée de cidre monovariétale, sans pour autant avoir une candidate de variété de pomme idéale à mon goût (pas assez d’amertume), bien que bien sucrée et savoureuse, aromatique.

🍎 ‘Montées St-Jacques #5 et #6 (‘Béatrix’)

D’un verger de fond de rang perdu à la frontière de St-Alphonse-Rodriguez, chez Lise et Lia, autrefois chez Mme Perreault (plus de 95 ans, rencontrée chez elle en 2023), où subsistent 4 vieux pommiers. De ceux-là, une pomme en particulier a été remarquée et notée comme particulièrement intéressante, lors de la grande dégustation de pommes sauvages lanaudoises de 2023 présentant, aux yeux des cueilleurs qui partageaient des pommes qui leur sont chères, un potentiel de cidrerie. Avec des appréciations très positives de Claude Jolicoeur et Mark Gleonec qui étaient nos « invités de marque », nos convives.

Après avoir été dotée du nom de code « Montée St-Jacques #6 » depuis quelques années, je l’ai baptisée ‘Béatrix’, hommage au territoire municipal où l’arbre est enraciné. Je la vois un peu comme le pendant pomme d’Obélix, ayant grosso modo la forme de son corps, ses rondeurs, avec ses pantalons rayés, si ce n’est striés … Une douce amère très aromatique, à la forme unique de poire (sa base est bien plus étroite que son bassin), au fond de teint qui paraît jaune orangé, striée d’un rouge lavé. Sa cavité est très peu profonde, et son pédoncule, étroit. Sa chair est ferme et elle présente une assez bonne capacité de conservation. Quelque chose dans ses fragrances rappelle la poire et une astringence particulière se fait sentir en fin de bouche.

L’âbre-mère portait beaucoup de fruits cette année, suffisamment pour en fournir quelques caisses pour la qualité de leur jus à la brasserie Maltstrom, mais aussi pour m’en réserver et tenter de mon côté la fermentation alcoolique d’un cidre monovariétal. Toutefois, il s’en fallait de peu pour bien remplir la touri de 20 litres à partir du jus de ce seul arbre. Pour les 3-4 litres manquants, j’ai ajouté le jus de pommes du même verger, de l’arbre voisin en fait (la #5), une belle rouge très sucrée et parfumée, un brin acidulée. Au final, une belle densité de 1050 (potentiel d’alcool d’environ 6,5%).

🍎 Le même vieil arbre, pour l’heure surnommé ‘Montée St-Jacques #5’, m’a également donné une formidable manne de pommes, de quoi fournir la brasserie des camarades prairiquois et mes propres activités de micro-cidrerie expérimentale. J’en ai comblé deux petits cruchons de 4 litres, de ce jus trouble et purement monovariétal. De quoi éventuellement remplir de cidre une quinzaine de petites bouteilles de 500 ml, quand même !

🍐 Poire ‘Golden Spice’

Une caisse de petites poires ‘Golden Spice’, m’a été gracieusement offerte par l’ami horticulteur fruitier Jonathan Bordeleau, cueillies par lui-même de son arbre à St-Damien, son surplus d’abondance, pour que je réalise une première expérience de production de poiré, l’équivalent du cidre (lequel est toujours « de pommes » d’ailleurs), mais avec des poires … J’en ai tiré un bon six litres de jus bien sucré, avec une intéressante amertume (14 brix, belle densité de 1050). Avec l’équipement dont je disposais, je m’en suis tenu à un cruchon de 4 litres monovariétal, juste du poiré. C’est bien peu, mais tout de même, un premier test !

🍐🍎Deux autres litres de jus de ‘Golden Spice’, queue de la pressée, ont été assemblés avec les restants de jus de pommes des pressées de la journée. Les surplus de la ‘Juge Bourduas’ et de la ‘Montée St-Jacques #5’. Allez hop, j’ai viré ça dans un autre cruchon de 4L, bien rempli d’un jus qui sera dans quelques mois le produit d’une cofermentation, ni tout à fait cidre, ni tout à fait poiré. Un joyeux hybride funky issu aussi des levures sauvages qui s’y activent en ce moment, comme toutes les autres cuvées de l’année, à 12 degrés Celsius dans un bâtiment appartenant à des amies. Merci pour l’opportunité de local avec une température appropriée ! Hâte de vous faire goûter au jus qui va en résulter !

🍏 ‘Cléophas à splash russet doré’

L’arbre le plus productif que j’ai rencontré cette année, d’une petite talle de friches, à St-Cléophas-de-Brandon. Cet arbre est connu d’Alex Boisdequin-Lefort et moi depuis 10-15 ans maintenant, depuis nos premières explorations du pommage régional à des fins cidricoles.

De grosses pommes jaunes qui ont été conservées en chambre froide pendant un mois et demi (cueillies le 4 octobre), avant d’être pressées le 17 novembre, pour une ultime session d’extraction de jus de pommes sauvages de l’année. De ce bon jus, affichant 15 brix sur mon réfractomètre, et 1054 au densimètre, j’en ai bien rempli une touri de 21 litres. C’est l’ultime cuvée, monovariétale elle aussi, de l’année.

7 janvier 2025

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Album photos Explorations Histoire Projets et collaborations

Pommeraie de l’Abbaye Val-Notre-Dame 2024

Le sol dégagé du bois de coupe, du mois mort, un sol plus propice à la circulation, à la cueillette. Crédit photo : Emmanuel Beauregard

Rappel des démarches

Plus près de chez nous, il y a cette vaste pommeraie sauvage, depuis peu et doucement mise en valeur par une congrégation religieuse, soit l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance, mieux connue sous le nom de « Trappistes ». Des centaines de pommiers matures et bizarrement tordus, portant bon an mal an des fruits bigarrés et pleins de surprises, sur un flanc de colline du domaine de l’Abbaye Val Notre-Dame, au pied de la Montagne Coupée. Une pommeraie apparue sur ce qui fut longtemps le fonds de terre d’une succession de générations dans les familles Desrosiers-Gadoury, à Saint-Jean-de-Matha, et dont j’ai raconté l’histoire le printemps dernier.

En 2023, j’ai aussi fait état de quelques recherches et documents existants concernant les activités des moines Trappistes en lien avec les pommes, des fruits qui les suivent, depuis leur ancien domaine à Oka, jusqu’à St-Jean-de-Matha, suivant les chemins de la féralité : retour à la nature, au sauvage, pour une espèce (végétale ou animale), après une période passée en conditions de culture, ou d’élevage, donc dans la voie de sortie de la domestication.

Cet automne

En 2024, j’ai eu l’autorisation du nouveau Père abbé (coordonnateur de la communauté, si on veut) pour continuer d’accéder à la pommeraie et y mener des cueillettes de pommes d’automne, plus tardives, à la fin septembre et en octobre. Rêvant d’un éventuel véhicule tout terrain (un quatre-roues) pour transporter les caisses de pommes cueillies loin des chemins carrossables, j’en ai tiré quelques dizaines de kg, portés à bout de bras, une caisse à la fois, sur des centaines de mètres de terrain pentu, pour les rapporter jusqu’à la remorque tirée par ma voiture. Elles ont fait partie du lot de pommes pressées en novembre en vue de produire une bière aux pommes par la brasserie Maltstrom. La cuvée de cidre tirée des pommes de l’Abbaye ne sera pas pour cette année, mais le projet me tient à cœur et verra le jour en temps et lieu.

Voici tout de même quelques photos croquées lors de mes passages dans la pommeraie de l’abbaye cet automne.

16 décembre 2024

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Explorations Pomologie Projets et collaborations Rencontres

« Pommenades » dans deux vergers anciens de communautés religieuses à Montréal – 16 septembre 2024

De gauche à droite : Richard Archambault, Simone Chen, Emmanuel Beauregard, Sandrine Joannin, Yvan Perreault, Vincent Renaud

Petit groupe de passionnés de pomologie, nous avions été conviés, le 16 septembre dernier, à la visite de deux vergers établis par des communautés religieuses, il y a plus d’un siècle, sur l’île de Montréal. En amont de cette journée se trouvait l’initiative de Simone Chen, coordonatrice de l’organisme montréalais Les Fruits Défendus, un collectif de glaneurs qui récupère et partage les fruits délaissés ou en surplus chez des particuliers, cueillis par des bénévoles d’un bout à l’autre de la métropole.

En fait, il s’agissait d’un appel à nos expertises (sans grande prétention de notre part toutefois) afin d’aider à l’identification des variétés de pommes qui s’y trouvent, depuis longtemps tombées dans l’oubli. C’est en toute humilité tout de même que nous avons d’abord foulé le sol du verger des Soeurs Hospitalières de St-Joseph, derrière l’Hôtel-Dieu de Montréal. Je fut conduit par Yvan Perreault, passager captif de son humour parfois délirant, sur la route entre Lanaudière et la grande ville. Yvan, champion de tous les PFNL, des noix nordiques aux champignons sauvages comestibles, avide d’apprendre, mais qui n’a pas encore acquis la même profondeur de connaissances concernant les variétés de pommes. Nous y avons retrouvé Vincent Renaud, passionné de variétés anciennes de pommes, animateur de différents groupes Facebook, dont « Arbres Fruitiers Québec », « La Société de Pomologie de la Province de Québec » et « Montre moi ta pomme»; Roland Joannin, conseiller en pomiculture, hybrideur et créateur de variétés de pommes québécoises; Sandrine Contant-Joanin, la fille de Roland, ethnologue qui a participé à une étude sur le patrimoine immatériel des Soeurs Hospitalières de St-Joseph; Richard Archambault, horticulteur ayant soin de ces jardins et des pommiers restants et enfin Simone Chen, qui elle aussi connaissait déjà un peu les lieux. Ce site de l’Hôtel-Dieu-de-Montréal, dit « ensemble conventuel des Hospitalières », sur lequel il y aurait long à raconter, a été cédé à la Ville de Montréal en 2017 et a été classé patrimonial par le Ministère de la Culture du Québec tout récemment, en 2024.

https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do…

En pleine action ! En train de savourer, de trancher, d’observer des pommes, un arbre à la fois.

De gauche à droite : Emmanuel, Vincent, Yvan, Roland Joannin

En petite bande, nous nous sommes donc « pommenés », à travers ces arbres qui, pour certains, dépassent possiblement la centaine d’années. La saison 2024 ayant été particulièrement hâtive pour plusieurs espèces fruitières, dont les pommes, il n’y en avait ainsi déjà presque plus dans les arbres en ce jour de la mi-septembre. Nous avons dû nous contenter de celles tombées au sol, et parfois de la seule encore accrochée à une branche du pommier, partagée en quartiers entre chacun.e pour les fins de dégustation. On en a goûté un bon nombre quand même, les avons toutes prises en photo, tant de leur apparence extérieure, sous différents angles, que de l’intérieur, tranchées en leur centre, pour bien observer les formes de leur coeurs, les lignes du coeur, la chair, les pépins, la profondeur de la cavité, etc. Beaucoup de moyennes-grosses pommes rouges à croquer, assez similaires d’un arbre à l’autre. Nous avions tous l’impression que la trentaine d’arbres toujours vivants en ces lieux sont sans doute en bonne partie des ‘McIntosh’ ainsi que des ‘Cortland’. Toutefois, Roland a souligné que certaines pommes avaient de fortes similarités avec la ‘Lobo’ (couleur d’un rouge cramoisi, forme arrondie conique) – une variété qui, après vérification, n’a été commercialisée qu’à partir des années 1930. Nous avons lancé la suggestion au seul employé des lieux parmi notre groupe, Richard, que des analyses génétiques pourraient être réalisées pour identifier avec précision les variétés présentes dans ce verger patrimonial. Il en a pris bonne note, mais la décision revient à un comité de la Ville de Montréal, qui dispose des cordons de la bourse. Il doit leur avoir relayé l’information.

Des apparences de Lobo !
Roland Joannin venait de nous distribuer quelques spécimens de variétés de pommes dont il est l’artisan créateur, la ‘Rosinette’ et la ‘Eureka’ !

Sur la photo : Vincent, Sandrine, Richard, Emmanuel et Roland

***

Dans un second temps, une partie du groupe (Roland, Sandrine et Richard le jardinier) nous a quitté, pour d’autres obligations. Vincent, Yvan, Simone et moi avons repris la route vers le sud, en direction de Lachine, pour y gagner le verger des Soeurs de Sainte-Anne, derrière leur maison mère. Nous y avons été accueillis par Éléonore Escobar, chargée de projets en biodiversité urbaine pour le GRAME, organisme ayant soin de l’entretien minimal du verger. J’ai fait part à mes comparses des pensées qui me traversaient pour mon arrière-arrière-grand-oncle Hildège Beauregard, qui fut à l’emploi des Soeurs de Sainte-Anne à cet endroit même. Mon esprit envisageait une sorte de spectre bienveillant en notre présence, à tout le moins des traces laissées par celui que j’imagine en vieux jardinier des Soeurs, y ayant planté, greffé ou taillé leurs pommiers. Un arbre en particulier, dont les branches d’un côté portent une pommette, et l’autre moitié porte une plus grosse pomme, vraiment deux variétés distinctes. Et si Hildège était le greffeur à l’oeuvre, il y a plusieurs décennies ? Peut-être que des recherches, à mener dans les archives des sœurs de Sainte-Anne, révéleront plus de détails sur le rôle qu’il a joué, au service de cette congrégation religieuse. À défaut de quoi pour l’instant je m’amuse à lui inventer des tâches qui correspondent à mes propres passions et envies!

Toujours est-il que de la quarantaine de pommiers des lieux, la plupart avaient des fruits là aussi tombés au sol prématurément, des pommes qui avaient pas mal toutes des allures de ‘Cortland’ à nos yeux. Dans le lot toutefois, Vincent et moi avons identifié avec une grande certitude deux arbres aux pommes de type Russet, dont l’une au moins est sans doute une ‘Golden Russet’, peut-être les deux. D’autres fruits striés de vert sur fond rouge, d’un pommier enraciné quelques mètres plus loin, avaient les traits d’une ‘St-Laurent’. Il faudrait revenir étudier tout cela plus tôt, la saison prochaine, voire y retourner pendant quelques années, question d’avoir la chance de bien observer les caractéristiques de toutes les variétés, et d’en identifier un maximum avec certitude. L’avenue des tests génétiques n’est pas non plus à écarter, mais elle demande un budget conséquent.

Aperçu des vestiges du verger de la maison mère des Soeurs de Sainte-Anne, à Lachine. 16 septembre 2024.

Ce fut une magnifique journée, à investiguer des vergers patrimoniaux peu fréquentés. Je savoure encore la chance d’avoir visité ces lieux désormais négligés, minimalement entretenus qui étaient autrefois richesse et nourriture d’une communauté. Le Ministère des Friches et des Pommeraies appelle de ses vœux la mise en valeur, par des résidents locaux, de ces fruits du patrimoine Montréalais.

11 décembre 2024

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Presses de la saison 2024

Elles sont derrière nous déjà, les heureuses séquences de presse du jus de pommes, vécues à deux échelles, en contextes différents.

Pour commencer la saison, à la mi-septembre, j’ai eu la chance d’être engagé par la ville de Rawdon pour y réaliser une démonstration de presse de pommes en public. Installé au bout de l’allée centrale du Marché public, avec broyeur, pressoir, plusieurs caisses remplies de pommes du terroir régional, j’ai animé la clientèle en leur racontant ma quête de pommes locales et gratuites de qualité (sucrées, aromatiques), tout en pressant du jus frais sous leurs yeux. J’ai servi à toutes personnes présentes et volontaires, convaincu et convainquant, des verres de ce jus, pur produit de mon travail et de la nature à l’oeuvre derrière les pommiers, soient-ils sauvages ou cultivés. Quel bonheur qu’il soit unanimement salué, savouré, apprécié, source de compliments ! Quelques dizaines de litres sont sortis de ma presse ce jour-là.

Une fois réduites en purée, les pommes broyées sont déposées dans le cylindre en bois, à l’intérieur duquel un sac aux très fines mailles est installé.

À l’échelle domestique, dans la petite presse manuelle qui est mienne, installé sous l’appentis de mon frère, devant l’étable, à Ste-Mélanie. En 2024, ce furent deux longs et agréables après-midi, pour en sortir quelques 80 litres pour moi cette année, en 6 cuvées distinctes, dont quelques-unes mono variétales, destinées à devenir cidre ou même poiré dans un cas.

Petites douces amères qui se démarquent du lot, apportant peu d’acidité mais beaucoup de tanins.

Mais le broyeur que j’utilise (il m’est prêté) est celui acquis par les comparses de la brasserie Maltstrom, avec qui je collabore pour une quatrième année en tant que fournisseur de pommes glanées dans Lanaudière, surtout sauvages, mais aussi de vieux pommiers non traités, laissés à eux-mêmes. Un broyeur qui se branche sur le 220V, et qui peut théoriquement broyer une tonne de pommes à l’heure.

Une belle surface de plancher et de murs conçus pour être lavés, rincés, à grande eau et drainé

C’est à une échelle artisanale aussi, mais disons là semi-industrielle, à visée commerciale, qu’est utilisé le moût de pommes sauvages comme ingrédient pour créer des bières non-traditionnelles, chez Maltstrom, à Notre-Dame-des-Prairies, en banlieue de Joliette. Les opérations sont menées avec une presse hydraulique de plus grande contenance et autrement efficace, et un plus grand volume de pommes à presser. Pour presque remplir les 3 barriques de chêne prévues cette année, ce sont pas loin de 600 litres de jus frais et plein de potentiel à levures sauvages que nous y avons extrait, au bout de deux bonnes journées de travail en octobre et novembre.

L’occasion de prendre d’autres notes, sur chaque variété de pommes cueillies. Systématiquement leur taux de sucre, mais aussi leur texture, jutosité, la perception d’acidité et d’amertume, les arômes, la capacité de conservation des fruits, etc. Des notes compilées dans de grands tableurs numériques, outils et repères dans ce processus de recherche et développement d’un terroir cidricole et brassicole régional. Y sont identifiées mes candidates à de prochaines étapes, dont le prélèvement de greffons au printemps, pour fin de reproduction et d’expérimentation en verger.

De la presse à la chaudière, le filet
3 barriques à remplir cette année, en deux journées de presse : d’abord en octobre puis en novembre

Dans une prochaine publication, je vous partage quelques mots et images de mes cuvées de cidre en cours de fermentation.

30 novembre 2024

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Chambre froide 2024

Un grand Merci à mon amie d’enfance Natacha Parent et son conjoint Gino Laporte pour l’accès au bel espace de chambre froide de la Cabane à sucre Fernando Laporte, à Saint-Ambroise-de-Kildare, pendant les deux mois de ma saison de cueillette ! En contrepartie de quoi, comme convenu, les plusieurs pommiers que compte leur terrain seront taillés par mes soins à la fin de l’hiver/début du printemps prochain.

Après une longue journée de cueillette, jusqu’au couchant, devant la cabane à sucre, la remorque vidée de ses caisses de récolte.

Dans l’espace qui m’était accordé (la moitié de la chambre froide environ), je pouvais y faire tenir jusqu’à 60 caisses à la fois. J’ai pu également entreposer une vingtaine de caisses dans la chambre froide de la brasserie Maltstrom pendant quelques jours, en vue d’une première grosse journée de presse sur place, début octobre (80 caisses). L’espace libéré des caisses après cette première grande presse, j’ai pu le remplir de nouveau, une seconde fois.

L’entrée de la caverne aux pommes en devenir.

Comparativement à l’an dernier (alors que les talles étaient plus garnies et que j’avais tout mon temps pour m’y consacrer) où j’en avais rempli 180, c’est un total d’environ 135 caisses que j’ai comblé de pommes cette année. Les trois-quart de mon record de 2023, c’est quand même pas pire ! Pommes qui furent pratiquement toutes destinées au pressoir et à la fermentation alcoolique. Mes quelques journées de presse de 2024 seront d’ailleurs le sujet de la prochaine publication, sous forme d’album photo commenté.

Pouvaient y tenir jusqu’à 60 caisses de récolte à la fois (environ 300 litres de jus).

29 novembre 2024

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Cueillette Rencontres

Saison de cueillette de pommes 2024

J’exerce ma passion pomologique à temps partiel, à travers les moments libres, hors du travail salarié qui rémunère sur une base régulière, mais qui pas nécessairement ne libère.

En marge des routes, le long des rangs de Mattawinie, de Brandonie ou d’ailleurs, en explorant le pommage du piémont Lanaudois, prêt à cueillir en masse.

Les activités que je mène en lien avec les pommiers de la région me sont sources de rencontres (et de joies), bien plus encore que de revenus. Chaque année il y a des surprises, de nouvelles personnes qui se trouvent sur le chemin, qui m’en apprennent, m’accueillent, m’ouvrent leurs portes et leurs pommiers, petits vergers ou parcelles en friches où ont proliféré les sauvageons de l’espèce Malus. Des pommes aussi toujours que je rencontre pour la première fois, et pour lesquelles j’ai un coup de cœur.

Rencontre de nouveaux coins de pays également, de bouts de rangs, racoins de paroisses, qui m’étaient inconnus, ou pas si familiers. Découverte de ce qui se passe, se vit, ce qui pousse autour, quelle variétés d’hommes, de femmes et de pommes donne le territoire rural de ma région. C’est de la recherche sur l’histoire locale, la pomiculture domestique des ancêtres colons, sur la culture et la mémoire vivante, de l’anthropologie sociale et culturelle et de la géographie sociale, humaine, par le biais du pommier, de sa généalogie, de son bagage génétique inusité, inextinguible, si on le laisse s’exprimer.

Parmi différentes personnes rencontrées au fil de la saison, j’ai pu croquer le portrait de Mme Françoise Desrosiers au pied de l’arbre qu’elle a planté il y a 70 ans, et de Jocelyn Grégoire croquant la pomme issue d’un arbre qu’il a involontairement semé, dans un ancien pacage à vaches, il y a quelques cinquante ans.

C’est près d’une centaine d’arbres (et de variétés différentes, pour la plupart uniques) dont j’ai cueilli les fruits cette année. Au moins deux tonnes de fruits ont transité dans mes mains et les caisses, et près de 700 litres de jus extraits de mes récoltes.

Voici, un peu pêle-mêles, en vrac quoi, des dizaines de photos de ma saison de cueillette, à travers des dizaines de talles, d’arbres solitaires ou de groupements de pommiers, sauvages ou plantés de longue date, à travers le territoire et ses paysages, longeant ou prenant pied fermement dans le piémont lanaudois, partant de Sainte-Mélanie pour me rendre à St-Jacques-de-Montcalm ou Sainte-Émélie-de-l’Énergie, jusqu’à Joliette et Saint-Didace, en passant par Sainte-Béatrix, St-Jean-de-Matha, St-Alphonse-Rodriguez, Rawdon, Saint-Ambroise & Sainte-Marcelline de Kildare, Saint-Gabriel-de-Brandon, Saint-Cléophas, sans oublier Saint-Félix-de-Valois.

Dans la remorque, sous l’échelle, les récoltes quotidiennes s’empilaient. Bien identifiées.

28 novembre 2024

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Album photos Cueillette

Quelques pommes cueillies en 2024

Un aperçu des pommes cueillies par mes soins durant cette saison 2024, dont je n’ai à ce jour donné que peu de nouvelles.

D’autres albums suivront pour couvrir en images les tâches de mon automne pomologique. Des photos des pommiers, de mes jours de cueillette, de la chambre froide où les fruits furent entreposés, d’heures de presse et d’extraction de jus, tout comme de production de cidre et d’une visite d’experts à Montréal …

27 novembre 2024

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Dégustations Projets et collaborations

Marché public La Récolte de Rawdon – presse publique de pommes

Samedi prochain, le 14 septembre, en remplacement de l’ami Fred Brabant du Jardin des passionnées, je serai au Dernier Marché public La Récolte | Atelier pressage de pommes à Rawdon. J’aurai la chance et le plaisir d’y animer l’atelier de presse de pommes, en public, et d’offrir du jus frais à la clientèle et aux exposants du marché !

Les pommes pressées (sauvages, non traitées) seront issues de mes récoltes de la semaine, à travers les pommeraies de Lanaudière !

Venez y faire un tour, entre 10h et 14h; on pressera du bon jus 100% local, offert gratuitement !

12 septembre 2024