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UN MALTSTROM DE MOÛTS DE POMMES

Le 7 octobre, après avoir accumulé pendant un mois

dans la chambre froide de la ferme une collection de

pommes finement choisies, la plupart sauvages, glanées

de dizaines d’arbres solitaires ou de vergers d’autrefois,

dans Lanaudière – en des talles connues depuis longtemps,

découvertes cette année ou encore référées amicalement –

cueillies d’un bord à l’autre du piémont de notre région,

cette bande de transition écologique favorable aux Malus

a eu lieu le premier rendez-vous saisonnier avec Michaël,

copropriétaire et artisan brasseur en chef d’une véritable

micro-brasserie, sans intention de proportions industrielles :

Malstrom, sise à Notre-Dame-des-Prairies, avec qui j’ai collaboré

pour une troisième année consécutive.

Avec le broyeur à pommes dont il s’est équipé y a deux ans

et la presse hydraulique et polyvalente de nouveau prêtée

par l’ami et vigneron Jean-François Chaussé, et des barils,

nous avions tout ce qu’il faut pour extraire le jus des fruits.

Mon matériel malique (pommes) de 2023 provient

des territoires de municipalités sous la bénédiction

de douze Saint.e.s : Mélanie, Marcelline-de-Kildare,

Ambroise-de-Kildare, Béatrix, Liguori, Félix-de-Valois,

Émélie-de-l’Énergie, Alphonse-Rodriguez, Jean-de-Matha,

Gabriel de Brandon, Didace et Jacques-de-Montcalm

ainsi qu’un arbre d’origine inconnue, aux pommes sucrées

dans un 13e village répondant au nom plus laïc de Crabtree

(faut savoir que « crabapple » = pommette, en anglais) !

Toujours dans le développement d’un pommage

et de la connaissance pomologique associée

en mode recherche et création de produits,

une caisse à la fois, en prenant le temps de goûter,

de mesurer le taux de sucre grâce à un réfractomètre

et prendre en notes les arômes et classes de pommes à cidre

de chacune des cinquante-trois variétés pressées ce jour-là.

Au bout de dix heures de travail, nous avons extrait, en jus

quelques centaines de litres, bien sucré, plein de tanins

et de levures sauvages !

Une deuxième journée de presse a eu lieu vers la mi-novembre,

pour en arriver à un total de plus de 600 litres, qui sont en fermentation

dans des barils de chêne. De nouvelles bières aux pommes y seront donc élaborées

par le Maestro de Malstrom et dévoilées en 2024 ! 🙂

28 novembre 2023

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LES POMMES DES MOINES TRAPPISTES – 4

L’exploration et la libération d’une pommeraie sauvage

Le 17 août dernier, François Patenaude (responsable des forestibles de l’Abbaye), Mylène Samson (horticultrice stagiaire), Jonathan Bordeleau et moi-même nous sommes retrouvés pour une première exploration du pommage sauvage autour de l’Abbaye Val-Notre-Dame. Nous avons goûté des dizaines de variétés de pommes uniques, noté quelques-unes de leurs caractéristiques et géolocalisé l’emplacement des arbres aux fruits les plus intéressants. Quelques jours plus tard, Jonathan et moi avons poursuivi le même exercice de découverte, d’observation et de dégustation des pommes.

Les moines ont résolument choisi de soutenir notre projet, cette démarche de libération de la pommeraie sauvage dont ils sont les gardiens. Des centaines de pommiers d’au moins quarante ans, en moyenne, qui étaient sur le point de disparaitre, étouffés par la compétition des érables, frênes, aubépines, ou épinettes …

À partir de la fin août, à raison d’une ou deux journées par semaine, Jonathan et moi nous sommes rejoints à la « Maison des Forestibles », quelques centaines de mètres avant d’arriver au magasin de l’Abbaye, sur le chemin de la Montagne Coupée. Jon, travailleur forestier expérimenté, de longue date, a assuré la job de débroussaillage. Pour ma part, j’ai tâché de rassembler les branches et troncs des arbres arbustes en tas, en dégageant des espaces. Cette précieuse matière organique accumulée est destinée à être broyée et redonnée au sol, sous une forme plus facilement digestible. Frère Bruno-Marie, avec le broyeur appartenant à sa communauté, a d’ailleurs commencé à accomplir cette tâche,

Chanceux, Jonathan et moi fûmes rémunérés pour ces heures de travail qui, tout l’automne durant, nous auront permis de dégager une aire d’entre un et deux hectares, où les pommiers sont désormais privilégiés. Les photos ci-bas témoignent de l’état des lieux à la mi-octobre. Nous l’avons fait « apparaître », rendue visible, accessible aux promeneurs, aux explorateurs fruitiers. La voici libérée de la féroce compétition des espèces indigènes, jeune forêt environnante que nous avons éclaircie.

Le printemps prochain, nous y retrouverons les pommiers marqués de rubans colorés, soit ceux dont les fruits présentent des caractéristiques que l’on a jugé plus intéressantes. Ces arbres dont les pommes ont reçu les commentaires les plus positifs lors de nos dégustations et prises de notes automnales sont ceux qui seront taillés en priorité, en mars 2024. Les observations se poursuivront évidemment la saison prochaine.

Nous sommes persuadés que cette pommeraie nouvellement mise en valeur sera si belle, toute en fleurs, en mai, que des gens voudront y prendre des photos de mariage ! Dans les sentiers qui viennent d’être créés, passant sous les arches formées par les branches tordues de ces sauvages pommiers.

Des recherches sur l’histoire des lieux sont également en cours, afin de mieux connaitre l’origine de ces arbres fruitiers, les noms de ceux qui naguère en ont cultivé.

Toute piste est la bienvenue, n’hésitez pas à me contacter !

Enfin, je vous invite aussi, si vous ne l’avez déjà fait, à prendre connaissance des précédents textes de cette série autour du pommage associé aux moines trappistes, d’Oka jusqu’à l’Abbaye Val-Notre-Dame de St-Jean-de-Matha :

1 – Ce que la pomiculture québécoise doit à l’Institut Agricole d’Oka

2 – Retour vers le futur des pommes à cidre

3 – Des vergers d’Oka aux friches et pommeraies de Jean de Matha

14 novembre 2023