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THOREAU SUR LES POMMES SAUVAGES – 2

Suivant sa nature paradoxale, Thoreau se fait le prophète de malheur des pommiers sauvages, annonçant leur disparition. Plus d’un siècle et demi plus tard, les ‘Malus domestica’ naturalisés en Amérique du Nord ne sont évidemment pas plus disparus des campagnes de la Nouvelle-Angleterre que de celles du Québec. Il est vrai que désormais, très rares sont ceux à planter des vergers de pommiers issus de pépins …

Voici quelques autres passages de son texte posthume « Wild apples« , publié d’abord en 1862; traduit en français et publié aux éditions Finitude (France) en 2009 :

« Il n’est pas étonnant que ces pommes, petites et hautes en couleur, soient réputées produire les meilleurs cidres. Loudon relève, dans son Herefordhisre Report que « les pommes de petite taille doivent toujours, à qualité égale, être préférées aux plus grandes, de telle sorte que la peau et le cœur équilibrent la pulpe en proportion et que les jus faibles et aqueux soient évités. »

« Il en est également qui sont parfois rouges à l’intérieur, comme imprégnées d’un beau feu, nourriture féerique, trop belles pour être mangées, pommes des Hespérides, pommes du soleil couchant!« 

« Ce serait un passe-temps plaisant que de trouver des noms appropriés aux centaines de variétés mélangées dans un simple tas à l’entrée d’un pressoir à cidre. […] Qui se proposera comme parrain au baptême des pommes sauvages ?« 

« Le temps de la Pomme Sauvage appartiendra bientôt au passé. Ce fruit disparaîtra probablement bientôt de la Nouvelle-Angleterre. Vous pouvez déjà vous promener dans de grands vergers de pommiers natifs qui, pour l’essentiel alimentaient les pressoirs à cidre et sont maintenant complètement en déclin. […] Depuis les lois de tempérance et la généralisation des arbres greffés, on ne plante plus aucun arbre natif, de ceux que je vois partout dans les pâturages abandonnés et là où les bois les ont emprisonnés. Je crains bien que celui qui marchera à travers ces champs dans un siècle d’ici ne pourra plus goûter le plaisir de faire tomber des pommes sauvages. Ah, le pauvre homme ! Il y a tant de plaisirs qu’il ne connaîtra jamais !« 

30 décembre 2023

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THOREAU SUR LES POMMES SAUVAGES -1

Les premières pages sont en lecture libre sur le site de l’éditeur :

http://www.finitude.fr/…/Thoreau-Les-pommes-sauvages.pdf

Le poète de tout ce qui est terrestre en a beaucoup à nous remontrer en matière de radicalisme. Celui par la grâce de qui j’ai en premier lieu ressenti pour ces pommiers l’amour, et pesé tout leur symbolisme, leur intemporelle valeur.

« Quittons là les pommiers domestiques (les urbaniores, comme Pline les appelle). En toute saison, je préfère de loin me promener à travers les vieux vergers de pommiers non greffés. Ils sont plantés irrégulièrement et il arrive parfois que deux arbres se touchent. Quand aux allées, elles sont si tortueuses qu’on dirait qu’elles ont été tracées pendant le sommeil de leur propriétaires, voire même qu’il les a dessinées lors d’une crise de somnambulisme. Jamais les alignements des variétés greffées ne m’inviteront pareillement à la ballade. »

« À l’approche de mai, nous voyons apparaître de petits fourrés de pommiers tout juste éclos dans les pâturages que les troupeaux viennent de quitter […]. Un, peut-être deux, survivront à la sécheresse et autres accidents, protégés de l’envahissement de l’herbe et de certains autres dangers par le lieu même de leur naissance. »

« Selon une idée reçue, ces arbres sauvages, s’ils ne produisent pas d’eux-mêmes un fruit de valeur, sont parmi les meilleurs porte-greffes par lesquels se transmettent à la postérité les qualités les plus prisées des pommiers cultivés. Pour ce qui me concerne, je ne suis pas à la recherche de porte-greffes, mais du fruit sauvage pour ce qu’il est, celui dont la puissance féroce n’a subi aucun attendrissement. »

« Un vieux fermier de mon voisinage, qui toujours choisit le mot juste, dit que « leur goût acidulé est tendu comme une flèche sur l’arc ».

« Et si certaines de ces sauvageonnes sont âcres et nous front froncer les lèvres, n’appartiennent-elles pas malgré tout à la gent Pomaceae, éternellement sans malice et bienveillante envers notre race ? Tous mes voeux les accompagnent jusqu’au pressoir à cidre. Peut-être ne sont-elles tout simplement pas assez mûres. »

15 décembre 2023