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PARTICIPER À L’EFFERVESCENCE CIDRICOLE DANS LANAUDIÈRE

On m’a offert la chance de faire une première apparition sur Youtube, invité par Steven Bussières (copropriétaire de la brasserie l’Albion à Joliette) à sa presse de pommes sauvages (de cueillette hivernale, près de chez lui, à Sainte-Mélanie aussi), en vue d’en faire du cidre, au début janvier.

Témoignage d’un mouvement de reconnaissance des vertus des pommes sauvages dans la région !

C’est un très sympathique vidéo, où il en profite pour saluer les deux autres brasseurs Joliettains (Pierre-Antoine, qui se lance aussi en cidrerie – appuyé par la grosse machine marketing de l’Alchimiste, et Michaël de la micro-brasserie Maltstrom avec qui je poursuis la collaboration). Nous avons tous pressé des pommes de la saison 2021 avec le même pressoir, soit celui gracieusement prêté par l’ami Jean-François Chaussé, vigneron spécialiste des raisins de table à Berthierville ! Remercions le encore pour sa générosité.

Vive le cidre Lanaudois !

24 février 2022

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Cidre Cueillette Histoire Littérature Pomologie Projets et collaborations

CÉLÉBRITÉS ISSUES DE PÉPINS – 1

Le Ministère lance aujourd’hui une série de chroniques à propos de célèbres variétés de pommes qui sont issues de pépins
(ou encore de drageons).

L’idée était en suspens depuis longtemps, et c’est une récente opportunité de cueillette hivernale de pommes ‘Golden Délicieuse’
(en vue d’en faire du cidre de glace), qui a réveillé le projet de faire connaître l’histoire de variétés connues et populaires qui sont nées de « semis de hasard ». La ‘Golden Délicieuse’ est l’une d’entre elles,
et d’une renommée internationale, qui plus est.

Le texte ci-bas est une traduction des pages 58 à 61 du fantastique livre « Apples of uncommon character : 123 heirlooms, modern classics, & little-known wonders » de Rowan Jacobsen, publié en 2014.

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Alias : Mullins Yellow Seedling

Origine : Clay County, Virginie Occidentale, 1890.

Apparences : Devrait être large et modestement conique, avec des épaules rondes et une joyeuse peau jaune pointillée de taches de rousseur brunes. Trop souvent, elle est plutôt d’un vert pistache, cueillie tôt pour améliorer sa durée de vie en étalages. Le roussissement est un bon signe, comme l’est une touche de rose sur une joue.

Saveur: Pas tout à fait complexe, mais sacrément bonne, à la façon d’une pomme. Surtout sucrée, elle est à peu près aussi acide que du jus de pomme, mais il y a là une touche d’intrigue, un chuchotement de complexité melonnée qui a été trouvé dans les nombreux illustres descendants de la Golden Délicieuse.

Texture : Fraîchement cueillie, une Golden Délicieuse adéquatement cultivée a de charmantes qualités. Chaque morceau se sépare impatiemment du navire-mère et se précipite dans votre bouche, où vos dents trouvent leur mot à dire.

Saison : De septembre à octobre. Si elle n’est pas jaune, ne l’achetez pas. Se conserve bien jusqu’au printemps.

Utilisation : Consommées fraîches; tient bien en tarte (bien que nécessite du jus de citron).

Région : À la grandeur des États-Unis, bien que les meilleures soient cultivées dans les zones plus chaudes. Omniprésente dans les supermarchés aux USA et en Europe.

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« La saga de la Golden Délicieuse a débuté en 1891 dans le Comté de Clay, en Virginie Occidentale, sur la ferme de L.L. Mullins. Ce fut lorsque Mullins envoya son fils de 15 ans, J.M., pour faucher les champs. En 1962, J.M. Mullins, alors âgé de 87 ans, raconta au Charleston Daily Mail ce qui est arrivé ce jour-là : « Je balançais la faux d’un côté et de l’autre lorsque je suis tombé sur un petit pommier qui avait atteint environ 20 pouces de hauteur. Ce n’était qu’un nouveau petit pommier qui s’était porté volontaire à cet endroit. Il n’y avait pas le moindre autre pommier à proximité. Je me suis dit « Eh bien mon gars, je vais juste te laisser là », et c’est ce que j’ai fait. J’ai fauché autour, et à d’autres occasions j’ai fauché autour, encore et encore, et il s’est transformé en un petit pommier de belle apparence et devint éventuellement un grand arbre et a porté des fruits. »

L’oncle de J.M., Anderson Mullins, devint plus tard propriétaire de la ferme, et vers 1905 commença à remarquer l’arbre extraordinaire. La seule pomme jaune populaire dans le Sud à cette époque était la Grimes Golden, dont Mullins en avait plusieurs en culture dans le voisinage (l’un desquels en était probablement le parent). Mais ce n’était pas de la Grimes. Elle était bien plus large, plus croquante et sa saveur plus épicée. L’arbre dépassait en productivité tous les autres arbres de la ferme, et les pommes se conservaient magnifiquement jusqu’au printemps.

En 1913, Mullins jugeait qu’il avait quelque chose d’extraordinaire entre les mains, et décida ainsi de poster quelques exemplaires de la Mullins Yellow Seedling, comme il l’appelait, à Stark Bro’s, la pépinière de commandes postales du Missouri qui dominait le marché de la pomme à l’époque (et continue de prospérer aujourd’hui). Stark Bro’s avait rencontré un énorme succès avec leur pomme Délicieuse en 1895, et Mullins pensa qu’ils pourraient faire quelque chose avec sa pomme. En avril 1914, il leur envoya 3 pommes de plus, un geste sournois de sa part, parce qu’à cette saison les louables capacités de conservation des fruits étaient évidentes. Les frères Paul et Lloyd Stark étaient plus intéressés par les pommes rouges, qui avaient plus d’attrait commercial, mais ils eurent une épiphanie lorsqu’ils ont goûté la pomme de Mullin. « Nous n’avions jamais expérimenté une telle saveur épicée avant, particulièrement dans une pomme jaune », écrivit plus tard Paul Stark. La principale pomme jaune à l’époque était la Grimes Golden, mais la petite taille de cette pomme avait toujours limité sa popularité. Stark décida qu’une grosse pomme jaune croquante pour complémenter leur Rouge Délicieuse serait une excellente idée, alors il voyagea un millier de miles en train, et les derniers 25 miles à dos de cheval, pour atteindre la ferme des Mullins. Il n’y avait personne à la maison, mais Stark put voir le verger sur le versant derrière la maison, et il commença à fouiner. La plupart des arbres qu’il vit étaient en mauvais état, et il dut commencer à douter qu’il était au bon endroit. Alors, se remémora-t-il plus tard, quelque chose attira son attention. « Là, se dessinant au milieu de petits arbres sans feuilles, se trouvait un arbre doté d’un feuillage vert intense, comme s’il avait été transplanté du Jardin d’Éden. Les rameaux de cet arbre pliaient au sol sous une prodigieuse production d’excellentes, glorieuses et luisantes pommes dorées. Tandis que je m’en approchais, une crainte me dérangeait. Et si ce n’était qu’un pommier de Grimes Golden, après tout ? Je me suis approché et vit que les pommes étaient 50 pourcent plus larges que des Grimes Golden. J’en ai cueilli une et croquai dans sa chaire croquante, tendre et chargée de jus. Eureka ! Je l’avais trouvé ! »

Starks paya 5000 $ à Mullins pour les droits de propagation de l’arbre et pour les 900 pieds carrés de sol autour de celui-ci. Il bâtit une cage de bois et de fil de fer autour de l’arbre, pour décourager les greffeurs nocturnes, complétée avec une alarme électrique. En 1916, il présenta au monde en tant que Golden Délicieuse, qui est allée vers la célébrité et la fortune, aussi bien qu’une carrière au Secrétariat du monde des pommes, créant les Jonagold, Ozark Gold, GoldRush, Mutsu, Arlet, Elstar, Pinova, Gala, Pink Lady et plusieurs autres. En fait, la prévalence de ses gènes dans l’univers de l’approvisionnement en pommes a contribué à ce qu’elle soit choisie comme pomme à décoder pour le Apple Genome Project, qui a publié en 2010 la séquence génomique complète de la Golden Délicieuse.

Durant des décennies, la Golden Délicieuse se situait au second rang dans la production de pommes aux USA, plusieurs longueurs derrière la Rouge Délicieuse, maintenant un respectable 15 à 20%. Mais en 2016 la Gala, son propre enfant, l’a poussé au 3e rang, et aujourd’hui la Golden Délicieuse maintient environ 10% du marché. (En Europe, toutefois, la Golden Délicieuse est la pomme au sommet depuis 1945, lorsqu’elle arrivée comme élément du Plan Marshall pour relancer l’agriculture Française, et elle continue d’occuper environ 25% du marché, plus du double que n’importe quelle autre variété). Qu’est-ce qui explique une telle popularité ? Personne d’autre que Paul Stark, en complet mode « P.T. Barnum », n’a jamais affirmé qu’il s’agissait d’un coup de grâce gustatif. La Golden Délicieuse est plutôt la pomme qui fait tout assez bien, en étant un rêve de cultivateur. C’est une pomme sympa, grosse, plaisante, assez croquante et très sucrée, avec un profil aromatique grand public et une bonne fraîcheur, qui convient aux tartes, et peut durer longtemps entreposée. Pour les producteurs, elle génère chaque année des récoltes exceptionnelles avec peu de drame. Ce n’était pas une pomme difficile.

C’était une excellente formule pour le succès dans les années 1950. Même dans la décennie 1990, le supermarché américain typique avait trois variétés de pommes : la verte Granny Smith, la jaune Golden Délicieuse et la Rouge Délicieuse. L’une pour la cuisson, l’une pour la consommation fraîche et l’autre à regarder de loin. Mais les meilleurs jours de la Golden Délicieuse sont probablement derrière elle. C’est toujours la pomme de choix pour la nourriture de bébés (où la clientèle ne semble pas se plaindre de la saveur moyenne et faiblement acide), et une bien mûre directement tirée d’un arbre Appalachien peut toujours avoir ses charmes, mais si ce sont les pommes sucrées que vous aimez, il y a de plus aromatiques options.

[Traduction : Emmanuel Beauregard]

17 février 2022

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Dégustations Explorations Projets et collaborations Rencontres

COLLABORATIONS INITIÉES EN 2021 #3

Yvan Perreault, ou le terroir nordique à redécouvrir et réinventer

Bien connu dans le milieu de la cueillette sauvage, dans Lanaudière, en Mauricie (régions dont il préside le cercle des mycologues) et bien au-delà, Yvan Perreault est un formateur réputé en matière de « produits forestiers non-ligneux » (PFNL) au Québec. Créateur de fermes forestières, fondateur et copropriétaire du verger Au Jardin des Noix de Saint-Ambroise-de-Kildare, il est aussi conférencier et guide de cueillette professionnel.

Surprenamment, ce n’est que sur le tard qu’il a découvert, parmi toutes les ressources fruitières nordiques, l’intérêt que représentent les pommes sauvages et leur infinie diversité de types. Il a fallu qu’il tombe sur les publications de l’humble serviteurs des Malus (nom latin des pommiers) que je suis pour prendre conscience de cette richesse insoupçonnée. Il est vite devenu l’un des plus enthousiastes supporteurs des démarches pomologiques entreprises par le Ministère des Friches et Pommeraies.

Nous nous sommes rencontrés chez lui, au Jardin des Noix, en août dernier, le temps d’une excursion à travers bois et prés, jusqu’aux terres de quelques voisins plus loin, dans les hauts du rang Kildare. Il m’a conduit, dans son petit kart de golf, jusqu’à de grands îlots de friches (zones au sol non propice à l’agriculture), au milieu de prairies cultivées. Le pourtour de ces friches regorge de pommiers sauvages, qui se comptent par dizaines. Nous en avons goûté autant, échangeant avec joie nos impressions et appréciations, tout comme nos élans d’inspiration. Grande gueule professant à tous vents, Yvan a l’amabilité de m’écouter aussi, et je lui ai partagé quelques-unes de mes connaissances pomologiques. Quelques jours plus tard, il en a fait une publication sur sa page Facebook personnelle, incluant des photos de nos belles découvertes et ses commentaires. Il n’a pas manqué de souligner ma présence et mon sérieux dans cette passion des pommes sauvages, laissant même entendre que j’avais quelque chose d’un Johnny Appleseed (héros folkorique américain qui aurait disséminé des pommiers à travers de nombreux États) québécois!

https://www.facebook.com/yvan.perreault.79/posts/4505307449532332

C’est grâce à lui, cette balade et ses contacts que j’ai par la suite rencontré Roland Joannin, grand connaisseur des pommes au Québec.

En septembre, Yvan a organisé une activité de dégustation des pommes sauvages, dans ces îlots de biodiversité, près de chez lui. Je lui ai fourni plusieurs modèles de fiches descriptives de variétés de pommes, dont il s’est librement inspiré pour préparer une fiche adaptée à son activité. Neuf pommiers porteurs de fruits avaient été identifés par Yvan, qui a créé un petit parcours de dégustation. Les personnes présentes pour l’activité, gratuite et ouverte à tous et toutes, étaient ensuite invitées à remplir la fiche pour chaque variété. Je n’ai malheureusement pas pu y être, mais j’ai su que cela avait été un franc succès, avec des dizaines de participant.e.s ravi.e.s.

En me confiant ses hypothèses concernant la propagation des pommiers dans la vallée de Kildare, il m’a référé à une ferme se trouvant à proximité, pas loin du coin du Kildare et de la 343. Deux rangées de pommiers ancestraux bordent le chemin d’entrée vers la vieille maison de ferme. Je m’y suis rendu au courant du mois d’août afin de rencontrer les propriétaires et découvrir les arbres et leurs fruits. Ce sera d’ailleurs l’objet d’une prochaine publication du Ministère.

Yvan offre son soutien indéfectible pour la préservation et la revalorisation des pommiers anciens présents sur le territoire de St-Ambroise-de-Kildare, tout comme des sauvageons dans Lanaudière. Présent et très motivé lors de la journée de corvée organisée à la fin septembre dernier, il m’a, plus récemment, prêté main forte pour dresser un argumentaire en vue de convaincre le Conseil de la Fabrique de la paroisse de préserver les vestiges d’un ancien verger sur un terrain en friches qui leur appartient. D’autres nouvelles de ce projet de revalorisation viendront aussi au cours des prochaines semaines et mois!

Vivement que se poursuive le réseautage et le maillage entre pomologues, arboriculteurs, propriétaires de terrains comptant des pommiers négligés et des artisans du renouveau du terroir régional !

Emmanuel Beauregard, au service des Malus en liberté et délaissés dans Lanaudière

14 février 2022