« Wild apples » et « Wild fruits » de Thoreau
Multiples sont les inspirations du Ministère des Friches et des Pommeraies. Autour de toute la malique matière, il s’en trouve aussi de la bien littéraire. Les principaux ouvrages ayant conduit l’auteur de ces lignes à se découvrir une vocation seront présentés à tour de rôle. Ces documents et bouquins sont devenus des références fondamentales pour comprendre la tournure d’esprit du Ministère.
Le premier de ceux-ci, dont il a déjà été question dans « La Genèse du Ministère – 1ère partie » est le dernier texte remanié par H.D. Thoreau sur son lit de mort. Publié seulement quelques mois après le décès du poète, naturaliste et philosophe, « Wild apples » est paru dans la revue The Atlantic en novembre 1862.


Ce doit être en 2010 que je suis tombé sur cette petite plaquette, « Les pommes sauvages », lors d’une visite à la Grande Bibliothèque, à Montréal. Je connaissais et appréciais déjà vivement l’auteur, ayant lu ses oeuvres les plus célèbres : « Walden » et « La désobéissance civile », mais aussi quelques conférences traduites en français comme « De la marche » et « La vie sans principe ». Ce fut une nouvelle révélation, un appel à m’intéresser à ces arbres vagabonds qui faisaient chez moi partie du paysage, avec le mystique de Concord, Massachussets, comme prophète !
Il s’agit d’un extrait de ses carnets intitulés « Wild Fruits », dont la somme ne fut publiée qu’en 2000, suite au fastidieux travail de déchiffrage par un spécialiste des manuscrits de Thoreau. Je n’en ai que tout récemment acquis un exemplaire, en sa langue d’origine, car ce « testament redécouvert » n’a toujours pas été traduit en Français. Peut-être un projet d’hiver pour le Ministère ?
Dans un autre texte posthume (« Faith in a seed », publié en 1993), Thoreau écrit :
« Considérez la manière dont le pommier s’est dispersé à travers le pays, par l’entremise des vaches et autres quadrupèdes, créant des fourrés presque impénétrables à plusieurs endroits et cédant de nombreuses variétés nouvelles et supérieures pour le verger.
Les vaches se nourrissent aussi largement de pommes gelées-dégelées et leurs déjections sont souvent trouvées pleines de leur pulpe. J’ai remarqué qu’elles transportent même des pommes entières lorsqu’elles sont dans cet état. Un hiver, observant sous un chêne sur la neige et la glace sur les berges de la rivière quelques fragments de pommes gelées-décongelées, j’ai regardé plus loin et détecté deux ou trois traces d’une corneille et les crottes de plusieurs qui devaient être perchées sur le chêne, mais il n’y avait là aucune trace d’écureuils ou d’autres animaux. Ici et là il y avait un trou parfaitement rond dans la neige sous l’arbre, et abaissant ma main, j’ai retiré une pomme de sous la neige à chaque trou. Les pommiers les plus près étaient à trente perches de distance de l’autre côté de la rivière. Les corneilles avaient évidemment amené les pommes gelées-dégelées à ce chêne pour la sécurité et y avaient mangé ce qu’elles n’avaient pas laissé tomber sur la neige.
Les jaseurs des cèdres, moqueurs-chats et pic-bois à tête rouge mangent, eux-aussi des pommes et des poires, spécialement les hâtives et les sucrées. Wilson dit de ce dernier oiseau que « lorsque alarmé, il s’empare d’une importante [pomme ou poire] en frappant son bec ouvert profondément dedans, et la transporte jusque dans les bois et Audubon a vu des jaseurs des cèdres qui, « bien que blessés et confinés à une cage, ont mangé des pommes jusqu’à ce que la suffocation leur enlève la vie.
Mais j’ai décrit ailleurs la dispersion de la pomme. ».
[Traduction : Emmanuel Beauregard]
19 août 2021






























